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PETROCARIBE ET L’ ALBA
• La raffinerie de Cienfuegos permettra à Cuba de
réduire largement sa dépendance des importations de
combustible pour le transport routier
« Il faut dans le monde beaucoup de PETROCARIBES pour que
les peuples souffrent moins »
• Le prix du pétrole est fixé à New York et à Londres. Les
spéculateurs et les marchés d’avenir exercent une influence
pernicieuse
• Cuba et l’Argentine ont chacune une parcelle à exploiter
dans le bassin de l’Orénoque
PAR LISANKA GONZALEZ SUAREZ ET GABRIEL MOLINA
L’ACCORD énergétique de Caracas et les missions Robinson et
Barrio Adentro permettent d’équilibrer la balance
commerciale entre le Venezuela et le Cuba, mais aussi
d’offrir des soins médicaux gratuits à 17 millions de
personnes.
L’ex-président de l’OPEP et de PDVESA et actuel ambassadeur
du Venezuela à Cuba, Ali Rodriguez Araque, réfute les
accusations proférées par certains médias qui rangent ces
échanges avec l’île et d’autres pays de la région sous
l’étiquette de subventions ou de cadeaux. Dans une interview
concédée à Granma international, il montre que les avantages
sont réciproques.
« Le Venezuela a un marché stable pour la vente de son
pétrole. Nos ennemis tiennent des propos de boutiquiers :
ils prétendent que nous profitons des richesses dont nous
disposons pour imposer des conditions à ceux qui ont besoin
de produits énergétiques, quel que soit le destin des
peuples concernés. C’est justement cette mentalité qui a le
plus contribué à diviser l’Amérique latine ce qui permet à
l’oligarchie créole et la grande oligarchie mondiale de la
dominer ainsi plus facilement. Nous sommes en présence de
principes, d’idées, de valeurs en tous points opposés ; ce
n’est pas seulement un problème commercial, comme le
prétendent nos ennemis. »
UN GRAND CENTRE DE DISTRIBUTION DANS TOUTE LA CARAIBE
A propos des éléments qui pourraient faire l’objet
d’analyses lors des prochains sommets de PETROCARIBE et de
l’ALBA, ainsi que de l’importance de la raffinerie inaugurée
quelques jours après dans la région centrale de Cuba,
Rodriguez qui a été aussi secrétaire général de l’OPEP a
souligné. « Il vaut la peine de signaler que la
matérialisation de la remise en état de la raffinerie de
Cienfuegos répond tout à fait à l’esprit de ces initiatives.
Il ne s’agit plus de discours ni de bonnes intentions mais
de réalisations. Ce que cette raffinerie représente pour
Cuba c’est, en tout premier lieu, une usine dotée d’une
technologie de pointe qui devrait garantir au pays, sur de
longues années, un bon approvisionnement en produits
raffinés --essence et dérivés-- : 65 000 barils par jour
dans une première phase. Ajoutons que 50% du pétrole peut
encore servir à élaborer un combustible plus lourd.
L’agrandissement de la raffinerie est déjà à l’étude pour
qu’elle puisse arriver à ce qu’on appelle la conversion
profonde : tirer un maximum de produits du baril de pétrole,
de sorte qu’il n’en reste que du charbon, qui a aussi son
utilité. Il s’agit de rentabiliser la raffinerie.
« Cuba réduira ainsi fortement ses importations de
carburant destiné au transport routier ; une raffinerie de
qualité permet en outre d’envisager l’installation sur place
d’une usine de pétrochimie. On peut commencer à travailler
avec du gaz importé du Venezuela : les capacités de stockage
de Matanzas seront restaurées, de même que l’oléoduc qui
relie le port de Matanzas à Cienfuegos. Et à partir de là,
on pourra créer à Cuba un grand centre de distribution pour
toutes les Caraïbes. Ceci a l’avantage de réduire les coûts.
