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La mort n’est pas vraie quand on a bien rempli
l’œuvre de sa vie.
José Martí
Yenia Silva Correa
JOSE Marti a eu un privilège dont peu de personnes
bénéficient: son œuvre est si grande qu’on ne l’a pas laissé
mourir. L’importance de sa pensée et l’actualité de ses
propos sont tangibles dans la société que construit Cuba
pour ses citoyens, un modèle social qui est l’antithèse du
monde capitaliste que le héros national a qualifié de
monstrueux et qui est chaque jour de plus en plus sauvage.
La Guerre de 1895 avait à peine commencé que la révolution
perdait, le 19 mai de cette même année, sa principale
figure, l’organisateur de l’émigration, qui incarnait, par
son action et son verbe, le point culminant de la pensée
révolutionnaire cubaine du 19e siècle.
Après sa mort et après trois années de luttes contre la
décadente métropole espagnole, le temps n’était pas encore
venu de la République de justice et d’équité à laquelle
notre héros national s’était tellement consacré et sacrifié.
Les mambises se sont vus dépossédés de leur victoire
par les Etats-Unis.
Dès l’installation de la pseudo-république, dotée d’une
constitution mais toujours aussi dépendante, l’opinion
reconnaît la nécessité de poursuivre la mission inachevée de
Marti pour conquérir la souveraineté qu’on lui avait
arrachée. «Si nous ne revenons pas aux enseignements de
Marti et à ses méthodes, son œuvre restera inachevée.» Cette
phrase, prononcée par Juan Gualberto Gomez, au début du 20e
siècle, n’est pas restée lettre morte.
Une fois disparue la génération qui avait connu Marti et
lutté à ses côtés pour Cuba, d’autres ont pris la relève et
se sont identifiés à sa pensée indépendantiste et
révolutionnaire.
Dans les années 20 du siècle dernier, des personnalités
d’avant-garde comme Rubel Martinez Villena et Julio Antonio
Mella reprennent de Marti -dans les conditions sociales et
politiques de leur époque-, des conceptions telles que la
nécessité de fonder un parti capable de diriger, de
rassembler, et de rester en contact permanent avec la classe
ouvrière, moteur de la révolution.
Ils suivaient la même voie tracée par Marti lorsque celui-ci
fonda le Parti révolutionnaire cubain et fédéra les émigrés
cubains de Tampa et de Cayo Hueso en vue de la cause
indépendantiste.
C’est l’anti-impérialisme qui a caractérisé la continuité de
l’héritage martiste. Sa vision prophétique des faits est une
constante mise en garde contre les intentions des Etats-Unis
envers Cuba et l’Amérique latine, et l’histoire lui a donné
raison. La nouvelle puissance américaine a basé son pouvoir
politique dans l’hémisphère sur la domination économique.
Plus la politique impérialiste des Etats-Unis à l’égard de
Cuba devenait évidente, plus des voix s’élevaient pour
dénoncer l’ingérence et les humiliations que cette nation du
nord nous imposait. Cette situation donna encore plus de
crédit aux écrits et aux discours que Marti rédigeait et
prononçait à l’époque où il se trouvait aux Etats-Unis. De
sa position, il pouvait parfaitement anticiper le danger que
ce pays pouvait représenter pour Cuba et pour toute
l’Amérique latine.
La pensée révolutionnaire, anti-impérialiste et
indépendantiste du plus grand de nos penseurs a
indéniablement influencé les plus importants intellectuels
cubains du début du 20e siècle. Mais il faudra
attendre les années 1950 pour voir toute une génération de
militants s’emparer de ses idées, bien résolue à prendre les
armes, la seule voie possible, et à faire cette révolution
tant de fois écrasée à cause du manque d’expérience et
d’erreurs coûteuses.
Ainsi, comme à l’époque où notre maître à tous était
encore vivant, une nouvelle expédition fut organisée dans le
plus grand secret. Toutes les forces vives se rassemblèrent
autour d’un même objectif. L’expédition partit vers la
partie orientale de l’île et la lutte commença. Et cette
fois-ci, elle dura jusqu’à la victoire totale.
De même que José Marti résume à lui seul la plus haute
pensée révolutionnaire cubaine du 19e siècle, où
s’allient le courant indépendantiste et une vision humaniste
et continentale, c’est à partir de 1959 qu’une nouvelle
société voit le jour à Cuba, qui concrétise les principaux
idéaux de Marti.
C’est véritablement à partir de cette date que l’héritage
légué par notre Héros national peut s’accomplir. L’entière
dignité de l’homme, l’humanisme, l’anti-impérialisme et la
solidarité latino-américaine sont des valeurs qui nous
viennent de la pensée de Marti et que la Révolution cubaine
défend depuis toujours.
Marti n’a pas que vécu au 19e siècle et il
n’est pas mort à cette époque. Il revit à chaque nouvelle
bataille, il est notre guide et notre projet de société, une
société qui a su assumer son passé et son histoire.
19-05-2009 |