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Par
Raúl Martell
Traduit par Alain de Cullant
Au cours des années de la première décennie du XIX
ème siècle, quand la métropole coloniale espagnole
abolit le monopole de la Manufacture Royale , le 17
mars 1814, cela a permis la liberté de la culture,
de la fabrication et de la vente du tabac cubain au
plus offrant. Nonobstant, quelques jours plus tard,
l'intransigeante mesure est réappliquée avec
l'avènement du roi Fernando VII qui, avec son
absolutisme et son intransigeance, révoque tout ce
qui avait été approuvé dans les Cours avant son
gouvernement.
En juin 1817 l'absolutiste roi se voit obligé de répondre aux
demandes des planteurs et des commerçants du tabac
en transigeant, par un Décret, l'arrêt total et
complet des préceptes et des arbitraires contenus
dans la gestion de la Manufacture Royale.
Commence alors une étape de véritable essor de la production et
surtout du commerce du tabac cubain. Ce sont les
années du fameux boom de la production, de la
commercialisation et de l'exportation de
puros cubanos ou cigares cubains dans le
monde, principalement vers la Grande- Bretagne ,
l'Allemagne, la France et le Danemark et en moindre
mesure vers l'Amérique du Nord et l'Espagne.
Entre les années de 1836 et 1861 l 'augmentation des fabriques de
cigares dans la capitale enregistre des
astronomiques, à savoir, de 306 locaux durant la
première année à 516, vingt- cinq ans plus tard.
Bien que l'on remarque un accroissement dans le
nombre de fabriques individuelles, commence à avoir
lieu un progressif processus de concentration de la
production dans peu de mains.
Les allemands et leur penchant pour le tabac
Dès l'année 1779, le cigare était déjà connu et apprécié par les
peuples germaniques. On raconte que durant cette
année l'allemand Peter Wendler sollicita à l'Église
de Rome l'autorisation pour produire, ce qui était
connu comme le
bastoni di tabacco , une sorte de cigare.
Depuis longtemps, dès la première moitié du XVI ème
siècle, des échanges commerciaux existaient entre
l'île des Caraïbes et les ports allemands de Brême
et de Hambourg.
Les frères Hermann et August Upmann, résidents à
Brême et banquiers de profession, arrivèrent à Cuba
durant l'année 1841 avec l'intention d'ouvrir une
filiale financière à La Havane. Les frères Upmann
étaient aussi de fidèles amateurs de cigares et,
attirés par la renommé du tabac cubain, tant aux
Etats- Unis que dans leur propre pays d'origine,
trois ans après leur arrivée, en 1844, ils fondent
la fabrique et la marque
H. Upmann & Compagnie .
Certains chercheurs disent que cette marque résultait du fait que
les frères Upmann, surtout Hermann, envoyaient des
caisses de cigares à leurs amis en Allemagne, ces
caisses portaient l'emblème de leur banque, comme
forme d'identification, comme une sorte de
promotion.
Là se situe l'origine des
marquillas (illustrations), des bagues
ou vitolas
qui donnent lieu à la naissance de l'activité
vitofílica (création et fabrication des
bagues et des illustrations). Rappelons que la bague
est l'anneau lithographié qui entoure le cigare de
qualité. Le 15 octobre de l'année 1844, en plein
cœur de la capitale de l'Île, dans la rue San
Miguel, certains disent au numéro 75, d'autres au
85, commencent la production des premières bagues
avec la marque
H. Upmann .
Les Upmann, le tabac et la lithographie
Ainsi, les entreprenants frères Upmann, grands amateurs de cigares,
et d'argent, décident d'investir des fortes sommes
dans la production et la commercialisation du tabac,
ils installent leur usine dans la rue San Miguel et
ils légalisent leur marque, qui continue jusqu'à nos
jours avec sa renommée mondiale.
À propos du thème des marques, c'est à partir de
1856 que commence à être officiellement ordonnée la
différenciation entre les producteurs au travers des marquillas qui identifient leurs produits. Premièrement,
les marques étaient enregistrées par décrets
municipaux avec l'autorisation du gouvernement civil
et politique. Postérieurement, l'approbation du
Gouvernement Supérieur Civil de l'Île s'instrumenta
juridiquement par le biais du capitaine général, en
ce temps- là, José Gutiérrez de la Concha.
