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Cuba > José Martí |
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Lettres de José Martí |
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Lettres de Cuba N° 9 Année 2004
-I-
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Par
Jacques-François Bonaldi
Le Cubain José
Martí (1853- 1895)
constitue l'un des sommets de la
pensée latino- américaine
au XIX e
siècle. Mais son
importance n'est pas
seulement
historique : on ne
saurait comprendre en
effet les
valeurs politiques et
humaines qui sous-
tendent
actuellement la Révolution
cubaine et que prône
celle- ci
sans s'en remettre
aux idées qu'a
avancées dans bien des domaines
celui qui est
qualifié à Cuba de
Héros
national. Il est
des affections d'une
pudeur si délicate... contient les cent
quarante et une lettres qu'il adressa à son ami
mexicain Manuel Mercado pendant vingt ans : elles
donnent accès à un Martí vivant et souffrant au
jour le jour, un homme dans son intimité en quête
de sa réalisation personnelle et de son rêve
d'indépendance de Cuba, ce qui était en fait une
seule et même chose. On y vole toujours haut. En
effet, nulle part ailleurs
Martí ne
se livre tant, ne se dissèque à ce point
dans ses
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angoisses
et ses allégresses
existentielles, dans
ses affres
et ses désirs, dans
ses choix de vie,
dans ses
amours humaines et
ses passions
intellectuelles, dans ses ambitions
et ses frustrations.
Bref, sa vie
entière sous
toutes ces facettes
y défile. C'est
souvent très
poignant, toujours très
soutenu et brillamment
écrit. Mais le
présent ouvrage n'est
pas une simple traduction. L'auteur
s'est efforcé d'éclaircir
dans un
appareil de notes
fourni les doutes
qui pourraient naître chez le
lecteur français, en
une espèce
d' « édition critique »
vis- à- vis du contexte historique et humain de
cette correspondance. Ainsi que de préciser des
points de détail et surtout de projeter sur ces
lettres l'éclairage offert par des textes publics
de Martí ou par d'autres lettres adressées ou
reçues, et qu'il cite parfois longuement, soit
pour la beauté de l'écriture, soit pour leurs
analyses frappantes de prémonition – notamment de
la société nord- américaine de son époque – soit
pour leur intérêt spécial aux yeux |
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-II-
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d'un public français. Et ce
afin de révéler
Martí dans toute sa
complexité et sa richesse : comme
homme politique, comme
militant
passionné et clairvoyant
de l'indépendance
cubaine, comme
poète et esthète,
comme journaliste, etc.
Bref, Martí
homme « dans tous
ses
états ». Tiré
de la préface de
Pedro Pablo
Rodríguez: Jacques-
François Bonaldi s'est
lancé, avec cette traduction, dans
une entreprise à
risques, mais il a
su soutenir
la gageure : ces
lettres offrent en
effet bien des complexités à
l'heure de les
transcrire dans une
langue
étrangère, depuis la
richesse idiomatique de
l'écrivain qui
invente de nombreuses
néologismes et recourt
à des
tournures syntaxiques et
grammaticales tout à
fait osées,
jusqu'à son langage
très imagé et,
surtout, aux
nombreux détails
circonstanciels et
contextuels qu'il y aborde. Pour traduire
dûment cette correspondance, il faut être sans aucun
doute un bon connaisseur de Martí et
de son œuvre, et Bonaldi l'est depuis
longtemps, comme il le |
|
prouve maintenant dans
cette œuvre admirable, aussi bien par le soin
apporté au transfert linguistique que par la tâche
herculéenne ayant consisté à dater de
nombreuses
lettres sans référence,
à ajouter un
appareil de
notes explicatives et
informatives volumineux et
à introduire
de multiples renvois
à d'autres écrits de
Martí portant
sur des thèmes et
des questions abordés
là. Nous nous
trouvons donc face à
une traduction qui s'accompagne d'un
très sérieux effort
de recherche,
comme l'exige ce
genre d'écrits quand
on veut rendre
le texte
traduit accessible à
des lecteurs d'une
autre époque,
d'une autre langue
et d'une autre
culture. Le travail
rigoureux de Bonaldi
a été si pertinent
que j'ai
introduit plus d'une
des ses propositions
de datation de lettres dans
la prochaine édition
cubaine de la Correspondencia a
Manuel Mercado .
