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Par José Martí
Traduit par Jacques-François Bonaldi
PERSONNAGES
Espirte, mère d´Abdallah
Elmire, soeur d´Abdallah
Abdallah
Un sénateur
Conseillers, soldats, etc.
La scène se passe en Nubie
SCÈNE I

Abdallah,
un sénateur et des conseilleurs
Sén.
Ô noble capitaine, un conquérant tenace
S´installe sous nos portes et sottement menace
Au cas où , à sa force, nous résisterions
De convertir en cendres nos solides bastions.
Féroce, son armée chevauche, fatidique,
De nobles coursiers de la race arabique.
D`immenses multitudes soutiennent l`oppresseur.
Et tant de javelots font une telle noirceur
Aux mains de l`ennemis qu´il suffit de les voir
Pour trembler et sentir en soi le désespoir.
Ses tentes bariolées, ô noble capitaine,
S´étendent et fourmillent jusqu`au bord de la plaine.
Et du rude oppresseur, ô Abdallah illustre,
La cruauté est telle, et la morgue si rustre
Qu`il a fait réclamer par un sien émissaire :
Que se rendent le feu et la terre, l`eau et l´air !
Abd.
Mandez dire au tyran qu´il ravale ses mots :
Qu´un héros en Nubie vaut pour vingt javelots ;
Qu´il ose donc de l`air se faire le seigneur ;
Que le feu au foyer est signe de bonheur ;
Que la terre il l`achète du sang qu´il versera ;
Qu´au torrent de ses larmes l´eau se mélangera.
Sén.
Ô illustre guerrier, réfréne ton ardeur !
Du barbare étranger, intempérant hâbleur,
Le peuple a su châtier, fierté de notre race,
La sotte présomption, la vaniteuse audace.
Mais point ne sont ce jour ses sauvages insultes
Preuves de fatuité ou menaces incultes.
Déjà dans nos campagnes, les Nubiens il capture !
Déjà de nos cités, il cerne les hauts murs !
Abd.
Que dis- tu Sénateur ?
Sén.
Je
dis, ô noble chef
De la nubienne armée, qu`il convient, derechef,
Que reluisent nos lances et qu´ondoie au plus haut
De la patrie aimée les trois fois saint drapeau.
Je dis qu´il faut tantôt que la Nubie pétrée
De l`oppresseur arrache la langue effrontée,
Que de son sang elle baigne la plaine où croît le sparte,
En deux mots, qu´elle se batte comme se battait Sparte !
Je viens entre tes mains remettre l`entreprise
De venger pour nous tous la couarde méprise
Du tyran implacable , du barbaresque impie
Qui nous veut ôter l`âme en nous ôtant la vie.
Je te viens supplier , Nubien de haute taille,
De mener sans retard ton peuple à la bataille.
Abd.
J`accepte, Sénateur. Car seul un coeur inique
Manquerait de frémir à ta digne supplique.
Que me suivent, j`espère, les nobles capitaines,
Tout chefs intrépides que leur courage entraîne.
Voyons si un tyran ose les homes francs
Sur un champ de bataille insulter par devant !
En Nubie engendres, par la Nubie pétris,
Nous saurons trépasser ; enfants de la patrie,
Pour elle nous mourrons ; et le dernier soupir
Qui viendra lentement sur mes lèvres finir
Sera pour la Nubie, car c´est à la Nubie
Que nos bras et nos coeurs ont toujours obéi.
Au peuple, allez donc dire, l`ordre une fois donné,
Que je prendrai sa tête guidant sa destinée.
Au Tyran , dites bien qu`il s`apprête à mourir,
Qu`il prépare ses gens, qu´il aura à fourbir
Ses lances mieux qu´avant. Plus vives que l´éclair,
Nos âmes brilleront, vigoureuses et claires !
Sén.
Heureuse mille fois, digne fils que voilà,
La patrie que ton peuple honore !
Tous
Vive Abdallah !
(Exit le sénateur et les conseillers.)