Les avantages sont énormes. On peut même songer à fermer des
raffineries anciennes qui sont très polluantes et ont un
faible rendement. Cette raffinerie de Cienfuegos est
réellement un grand pas en avant. On fera la même chose au
Nicaragua, à la Jamaïque (où une raffinerie est en cours
d’agrandissement), de sorte que ces pays n’aient plus à
payer le combustible aux prix actuels. »
Le Venezuela, pour sa part, a trouvé un marché stable où
écouler sa production. Ce qui fait que les deux parties sont
bénéficiaires. »
IL EST ABSURDE QUE LE VENEZUELA COMPTE PLUS D’UN MILLION ET
DEMI D’ANALPHABETES AU 21e SIECLE
Parmi le antécédents de cette intégration figure l’Accord
de San José, se rappelle Ali Rodriguez ; le Venezuela et le
Mexique s’engageaient par là à exporter en Amérique centrale
et dans les Caraïbes jusqu’à 120 000 barils de pétrole, mais
il ne s’agissait pas de financer la facture pétrolière, tout
juste de fournir des crédits à hauteur de 20% de la
facture : le problème fondamental restait donc la facture,
surtout à partir du moment où les prix ont flambé. C’est
alors qu’a surgi l’Accord énergétique de Caracas, qui
prenait le relais d’autres contrats qui s’étaient heurtés à
des difficultés. A partir de 2002, plusieurs accords
concernant le brut ont été signés, dont un en vertu duquel
le Venezuela fournirait à l’île la technologie permettant
d’améliorer la récupération des bruts lourds et d’autres
matières ; c’est alors que la question de la raffinerie de
Cienfuegos a été sérieusement envisagée, puis complétée.
« Les conversations portaient aussi, à l’époque, sur la
stratégie du Venezuela face aux problèmes sociaux, dont
l’analphabétisme ; avec les structures héritées de la
quatrième République, on se proposait d’alphabétiser 16 000
personnes par an, ce qui était bien peu ; on a donc dû
concevoir un programme spécial pour régler le problème dans
le laps de temps le plus court possible. Il était
franchement absurde qu’au 21e siècle, un pays doté de
ressources comme le Venezuela compte encore plus d’un
million et demi d’analphabètes. C’est ainsi qu’a vu le jour
la Mission Robinson, qui a permis de résoudre le problème
rapidement avec le solide soutien de Cuba.
« Parallèlement commençait la mission Barrio Adentro, avec
un petit groupe de médecins cubains, dans la capitale du
pays. Ceci a donné lieu à une protestation du Collège des
médecins de Caracas, totalement dominé par des secteurs très
réactionnaires, mais la population a réagi très
favorablement et a même protégé les médecins. A partir de là
a eu lieu tout un processus qui a abouti à la présence, au
Venezuela, de milliers de professionnels cubains de la santé
ainsi qu’à la gratuité des soins médicaux pour 17 millions
de personnes, parmi les secteurs les plus pauvres du pays,
de même que la gratuité de cent vingt médicaments. Bien
d’autres accords concertés dans d’autres secteurs
permettent d’équilibrer la balance entre nos deux pays.
« Bien entendu, les prix du pétrole sont tels que le
déséquilibre joue toujours en faveur du Venezuela, mais
comme pour l’Accord énergétique de Caracas, un pourcentage
de la facture pétrolière est financée selon le prix du
pétrole et les intérêts : il s’agit d’un pourcentage stable
qui n’est pas soumis aux fluctuations de la valeur de
l’argent ». Ceci implique à son avis une hausse considérable
des échanges entre les deux pays.
L’ambassadeur développe l’idée de l’intégration. Elle
repose, dit-il, sur quatre grands postulats : entre nous, il
doit y avoir complémentarité et non concurrence, solidarité
et coopération et non imposition, et surtout respect strict
de la souveraineté de l’autre pays. « Tout ceci a permis de
faire monter la valeur des échanges entre le Venezuela et
Cuba ; bien sûr que ces échanges sont assortis de bénéfices,
mais une bonne affaire est une bonne affaire quand les deux
partenaires en bénéficient, et pas seulement l’un d’entre
eux. Tel est le schéma gagner-gagner que nous appliquons non
seulement avec Cuba mais aussi avec des pays de l’ALBA et
même d’autres.