De fait, il a
été et
reste un vrai, un
inestimable collaborateur
scientifique du
Centro de Estudios
Martianos. |
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-III-
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Par José
Martí Pérez Traduit par Jean-François
Bonaldi
24
Guatemala, le
[samedi] 6 juillet
1878 Mon frère, Je porte
au cœur votre
dernière lettre : elle était comme j'en
avais besoin en ces jours amers que je suis en
train de passer. Des problèmes de conscience,
d'espérance, d'avenir : tout contribuait à faire
de ma situation l'une des plus difficiles de ma
vie. Ici, ce que je croyais mes meilleurs droits
ont été mes graves sentences. J'ai dû laisser ce
qu'on m'avait donné, car le pain ne mérite pas
qu'on le pétrisse de sa propre indignité. Il y a
eu en ma faveur un vrai parti, et je suis
satisfait de constater qu'on a fait pour moi,
spontanément, bien plus que ce qu'on est
accoutumé de faire sur cette terre- ci, en hâte
et pour un esprit
pur
incompréhensible, envers qui ce soit.
Imaginez ce que les Français appellent
égout ,
et |
|
vous aurez une
idée des hommes et
des choses en place. Ceux
qui croient comme le
gouvernement, encore qu'il ne
s'agisse pas d'une
question de croyance,
sont des
laquais ; ceux qui
voudraient mordre la
main qui les fouette font
plus que la baiser
: ils la lèchent.
Toute vérité
commune est une
audace ; toute
institution
démocratique élémentaire,
de la propagande démagogique. Et
ce n'est pas que
je l'aie tenté,
encore qu'on
ait peut- être
prévu, me connaissant
mal, que je la tenterais. Mais,
parmi ces hommes
d'une petitesse
extraordinaire, tout ce
qui révèle de la
vigueur, de la personnalité, de
l'austérité, de l'énergie,
semble un
crime. J'ai éveillé
des craintes
injustifiables, des oppositions
extrêmement tenaces, des
persécutions
incroyables. Je n'ai
eu l'an dernier,
plein de Carmen
et de
foi en moi et
en autrui, et
d'amour à la
solution de tant de problèmes
essentiels qui se
présentent sur ces malheureuses terres,
je n'ai eu, donc,
le temps que
de connaître
ceux qui me
caressaient et me
mentaient. En |
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-IV-
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rentrant, j'ai trouvé en général
la tyrannie déchaînée; et, en ce qui me concerne,
la colère visible. Provoquée par quoi ? Par mes
discours généraux ; par ma chaire d'histoire de la
philo- sophie ; par le livre que vous connaissez
et qui ne vaut pas, non, vraiment pas, le soin
amoureux avec lequel vous avez veillé sur lui.
Ceci ayant été converti – et plus vite encore
depuis les événements de novembre – en une grande
hacienda où tout obéit au fouet d'un contremaître
capricieux, j'ai décidé de partir. Où ? A Cuba, me
disaient mes devoirs de famille, mon fils qui va
naître, les larmes de Carmen et la perspicacité de
son noble père. Partout ailleurs qu'à Cuba, me
disaient la logique historique des évé- nements,
mes goûts on ne peut plus libres, le plaisir
douloureux avec le- quel je me suis accoutumé à
savourer mes amertumes, ma croyance absolue –
fondée sur la nature des hommes – qu'il était
impossible que la guerre s'éteigne à Cuba. Et
pourtant, la guerre s'est éteinte; la nature a été
mensongère, et une trahison incompréhensible a pu
plus que tant de vexations terribles, que tant
d'injures inoubliables ! Transi de douleur, je
sais à peine ce que je dis. Est- ce à vous que j'ai à
dire combien de
propos |
|
superbes, combien
de sursauts
puissants bouillonnent en
mon âme ? Que
je porte
mon malheureux peuple
dans ma tête et
qu'il me
semble que c'est
d'un souffle mien
que dépendra un
jour sa
liberté ? Ne
viendra- t- il donc
jamais pour moi,
le moment
où je me produirais
dans les
circonstances
favorables – arbitres
capricieux de la
renommée et du destin des
hommes ? Ce n'est
pas pour être un
martyr puéril,
mais pour travailler
en faveur des miens
et me
fortifier en vue de
la lutte que je
vais à Cuba. Le
plus impatient
me gagnera, pas le
plus ardent. Et il
me gagnera
en temps, pas en
force et en
hardiesse. Hier encore, malgré les prières de
Carmen qui pleurait, malgré ce que ma mère pleure
sans me le dire, malgré ma parole donnée au
généreux Zayas , je résistais à toute tentative
d'aller à Cuba et j'avais fermement décidé d'aller
au Pérou. On m'y attendait déjà et on m'y
préparait un accueil. Aujourd'hui, mon ami, les
fondations de mon espoir se sont effondrées.