SCÈNE II

Abdallah
Abd.
En fin, mon bras puissant à l`ardeur guerrière
Pourra faire tournoyer le rude cimeterre !
Et mon noble coursier - ah, Dieu, qu`il ne me faille !-
Pourra caracoler au feu de la bataille !
Enfin, mon jeune front verra la renommée !
C´est moi qui sauverai ma patri angoissée,
Moi qui arracherai le peuple à l´oppresseur
Qui, déjà, le malmène
et le voue au malheur !
Ainsi, c´est à mes pieds, défenseurs de Nubie,
Que le tyran vaincu gémira pour sa vie !
Et les lâches qui l`aident et tous ceux qui le vantent
Devant nos moulinets gémiront d`épouvante,
Et leurs superbes fronts, au bruit de nos alfanges,
Et leurs âmes altières rouleront dans la fange !
La plaine qui déroule ses champs à l`infini,
Tel un témoin muet, dira leur infamie !
Devant l `homme affranchi, l`oppresseur s´enfuira !
L`opprimé, sa souillure, rédimé, lavera !
Infâme conquérant, le moment de ta mort
A maintenant sonné ; de tes guerriers l `effort,
Non plus que leur vaillance et l ´horrible menace
Non plus que leur vaillance et l´horrible menace
Ne pourront nullement endiguer notre audace.
L´esclave de tout temps a su rompre ses chaînes ;
Et au coeur de son maître, quand brûle trop sa haine,
Plonger le coutelas. Crains donc ta dernière heure
Et que l´ambition ne se fasse ton malheur,
Qu´en ton sein ne s´enfonce- ô douce violence !-
Du Nubien affranchi l´irrésistible lance.
Il me semble déjà les entendre rugir,
Tel le tigre à sa proie
qui ne peut réagir.
Je les vois s´élancer vers nos rangs ; sans frein,
Ils dirigent déjà hâtivement leur train.
Ils luttent avec fureur : dans la plaine à torrents
Le sang se précipite ; ils resserrent leurs rangs
Et, affamés, attaquent, mais en pleine poitrine
Au défaut de l´armure, nos minces javelines
Entrent. Leurs chefs altiers roulent jusques à terre
Sous le fil affûté des rudes cimeterres.
Désormais las, vaincus, - telle la furieuse
Panthère du désert qui se lance, fougueuse,
Sur la proie qu´elle abat et déchire et lacère,
Et qui rougit, se tord et mêle à la poussière
Le rouge sang vermeil et tout en se battant
Fait vibrer l´air torride d`horribles feulements –
Ainsi, les ennemis, furieux en leur puissance,
Sur nos rangs regroupés
sauvagement s ´élancent,
Et luttent et recueillent et courent et s´élèvent,
Et inertes retombent et tremblants se révèlent,
Et se lancent encore et, décimés, périssent !
Leurs troupes affaiblies plutôt qu`elles ne finissent
Se dispersent en la plaine. Ah ! Quelle jouissance
Qui avive mon âme et l`enfle de puissance !
Mon courage s`enflamme et à mon cœur ordonne !
Mon sang se fortifie ! Dans mes veines bouillonne
Une invincible ardeur ! Ah ! non, c`est trop d´appât :
A la lutte je pars !

SCÈNE III

Entrée de guerriers- Guerriers et Abdallah
Un gue Salut, ô Abdallah -
Ab.
Salut, nobles guerriers.
Un gue
Du combat le moment
Est venu ; tous nos gens attendent impatiemment
Leur noble capitaine ; les cousiers caracolent
Et autour de la place ménent une ronde folle.
Au coeur de tous, il n´est qu`une même vaillance
Et dans l`âme du peuple bouillonne l´esperance :
Si tu vaincs, noble chef, le peuple tout entier
Ton front trois fois glorieux couvrira de lauriers ;
Et si au champ d`honneur, courageux tu péris,
Te ceindra des martyrs la couronne chérie !
L´allégresse resplendit sur tous les traits pareil ;
Les armes haut brandies fulgurent au soleil ;
Et l`envie de luttwer grave sur les visages
Une seule vaillance et un même courage !
Abd.
Ni lauriers ni couronne ni nulle récompense
N`incite le héros à montrer sa vaillance
Quand notre Nubie libre par un tyran se voit
Menacée d`esclavage et privée de ses droits.
Sus donc à l`ennemi et que notre sang prouve
Qu`il jaillira vermeil, au tyran qui l`eprouve
Des poitrines qui sont des autels de Nubie,
De bras qui sont ses forts et en son les réduits !
Au combat, donc, mes braves ! Que le sang tyrannique
Féconde la patrie, que sa hardiesse inique
Se brise sur les mur de nos rudes poitrines
Et que son sang versé notre audace éternise.
A la guerre ! A la guerre ! Que le vil conquérant
Qui vient nous attaquer reçoive pour seul ban
Le terrible fracas qu´en le battant vont faire,
Portés par notre audace, nos rudes cimeterres !
Que la noble Nubie à sa grandeur ne faille !
A la guerre courez ! Courez à la bataille !
Et que d` écu te serve, ô patrie qui est mienne,
Notre valeur guerriére face aux crocs d`une hyéne.
(Ils se préparent à partir.)

