|
PAR LILLIAM RIERA, de
Granma international
LE
secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone,
a repris les propos du Pape Jean-Paul II lors de son séjour
à La Havane, en 1998, en qualifiant le blocus exercé par les
États-Unis contre l’île d’ « injuste et éthiquement
inacceptable ».
Dans une
conférence de presse tenue conjointement avec le ministre
des Relations extérieures Felipe Pérez Roque, Mgr Bertone a
considéré les mesures restrictives imposées depuis
Washington comme une oppression contre le peuple cubain et
une violation de son indépendance.
Mgr
Bertone a dit avoir fait plusieurs tentatives pour amener le
gouvernement des États-Unis à mettre un terme à cette
politique, et avoir demandé aux autorités de ce pays
d’autoriser les retrouvailles des familles cubaines séparées,
comme un geste d’humanité.
En raison
de ces mesures imposées par l’administration Bush, les
Cubains résidant aux États-Unis ne sont autorisés à rendre
visite à leurs familles dans l’île qu’une fois tous les
trois ans.
Le
secrétaire d’État du pape Benoît XVI a rappelé que ce voyage
avait pour but de commémorer le 10e anniversaire
de la visite à Cuba du défunt pape Jean-Paul II, qu’il a
qualifié de « combattant en faveur de la justice et de la
paix dans le monde » et qui, a-t-il dit « a laissé un
immense souvenir dans l’île ».
Après
avoir adressé ses salutations respectueuses à Fidel Castro,
le cardinal Bertone a qualifié d’ « excellentes » les
relations bilatérales, faisant remarquer que l’Église
catholique et le nouveau Conseil d’État de Cuba, présidé par
Raul Castro, partagent l’aspiration de développement du
peuple cubain.
Par
ailleurs, Son Éminence Mgr Bertone a dit avoir constaté au
cours de son séjour dans l’île une convergence de positions
entre l’Église catholique et les autorités cubaines
vis-à-vis de questions médullaires de l’agenda
internationale, comme la nécessité d’une restructuration de
l’ONU et d’une démocratisation des relations internationales,
notamment des relations économiques au profit des pays les
plus pauvres, ainsi que sur les problèmes environnementaux.
Il a
précisé que ces questions importantes seront au centre du
discours que prononcera le pape Benoît XVI au siège des
Nations unes, au mois d’avril.
Le
cardinal Bertone a tenu à exprimer sa gratitude aux
autorités cubaines pour les facilités qui lui avaient été
accordées dans l’accomplissement de ce voyage, notamment à
La Havane, Santa Clara, Santiago de Cuba et Guantanamo,
ainsi que lors de l’inauguration du monument à la mémoire de
Jean-Paul II.
Pour sa
part, le ministre des Relations extérieures Felipe Pérez
Roque a réitéré sa satisfaction pour la présence du haut
dignitaire de l’Église catholique, « porteur de la parole et
du message du pape Benoît XVI aux Cubains, comme une
expression des relations fluides, cordiales et respectueuses
entre le Saint-siège et Cuba », a-t-il dit.
Le
ministre a qualifié son entretien avec le secrétaire d’État
du Vatican de « cordial, franc et respectueux », en
précisant qu’ils avaient pu discuter abondamment sur les
relations bilatérales et les principaux problèmes
d’actualité internationale. « Il est ressorti une
convergence de vues sur des questions de la plus haute
importance », a dit le ministre.
Pérez
Roque a indiqué que lors de sa conversation « agréable et
profonde », il a réitéré à son illustre interlocuteur la
volonté des autorités de continuer d’œuvrer en faveur de
l’élargissement et de l’approfondissement de la
communication entre l’Église catholique et l’État cubain.
Finalement
le ministre des Relations extérieures a remercié Mgr Bertone
pour ses paroles d’encouragement et de reconnaissance envers
les nouvelles autorités élues le 24 février à la session
constitutive du Parlement.
CONFÉRENCE MAGISTRALE AU GRAND AMPHITHÉÂTRE DE L’UNIVERSITÉ
DE LA HAVANE
Ce même
jour, le secrétaire d’État du Vatican a donné une conférence
magistrale au Grand Amphithéâtre de l’Université de La
Havane qui avait pour titre « La culture et les fondements
éthiques de l’humanité ».
Mgr
Bertone a formé des vœux pour l’harmonie entre culture et
éthique pour l’édification d’un monde fondé sur des valeurs
susceptibles d’encourager le progrès humain et social.
« Une
coexistence sans valeurs est comme une culture sans éthique,
et cela conduit à une société déshumanisée », a-t-il dit.
L’envoyé
du pape Benoît XVI a fait l’éloge à cet égard de la pensée
de Cubains illustres, comme le Héros national José Marti et
le Père Félix Varela, devant la dépouille duquel il s’est
incliné.
Le
cardinal Bertone a disserté sur la thèse du relativisme
culturel et éthique, avant de faire allusion à un concept
que le pape, a-t-il dit, a appelé la dictature du
relativisme, et qui « définit la pratique de certains
gouvernements qui recourent à la force pour déterminer ce
qu’ils croient être bien ou mal », a-t-il expliqué.
Au terme
de la conférence magistrale, le cardinal Tarcisio Bertone a
remis au recteur de l’Université de La Havane, Ruben Sardoya,
un livre illustré de peintures de Michel-Ange au Vatican, et
d’une médaille du pape Benoît VXI.
À la
conférence magistrale assistaient également le ministre de
la Culture Abel Prieto et d’autres intellectuels, dont
Armando Hart, Fina Garcia, Cintio Vitier, Miguel Barnet,
Eusebio Leal et Roberto Fernandez Retamar.
Granma 26-02-2008 |