J'étouffe ma véhémence; j'écoute ma prudence et je
me plie de nouveau aux besoins des autres. Les
lettres que vous m'écrirez désormais, adressez-
les à Fermín : j'irai les lire là-
bas. |
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-V-
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On croit que je rentre dans ma
patrie ! Ma patrie est dans tant de tombes
ouvertes, dans tant de gloire achevée, dans tant
d'honneur perdu et vendu ! Je n'ai plus de patrie,
tant que je ne l'aurais pas conquise. Je me rends
sur une terre étrangère où l'on ne me connaît pas
et où, dès qu'on me soupçonnera, on me craindra.
Briller là- bas me ferait honte. Mais pourrai- je
vivre de la façon obscure à laquelle j'aspire pour
si longtemps ? Je devrai étouffer en moi, pour
vivre dans un calme apparent et dans une
tranquillité meurtrière, toute grande inspiration,
toute amoureuse exaltation, tout noble instinct.
Vous connaissez ma passion de la justice, mon ar-
deur contre l'infamie et le déni le plus infime du
droit, mon amour d'amoureux de la gloire et de
l'éclat de l'Amérique : comment pourrai- je lâcher
les rênes de tous ces sentiments naturels, si
dominants en moi et si vifs ? Comment pourrai- je
vivre avec tous ces aigles enfermés dans le cœur ?
Je crains, mon ami, que les battements de leurs
ailes ne me tuent. Je crains perdre mes forces
dans ce terrible combat silencieux. Qui est né à
un moment plus difficile, entouré de
|
|
circonstances
plus amères
? Quand j'étais
tout petit, j'avais
commencé d'écrire un poème dans
l'introduction duquel le
Bien et le Mal
se disputaient
un homme qui venait
de naître. Après,
j'ai pleuré
comme un enfant en
constatant que c'était
en gros
la pensée qui est
à la genèse du
Faust . Le Bien,
sûr de
son règne dans la
conscience, abandonnait
le nouveau-
né au Mal. Ne
vous semble- t- il
pas, mon
noble frère, que le
Mal a misé sur
moi et s'attache
à gagner
la partie contre le
Bien ? Par bonheur,
au cas où il ferait la
sourde oreille à mon
âme, qui parle haut,
j'ai à
Mexico un exemple
vivant d'honnêteté affinée
et un
modèle d'homme. Ma
douleur consiste à
devoir entrer
dans le chemin réel
de la vie, à
devoir sacrifier à
ses besoins
à elle des besoins
impérieux à moi,
d'un genre
plus élevé; à devoir
suffoquer tant de
pensées
audacieuses qui, maintenant
– car elles
causeraient de
l'étonnement au milieu
de cette faiblesse
générale –
devraient éclater mieux
que jamais. J'imagine
déjà quelles
erreurs on a
commises, quelles forces
on pourrait
exploiter, de quelle
manière simultanée il faudrait les
faire agir, combien
de cœurs américains
on pourrait
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-VI-
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exalter et
compromettre dans notre
lutte. Et ce n'est pas de
la folie, non. Libre
et sans fils ,
j'aurais déjà
fait parler de moi.
Et d'une façon qui
m'aurait contenté. Et vous aussi,
qui m'aimez tant.
Or, au lieu de
cela, je
rentrerai à présent
comme une tendre
brebis au
bercail ! Maintenant
que j'avais presque
conclu, avec
l'amour et l'ardeur
que vous me
connaissez, l'histoire des premières
années de notre
Révolution !
J'avais révélé
nos héros, écrit
leurs campagnes avec
du feu,
tenté de pérenniser
nos martyrs. Je
m'étais efforcé, avec un attachement
minutieux, d'exalter les
morts et
d'apprendre quelque chose
aux vivants. Aucun
détail ne
m'avait paru anodin.
Je faisais tout
resplendir d'éclairs de grandeur :
de leur éternelle
grandeur. Et cette
oeuvre noble
et filiale d'un
esprit libre partira
maintenant clouée comme un crime
au fond d'une malle
! J'aurai beaucoup à souffrir sur
une terre où un
tel livre ne peut
entrer . J'aurai beaucoup à souffrir, et j'y
vais, ce qui veut dire que je comprends mon devoir
et que je l'accomplis sans d'autres plaintes que
celles- ci, de l'âme, que je vous envoie. Seuls
ceux qui sont capables de les pousser peuvent les |
|
comprendre.
