José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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 Seul le désir - Poème de José Martí

 Adigio Benitez - Donde el verso es un ciervo herido, 1996

José Martí
 Traduit par Jean Lamore


Seul le désir

 

Seul le désir d'un naufragé pourrait
Se comparer à mon désir :
Lointain le ciel et profonde la mer ; [...]
À une âme sans amour, qui dans le tumulte
De visage en visage, s'enquiert en vain
De l'amante attardée, et halète livide.

Je connais, mères sans enfants, la torture
De votre coeur ! je connais le malheureux
Assoiffé, et l'affamé et celui qui porte
Un mort dans ses entrailles ! J'étreins le vent ;
Je supplie á voix haute, désespéré
Je gémis, à l'ombre sourde je demande un baiser :
De moi je ne sais rien. Je m'oublie. Je me réfugie
Dans le désespoir : et entre les bras
De la faim, à tant l'assiette, je m'éveille !

Je sais que des roses
Piétinées á leur mort monte un gémissement ;
Moi j'ai vu l'âme blême qui jaillit
De l'herbe écrasée par le dur sabot
Pareille à une larme ailée : je souffre
De cette douleur de l'eau cristalline
Que le soleil brûlant et dédaigneux dessèche.

Je sais de mortelles nausées et du désir
De vider d'un seul coup son coeur anxieux,
Comme sur la table le buveur fatigué
Renverse la coupe de l'inutile vin.

 


Lettres de Cuba 01-12-2008


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