SCÈNE
IV

Entrée d`Espirte.- Espirte, Guerriers et Abdallah.
Esp. Où vas- tu donc ? Attends !
Abd.
Ô mère aimante et bonne,
Je ne peux point attendre.
Esp.
Arête ! Je l`ordonne !
Abd.
Moi, m´arrêter, ô mère ? Ne contemples- tu pas
L`armée qui n´attend plus que de suivre mes pas ?
Ne vois- tu pas aussi que par mon fier bras passe
La liberté chérie qu`un barbare menace ?
Ne vois- tu pas enfin que les guerriers sont prêts ?
Que nos lances illuminent tels du soleil les rais ?
M`arrêter, je ne puis, ô mère très chérie !
Je pars à la bataille défendre ma patrie !
Esp.
Je suis ta mère !
Abd.
Je suis Nubien. Le peuple entier
N`attend plus qu`après moi pour libre demeurer :
Un peuple étranger nos champs et notre terre
Foule, et veut nos passer de l`esclave les fers ;
Et ose nous montrer ses piques redoutables.
Et l`honneur nous commende, et le Dieu véritable,
Que pour notre patrie nous sachions mourir
Plutôt que de la voir sous le joug s`avilir.
Esp.
Eh bien, si au combat l`honneur veut que tu coures,
Ta mère l`interdit qui t`a donné le jour !
Abd.
Seule pourrait la foudre dresser une barrière
À l`élan prodigieux de ma fureur guerrière !
A la guerre, courez, courageux combattants,
Votre chef vous rejoint : il n`en est plus que temps !
(Les guerriers partent.)

