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Discours prononcé par le camarade Carlos Lage
Dávila pour le 45e anniversaire de
l’union Des Jeunesses Communistes
Cher Raul,
Camarades,
Je ne viens pas vous parler aujourd’hui avec la
nostalgie de l’ancien dirigeant des Jeunesses
communistes, ni vous raconter ce que nous avons
été, ni vous donner des conseils sur ce que doit
être un jeune révolutionnaire.
Lorsque j’ai appris que j’avais pour mission de
faire un discours pour cette occasion, il m’a
semblé de mon devoir de réfléchir, de méditer
sur les problèmes de la jeunesse d’aujourd’hui,
ses responsabilités et les défis qu’elle a à
relever, et de vous inviter de cette manière à y
réfléchir aussi.
Les jeunes d’aujourd’hui sont nés ou ont grandi
en pleine Période spéciale. Ils n’ont pas connu
le degré de bien-être, de justice sociale et
d’équité qui avait été atteint par la Révolution
après la victoire du 1er Janvier
1959. Il n’est pas question d’idéaliser la
société qui était la nôtre dans les années 80:
nous savons bien que toute œuvre humaine est
imparfaite et incomplète. Mais à la fin de cette
décennie, nulle part ailleurs sur cette planète
le socialisme n’avait acquis plus de réalité que
dans cette petite île des Caraïbes. Ceci est
démontré par l’histoire.
Nous avons toujours su que le défi le plus élevé
du socialisme consiste à forger chez les jeunes
une conscience communiste qui rejette le
capitalisme sans y avoir vécu et sans avoir pu
mesurer combien il malmène les valeurs morales,
combien une société basée sur l’égoïsme,
l’individualisme, la vanité et l’enrichissement
personnel heurte la dignité humaine et fait
obstacle au bonheur.
Au-delà de ce défi, nos jeunes doivent
comprendre que la société socialiste dans
laquelle nous vivons, militairement menacée,
économiquement agressée, en butte à toutes les
provocations politiques et morales n’est bien
moins idéale que nous ne le voudrions et qu’elle
ne l’était autrefois, grâce à l’œuvre de tous
les Cubains: Fidel, Raul, le Che et tous les
jeunes rebelles pour qui le Granma fut un grand
cuirassé, la Moncada une minuscule caserne de
rien du tout, et une armée de 80 000 hommes,
bien peu de chose au regard des rêves de liberté
et de justice qui les habitaient.
Ce qui n’aurait pas dû arriver, ce qui aurait pu
être évité, à savoir la disparition de l’URSS et
du camp socialiste, a laissé Cuba seule –il faut
bien dire ce qui est—face à l’empire.
Nos marchés et toutes nos sources de crédits et
d’investissements disparurent et le gouvernement
des États-Unis s’apprêta, sans même s’en cacher,
à réduire notre peuple par la faim et les
maladies en intensifiant le blocus, la guerre
économique, les campagnes de mensonges et de
calomnies et, pire encore, les actes de
terrorisme.
Vous êtes nés et vous avez grandi quand nous
avions des coupures de courant de dix heures par
jour et plus, quand le pays manquait
dramatiquement de médicaments et de denrées
alimentaires, quand c’est à peine si des moyens
de transports circulaient dans les rues, y
compris dans la capitale.
Ces circonstances ont modifié substantiellement
la vie de notre peuple et engendré d’amères
contradictions. Elles ont favorisé les vices et
les privilèges que l’œuvre révolutionnaire avait
extirpés, elles ont entamé l’équité sociale et
le salaire, par exemple, cessa d’être la
rétribution juste qui permettait à chacun de
subvenir aux besoins de la vie quotidienne.
Il devint indispensable de faire des concessions
tactiques dont nous n’avons pas encore éliminé
toutes les conséquences. Quelques changements
qui n’avaient pas été suffisamment préparés nous
firent perdre le contrôle et l’efficacité et
d’autres, nécessaires, nous ont conduit à des
situations indésirables.
Les jeunes d’aujourd’hui n’ont connu ni le
capitalisme ni le socialisme que nous avions
construit et ont vécu des années qui ont vu
s’accentuer les déformations et les inégalités.