Je vais être avocat, cultivateur, instituteur :
un ravaudeur de
formules, un semeur
de légumes,
un inspirateur d'idées
confuses, perdu dans l'écume de la
mer. Et pourtant j'y
vais. Agité de la
sorte, je n'ai pas
copié cette semaine
le prologue
du livre de Manuel
, si longtemps
annoncé qu'il
vaudrait mieux que
je ne l'envoie pas.
Mais il partira
la semaine
prochaine , en
même temps qu'un
thème de
tableau. Je crois
toujours qu'il doit
avoir le coeur
au Mexique,
mais les yeux
ailleurs. Le thème
que j'ai
découvert en lisant
un livre curieux est
un petit thème mexicain . J'ai rarement senti
aussi vive la bonté d'autrui que dans votre der-
nière lettre à laquelle je réponds. Ce n'est pas
mon ami qui compatit de moi, c'est mon frère qui
s'alarme et qui m'appelle. Ce souvenir, toujours
vivant en moi, suffit à mitiger en mon esprit les
agitations qui l'atterrent à présent. J'ai compris
toutes vos craintes et je vous ai étreint à chaque
phrase. Je m'enorgueillis d'être aimé ainsi. Je
désire qu'il vous arrive du mal à un moment où je
puisse le réparer. Peut- être mourrai- je comme
j'ai vécu, obscurément et inutilement, mais vous
avez sans compter
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-VII-
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dans mon âme ce que la vôtre me donne sans
compter. Je ne
retourne pas à
Mexico maintenant, quoique
je connaisse
bien l'asile aimant
qui m'y accueillerait.
Mais si
je n'aimais pas le
Mexique comme une
patrie mienne,
je l'aimerais comme
ma patrie parce que
vous en êtes
le fils
et que vous y
vivez. J'irai bientôt
vous voir. L'histoire
de Sarre n'avait
qu'une solution, qui
m'attriste et
que je permets,
parce que je n'ai
absolument aucun moyen de
l'éviter. Mais j'ima-
gine que mon
sacrifice devra
me produire quelque
chose, et je me
vengerai comme
il se doit. Comme
il se doit. Ma
délicate et amoureuse
Carmen , lisant
votre lettre, a rendu une fois
de plus justice à
celui qu'elle croit
mon meilleur
ami. Les semailles
sont stériles, mais
en semant
bien on récolte du
moins des
cœurs. Je vous dis maintenant, sans paix
à l'âme, adieu. Il reste en moi un homme double :
le prudent qui fait ce qu'il doit, le penseur
rebelle qui s'irrite. Satisfait de cette victoire
que je remporte sur moi- même, je la pleure avec
une amertume indicible. Souhaitez- moi des temps
meilleurs, car ils peuvent venir, eux, mais ne souhaitez pas de meilleur ami
que vous,
|
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car
il ne pourrait plus
venir. Caressez
Manuel , envers qui
je suis en
dette ; vos créatures
exemplaires. Encouragez
Ocaranza . Et dites
à Lola
toutes ces choses
que mérite son âme
généreuse. Pour moi,
souffrez et estimez-
moi. Votre
frère J.
Martí ***** La
conspiration contre Barrios
de 4 et 5 novembre 1877,
dite de José
Kopesky, chef de
la caserne
d'artillerie, ou du
Rosaire noir, que
Martí a déjà évoquée dans
sa lettre du 10
novembre 1877. C'est le 10
février 1878 qu'un
certain nombre de
chefs
militaires et civils
cubains signent avec
les autorités
espagnoles le Pacte
de Zanjón, qui ne
reconnaît aucune des revendications
essentielles pour
lesquelles les
insurgés avaient pris
les armes dix ans
plus tôt.
D'autres chefs militaires
refusent le Pacte et
décident de
poursuivre la guerre,
mais les événements
sont contre
eux. Le plus
glorieux d'entre eux,
Antonio Maceo,
après avoir revendiqué
l'honneur de Cuba
dans la
Protestation de Baraguá
(15 mars), doit
finalement
abandonner l'île à
la mi- mai. C'est
fin mai que ce
qui restait de gouvernement |
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-VIII-
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cubain signa l'armistice.
