Nous demandons justice

 

  

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 Il y a trente ans, l'horreur impunie

" Maintenant que notre organisation s'est tirée avec succès du travail que nous avons fait avec Letelier, nous allons faire quelque chose d'autre " Orlando Bosch

" Nous allons faire sauter un avion cubain, Orlando a tous les détails. " Posada Carriles

Le 6 octobre 1976, la tour de contrôle de la Barbade enregistre un dialogue angoissé, le pilote d'un avion de ligne cubain qui vient de décoller signale une explosion et le feu à bord. La tour de contrôle donne immédiatement l'autorisation d'atterrir. Et les dernières voix que l'on entend sont: "C'est pire, Felo, colle-toi à l'eau". Puis, plus rien…

Dans l'avion dont le pilote et le copilote échangent ces mots, il y a 71 autres personnes, une fillette, une femme enceinte, des jeunes guyanais qui viennent étudier à Cuba, toute notre équipe junior d'escrime qui vient de rafler toutes les médailles du championnat qui s'est tenu à Caracas, au Venezuela…

Cet enregistrement, cela fait 30 ans qu'il témoigne de l'horreur et pour une jeune femme, il a une signification particulière:

"Je m'appelle Haymel Espinoza, fille du copilote Miguel Espinoza, celui qui dit les derniers mots, "Felo, pégate al agua", dans l'enregistrement. Ces trente ans ont été très durs, très difficiles, il nous a fallu demander justice sans jamais l'obtenir. Nous avons vu nos droits violés de multiples manières. La seule chose que nous demandons au monde est de nous aider à ce que les terroristes responsables soient punis. Nous ne parlons pas seulement en notre nom, mais en celui de toutes les victimes du harcèlement contre notre pays. Les crimes ont été planifiés par la CIA, les criminels ont avoué et il ne se passe rien, rien. Ils n'ont pas le moindre remord. Le monde est en danger tant qu'ils sont en liberté. Il n'y a pas en eux la moindre once d´humanité."

Deux hommes préparent l'attentat, Bosch et Posada Carriles, deux autres individus, Lugo et Ricardo, posent les bombes dans le trajet entre Caracas et Bridgetown, la capitale de la Barbade où ils descendent, regardant leur œuvre s'achever avant d'appeler par téléphone les commanditaires du crime et de leur dire " l'autobus avec les chiens est tombé ".

Mais le pire n'est peut être pas la bassesse qui caractérise un terroriste, le pire est que cela aurait pu être évité.

Des rapports de la CIA adressés à Henry Kissinger, alors Secrétaire d'Etat des Etats-Unis à la fin juin 1976 annonçaient que les extrémistes de la contre-révolution cubaine regroupés dans une organisation répondant au nom de CORU s'apprêtaient à poser des bombes dans des avions de ligne cubains.

Ces rapports sur lesquels le secret a été levé le 10 mai 2005 et qui se trouvent sur le site Internet des Archives de Sécurité de l'Université Georges Washington révèlent aussi la phrase qui figure en entête de ce texte.

En septembre 1976, après l'attentat au cours duquel Orlando Letelier, ex-ministre des Affaires étrangères du gouvernement de l'Unité Populaire au Chili, a trouvé la mort dans l'explosion de sa voiture en plein Washington, Bosch a annoncé au cours d'un banquet qui avait lieu à Santiago du Chili pour collecter des fonds pour la contre-révolution cubaine, que le prochain objectif serait un avion.

Non seulement les Etats-Unis n'ont pas fait le moindre geste pour empêcher le crime, mais ils en protègent aujourd'hui les auteurs.

Orlando Bosch a été autorisé par Bush père à résider aux Etats-Unis contre l'avis du ministre de la justice lui-même qui connaissait bien l'individu sur lequel il avait rédigé un rapport - un de plus - sans fard. Bosch avait été entre temps traduit en justice au Venezuela et libéré à la suite d'un vice de forme dans son procès.