Mais les jeunes d’aujourd’hui ont aussi connu la
résistance tenace et admirable de notre peuple
qui, au milieu des pénuries les plus dures, a
été capable de défendre ce qui était alors un
rêve bien plus qu’une réalité, une chimère plus
qu’un exploit possible. Pour l’étonnement du
monde notre peuple a sauvé sa Révolution qui se
redresse aujourd’hui, plus forte et fière que
jamais.
Bien que conscient d’insatisfactions qui se
justifient, notre peuple accède aujourd’hui à
des droits qui demeurent tout simplement
inimaginables pour des milliards d’habitants de
notre planète: l’accès à la santé et à
l’éducation est gratuit d’un bout à l’autre de
l’île, personne dans notre pays n’est de trop,
pas un seul Cubain ne se trouve dans
l’impossibilité d’obtenir un poste de travail ou
d’étude, de se rendre utile à la société,
personne ne dort dans les rues ni n’est
abandonné à son sort. Nous vivons dans une
société de justice, de solidarité, de dignité
qui ne fera que s’améliorer parce que nos
ressources n’appartiennent à aucune
transnationale, nos lois ne sont pas dictées par
le marché, notre politique n’est pas tracée par
une puissance étrangère.
Et à mesure que nous avançons nous voyons
reculer le néolibéralisme, disparaître l’Accord
de libre commerce pour les Amériques tandis que
les gouvernements d’Europe se discréditent dans
leur addiction à l’hypocrisie de la démocratie
et des droits de l’homme, et nous assistons à la
décadence éthique, morale et structurale de
l’empire.
CE SERAIT UNE ERREUR QUE DE SE CONTENTER DE CE
QUE NOUS FAISONS
Plus convaincus que jamais de la justesse de
notre voie socialiste et de nos idées, nous
devons être conscients des injustices que notre
société a héritées de la Période spéciale. Nous
devons savoir que notre travail auprès des
jeunes requiert de plus en plus de profondeur et
d’extension. Ce serait une erreur que de se
contenter de ce que nous faisons, d’imaginer que
nous parvenons toujours à atteindre le cœur et
l’esprit des jeunes, que notre travail
idéologique est suffisant, et que nous le
comprenons bien, non pas comme la simple
réitération d’idées mais comme l’art d’éveiller
les sentiments et de forger les consciences.
Il est indispensable de s’approprier une culture
solide pour appréhender les essences et déposer
sa confiance dans la capacité de construire une
société de plus en plus juste dans un monde
injuste dont l’existence même est menacée, et
pas seulement par des dangers de guerre.
La culture nous apporte la lucidité qu’il faut
pour «changer tout ce qui doit être changé»,
pour conquérir ce que nous nous proposons de
conquérir. Rien n’est aussi propre à la jeunesse
que le changement, c’est pourquoi être jeune en
des temps de Révolution est un privilège.
On ne peut obtenir ce qui convient le mieux à
notre vie, à nos familles, à nos semblables et
aux nouvelles générations sans s’appuyer sur la
culture. Fidel nous l’a: sans culture il n’y a
pas de liberté possible.
En cet anniversaire il est de notre devoir de
réfléchir au discours prononcé par notre
commandant en chef dans le Grand Amphithéâtre de
l’Université de La Havane, et de nous poser des:
Sommes-nous satisfaits des niveaux d’information
des nouvelles générations, de l’orientation de
leurs intérêts, de la façon dont elles
intériorisent leurs?
Les militants de l’UJC sont-ils vraiment
l’avant-garde de notre jeunesse et la relève de
notre Parti, garant indiscutable de la
Révolution?
Si nos réponses étaient négatives ou
partiellement négatives, cela ne nierait en
aucun cas l’existence et les progrès de
l’organisation de jeunes solide et prestigieuse
qu’est l’UJC, ni les vertus indéniables d’une
jeunesse saine et révolutionnaire comme la
nôtre. Il s’agit d’avoir conscience de la haute
responsabilité qu’assument les jeunes d’un pays
qui a su défendre les drapeaux du socialisme
dans les circonstances les plus difficiles, d’un
pays qui a été le guide et l’espoir de millions,
de centaines de millions d’êtres humains à
travers le monde.