Le 7
juin 1878, tous les
combats avaient cessé
dans l'île. Francisco
Zayas- Bazán , son beau- père. Malgré
cette épithète, les choses continuaient de ne pas
aller pour le mieux entre les deux hommes. Et
toujours pour les mêmes raisons. Une semaine plus
tard, le 13 juillet, Martí écrit à Zayas- Bazán :
« J'ai vraiment du mal à vous écrire cette lettre,
en réponse à la vôtre du 14 juin. Est- ce un
étranger qui me l'écrit ? Alors, je sais bien quoi
lui dire. Est- ce le père de Carmen ? Alors, plût
au Ciel que je n'eusse pas à l'écrire ! // J'ai
ressenti, en lisant votre lettre, de la colère et
de l'étonnement. Maintenant, je ne ressens plus ni
étonnement ni colère. Tout ceci est dans la nature
humaine; c'est moi qui fais mal en en sortant.
Vous m'avez pris pour un nouveau danger qui menace
votre fortune : vous portez trop loin votre
pessimisme, trop loin votre prudence. Peut- être
vous méfiez- vous tant des hommes parce que vous
avez reçu, à l'âge que j'ai aujourd'hui, un coup
semblable à celui que je souffre maintenant.
Manque d'argent ? Non, je saurai en trouver. Coup
au cœur. Je souffre, oui, que vous tentiez de vous moquer de mes
phrases qui révèlent de
très |
|
vives douleurs,
qui n'en sont peut-
être plus
pour vous parce que
l'âge de les
comprendre est
passé pour vous.
Vous savez bien que
ce ne sont pas les aptitudes
littéraires qui me
font défaut, et que
si je
sais faire des
moqueries, je n'ai
pas encore appris à
les souffrir.
Mais c'est au père
de Carmen que
j'écris, à celui qui me l'a
donnée si noblement
que je n'ai pas
encore pu
l'oublier. // Votre
lettre est un
étrange prix à
l'affection
filiale – parce que
je l'avais – avec
laquelle je vous
ai écrit
la mienne du 1
er juin, et au
sacrifice que, de
mon point
de vue, je faisais
au bonheur de Carmen
en rentrant
à Cuba dans les
circonstances où celle-
ci se
trouvait encore quand
je me suis décidé
à y aller. Aujourd'hui, la
guerre finie, le
sacrifice n'est pas
aussi grand.
Les choses se sont
passées ainsi : vous
vous efforciez
tenacement pour que
nous rentrions à
Cuba et,
comme pour couper
court à toute
décision de ma part
qui ne
soit pas celle de
rentrer, vous m'avez
écrit une lettre vraiment noble
à laquelle j'estime
avoir répondu avec autant de
noblesse. Ce qui
semblait dépourvu de noblesse, c'était
de vous demander la
quantité
nécessaire à notre
voyage que – pour
ne pas me
causer de peine – |
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-IX-
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vous m'offriez sur je ne
sais quel héritage de Carmen. Quand je vois qu'on
n'est noble que jusqu'au moment où l'on demande –
pour faire ce que souhaitent sa femme et le père
de sa femme – ce que celui- ci offre de ce dont il
dit que c'est à elle, je fais bien de faire
consister la noblesse en d'autres choses. Comme
votre lettre était pleine d'exhortations
véhémentes et que vous m'y accusiez de fou, et que
vous la surchargiez de raisonnements écrasants
pour ma conscience, j'ai cru y voir un gémissement
de l'âme et, l'âme gémissante – même si cette
phrase et ce sentiment sont peut- être un motif de
nouvelles moqueries – j'ai accédé à ce que Carmen,
ici, et vous, de là- bas, me demandiez avec tant
d'insistance. C'est pour faire ce que vous
souhaitiez tous les deux que j'ai cru avoir le
droit d'accepter ce que, puisque vous me disiez
que c'était à elle, vous m'offriez. Je vous ai
donc demandé 800 pesos. En quoi ai- je fauté? En
acceptant ? Vous n'auriez pas dû alors me
l'offrir. En demandant tant ? Vous nous disiez de
demander le nécessaire pour notre voyage. Voyons
donc si nous avions besoin de moins. Vous vous
mettez à examiner
|
|
les sommes : je...(le manuscrit
est incomplet. Cette lettre
était jusque- là
inédite, sauf
quelques
lignes.) . »
( Epistolario
, op. cit.
, t. I, pp.
126- 127 ; OCEC , t.