Posada, quant à lui, s'est tout simplement évadé de prison en 1985. Il était alors en cours de jugement, toujours au Venezuela, pour l'affaire de l'avion, c'est dire si les preuves nécessaires étaient réunies contre lui. On peut imaginer que la CIA n'y a pas été pour rien puisque c'est dans ses rangs et dans ceux de l'armée étasunienne, qu'il s'est vu chargé de mission en Amérique Centrale.

Les deux hommes de main, Lugo et Ricardo, ont avoué, ils étaient de vulgaires mercenaires qui, pour quelques milliers de dollars, ont envoyé vers la mort les personnes avec lesquelles ils avaient fait une partie du voyage.

Eux, pour le moins, ont eu la décence de se faire oublier. Ils ont fait quelques années de prison "accordées" avec mansuétude par un tribunal acheté et n'ont pas récidivé. Ce n'est le cas ni de Posada ni de Bosch.

Au Miami Herald, quotidien de Floride, qui lui posait la question, Posada a répondu le 10 novembre 91: " Cet attentat a été le coup le plus efficace qui ait jamais été réalisé contre Castro ".

Quant à Bosch, il ne refuse aucune interview et les met toutes à profit pour affirmer qui si c'était à refaire, il le referait " hier ". Le dernier en date des entretiens a été offert à Vanguardia, un quotidien de Barcelone, en Espagne. Il y signale tout de go :

"Pour moi, c'était un objectif militaire. Il y a beaucoup de choses que je ne peux pas dire. Mais c'était des actes de guerre. Cet avion était un avion de guerre. Il y avait des Coréens, des Guyanais. Rien que des communistes. Les sportifs avaient 5 médailles d'or d'escrime. Ils disaient: "Cuba s'est distinguée en boxe, mais jamais en escrime". C'était une gloire pour Fidel. Nous avions décidé que toute personne qui se rendrait hors de Cuba pour apporter de la gloire à Fidel devait courir les mêmes risques que nous qui combattions la dictature."

Malgré toutes ces déclarations, Bosch vit en toute tranquillité à Miami. Les nouvelles révélations des documents sur lesquels le secret a été levé n'ont même pas amené les agents du FBI à lui demander des comptes.

Chaque pas que l'on fait dans cette affaire accroît l'indignation que fait naître l'impunité offerte aux assassins.

Dans le cas de Posada, les choses dépassent les bornes. Il a, comme Bosch, continué sa carrière en s'en vantant. L'exemple des attentats qu'il a organisés et qui ont pris pour cible des installations touristiques de la capitale cubaine en 1997, est parlant et… il en a parlé à la télévision à Miami: "J'assume la totale responsabilité des attentats de La Havane. Le Salvadorien Cruz Leon travaillait pour quelqu'un qui était mon employé, le contact s'est fait par lui. Il a rempli sa mission pour de l'argent."


Entré sans visa aux Etats-Unis en mars 2005, débusqué à la suite de la campagne menée par Cuba, Posada a été placé le 17 mai 2005 en détention dans un centre pour immigrés sans papiers. Atermoiements se succèdent aux atermoiements face à la demande légitime du Venezuela qui réclame son extradition pour poursuivre le procès auquel il a échappé. Cette demande repose sur diverses conventions internationales et un traité bilatéral.

Mais comme l'a signalé le Président de l'Assemblée Nationale, Ricardo Alarcon, dans une récente entrevue avec Radio Havane Cuba, il y a pire :
" Les autorités étasuniennes considèrent même la possibilité de lui octroyer la citoyenneté américaine qu'il a sollicitée en raison de ses mérites historiques. Il dit que pendant toute sa carrière, il a été au service des Etats-Unis d'Amérique. Il a raison, objectivement parlant. C'est correct. Il mérite la citoyenneté américaine, car il a toujours travaillé pour les services étasuniens et les services étasuniens continuent à le soutenir, de même que le gouvernement.