SCÈNE V

Espirte et Abdallah
Abd.
Pardonne- moi, ô mère, que je prenne les armes
Et m`éloigne de toi ! Ah Témoins sont mes larmes
De l´anxiété terrible qui me dévore l`âme,
De l`ouragan en moi qui rugit et m´enflamme.
( Espirte pleure.)
Ne pleure pas, ô mère, car mes larmes ardentes
Suffisent à montrer la douleur qui me hante !
Le râle des moribonds pas plus que le fracas
Ni le choc rude et fort des armes au combat
Ne font sourdre à mes yeux des larmes attristées
Ni reculer l`élan de ma virilité !
Il se peut que sans vie je revienne au foyer
Ou que, blessé à mort et le corps rudoyé
Je périsse caché sous un tas de cadavres.
Que peu m´importerait de n`avoir plus de havre
Si je pouvais ainsi la Nubie préserver
Du redoutable étau d`un carcan étranger.
Cette tunique, ô mère, qui recouvre tes flancs,
J´oserais la souiller des goutes de mon sang !
Je n´ai peur que pour toi. Et si mes peurs je cache
Au guerrier de Nubie afin qu`il ne le sache,
Vois, ô mère, comme ils coulent le long de mon visage,
Vois comment ils m` aveuglent mais trempent mon
courage !
Esp.
Ainsi à cette terre tu voues tant de tendresse !
T`a- t- elle donc gardé en ta prime jeunesse ?
T`a- t- elle donc porté, aimante, en ses entrailles ?
T`a- t- elle donc donné, sans jamais qu`elle te faille,
Ton audace ? Réponds ! Est- ce donc la Nubie ?
Ou ta mère ?
Abd.
Ah ! l`amour , ô mère, de la patrie
N`est pas celui qu`on voue, ridicule, à la terre,
Ni à l`herbe que foule notre plante sur l`aire :
C`est la haine invincible de celui quo l`opprime,
C`est la rancœur pérenne de celui qui la brime,
Et c`est un amour tel qu`il éveille en le cœur
Un flot de souvenirs quand, à la dernière heure,
Le sang, de la blessure jaillit et que de l´âme
La vie nous abandonne comme s`éteint la flamme ;
L`image de l´amour, celui qui nous console,
Et les douces mémoires qu`il conserve en son sol !
Esp.
Cet amour est plus fort que celui qu`en ton sein
Ta propre mère éveille ?
Abd.
Et quoi pour un humain
Passe donc la patrie en sa sublimité ?
Esp.
Serait- elle si sublime qui`il
faille en vérité
M`abandonner pour elle ? Et au combat courir
Si prompt et si véloce ? Ne plus se souvenir
De celle qui t´a donné le jour ? Donc, la patrie
Te l` ordonne ? Répond ! Non plus tu ne frémis
Du sang ni de la mort qui risquent de t`attendre ?
Abd.
Quiconque sa patrie veut jusqu`au bout défendre
Du sang et des obstacles ne fait le moindre cas ;
Et l’orgueil du tyran ne l`impressionne pas ;
Sur sa rude poitrine la menace se brise ;
Et si jamais les cieux à son désir suffisent,
Jusques aux cieux eux –mêmes sa valeur le conduit !
Esp.
Ainsi donc tu t`en vas ! Ainsi donc tu t`enfuis !
Abd.
Ô mère, je ne fuis pas ! Je pars à la bataille !
Esp.
Ah ! je vois que tu pars, ô fils de mes entrailles !
(Elle tombe à genoux.)
Contemple à tes pieds ta malheureuse mère !
Vois mes pleurs s`épancher et couler jusqu`à terre
En excès d`amertume et tes pieds arroser !
Arrête, ô mon enfant !
Abd.
Veuillez vous redresser !
Esp.
Alors, pour mon amour…pour ta vie…ne pars pas !
Abd.
Vous voulez que je reste quand emboîte mes pas
La Nubie tout entière ? Quand, inquiet mais terrible,
Se pressent à nos portes, un peuple irrésistible
M`attend, tout anxieux de laver sa souillure ?
Uniquement l`éclair, ô mère, je le jure,
Peut du noble Abdallah le courage plier !
Esp.
Une infortunée mère qui vient te supplier (avec hauteur)
Qui mouille de ses larmes le bas de ta cuirasse,
N`est- ce un éclair d`amour qui renonce te fasse ?
N`est- ce un éclair d`amour qui peut t`abasourdir ?
Abd.
Que de tourments me blessent ! Quelle angoisse ! Quel
martyre !
Ma mère tout en pleurs…Oui, mais la Nubie m´appelle…
Je suis fils…mais Nubien…Mon choix est sans appel :
Il me faut sur- le champ la patrie écouter. (Il
part)

SCÈNE VI

Espirta
Esp. Partió!... partió!... Tal vez ensangrentado,
Lleno de heridas, a mis pies lo traigan;
Con angustia y dolor mi nombre invoque;
Y mezcle con las mías sus tristes lágrimas,
Y mi mejilla con la suya roce
Sin vida, sin color, inerte, helada!
¡ Y detener no puedo el raudo llanto
Que de mis ojos brota; a mi garganta
Se agolpan los sollozos, y mi vista
Nublan de espanto y de terror mis lágrimas!
Mas ¿por qué he de llorar? ¿Tan poco esfuerzo
Nos dio Nubia al nacer? ¿así acobardan
A sus hijos las madres? ¿así lloran
Cuando a Nubia un infame nos arranca
¿Así lamentan su fortuna y gloria
¿Así desprecian el laurel? ¿Tiranas,
Quieren ahogar en el amor de madre
El amor a la patria? Oh! no! derraman
Sus lágrimas ardientes, y se quejan
Porque sus hijos a morir se marchan!
Porque si nubias son, también son madres!
Porque al rudo clamor de la batalla
Oyen mezclarse el ¡ay! que lanza el hijo
Al sentir desgarradas sus entrañas!
Porque comprenden que en la lucha nunca
Sus hogares recuerdan, y se lanzan
Audaces en los brazos de la muerte
Que a una madre infeliz los arrebata