PETROCARIBE ET PETROSUR: DE L’ENERGIE POUR LES PAUVRES
« C’est dans ce cadre qu’a surgi l’idée de PETROCARIBE, qui
permet d’approvisionner en pétrole un ensemble de pays, ceux
qui, sans une formule souple comme celle-ci pour le paiement
de la facture, ne pourraient avoir accès à l’énergie qu’au
prix d’énormes sacrifices, compte tenu des coûts élevés du
pétrole.
« L’idée de PETROSUR surgit dans d’autres conditions, car
cet accord regroupe des pays producteurs comme la Bolivie,
et d’autres qui ont stabilisé leur production par rapport à
leur consommation, comme c’est le cas du Brésil. Des accords
ont aussi été passés avec l’Equateur et le Nicaragua, C’est
une politique qui tend à s’élargir, en raison des avantages
qu’elle offre. »
Voilà pourquoi Ali Rodriguez considère que l’initiative a
atteint très rapidement son objectif et offre en outre
d’excellentes perspectives. Il faut tenir compte,
ajoute-t-il, de l’expérience accumulée en matière de
processus d’intégration en Amérique latine.
« Certains ont échoué et d’autres se sont heurtés à de
grandes résistances. C’est le cas de l’accord de Cartagena,
un excellent accord qui a débouché sur le pacte Andin, puis
sur la formation de la Communauté andine, mais qui a été
freiné par la présence encore forte de la vision néolibérale
de l’intégration. Après l’échec de l’ALCA, intervenu à
l’issue de la réunion de Mar del Plata, on a assisté à
d’autres tentatives de manœuvres par le biais des Traités de
libre échange ou TLC, que les Etats-Unis ont signés avec la
Colombie, le Pérou, etc… C’est ce qui a motivé que le
Venezuela se retire de la Communauté andine.
« MERCOSUR voit le jour lorsque le néolibéralisme est à son
apogée ; il est donc inspiré d’une conception néolibérale.
Les changements qui sont intervenus au sein des
gouvernements de plusieurs des pays membres ont ouvert la
voie à des échanges d’opinions sur les objectifs et les
procédures conduisant à l’intégration du marché. On en est
là. Je dirais même que la vision du Venezuela s’est heurtée
à des difficultés ; concrètement, deux pays ont réagi, le
Brésil en particulier, et cela se reflète au niveau de
l’approbation des accords par les Parlement respectifs, mais
il s’agit d’une idée qui fait son chemin, parce qu’elle ne
se limite pas exclusivement aux pays de la Caraïbe ou aux
pays membres de l’ALBA ; il s’agit d’une conception associée
à la réunification de notre Amérique. »
Le schéma actuel d’intégration a-t-il quelque chose à voir
avec celui de la Communauté européenne ? Il s’agit de deux
conceptions très différentes, affirme catégoriquement
l’ambassadeur. « L’Union européenne est une union de pays
capitalistes, de pays qui ont choisi le capitalisme comme
voie de développement. Pour PETROCARIBE et l’ALBA, il s’agit
essentiellement de s’allier pour avancer ensemble dans la
voie du développement, contrairement au capitalisme et
surtout à sa version néolibérale, qui a engendré de grandes
souffrances dans ces pays.
« Théoriquement, si les gigantesques et puissantes
corporations du Nord entrent en libre concurrence avec nos
économies encore faibles, on sait déjà quel sera le
résultat. Pour nous, il ne s’agit pas de nous concurrencer.
La concurrence aboutit nécessairement au monopole, ceci est
une loi historique.
