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PAR PEDRO PABLO RODRIGUEZ
L’EXERCICE du journalisme a occupé une bonne
partie de la vie et de l’attention de José Marti,
qui a publié son premier texte dans la presse
avant l’âge de 16 ans.
Si la postérité a fixé l’image littéraire du
Marti poète, ses contemporains l’ont connu et
admiré surtout pour ses écrits pour les journaux,
car les deux recueils de poésies qu’il a édités
par ses propres moyens ont été distribués par
lui-même comme cadeau parmi ses amis et
connaissances, alors qu’ils pouvaient apprécié
ses textes dans plus d’une dizaine de journaux
hispano-américains. Et il est évident que
l’éventail des lecteurs de cette presse
dépassait largement celui de la poésie.
Pour les spécialistes du style de Marti il est
indispensable d’examiner cette prose pour
pouvoir comprendre la transformation que le
révolutionnaire a opéré dans la langue espagnole,
comme ceux qui se consacrent à étudier sa pensée
savent que ces écrits pour la presse renferment
les divers sujets et affaires qui ont attiré son
attention.
L’entrée «professionnelle» de Marti dans le
journalisme est survenue à 22 ans, durant son
séjour au Mexique, entre 1875 et 1876, et on
peut dire qu’elle a été fortuite.
Sa famille s’était établie dans la capitale et
le jeune, après avoir obtenu ses diplômes
d’avocat et de licencié en philosophie et en
lettres en Espagne, il est parti rejoindre ses
parents et ses sœurs, avec l’idée d’assumer leur
entretien par le biais de la pratique du droit.
Sa famille, entre-temps, avait trouvé du soutien
chez un voisin mexicain qui occupait un poste
dans l’administration du District Fédéral, et
qui a accompagné le père de Marti à l’attendre à
la station de chemin de fer le soir de son
arrivée.
Manuel Mercado a été cet homme providentiel qui
non seulement est devenu son ami intime auquel
le Cubain a confié dans ses lettres ses émotions
et ses objectifs politiques, mais, en outre, qui
lui a ouvert les portes de la société mexicaine
à travers ses vastes relations.
Ce fut Mercado qui l’a amené à la Revista
Universal, un quotidien du parti au pouvoir
qui rassemblait alors le gratin des lettres
mexicaines de l’époque.
Curieusement, le premier texte publié là-bas par
Marti a été un poème dédié à l’une de ses sœurs
décédée quelques semaines avant son arrivée,
ainsi que d’autres vers qui ont été inclus dans
des éditions postérieures du journal.
Cependant, depuis mars 1875 sa plume a fait
partie de cette rédaction, dans laquelle il a
appris l’art du métier et couvert les genres les
plus divers.
Dans la Revista Universal, Marti a publié
de nombreux articles de fond sur divers sujets
nationaux ou internationaux, écrit des
comptes-rendus pour la section intitulée
«Courrier des théâtres»; il s’est occupé aussi
durant une quinzaine de jours du Bulletin
parlementaire qui donnait des informations sur
les débats dans l’Assemblée législative
mexicaine, publié une traduction du français et
un conte, et rassemblé fréquemment ses articles
non signés dans la section Entrefilets et
Échos.
Il n’y a aucun doute que le journaliste s’est
formé dans ce quotidien en complétant les
espaces qui manquaient à l’heure du bouclage du
soir du journal, ajustant la chronique du jour à
l’espace qui lui était réservé, écrivant au
moment de la clôture ce qu’un autre confrère
n’avait pu terminer. Écrivain de la rédaction,
amoureux du plomb et de l’encre d’imprimerie,
attentif au typographe pour éviter les errata
qui le préoccupaient tellement, Marti a été à
Mexico un très bon journaliste.
Sa période de journaliste au Mexique est une
source importante pour connaître le processus de
formation de ses idées et de son style, c’est
pourquoi les spécialistes ont fréquemment
utilisé ses articles.
Mais depuis peu de temps on a aussi confirmation
que Marti a aussi écrit de nombreux échos pour
la section correspondante de la Revista
Universal, d’abord appelée «Echos de toutes
parts» et ensuite «Entrefilets».
A travers un examen rigoureux du style de chaque
nouvelle brève et des sujets qui y sont abordés,
les spécialistes du Centre des études de Marti
chargés de l’édition critique de ses œuvres
complètes, ont détecté que plus d’une centaine
de nouvelles brèves, jamais rassemblées
auparavant, étaient l’œuvre de Marti.
Dans le journalisme d’alors, les entrefilets et
les échos embrassaient un vaste éventail de
sujets, tous caractérisés par leur valeur
d’information. Une bonne partie de ces textes
seraient considérés aujourd’hui comme des
articles d’information, même si ce genre
d’article était aussi utilisé pour la polémique
et le débat politique.
Les échos de la Revista Universal de
Mexico se situent dans cet esprit, et bien que
la section avait un rédacteur responsable, il
était habituel que d’autres membres de l’équipe
du journal s’y expriment, souvent d’une manière
sous-entendue, et parfois avec les initiales du
collaborateur occasionnel.
Cela arrivait souvent à Marti, qui s’est vu
obligé plus d’une fois de polémiquer, surtout
quand un autre journal combattait sa défense
habituelle de l’indépendance de Cuba. Ce genre
de sujet traité a amené les spécialistes à lui
attribuer de nombreux échos, de même que la
perspective latino-américaniste, la
préoccupation pour la création artistique et les
avancées technologiques et scientifiques,
l’importance conférée à l’éducation et, surtout,
le style éducatif.
De même que dans le reste de son journalisme et,
particulièrement, comme c’est manifeste dans une
époque postérieure où il a écrit des échos, ces
textes publiés dans la Revue Universelle
montrent, malgré leur brièveté et l’aspect
éphémère des informations dans de nombreux cas,
un trait singulier de son style journalistique
et de tous ses écrits: l’exercice de l’examen,
l’expression d’une opinion, et le jugement basé
sur une éthique humaniste et de solidarité.
Les échos mexicains démontrent une fois de plus
la haute dignité et le respect professionnel que
conférait Marti à la pratique du journalisme. Le
simple article non signé avait pour lui la même
valeur qu’un article de fond bien en vue sur une
page.
Les échos les plus brefs ont été pour lui un
moyen aussi important que les autres pour
répandre ses idées et accomplir le devoir qu’il
attribuait au journalisme dans l’un de ses
articles intitulés Bulletins pour la Revue
Universelle: «La presse n’est pas la douce
révérence ou la colère insultanteç; c’est la
proposition, l’étude, l’examen et le conseil»
L’instruction à Querétaro
• Un hommage pour ceux qui le méritent
Je rends hommage aux autorités de Querétaro et à
Monsieur Hipolito A. Vieytes, pour l’impulsion
infatigable qu’ils ont donnée à l’instruction
primaire dans ces régions, et pour les avancées
assez extraordinaires qu’ils ont obtenues
aujourd’hui dans ce domaine.
Personne ne nous enlèvera cette idée, que la
survie de notre peuple passe par l’école, par la
formation de l’intelligence, par la promotion de
la personne.
La noble vanité doit être cultivée : l’opinion
doit être éduquée, et l’orgueil bien dirigé:
donnez à chaque homme l’estime de lui-même,
possible seulement par l’instruction, et les
crimes et les erreurs seront moindres.
Mes respects à Vieytes et aux autorités de
Querétaro.
(Revista Universal, le 29 juillet 1876)
(Granma) 25-01-2007
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