Excellences,
Nos peuples doivent aujourd’hui
faire face à des défis colossaux, vieux et
nouveaux.
Le
11 septembre a radicalement changé la
configuration du monde.
Ces
vies innocentes, fauchées par le terrorisme, ont
déclenché une réponse injustifiable, illégale et
absolument condamnable. Le gouvernement des
États-Unis, se servant de la douleur légitime de
ses citoyens, a conduit une croisade mondiale
contre le terrorisme, ce qui en réalité n’est
qu’une guerre de rapine qui cherche l’expansion de
ses intérêts et la conquête d’importantes
ressources naturelles.
Deux
peuples ont déjà été brutalement envahis, occupés
et massacrés.
Des
appétits impériaux de domination plutôt que des
intérêts patriotiques ont stimulé le gouvernement
Bush.
Ces
actions s’inspiraient de l’avarice plutôt que de
la justice.
Il
s’y est rendu non pas pour pleurer leurs morts,
mais pour voler pour une poignée de ses vivants.
La
vieille formule de la loi du talion semble régir
la politique extérieure des puissants. Cependant,
les actes terroristes récemment commis à Madrid et
à Londres mettent en évidence que le terrorisme ne
saurait être vaincu par la terreur.
Au
milieu de guerres et de menaces de nouvelles
guerres, le monde est toujours plus inégal et des
milliards de personnes sont condamnées au chômage,
à la pauvreté, à la famine et aux maladies. Une
nouvelle catégorie, dite de surplus humain, a été
créée par le néolibéralisme.
L’accès aux marchés internationaux est presque
impossible pour un grand nombre de pays et nous
sommes victimes d’un système de commerce
international bourré de barrières tarifaires et
non tarifaires, de systèmes de contingents, de
subventions et d’onéreuses conditions. Nos frères
de la CARICOM souffrent dans leur propre chair les
décisions égoïstes de l’Union européenne et des
États-Unis, qui frappent leurs exportations de
bananes et de sucre, ce qui les oblige à faire
face à des impositions arbitraires des sociétés
transnationales dans les secteurs du tourisme et
de l’aviation, entre autres.
Les
pays industrialisés et riches résistent à accepter
la concession d’un traitement spécial et
différencié à ceux qui en ont besoin. Ils oublient
la dette historique qu’ils ont contracté avec
notre développement, ne tiennent pas leurs
promesses, encaissent plusieurs fois une même
dette, alors qu’ils parlent d’un ton démagogique
de liberté de marchés.
L’Amérique latine et les Caraïbes sont victimes de
la distribution la plus inégale des revenus de la
planète ; la pandémie du VIH/sida, qui touche 2
400 000 personnes, est devenue un grave problème
pour certains pays de la région ; le drainage des
cerveaux nous prive de notre ressource la plus
précieuse : l’homme.
1
200 000 professionnels latino-américains et
caraïbéens travaillent comme immigrants aux
États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada ; leur
formation nous a coûté la somme faramineuse de 36
milliards de dollars. Le Nord vole nos meilleures
spécialistes et nous rend les criminels qui ont
passé leurs « doctorats en délinquance » dans ses
villes et prisons.
Notre région débourse chaque année 150 milliards
de dollars au titre du service de la dette
extérieure, soit trois fois de plus que
l’investissement étranger, le but étant, comme on
le sait, de s’approprier de nos ressources et non
pas de favoriser le développement. Le service de
la dette est aussi 25 fois supérieur à l’aide
publique au développement, reçue sous des
conditions croissantes et subordonnée aux intérêts
des bailleurs de fonds.
L’Amérique latine et les Caraïbes transfèrent
chaque année des dizaines de milliards de dollars
aux pays riches en vertu de l’application
disciplinée des recettes néolibérales.
Les
croissances statistiques trompeuses et
occasionnelles ne pourront transformer cette
réalité.
Que
feront les pays pauvres non pétroliers au cas où
les cours du pétrole monteraient à cent dollars ?
L’actuel ordre économique mondial, injuste et
inégal, doit être changé et pour livrer cette
bataille inévitable il faut consolider les
mécanismes et les processus d’intégration et de
coopération régionale, basés sur de nouveaux
principes de solidarité et d’humanisme.
Nous
saluons la décision généreuse et historique
adoptée par la République bolivarienne du
Venezuela de créer PETROCARIBE. Le Venezuela a
donné au monde, en particulier aux pays développés
et riches, un exemple de fraternité et de
solidarité.
Des
projets comme PETROCARIBE peuvent être le germe
d’une véritable intégration ayant pour objectif de
régler l’énorme dette sociale contractée avec nos
peuples, dépassant de la sorte les visées égoïstes
du marché et les étroits intérêts nationaux ou
corporatifs. À partir de ces principes, le
Venezuela et Cuba ont déjà fait les premiers pas
vers l’Alternative bolivarienne pour les Amériques
(ALBA), initiative ouverte à tous les pays de la
région.
C’est dans ce contexte d’une nouvelle intégration
que s’inscrit la Mission Milagro qui permettra de
rendre ou d’assurer la vision, en une année, à 100
000 Vénézuéliens et à 20 000 Caraïbéens; cette
possibilité a été également offerte à 100 000
autres Latino-américains ayant besoin de recevoir
ce service ophtalmologique spécialisé d’un total
de plus de quatre millions qui n’y ont accès en
raison de leur pauvreté. Notre pays est à même
d’apporter sa contribution à cette coopération
sans précédent. Cette année, 27 910 Vénézuéliens
ont été déjà opérés et 538 Caraïbéens sont dans
notre pays, dont 201 ont été opéré et même
certains sont déjà rentrés dans leur pays après
avoir récupéré leur vision, seule 30 jours après
notre réunion avec la Communauté des Pays des
Caraïbes à Anzoátegui.
Cuba, soumis à un blocus et criblée de calomnies,
peut affirmer que l’essentiel c’est la volonté
politique. 16 364 boursiers en provenance de 104
pays du tiers monde font actuellement des études
dans nos universités.
La
puissante superpuissance qui rêve d’annexer notre
petit pays peut lancer une guerre ou asséner un
coup nucléaire or ; elle ne peut, comme Cuba,
envoyer 37 000 collaborateurs, dont 24 000 du
secteur de la santé à 105 pays, souvent à des
endroits très éloignés et dans des conditions très
difficiles.
Notre capital le plus précieux, le capital humain,
sera toujours au service des causes les plus
nobles et en faveur de l’intégration.
Nombreux sont les dangers auxquels nous sommes
tous exposés. Par ailleurs, Cuba occupe l’une des
premières places sur la liste de Bush, parmi les
plus de 60 pays, « sombres coins du monde », qui
peuvent être envahis préventivement ; mais nous
sommes convaincus que nous saurons surmonter ces
dangers ou vaincre les envahisseurs.
Si
nous nous unissons, si nous ne permettons pas
d’être leurrés, si nous repoussons les
impositions, si nous défendons la dignité de nos
nations, si nous nous intégrons, nos peuples ne
pourront être dominés.
Je
vous remercie.
(Minrex)