LA PROSPERITE POUR TOUS
« C’est ce qu’on peut observer dans le développement
économique mondial. Prenons le cas de l’économie mondiale
pétrolière, que je connais un peu : les plus puissantes
entreprises du monde fusionnent et on voit ainsi naître des
monopoles aux proportions fantastiques ; dans les
télécommunications ou l’informatique, l’hyperconcentration
du capital est encore plus rapide et donne lieu à des
monopoles impressionnants. Voilà à quoi conduit la
concurrence. Telle est la loi historique qui régit le
mouvement du capitalisme dans un pays et dans le monde. A
mesure que ce processus avance il se produit une plus grande
concentration des richesses et, en même temps, une
aggravation de la pauvreté dans le monde
« C’est ainsi que s’est imposée la pire contradiction du
monde actuel : une grande concentration de richesses au Nord
et une extension énorme de la pauvreté au Sud ; d’où le
déplacement incontrôlable des populations du Sud vers le
Nord, une véritable marée humaine, ce qui donne lieu à des
conflits graves au sein des pays du Nord. Aux Etats-Unis il
y a 40 millions de pauvres ; ce pays qui a construit sa
prospérité sur l’immigration rejette actuellement toute
immigration. Après avoir bombardé de critiques le Mur de
Berlin, voilà que les Etats-Unis construisent un mur
infiniment plus long. Ces problèmes existent aussi en
Europe ; la pauvreté augmente dans un pays aussi prospère
que l’Allemagne. On brûle des voitures pendant des semaines
dans les banlieues pauvres de France, pour dénoncer la
discrimination. Le conflit commence donc à éclater à
l’intérieur des pays les plus prospères.
« Que proposons-nous face à ce schéma de concurrence, à
cette espèce de darwinisme économique où le plus fort dévore
le plus faible ? Un projet permettant, à partir de formules
différentes qui sont à portée de la main et qui ouvrent la
voie à la prospérité pour tous.
L’ALBA AVEC L’ARGENTINE ET LE BRESIL
« En avril 2003, président de Pétroles du Venezuela (PVDSA),
je me trouvais à Montevideo où on procédait à
l’agrandissement de la raffinerie de la capitale. Le
président Chavez m’appelle et me dit de gagner rapidement
l’Argentine, où la nation tout entière est au bord de la
crise énergétique. La solution m‘est apparue dans toute sa
simplicité : le Venezuela est une grande puissance
énergétique avec d’énormes excédents exportables et
pourtant, nous n’avions jamais vendu de pétrole à
l’Argentine. Nous avons signé un accord et, en quinze jours,
pour la première fois dans toute l’histoire de nos
relations, les premiers cargos vénézuéliens touchaient les
côtes argentines. Nous nous sommes rendu compte de
l’évidence : l’Argentine et une grande puissance agricole,
avec des excédents exportables. Autrement dit, nous nous
complétons parfaitement. Le Venezuela a même envoyé des
pétroliers dans les chantiers navals argentins, au lieu de
les envoyer dans le Nord pour les travaux d’entretien, et
cela a permis de réactiver les chantiers navals argentins,
pratiquement paralysés, avec près de deux mille chômeurs.
« Voilà ce que c’est que le schéma gagner-gagner : c’est
aussi ce que nous faisons avec Cuba, la Bolivie, le
Nicaragua, et même avec d’autres pays qui ne font pas partie
de l’ALBA. Cela se fait avec le Brésil et nous commençons,
timidement encore, avec des nations des Caraïbes et
d’Amérique centrale. Si nous avons certaines facilités dans
un secteur économique spécifique et qu’un autre pays en a
besoin, nous pouvons coopérer ; s’il existe des perspectives
de développement, tant mieux, et sinon, nous le faisons par
solidarité.
« Il existe des nations des Caraïbes qui, suite à leurs
politiques néo-libérales, ont vu chuter abruptement leurs
revenus au titre des exportations. L’un d’eux que je ne
citerai pas a vu ses exportations de sucre et de banane
chuter de cent à huit millions de dollars.
Comment peut-il payer le prix du pétrole au niveau où il
est ? Pour nous, ce n’est pas un sacrifice de contribuer à
résoudre le problème et de conjurer une crise qui serait
dévastatrice. Aujourd’hui, aucune société ne peut
fonctionner sans énergie, et pour la payer, il faut parfois
sacrifier tout le reste.
