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 Il y a 50 ans, l'espoir sur une coquille de noix

Juan Almeida, aujourd'hui un des Commandants de la Révolution cubaine, titre que portent les combattants de la première heure qui se sont distingués dans la lutte contre la dictature de Batista raconte :

" Il tombe une pluie fine, l'air est froid, nous descendons de voiture près de l'embarcadère… On nous montre le chemin et nous prenons un sentier obscur. Des chiens aboient, peut-être parce qu'ils perçoivent que tant de personnes passent. Nous marchons à peu près 150, 200 mètres et nous arrivons à l'embarcadère où se trouve… le yacht "

Le yacht ne mesurait que 13,25 mètres de long autant dire une coquille de noix… Il paraissait si petit que Raul Castro, le frère de Fidel était convaincu qu'il s'agissait " du petit bateau qui devait nous conduire au grand. "

A son bord, 82 hommes montent. Leur chef s'appelle Fidel Castro

" Tandis que nous avançons sur la rivière - signale Juan Almeida - les lumières de la localité s'éloignent. L'eau froide qui tombe et rend tout brumeux, obscur et froid les effacent définitivement. Nous sortons doucement des eaux de la rivière, le vent est fort. Tout le monde est en bas. La tension règne. Collado à la barre avec l'aide de Pichirilo, le Dominicain. Chuchu, près du moteur.

Le yacht est alourdi par l'excès de poids, il craque, les machines à bas régime, nous sommes à l'embouchure, nous accélérons, nous entrons en pleine mer, démontée. Il bruine, le vent souffle plus fort, les vagues cognent, le yacht les fend de sa proue, il craque, il se soulève, tangue, gémit. Tout ce qui n'est pas amarré, tombe. On dirait que les machines sont impatientes de mettre le cap sur Cuba. Nous sommes en mer, à la porte du Golfe et montent nos voix, nous entonnons l'hymne national et l'hymne du 26 juillet. "

La traversée a commencé le 25 novembre à 0h30 à Tuxpan, au Mexique. Elle se termine sur la côte cubaine - à Las Coloradas - le 2 décembre à 5h40.

Les 2157 km ont été à l'image du départ : rafales de vent, bateau qui fait eau, vagues, mal de mer, asthme… Rien n'a manqué. Lorsque la radio donne la nouvelle du soulèvement de Santiago de Cuba, le 30 novembre, organisé pour détourner l'attention de l'armée de la dictature de la côte où doit arriver le bateau, Fidel laisse tomber : " Je voudrais avoir des ailes ! "

Car Cuba attend. Il a promis une action avant la fin de 1956. Le pays a confiance en lui. Il a conduit l'attaque de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953, son plaidoyer lors du procès est un véritable programme de gouvernement, il circule, se répand…

Sorti de prison sous la pression populaire, Fidel a fourni la preuve du fait que la voie légale est inopérante contre la dictature. Les jeunes révolutionnaires mettent les morts, tout simplement. C'est l'exil au Mexique pour préparer la lutte armée. L'action est donc bien réfléchie.
Le départ du Granma a été précipité, la police mexicaine était aux trousses des jeunes révolutionnaires et la pression de Batista s'accentuait sur le gouvernement mexicain.

Comme le jour de l'attaque de la caserne Moncada où il dit que José Marti, notre Héros national est l'inspirateur de cette action, Fidel, ses 81 compagnons et le Granma sont porteurs de l'histoire. Ils suivent les traces des indépendantistes qui collectaient des fonds, s'entraînaient en exil, puis se lançaient sur les eaux du Golfe du Mexique pour retrouver leur terre à libérer.

C'est cette réalité qu'Emilio Arbentosa, un de ces jeunes du Granma, décrit:

" Une traversée terrible, mais nous l'avons supportée. Fidel l'avait dit: " Si nous arrivons, nous entrons; si nous entrons, nous triomphons etc..." Nous étions affaiblis, car le moins que nous avions apporté était la nourriture, l'eau s'était épuisée, la nourriture s'était épuisée, l'essence s'était épuisée.

Un camarade est tombé à la mer, nous l'avons retrouvé, mais nous avions dépensé l'essence en le cherchant à la lueur d'une lanterne! S'il s'était agi d'une armée professionnelle, il y serait resté. Mais dans un mouvement révolutionnaire, on agit autrement. Nous avons joué le tout pour le tout pour un camarade, "un pour tous, tous pour un", Fidel a mentionné cette phrase. Cet épisode a fait grandir notre conviction parce que pour un d'entre nous, nous avions joué le tout pour le tout. Quel élan de foi et d'enthousiasme! Nous avons entonné l'Hymne national, l'Hymne du 26 Juillet, nous avons crié "nous allons gagner!", " nous avons la raison pour nous!", tout le monde, quel élan!

Nous sommes arrivés, cela n'a pas été un débarquement, cela a été un naufrage: L'eau était fangeuse, le fond mouvant, nous étions chargés, nous sommes descendus du bateau par une corde et bien sûr, une embarcation avait fait savoir qu'il y avait un débarquement. L'eau nous arrivait à la poitrine et nous nous enfoncions, nous n'avancions pas... Quand nous croyons être arrivés à la terre ferme, c'est le mangrove, un mangrove millénaire, enchevêtré. Déjà, on attaque le "Granma". Pourchassés, nous avançons à la recherche de la Sierra Maestra. "

Le pire reste, ce sera la petite troupe dispersée, les camarades tués par la mitraille et ceux qui sont assassinés.

Et le meilleur : les premiers paysans qui accueillent les survivants, leur donnent à manger, leur permettent de se retrouver pour cette aventure de tout un peuple que sera la libération du pays.

Une liberté que la dictature nous fera payer de 20000 morts avant le 1er janvier 59 et que nous payons cher encore parce que nous refusons de rentrer dans le rang.

Une liberté jaillie d'une coquille de noix échouée sur nos côtes, il y a 50 ans aujourd'hui.  

(RHC) 11-01-2007


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