5, pp. 315-
316.) Fermín Valdés
Domínguez qui vit à
La Havane. Du Guatemala, vraisemblablement en
1877, Martí écrit à un général non identifié (la
lettre est un brouillon rédigé à la suite de
commentaires sur Carlos Manuel de Céspedes), mais
que Gonzalo de Quesada, l'architecte des Oeuvres
complètes, estime d'autorité destinée à Máximo
Gómez : « Général, j'ai ému bien des fois en
racontant la manière dont vous vous battez : je
l'ai écrit, j'en ai parlé, et je ne trouve rien de
semblable dans les temps modernes, pas plus que
dans les temps antiques. Que ceci soit une raison
pour que vous m'excusiez de cette lettre. //
J'écris un livre, et j'ai besoin de savoir quelles
accusations principales on peut faire à Céspedes,
quelles raisons on peut avancer pour le défendre,
car, puisque j'écris, c'est pour défendre. On ne
doit pas enterrer les gloires, mais les sortir à
la lumière. J'ai surtout besoin de savoir ce que
contenait la lettre qu'Ignacio Agramonte a
adressée à Céspedes au sujet de son
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-X-
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renoncement au commandement et au
maintien d'une pension. //
Je pourrais m'adresser
à d'autres,
mais j'ai confiance
en vous. Comme je
devrais un jour écrire votre
histoire, je souhaite
commencer d'ores et déjà en
collectionnant vos
autographes. //
Personne peut-
être ne vous parlera
de moi. Mon père
a été Rafael Mendive : de
l'école, je suis
allé à la prison
et à un
bagne, et à un
exil et à un
autre. Je vis ici,
mort de
honte, parce que je
ne me bats pas.
Sérieusement
malade et fortement
entravé, je pense,
je vois et
j'écris. Je
vois les pauvretés
de ces terres- ci,
et je pense
avec fierté
que nous ne les
aurons pas. Tandis
que j'admire en silence ceux
qui le méritent, et
envie ceux qui
luttent,
veuillez me donner
les nouvelles historiques
que je vous demande, car
j'ai hâte de les
étudier et de
publier les
exploits cachés de
nos grands hommes.
Je serai
chroniqueur, puisque je
ne peux être
soldat... » ( O.
C. ,
t. 20, p.
263.) On ne sait
rien de ce texte
quasiment achevé de
Martí sur
la guerre de Dix
Ans. OCEC (t. 5, p. 312, note 14)
suppose que différents fragments apparaissant dans
ses cahiers de note (regroupés t. 5, pp. 322-
328), ainsi que le fragment 349 sur Carlos Manuel
de |
|
Céspedes font partie de
ce livre en projet
mais presque conclu
selon cette
lettre- ci. Cette terre
est bien entendu
Cuba où la guerre
a pris
officiellement fin le
10 février 1878 sur
la signature du Pacte du
Zanjón (non reconnu
par un certain
nombre de
chefs militaires) qui
n'accorde pas
l'indépendance à
l'île et
ignore les revendications
essentielles des
insurgés, dont
l'abolition de
l'esclavage. Il en a
déjà parlé le 8
mars et le 20
avril 1878. Il précisera
de quel thème il
s'agit dans sa
lettre datée
d'octobre 1878 de La
Havane, puis dans
celle du 6 mai 1880, de New
York. A la fin
de cette lettre,
Carmen Zayas- Bazán
rajoute un
petit mot pour la
femme de Mercado :
« Chère Lola , vous devez
savoir par Mercado
que nous allons à
Cuba, car
Pepe [diminutif de
José] le lui a
déjà écrit dans
deux lettres
de suite. Pepe
souffre beaucoup à
présent, je
crois qu'il vivra
mieux plus tard et
plus content :
en aidant
ses parents et aidé
par mon affection,
il oubliera
un peu cette douleur
de patrie qui est
si grave dans
les âmes
comme la sienne.
Moi, franchement, je
me réjouis
de la paix de
Cuba qui apporte la
paix à beaucoup
de gens et qui est aussi un grand bien pour
nous, car elle nous
évite d'autres |
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-XI-
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voyages
dans des pays
étrangers où
mon Pepe était
craint et non aidé,
et où il se consumerait dans
une vraie solitude.
Ses parents en profiteront et
verront combien ils
sont aimés, et moi
je serai
tranquille auprès du
mien. // Commencez
déjà à
penser, ma chère
amie, à venir nous
voir quand notre cher ami
Mercado ira. Vous
êtes pour nous très
chers et
vous nous donneriez
une grande fête si
nous vous
voyions chez nous.
// Je suppose que
vos enfants vont bien maintenant;
nous avons beaucoup
souffert en
apprenant votre dernier
chagrin qui, heureusement,
est passé
: embrassez- les de
ma part et saluez
très
affectueusement Ocaranza.