CREER D’AUTRES MECANISMES DE FIXATION DES PRIX ENTRE
PRODUCTEURS ET CONSOMMATEURS
Comment l’accélération des prix du brut influence-t-elle
l’économie mondiale ? Granma international demande son avis
à l’ambassadeur sur la question :
« Il y a des problèmes dont il faut tenir compte, car
certaines mesures sont entre les mains de l’Organisation des
pays exportateurs de pétrole (OPEP) ; d’autres, en revanche,
lui échappent. L’OPEP a contribué, c’est indiscutable, à la
stabilisation du marché en augmentant la production lorsque
les prix montent parce que l’approvisionnement est
insuffisant, ou en diminuant la production lorsqu’il y a des
excédents de pétrole sur le marché. Dans le pétrole, les
investissements coûtent cher. Prospecter, extraire,
transporter, raffiner, mettre sur les marchés : tout cela
coûte très cher et implique qu’il ait un prix déterminé. Par
exemple aux Etats-Unis, où il y a 600 000 puits, certains
doivent fermer quand les prix baissent –ils ont été des
centaines de milliers à fermer en 1970-- ; aujourd’hui, ces
installations ne sont pas exploitables quand le prix
approche les 18 dollars.
« Ce qui détermine le prix du pétrole n’est pas seulement
l’offre, mais aussi des facteurs tels que la consommation.
Fidel a raison : il y a beaucoup de gaspillage d’énergie.
Avec 5% de la population mondiale, les Etats-Unis consomment
25% de l’énergie aujourd’hui produite dans le monde. Il faut
prendre des mesures tendant à l’efficience énergétique,
éliminer le gaspillage, rationaliser la consommation, de
sorte que les sources d’énergie, surtout celles qu
s’épuisent comme le pétrole, puissent durer plus longtemps.
Mais il y a un autre facteur, pernicieux entre tous, qui
détermine le prix du pétrole. Ce sont les dits marchés
d’avenir. Le prix du pétrole, ce n’est pas l’OPEP qui le
fixe, il est fixé à New York et à Londres ; par conséquent,
quand les spéculateurs estiment que le prix va monter, que
la demande va monter, que les réserves diminuent aux
Etats-Unis, ils achètent des contrats, de sorte que si, par
exemple, les ventes réelles sont de l’ordre de 85-86
millions de barils, sur les marchés d’avenir on en négocie
140, 160, 180 millions, et les prix montent artificiellement
. C’est cela qui détermine le prix. De la même manière,
quand les spéculateurs voient venir une chute des prix, ils
commencent à vendre des contrats et les prix se dépriment
énormément ; autrement dit, ils capturent des bénéfices par
la voie de la spéculation, chaque fois que l’occasion se
présente. Les marchés d’avenir tiennent compte également de
problèmes qui n’ont rien d’économique : les conflits du
Moyen-Orient par exemple, qui font monter les prix.
L’OPEP OCCUPE 40% DU MARCHE PETROLIER
Une anecdote donne un peu de piquant à l’explication : « Le
11 septembre, jour de la chute des Tours jumelles, j’étais
sorti déjeuner de mon bureau de l’OPEP. A mon retour, le
prix avait grimpé de 5 dollars. A peine ai-je émis la
déclaration de l’OPEP offrant aux présidents des garanties,
etc. etc. il est redescendu, de 4 dollars.
« En 1972 le prix du baril tournait autour de 50 – 60
dollars, avec la crise du Moyen-Orient, mais il y a eu une
explosion de la demande aux Etats-Unis et le prix a bondi à
81 dollars. Naturellement, il y a eu une énorme pénurie
d’énergie, de là la fondation de l’Agence internationale de
l’énergie et le recours à d’autres sources, comme l’énergie
nucléaire, devenue commercialement exploitable ; L’OPEP a
connu une lente récupération ; autrefois, elle occupait les
deux tiers du marché mondial et après cette crise, elle est
passée à un tiers : on en est actuellement à 40% de la
production pétrolière mondiale. Elle a beaucoup appris de
cette expérience, c’est pourquoi elle suit une politique de
stabilisation des prix. Si les prix étaient régis
exclusivement par l’offre et la demande, ils se
stabiliseraient à un niveau nettement inférieur au niveau
actuel ; en outre, l’excès en matière de prix a aussi des
effets négatifs pour les producteurs et les exportateurs.