Quelques années plus tard, plus de 800 marques de 377 fabricants
étaient déjà enregistrées officiellement. Convaincu
de la qualité de leurs tabacs et pour éviter les
falsifications, en 1860, Hermann Upmann introduit
des marquillas
sur chaque boite de cigares, les identifiant et les
différenciant des autres par les leurs "tracé".
Cette mesure a permis de sauvegarder les plus célèbres marques de
cigares cubains, entre la
H. Upmann , qui affrontait déjà la
concurrence d'autres producteurs nationaux et
internationaux
À la fin des années 80 du XIX ème siècle la fabrique Upmann ne
pouvait déjà plus couvrir la demande, c'est pour
cette raison qu'une une nouvelle usine fut ouverte
rue Carlos III, en 1891. En cette époque leurs
cigares avaient déjà reçu 10 médailles d'or dans des
Foires Internationales. Vers fin du XIX ème siècle
la H. Upmann
était une des plus prestigieuses marques de cigare
cubain.
Gustav Bock : Un autre précurseur de la
vitofilia
Parallèlement, un autre homme d'affaire entreprenant, Gustav Bock,
citoyen allemand, arrive à Cuba en 1854 pour
investir dans le tabac. Il fonde l'usine
El Águila de Oro et il achète des terres
pour la culture de cette plante dans la célèbre zone
de San Juan y Martínez, le berceau du meilleur tabac
cubain.
Postérieurement, Bock est nommé président de l'un des premiers
trusts du tabac à Cuba, créé fondamentalement avec
des capitaux anglais et connu comme le
Henry Clay Bock and Company Limited .
Au début de la seconde indépendance de Cuba, Bock
dirige le célèbre trust Havana Cigar and Tobacco Company , cette fois constitué
avec des capitaux nord- américains, des capitaux qui
commençaient à occuper des places de plus en plus
importantes sur les marchés du tabac cubain.
Plusieurs spécialistes coïncident que l'époque dorée des Havanes
fut vers le milieu du XIX ème siècle. Certaines des
meilleures marques du monde sont nées durant cette
période :
Romeo y Julieta, H. Upmann, Montecristo et Partagas
. Vers l'année 1855, plus de mille usines existaient
dans l'île de Cuba, pour une production de plus de
350 millions cigares annuellement.
En 1860, Gustav Bock, établi à La Havane depuis 1854, crée la
célèbre bague pour identifier correctement les
Havanes de sa production et combattre les
falsificateurs qui commençaient déjà à pulluler
autour de cette affaire fleurissante. C'est pour
cette raison que les bagues sont appelées
anilla bockiana , en reconnaissance à
son possible inventeur. Bien que l'on dise que
l'idée provient des élégants fumeurs de Havanes,
pour ne pas tacher leurs gants blancs qui étaient
de mode à cette époque.
La lithographie, comme méthode d'impression, existait depuis la fin
du XVIII ème siècle, découverte par Alejo Senefelder
(un allemand qui a vécu entre les années 1711 et
1834). Son introduction à Cuba est due à des
imprimeurs français.
Des marquilas
lithographiées de dessins, de formes de couleurs
différents commencèrent à être employées pour
différencier les cigares, les marques par rapport
aux autres. Les sujets qui ornaient les bagues
devinrent chaque fois admirables et variés. De beaux
paysages, des scènes rurales et urbaines, jusqu'aux
propres épouses et parents des propriétaires furent
reflétés sur les
marquillas .
Dans les premières décennies du XIX ème siècle une forte
concurrence s'établit entre les producteurs pour
s'attirer, avec une conception attrayante,
l'approbation des fumeurs séduits par une belle
présentation. Ces bagues avaient aussi un caractère
utilitaire, elles décrivaient succinctement la
marque du fabricant, l'origine des feuilles qu'il
employait et d'autres informations précieuses pour
aider le client à prendre une décision favorable.
De nos jours la lithographie constitue un art qui transcende les
simples frontières commerciales pour se convertir en
un véritable art.
Sur le travail de ces artistes, Reynaldo González dit, dans son
très bel ouvrage intitulé
El bello habano. Biografía íntima del tabaco
(Le bel Havane. Biographie intime du cigare) : « Ils
nous ont légué le prodigieux produit de leur pensée
créative, leur somptueux baroquisme, leur insolite,
voluptueuse capacité charnelle d'associer les idées
et de rendre visible ce qui est seulement
imaginable. Un art de notre époque pour un art
immémorial : celui de fumer ».
Finalement, nous pouvons nous poser cette question :
La vitofilia
: une invention allemande ?
Lettres de Cuba: octobre
2007 |