Notre jeunesse est disciplinée, organisée,
responsable, elle participe activement à la vie
politique et ceci peut être facilement apprécié
mais ne reflète pas toujours, dans tous les
jeunes et chacun d’eux, une solide conviction
révolutionnaire. Notre devoir consiste à mesurer
combien chaque jeune est révolutionnaire et
comment il peut le devenir de plus en plus.
Il est nécessaire de garantir la participation
réelle et effective des jeunes à toutes les
sphères de la vie sociale ; dans tous les
domaines où nous agissons la présence d’un jeune
doit se faire sentir et apporter sa
contribution. Nous avons besoin de leur esprit
critique, de leur rébellion naturelle, de leur
attachement à la justice, de leur intransigeance
face aux erreurs.
La Révolution a besoin de cet exercice qui
consiste à réfléchir, à réfléchir avec sa propre
tête, et ceci doit être encouragé à ces âges où
se forgent le caractère, les convictions et les
valeurs qui doivent guider notre conduite tout
au long de notre vie. Une organisation
d’avant-garde doit analyser, débattre, proposer.
Lorsque le débat et les analyses des questions
qui concernent et intéressent le plus les jeunes
ont lieu en marge des organisations de base de
l’UJC, celles-ci deviennent des éléments formels
qui se sont distancés de la vie réelle.
Ce problème n’est pas seulement celui de l’UJC,
mais rien ne me paraît plus raisonnable que de
l’affronter d’abord avec les jeunes.
La Bataille d’idées née de la pensée
révolutionnaire de Fidel, à laquelle se sont
consacrés avec tant de passion et d’enthousiasme
l’UJC, l’Organisation des pionniers, la
Fédération des étudiants et celle des élèves du
secondaire et qui a suscité tant d’espoir et de
confiance justifiée chez notre peuple, a ouvert
des possibilités nouvelles et infinies aux
jeunes, mais elle ne fait que commencer et doit
trouver sa continuité nécessaire dans le travail
en profondeur, auprès de chaque jeune, dans
chaque réunion, chaque activité, chaque tâche.
Le travail quotidien ne peut consister seulement
dans les réunions et les comptes-rendus, qui
sont certes indispensables, mais il doit aussi
donner lieu à une intense activité politique et
à une vie culturelle authentique dans chaque
recoin de la patrie pour offrir à la Révolution
des générations de jeunes gens immunisés contre
les chants de sirène du capitalisme, contre les
vitrines des sociétés de consommation et contre
les banalités d’un système dont nous rejetons
les valeurs.
La jeunesse d’aujourd’hui, ce sont les
internationalistes, les universitaires de chaque
municipalité du pays, les enseignants de type
nouveau, les travailleurs sociaux, les
instructeurs d’art, les jeunes qui étudient
l’informatique, les étudiants, les travailleurs,
les combattants. Jamais la Révolution n’a pu
compter sur une masse de jeunes aussi instruits
et aguerris.
L’UJC ne doit pas attendre que les jeunes
viennent à elle, il lui faut aller à leur
rencontre et contribuer à la formation d’une
jeunesse de plus en plus révolutionnaire qui
peut l’être et le sera parce que les idées que
nous défendons sont les plus nobles et les plus
justes qui aient jamais inspiré un combat.
Il est vrai que tout ne peut pas être travail,
étude et activités politiques et que l’UJC a un
rôle important à jouer dans la création
d’espaces et de conditions pour les loisirs,
auxquels les jeunes n’ont pas toujours assez
accès en raison de nos limitations matérielles,
de l’existence de deux monnaies et de deux; du
manque d’imagination et parfois de volonté. Il
serait impossible de faire face aux coûts d’une
jeunesse dont les occupations seraient inutiles
et généreraient des vices, l’alcoolisme, la
consommation pseudo culturelle, l’apathie, la
vulgarité, l’insensibilité, autant de
manifestations du comportement humain qui sont
incompatibles avec la société que nous
construisons.