« J’estime pour ma part qu’il convient de proposer
aujourd’hui un grand accord entre producteurs et
consommateurs, de créer de nouveaux mécanismes de fixation
des prix qui reflèteront mieux la relation entre l’offre et
la demande, de sorte que les pays en développement aient
moins à en souffrir et n’aient pas autant de mal à mettre en
route leur économie. Il faut beaucoup de PETROCARIBES dans
le monde pour que ces peuples souffrent moins. »
En ce qui concerne les possibilités présentes et futures du
Bassin des Caraïbes, Ali Rodriguez estime que l’avenir est
prometteur pour l’île : « Les Etats-Unis et le Mexique ont
réussi à augmenter un peu leur production grâce à ce bassin
du golfe du Mexique. Cuba a eu du succès. La zone qui lui
revient est vierge ; faisant partie de la même formation
géologique, elle doit contenir du pétrole, et c’est ce que
pensent ceux qui y investissent : personne n’est assez fou
pour investir là où il risque de ne rien trouver ; or, je
dirais que les investissements consentis jusqu’à maintenant
sont appréciables. »
Selon un communiqué de PVDSA, sa filiale CVP et l’entreprise
cubaine CUPET « ont débuté des explorations dans six blocs
dans la zone économique cubaine dans le Golfe du Mexique ».
Dans notre cas, ce schéma s’accompagne d’autres mécanismes :
Cuba a déjà une parcelle à explorer au Venezuela,
l’Argentine a aussi sa parcelle. L’un des principes qui
régissent notre politique en la matière est de diversifier
les investissements, et de diversifier aussi les marchés.
C’est quelque chose que José Marti avait d’ailleurs vu
clairement : diversifier les marchés, diversifier les
sources de financement, car nous ne pouvons pas dépendre
d’un seul ou de deux. »
Ali Rodriguez, un paysan devenu ministre
IL n’est guère facile de retrouver, derrière cet homme
simple mais aux manière raffinées qui semble être né pour la
diplomatie, le paysan qu’il était avant de devenir
travailleur et cadre du secteur pétrolier, puis guérillero.
Toutes ces facettes demeurent pourtant présentes en Ali
Rodriguez Araque, qui a choisi la voie tracée par Bolivar.
L’ambassadeur de la République bolivarienne à Cuba est né
dans une région dont la capitale est Mérida, une ville qui a
pour devise : « Personne ne peut cacher la ville érigée sur
la montagne. » De paysan, le voici transformé en ministre.
Après avoir séjourné dans plusieurs villes et avoir été
témoin, dans l’Etat de Lara, d’une terrible catastrophe
naturelle, il a entrepris des études de droit et d’économie.
C’est à cette époque qu’il a compris que le secteur
pétrolier constituait un élément déterminant pour comprendre
le Venezuela. Il s’est donc lancé dans des études sur le
pétrole, avec d’excellents professeurs dont un, venu
d’Allemagne, qui avait lu Le Capital de la première à la
dernière page. Son engagement politique et idéologique le
conduisit à la guérilla.
De 1983 à 1999, il a été membre du Congrès de la République
du Venezuela, où il a présidé la commission pour l’énergie
et les mines de la Chambre des députés, de 1994 à 1997.
Lorsque Hugo Chavez a remporté les élections, il a été nommé
ministre de l’Energie et des Mines. Il a été élu sénateur
au Congrès de la République par l’Etat de Bolivar pour la
période 1999-2004.
Nommé président de la Conférence de l’OPEP, il devenait
secrétaire général de l’Organisation dès l’année suivante.
De retour dans son pays en 2002, il a assumé la présidence
de PDVSA, jusqu’en 2004 où il a été désigné ministre des
Relations extérieures de la République. En octobre 2006, il
a été nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire
de la République bolivarienne au Venezuela auprès du
gouvernement de la République de Cuba. On lu doit plusieurs
ouvrages sur le thème de la politique énergétique.
Granma
20-12-2007 |
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