SCÈNE VII

Espirta
y Elmira
Elm. Madre! llorando vos?
Esp.
¿De
qué te asombras?
A la lucha partió mi noble Abdala,
Y al partir a la lucha un hijo amado
¿Qué heroína, qué madre no llorara?
Elm.
La madre del valor, la
patriota!
Oh! mojan vuestra faz recientes lágrimas,
Y rebosa el dolor en vuestros ojos,
Cobarde llanto vuestro seno baña!
Madre nubia no es la que así llora
Si vuela su hijo a socorrer la patria!
A Abdala adoro: mi cariño ciego
Es límite al amor de las hermanas,
Y en sus robustas manos, madre mía,
Le coloqué al partir la cimitarra,
Le dije adiós, y le besé en la frente!
Y vos lloráis, cuando luchando Abdala
De noble gloria y de esplendor se cubre,
Y el bélico laurel le orna de fama!
iOh madre! ¿no escucháis ya cómo suenan
Al rudo choque las templadas armas?
¿Las voces no escucháis? ¿El son sublime
De la trompa no oís en la batalla?
¿Y no oís el fragor? ¡Con cuánto gozo
Esta humillante veste no trocara
Por el lustroso arnés de los guerreros,
Por un noble corcel, por una lanza!
Esp.
¿Y también como Abdala, por la guerra
A tu hogar y tu madre abandonaras?
¿Y a morir en el campo audaz partieras?
Elm.
También, madre, también! que las desgracias
De la patria infeliz lloran y sienten
Las piedras que deshacen nuestras plantas!
¿Y vos lloráis aún? ¿Pues de la trompa
El grato son no oís que mueve el alma?
¿No lo escucháis?, ¡oh madre! ¿A vos no llega
El sublime fragor de la batalla?
(Se oye tocar a la puerta.)
Pero... ¿qué ruido es éste repentino,
Madre, que escucho a nuestra puerta?
Esp.
(Lanzandose
hacia la puerta)
¡Abdala!
Elm.
(Deteniéndola)
Callad, oh madre! Acaso algún herido
A nuestro hogar desesperado llama.
A su socorro vamos, madre mia.
(Se dirigen a la puerta.)
¿Quién toca a nuestra puerta?
Una voz Abrid!

SCÈNE VIII

Entran guerreros trayendo en brazos a Abadla herido. Dichos,
Abdala
Ebn. y Esp. (Espantadas:) ¡Abdala!
(Los guerreros conducen a Abdala al medio del
escenario.)
Abd.
Abdala, sí, que moribundo vuelve
A arrojarse rendido a vuestras plantas,
Para partir después donde no puede
Blandir el hierro, ni empuñar la lanza
Vengo a exhalar en vuestros brazos, madre,
Mis últimos suspiros, y mi alma!
Morir! morir cuando la Nubia lucha;
Cuando la noble sangre se derrama
De mis hermanos, madre; cuando espera
De nuestras fuerzas libertad la patria!
Oh, madre, no lloréis! Volad cual vuelan
Nobles matronas del valor en alas
A gritar en el campo a los guerreros:
"Luchad! luchad, oh nubios! esperanza!"
Esp.
¿Que
no llores me dices? ¿Y tu vida
Alguna vez me pagará la patria?
Abd.
La vida de los nobles, madre mía,
Es luchar y morir por acatarla
Y si es preciso, con su propio acero
Rasgarse por salvarla las entrañas!
Mas, me siento morir: en mi agonía
(A todos) no vengáis a turbar mi triste
calma,
Silencio... Quiero oír... Oh me parece
Que la enemiga hueste derrotada,
Huye por la llanura... oíd!... silencio!
Ya los miro correr... A los cobardes
Los valientes guerreros se abalanzan...
Nubia venció! muero feliz: la muerte
Poco me importa, pues logré salvarla...
Oh qué dulce es morir, cuando se muere
Luchando audaz por defender la patria!
(Cae en brazos de los guerreros.)
Publicado en el único número del pequeño periódico de Martí
La Patria Libre, del 23 de octubre de1869.
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