Pour vous et pour
Mercado, un
baiser de votre ami
sincère.
Carmen. » Et Martí de rajouter à son
tour : « J'écris à maman par l'intermédiaire de
Zayas. » Ces deux lettres en parallèle offrent le
meilleur exemple qui soit des années- lumière
séparant ces deux êtres pourtant follement
amoureux : tandis que Martí s'offre à vif, se
dissèque, Carmen nous ramène sur la terre
prosaïque de tous les jours ! Et ceci explique
cela... Signalons en |
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passant que, selon Carmen,
Martí aurait
censément écrit deux
lettres à Mercado
où il
l'avertit de son
retour à Cuba :
comme on a pu
le constater,
ces deux lettres
n'existent pas. Se
sont- elles
égarées ?
47
[ New York
], le [lundi] 22
mars [1886] Mon frère
cher, Je
vous écris en
attendant Pablo Macedo
qui m'a promis de passer me
voir un instant
avant son
départ. J'ai l'esprit
occupé, comme un
enfant qui jouerait
avec un
rayon de soleil, par
certaines pensées de résurrection, dont
Pablo Macedo a la
faute. Il a eu spontanément l'idée
de me mettre sur
la voie de commencer une
série de publications
américaines utiles, ce à quoi
je pense depuis bien
des années avec l'insistance de
celui qui mûrit ce
qui lui est naturel,
et le
seul objet agréable
de ma vie, puisque
j'ai perdu l'espoir d'être pour le
moment, et peut-
être à jamais, utile
à ma
patrie. Je me
réjouis énormément de
cette idée, non seulement parce que la joie
qu'elle |
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-XII-
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m'apporte et la noblesse de
l'occupation me sauveraient le peu qu'il me reste
de santé et d'esprit, mais aussi parce que, comme
il me tombe sous la main sans que je l'aie cherché
ce que je prépare depuis tant d'années et désire
tant, j'en déduis qu'il est naturel et possible
que cela arrive, je le considère d'ores et déjà
comme fait, et je me vois déjà tiré de
l'inactivité et de la tristesse qui me dévorent.
Car travailler, le fiel au cou, parmi des hommes
qui semblent des griffes pour le simple pain de
tous les jours, sans une main d'ami, sans un bout
de la Promenade, sans personne en qui s'épancher
et à qui faire du bien, c'est jusqu'à indigne de
l'homme, et cela me tient à demi- mort et tout
honteux. Et puis, pouvoir réunir en une même
activité le travail et le grand goût d'être utile
me remplit de contentement. J'ai bien tout
réfléchi à ce qu'il faut faire dans ce genre
d'entreprises, et pour peu que la fortune et les
amis de l'éducation au Mexique m'y aident, j'aurai
établi sous peu une noble et grande entreprise
américaine où je déverserai tout ce que j'ai de
prévoyant dans le jugement et d'aimant en l'âme,
et aiderai à rendre les hommes conformes à notre
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époque. Le Mexique,
surtout, devra en
profiter, parce que,
hors des
mains d'éditeurs rapaces,
il pourra répandre périodiquement des
livres vivants et
utiles, qui fondent le caractère
et préparent à la
tâche pratique, à
prix très
modique. Bref, ne
vous ai- je déjà
pas dit que
cette pensée
me convertit en un
enfant qui joue dans
son berceau
avec un rayon de
soleil ? Et puis,
si vous me voyiez
l'âme ! Si vous
voyiez combien
elle a reçu de
ruades et comme elle
est en
miettes, dans son
heurt incessant aux
gens qui se durcissent et
se corrompent sur
cette terre- ci au
point que
toute pudeur et
toute intégrité leur
semblent, parce
qu'ils ne les ont
plus, un crime !
