|
|
|
|
|
|
Cuba > José Martí |
 |
|
Laboulaye adapté par Marti |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Lettres de Cuba N° 2 Année 2004
-I-
| |
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
Par Salvador
Arias Traduit par Alain de Cullant
Quand José Martí, à la présentation de La
Edad de Oro , expliqua à ses lecteurs ce que
sera la revue, parla de : « nous
leur raconterons des contes pour sourire et des
romans d'enfants, pour, quand ils auront beaucoup
étudié, ou beaucoup joué, ils puissent se
reposer ». Bien qu'il dit , d´abord,
« Ils succèdent des choses plus importantes
et intéressantes que les contes de fée ».
Pourtant, il ne renoncera pas à inclure dans sa
revue ces dit contes, entre eux ceux des auteurs
qu´il traduisait et que d´une certaine forme il
avait adapté. Ceci était une pratique habituelle
de toutes les revues dédiées aux enfants et aux
adolescents, mais Martí, sans trop s´écarter de ce
que les petits lecteurs étaient habitués à
recevoir, était très prudent quand à ses
sélections.
Les deux premiers contes qu'il
« adapta » étaient issus de « contes de fée du français
Laboulaye ».
|
|
Edouard René Lefèvre de
Laboulaye , naquit et meurt à Paris (1811-1883),
il était un connu jurisconsulte, un politique, un
pédagogue et un écrivain. Libéral non radical, il
se manifesta contre la politique du Second Empire
pour la liberté du culte, de la presse et de
l´instruction, il se préoccupa aussi pour la
situation des femmes. Ses œuvres furent traduites
à l'espagnol par l'argentin Juan María Gutiérrez .
Intéressé aux problèmes américains, il écrivit le
prologue de la brochure Réformes dans les îles
de Cuba et de Porto Rico de
l'indépendantiste cubain Pofirio Valiente Cuevas
(Paris, 1869). Il y a un fait curieux : en
1859 il publia un roman arabe, Abdallah,
anticipant le nom de l'œuvre théâtral de
Martí Abdala (1869). Ses compilations de
contes folkloriques, Contes bleus (1864),
Nouveaux contes bleus (1868) et le
posthume Derniers contes bleus (1884)
furent très populaires. Dans la première
compilation, Martí sélectionna « Meñique
», et « El camarón encantado »
dans l'ultime, pour les inclure dans La Edad
de Oro . |
| |
|
|
|
|
|
-II-
| |
|
|
|
|
| |
« Meñique »
Le conte de Perrault,
Le Petit Poucet, avait été traduit sous
le nom en espagnol de « Pulgarcito »,
Martí décida de changer, dans le titre, le nom du
doigt de la main « Poucinet » pour
l'appeler « Meñique » (petit doigt).
Là, les marques de son origine folklorique sont
très évidentes, comme « conte
d'apprentissage », dans lequel le numéro
trois accompli une notable fonction structurelle.
Martí suivi de près la version originale de
Laboulaye , qui incluait la critique du système
monarchique ainsi que de nombreuses réflexions
étiques et louait l'habilité et la vaillance.
Toutefois, il introduit quelques modifications
significatives et, pour le style, utilisa en
abondance les diminutifs.
Dans les textes
de Laboulaye , la situation géographique était
très précise, comme « conte
finlandais » jusqu'à l'allusion des
prétendants venus de Suède, Norvège, Danemark et
Russie.
|
|
Martí préférait utiliser pour la
narration, « qui arriva il y a
très longtemps », « dans un pays
étrange », ce qui le rendait indépendant de
la géographie et de l'histoire pour situer les
lieux légendaires des contes de magie (ou de fée,
selon une dénomination populaire) qui devait plus
à la poésie qu'à l'histoire.
Dans ce conte de Martí il existe très peu de
suppressions et d'ajouts, par rapport à
l'original. Sont siennes les pittoresques
critiques de Pablo à Meñique : « un
derrière avec des moustaches, une griffe
vénéneuse, un pois chiche plein d'ambition »,
ainsi que les néologismes : «
Hominicaco » (gringalet) et «
Macacuelo », (du singe macaque) et
l'inclusion d'un cubanisme : pitirre
(un petit oiseau cubain), si chère à
Martí.