Au cours d'une audience sur sa citoyenneté, le gouvernement étasunien a reconnu qu'il a fait des démarches auprès de 6 pays du monde, le Canada, le Mexique, certains pays d'Amérique Centrale, 6 pays pour voir si quelqu'un voulait bien accepter Monsieur Posada Carriles. Que cela signifie-t-il ? Washington ne va pas l'extrader vers le Venezuela, ni le retenir aux Etats-Unis pour le juger. Ce que veut Washington, c'est lui éviter la justice, le protéger, lui garantir l'impunité. C'est évident. "

Camilo Rojo a perdu, lui aussi, son père dans l'attentat. Il a transformé la douleur du petit garçon en culottes courtes en capacité de lutter :

" Aujourd'hui que nous sommes des hommes et des femmes de ce temps, notre voie est la lutte pour que justice soit fait. Nous nous disons mes frères et sœurs et moi que nous n'aimerions pas que d'autres enfants souffrent comme nous. Nous luttons contre l'injustice, contre le terrorisme. C'est pour cela que nous avons créé un Comité des proches des victimes de l'explosion de l'avion en 1976. Nous avons pour but de défendre les victimes de tous les actes de terrorisme dans le monde. Nous avons de nombreux appuis même aux Etats-Unis. Des gens comprennent que le terrorisme ne saurait exister dans un monde juste et nous nous appuyons sur ces personnes pour donner de la force à notre dénonciation. Bosch qui se promène tranquillement aux Etats-Unis dit qu'il est prêt à continuer et le gouvernement des Etats-Unis se tait. Lui et Posada sont des protégés des Etats-Unis. "

Camilo Rojo rappelle que tant les déclarations des responsables que les documents ne laissent aucune place au doute et que Posada a été formé à la même école que Ben Laden. Il souligne que la Convention de Montréal signée en 1971 oblige les pays qui l'ont adoptée comme les Etats-Unis soit à extrader les coupables soit à les juger sur leur propre territoire comme si le crime avait été commis contre eux. La résolution du Conseil de Sécurité adoptée à la demande de Washington au lendemain du crime terrible du 11 septembre renforce encore cette obligation de lutte contre le terrorisme.

Camilo Rojo précise : " Nous, les proches des victimes et le peuple de Cuba, nous lutterons pour que justice soit faite, parce nous ne pouvons parler de ce crime qui a eu lieu au large de la Barbade sans mentionner les quelque 3000 victimes du terrorisme et leur famille dans notre pays. Nous ne demandons pas seulement la justice pour les victimes de l'avion, nous la demandons pour tous."

Tout près d'Orlando Bosch, surveillant ses faits et gestes, se trouvait un Cubain, Fernando Gonzalez, chargé de prévenir notre pays de tout autre projet criminel. Arrêté, accusé avec 4 autres de nos compatriotes de conspiration pour espionner, il a été condamné à 19 ans de prison. En tout ce sont 4 détentions à vie plus 75 ans de prison que le procès truqué qui leur a été intenté, leur a valu. Camilo Rojo souligne:

"Notre lutte a aussi pour but parce que nous faisons nôtre la douleur de leurs proches, la libération de nos 5 compatriotes emprisonnés aujourd'hui dans des prisons étasuniennes. Souvent, au cours de conversations avec des victimes de l'attentat de la Barbade et d'autres actes de violence, nous avons commenté le fait que si, en 1976, il y avait eu des gens comme eux infiltrés dans les rangs des terroristes, nos êtres chers seraient encore à nos côtés. Ni tant de personnes seraient mortes ni tant de familles auraient souffert. Si je pouvais, je leur donnerais le Prix Nobel de la Paix, ils sont partis pour nous protéger, pour empêcher que des enfants comme celui que j'ai été, ne souffrent à leur tour. "

Liberté pour les combattants contre le terrorisme!
Procès et prison pour les terroristes!

Nous ne demandons rien d'autre pour que ceux dont la vie a été fauchée il y a 30 ans, ne soient pas morts pour rien, pour que leurs proches puissent enfin voir leur peine allégée, pour que tout un peuple sache que ses morts pèsent du même poids que les autres et que chaque vie sera défendue par tous sur la planète.

(RHC)


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