Je puis vous le
dire à
vous, parce que vous
me croyez : j'ai
beaucoup de
chagrins dans ma
vie, beaucoup, et si
nombreux qu'il n'y a plus pour
moi de possibilités
de guérison complète, mais c'est ce
chagrin- ci qui
accentue les autres
et qui
est le plus grave
de tous. Je suis
– regardez donc un
peu comme
je me sens ! –
telle une biche
acculée par les veneurs contre
le dernier abri de
la caverne. S'il
ne tombe
pas sur mon âme
quelque grande activité
qui me
l'occupe et me la
rachète, et quelque
grande pluie d'amour,
je me vois au- dedans et
je sais |
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-XIII-
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que je
meurs. Passons
maintenant à autre
chose, tout aussi
égoïste. Je
vous en ai parlé
voilà environ un
an< , d'une
façon générale,
mais cette fois- ci
je le fais pour
de bon. Mes activités, mon
temps et mes
obligations sont
aujourd'hui
disposés de telle
manière qu'il m'est
absolument
indispensable – si
vous ne voulez pas
me voir dans
une agonie
que mon caractère
aggrave – de me
créer une
petite aide mensuelle
de 50 dollars, en
échange, bien
entendu, d'un travail
qui en vaille bien
plus. C'est en
tout cas
ce que j'ai indiqué
à Pablo Macedo ,
et de la façon pratique dont
je le propose, il
l'a cru, lui, très
faisable, tout
comme je le crois
moi aussi sincèrement.
Vous savez
déjà que j'ai la
main très faite à
écrire sur des choses de ce
pays- ci pour des
journaux de
l'étranger; que
mes études et mes
analyses des choses
de cette
terre- ci, et de
son caractère, de
ses éléments et de
ses tendances,
m'ont rendu presque
populaire en Amérique du Sud en
cinq ans de travail;
et que je me
suis lancé là- dedans avec
une si bonne fortune
que non seulement
j'ai remis
à leur place
certains penchants
excessifs que nos pays éprouvent
pour celui- ci, sans
tomber jamais dans |
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des
dénonciations et des
censures concrètes,
mais encore
– et c'est ce
qui me flatte le
plus – que mes simples
correspondances m'ont
attiré l'affection et
la
communication spontanée des
hommes à l'esprit le
plus élevé
et au coeur le
meilleur de l'Amérique
qui parle
espagnol. Le Mexique
a irrémissiblement besoin
d'une
information constante et
à l'origine sereine
sur les
éléments, les évé-
nements et les
tendances des Etats- Unis. Il est
incompréhensible qu'il ne
l'ait pas encore,
et le
journal qui l'inaugurera
répondra à un besoin
pra- tique
et ressenti de façon
générale, et gagnera
la renommée
d'utile et de
prudent, outre les
profits que
reçoit celui qui
donne au public ce
que le public
désire. C'est donc
ce service – soit
en quatre
correspondances par mois,
soit en deux,
qui
permettraient peut- être
de mieux étudier
les
problèmes – que je
vous propose de
faire, pour 50 dollars or
américains par mois.
Je crois fermement
que le
journal qui les
paierait les amortirait
en intérêt et
en utilité.
La Nación de
Montevideo me paie
25 dollars par correspon- dance.
La Opinión Nacional
, jusqu'à ce
qu'il m'ait
semblé bien de m'en
séparer, me payait
100 pour deux. Mais pour le Mexique, outre
que |
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-XIV-
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j'aurais plus
de goût
d'écrire pour mon
public et de revenir
à lui, je
tiens compte
de l'état actuel des
finances et du désir
de rendre
le plan possible. Il
est oiseux de vous
avertir, car
vous me connaissez,
que les feuillets
iront jusque là- bas sans
réticence ni rapport
avec le salaire.
Macedo me
parle de deux
journaux auxquels j'avais
moi- même
pensé avant de le
voir : El Partido
Liberal , où il
me serait
très agréable d'écrire,
parce qu'y travaillent,
que je
sache, Villada , que
j'aime, et don
Manuel Romero
Rubio , qui m'a
servi une fois de
prudent évite- gaffe,
et El
Nacional , qui
semble aussi entreprenant.
Je ne vous en dis pas
plus. J'avoue, de
vous à moi, que
vous me
sauvez par là, même
s'il ne le paraît
pas, d'une vraie angoisse, et
j'ose vous inciter
fortement à m'aider, comme me
l'offre Pablo Macedo
en accord avec
vous, car
ce que j'offre est
de la marchandise
utile et
supérieure par son
importance, sauf en
ce qu'elle
contiendrait de moi,
à ce que j'en
demande. Que mes deux amis se
mettent donc le
chapeau et ne
rentrent pas
chez eux avant de
me laisser l'âme
contente. |
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Ne me grondez pas d'avoir tant
parlé de moi. Quand la brebis bêle,
le loup est proche
! Cette histoire
des journaux
est en sus des
livres et tient en
eux et sans eux. Les
livres, c'est la
grande oeuvre et,
rien que de la penser faisable,
je me suis mis
aujourd'hui à chanter
et à
ranger mes pa-
piers. Donnez- moi
un étrier pour
repartir de
nouveau sur la vie,
car celui qui est
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