José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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 Marti et " Notre Amérique "

José Martí, écrivait dans une lettre inachevée le 18 mai 1895, la veille de sa mort au combat à Dos Rios, à son ami Manuel Mercado :
" Je risque tous les jours ma vie pour mon pays et pour mon devoir qui est d'empêcher avant qu'il ne soit trop tard, au moyen de l'indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s'étendent aux Antilles et ne s'abattent, avec cette force supplémentaire, sur nos patries d'Amérique ". Quelle était donc sa conception de l'Amérique dite aujourd'hui " latine " ?

L'Amérique Latine, que José Martí appelait " Notre Amérique " occupait une place très importante dans ses discours et dans ses articles de presse. L'un des plus importants est, sans aucun doute, celui qu'il a intitulé justement " Nuestra América " (Notre Amérique) en 1891. Bien avant, Martí avait consacré plusieurs écrits à notre région. L'amour qu'il ressentait pour Cuba s'ouvrait sur une conception claire de la mission qui incombait à son pays. Consacrant sa vie entière à la liberté de Cuba, il l'a consacrée aussi à celle de l'Amérique hispanique. C'est à juste titre qu'il a relevé : " je suis fils de l'Amérique ; je me dois à elle. Et cette terre-ci est le berceau de l'Amérique, à la révélation, à l'ébranlement et à la fondation urgente de laquelle je me consacre ".

Le séjour de Martí dans plusieurs pays latino-américains : au Mexique, au Guatemala et au Venezuela lui a permis de mieux connaître la région, comme le fait remarquer Pedro Pablo Rodriguez, chercheur au Centre National d'Études sur José Martí, de La Havane:

" Il n'est pas étonnant, mais parfaitement cohérent que l'on trouve dans ses écrits du Mexique, pour la première fois, le terme " Notre Amérique ". Il est vrai qu'il l'a utilisée une seule fois au Mexique et sans y accorder -semble-t-il- une grande attention. Martí a dit : " Si l'Europe était le cerveau, Notre Amérique serait le cœur ". C'est une phrase très intéressante, premièrement parce qu'il l'a dit, sans s'y arrêter, dans la critique qu'il a faite d'une pièce de théâtre d'un écrivain mexicain, et, deuxièmement parce qu'elle ouvre la voie à la définition de l'identité continentale, du moins au moyen de la comparaison avec l'Europe. "

C'était la raison face au sentiment chez un jeune formé aux écoles littéraires romantiques cubaines, qui étaient encore fortes. Pour lui, les sentiments et les émotions étaient décisifs et ils s'inscrivaient dans la tradition de l'identité latino-américaine. À l'époque de Bolívar, le Libérateur de l'Amérique Latine, et après aussi, on signalait que la sensibilité était la particularité essentielle de l'identité latino-américaine par rapport à l'Europe. Pedro Pablo Rodriguez souligne :

" Martí s'insère dans cette tradition et il a posé en même temps un problème, que se posait d'ailleurs toute la génération de son époque, au sujet du nom à donner à cette région devenue l'Amérique Latine au XXe siècle. Nous savons qu'au XIXe siècle on proposait plusieurs noms mais il n'y avait pas de termes communs, établis et acceptés pour désigner cette région. On parlait de l'Amérique Hispanique, des anciennes colonies espagnoles, de l'Amérique indienne, de l'Amérique Latine. Cette appellation a eu d'ailleurs une origine bien néfaste car elle a été lancée par les idéologues du Second Empire français, justement ceux qui justifiaient l'intervention française au Mexique, l'expansion territoriale française vers l'Amérique Latine, et qui parlaient des empires latins en Amérique ".

Cependant, dans les milieux illustrés, parmi les intellectuels, la conscience existait au sujet du fait qu'il fallait trouver un nom pour désigner une identité, qui n'était pas du tout européenne quoique ayant l'empreinte de l'héritage et de la tradition européenne.

Pedro Pablo Rodriguez, chercheur au Centre National d'Études sur José Martí, de La Havane poursuit à propos de la comparaison qu'établit Marti entre l'Europe et Notre Amérique :

" En même temps, remarquez l'opposition, et une certaine unité à la fois, car il utilise une ressource littéraire, mais la comparaison qui s'établit a un caractère biologique : il y a, d'un côté, le cerveau et, de l'autre, le cœur. Nous savons parfaitement, et l'on savait à l'époque, que le cœur ne peut pas vivre sans le cerveau vice-versa. Le jeune Martí voit dans cette opposition Europe-Amérique Latine une antithèse dans laquelle la présence des deux éléments est nécessaire. "

Pedro Pablo Rodriguez précise :

" J'attire l'attention sur le fait que Marti appelle Notre Amérique les pays situés au Sud du Rio Bravo, qui sert de frontière naturelle entre le Mexique et les États-Unis. Il perfectionne cette idée par des phrases très importantes qu'il a écrites au Guatemala. Au Mexique, Martí a mieux développé deux idées sur le fait que les peuples de l'Amérique Latine sont des peuples nouveaux. C'est la conception qu'il a. Il les oppose seulement à ceux qu'il appelle les peuples anciens d'Europe et d'Asie. Il considère que les peuples nouveaux - et lorsqu'il parle de peuples jeunes, il se réfère indistinctement aussi bien au Mexique qu'à ce que nous avons appelé après l'Amérique Latine tout entière, c'est-à-dire, à l'ensemble de la région - ont en commun le fait qu'ils émergent. Marti a toujours mis l'accent sur le fait qu'il y a des traits communs entre ces peuples nouveaux dont le fait qu'ils naissent et se forment ".

Notre Héros National accordait donc la priorité à l'étude de l'histoire, des éléments qui ont façonné l'identité des peuples de notre continent, de ces peuples nouveaux comme il les appelait. C'est à juste titre qu'il a relevé : " Connaître c'est résoudre l'histoire de l'Amérique, des Incas jusqu'à nos jours. Elle doit être apprise sur le bout du doigt même si l'on n'enseigne pas celle des archontes de Grèce. Notre Grèce à nous doit être préférée à celle qui n'est pas la nôtre. "

(RHC)


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