L’UJC peut faire beaucoup plus et exiger
beaucoup plus des organismes et des institutions
qui ont des responsabilités sur ce front, mais
nous savons tous que plus un jeune est cultivé,
plus nous aurons su lui inculquer d’intérêts et
de motivations, plus il lui sera facile
d’occuper ses loisirs et de vivre une vie qui
l’enrichira en tant qu’être humain, d’apprécier
ce que lui a légué la création de l’homme.
Camarades,
Félicitons l’Union des jeunesses communistes et
l’Organisation des pionniers José Marti en leur
anniversaire et confirmons notre confiance dans
les Cubains qui ont aujourd’hui l’âge de se dire
que tout est possible.
Nous vivons dans un monde qui compte neuf cent
millions d’affamés et plus d’un milliard
d’analphabètes, où la guerre ou les préparatifs
de guerre absorbent un billion de dollars, où
les changements climatiques sont déjà
perceptibles et où la consommation de carburants
s’accroît à un rythme échevelé, où le
gouvernement du pays qui a atteint le plus grand
pouvoir économique et militaire de l’histoire se
comporte de manière irrationnelle, égoïste et
criminelle.
NOUS AVONS RAISON DE VOUS FAIRE CONFIANCE
Plus que jamais les problèmes du monde sont ceux
de chaque nation et aucun pays ne pourra relever
à lui tout seul les défis qui attendent l’espèce
humaine. C’est le monde où il vous est échu de
vivre et pour le sauver, notre jeunesse devra
lutter. Nous avons toutes les raisons du monde
pour déposer notre confiance en vous.
L’histoire de notre patrie s’est construite sur
la lutte de plusieurs générations de Cubains.
Lorsque éclata la guerre lumineuse de 1868, de
nombreux jeunes prirent le maquis et y furent
rejoints par un jeune paysan de 23 ans du nom
d’Antonio Maceo.
Un autre très jeune homme, Ignacio Agramonte, rejeta avec
courage les thèses selon lesquelles il fallait
abandonner la lutte.
Les huit étudiants en médecine fusillés
n’étaient pas coupables de l’acte de profanation
qui leur était imputé, mais ils l’étaient sans
aucun doute de sympathies envers la cause
indépendantiste.
Pendant cette même guerre José Marti, qui
n’avait alors seize ans, fut envoyé à la prison
de La Havane pour cause d’amour de la patrie.
Dès lors, il ne se passa plus un jour sans qu’il
rêve d’indépendance ou lutte pour elle.
A la guerre nécessaire qu’il organisa et dirigea
en 1895 se joignirent des milliers de jeunes.
Pour avoir voulu défendre le corps déjà sans vie
de son chef, Panchito Gomez Toro trouva lui
aussi la mort alors qu’il était à peine
adolescent.
Les années passèrent et quand un tyran s’empara
du pouvoir, un jeune homme, Julio Antonio Mella,
le combattit sans trêve, de même que Ruben
Martinez Villena, Antonio Guiteras, Pablo de la
Torriente et tant d’autres.
La dictature qui s’empara du pouvoir le 10 mars
1952 fut combattue et vaincue par la jeunesse de
la génération du Centenaire, commandée par
Fidel. Jeunes étaient les guérilleros de la
Sierra Maestra, les combattants de la
clandestinité, les artilleurs et les combattants
de Playa Giron, les alphabétiseurs, une bonne
partie des soldats, des enseignants et des
médecins internationalistes, et nos Cinq Héros
qui se sont dressés face à la cruauté et à la
perfidie.
Tout au long de ces quarante-huit dernières
années, c’est aussi sur les épaules des jeunes
qu’a reposé la résistance héroïque d’une nation
face aux prétentions de l’ennemi impérialiste de
se réapproprier Cuba. Sur leurs épaules repose
encore l’avenir socialiste de la patrie, qui est
la meilleure destinée, la seule possible pour
notre peuple et la contribution essentielle des
Cubains à un monde de paix et de justice.
Vive l’Union des jeunesses communistes!
Vive Raul!
Vive Fidel!
La patrie ou la mort, nous vaincrons!
(Granma) 27-04-2007
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