C'est dans le passage du
mariage de Meñique , où Martí a fait le plus
d'ajouts. Là il inclus une réflexion au sujet des
couples qui a sans doute une amer saveur
autobiographique : « dans les mariages on ne peut
pas dire dès le début, sinon plus tard, quand
commencent les |
| |
|
|
|
|
|
-III-
|
|
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
peines de la vie, si les époux s'aiment
et s'entraident ou s'ils sont égoïstes et
lâches ».
Dans cette même partie, il
ajoute certains éléments ornementaux de saveur
rubendariènne , comme le magnifique carrosse et
ces détails un peu ironiques,
des « violonistes habillés de soie bleu,
une violette à la boutonnière de la
casaque », et ce qu'il n'a pas accepté de
l'original est que le protagoniste pourrait
gouverner sans que personne puisse désirer une
révolution.
La crevette enchantée
« La crevette enchantée » dans le
texte original français,
s'intitulait « L'écrevisse », on
aurait pu dire, en espagnol, « El
cangrejo » (le crabe), mais il se traitait
d'un crabe d'eau douce, des rivières et des lacs
de la Baltique. Il est probable que pour Martí, en
regardant une illustration, lui paraissait plus à
une crevette cubaine qu'à un crabe. |
|
Le conte a été publié la première fois sur la
page initiale du périodique Journal des débats
de Paris , le 1 er janvier 1883. Bien que
l'on n'a pas pu vérifier sur la version originale
française, il existe une traduction a l'espagnol,
publiée dans La Nación de Buenos Aires,
du 4 février 1883, année de la mort de
l'auteur, journal dans lequel collabora Martí.
Je dois signaler que le sujet de se conte eut
traditionnellement un ample déplacement spatial,
et les spécialistes du folklore le situent comme
intégrant du cycle Les animaux qui nous aident
. En Europe il y eu des versions des frères
Grimm et de Pouskhine . Mais les antécédents
directs du texte de Martí proviennent
de « El cangrejo omnipotente » (le
crabe omnipotent), d'après la version de Friedrich
Reginald Kreutzwald, considéré comme le fondateur
de la littérature nationale et folklorique
d'Estonie. Traduit à l'allemand par Ferdinand
Loewe sous le titre « Le crabe omnipotent et
la femme vorace » en 1881. De cette
traduction Laboulaye publiera en français sa
version « Le crabe. Conte estonien ». |
| |
|
|
|
|
|
-IV-
|
|
|
|
|
|
| |
|
|
|
|
| |
Dans Meñique , les suppressions et les ajouts ne sont pas
très nombreux, mais avaient une certaine
signification. Il supprime la situation
géographique, que Laboulaye situait aux alentours
de l'actuel Tallin, capitale de l´Estonie. Il fait
disparaître les comparaisons livresques et les
sentences religieuses mises en exemples dans
l'original, incluant un parallèle du mari, Loppi ,
avec le patient et biblique Job.
En
général il traite de caractériser l'épouse,
Masikas plus loin de son agressivité négative.
Loppi s'en rappelle quand la pauvreté ne l'avait
pas encore aigrie, elle était comme une
« fine rose », et « ne lui
parlais pas de peur », choses qui s'en doute
rendait impossible la fluidité de leurs relations.
Le final est très synthétisé
par Martí, en recherche |
|
d'une conclusion plus rapide,
plus sobre et qui tant à voir avec les changements
qu'il a fait du personnage de Loppi . Pour
Laboulaye , le paysan empressé, lâche et malheureux, résulte un modèle de fidélité
conjugale et de générosité, et avant de mourir
l'hiver suivant, après avoir beaucoup pleuré à sa
« chère épouse », il grava sur sa tombe
l'inscription : « A la meilleure des
épouses, le plus inconsolable des maris »,
paroles finales du texte de Laboulaye . Cette
fidélité sans limites, Martí la supprime
manifestant sa critique, dans ce conte, à la
lâcheté et la complaisance du mari, sur les
dangers des ambitions démesurées, mais aussi une
réflexion sur le mariage.
La fonction de « transmetteur »
attribué au traducteur, Martí l'a accompli à la
perfection ici, dans ces textes, qui très fidèle
aux originaux, possède le style distinct de Martí.
|
|
(Cubarte)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|