José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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Cuba > José Martí

 Martí et l’Opéra Carmen

Par Salvador Arias
Traduit par Alain de Cullant

José Martí, l'extraordinaire écrivain, héros national de Cuba, non seulement aimait l'opéra, mais possédait une bonne connaissance technique de celui- ci, comme le prouvent certaines chroniques qu'il consacrera à des chanteurs comme Christine Nilsson, Víctor Maurel, Tamagno et Adelina Patti. Inclusivement, le domaine musical où il paraît se déplacer avec une plus grande solidité, est dans la chanson d'opéra. Et au- delà de ses textes, nous pouvons trouver un témoignage intéressant sur ses connaissances du genre dans les mémoires de María Mantilla, la fille de son amie Carmen Miyares, en laquelle il déposa d'énormes charges de tendresse paternelle durant les dernières années de sa vie.

María conte que Martí, préoccupé par sa formation culturelle (et humaine), l'emmena pour la première fois à  l'opéra quand elle était à peine une adolescente de douze ans : "Ils présentaient l'opéra Carmen, interprétant le rôle, la grande chanteuse française Calvé, l'une des meilleures Carmen que l'on se rappelle". Soixante ans ensuite, se rappelant ce moment, María maintenait encore vivante la grande impression que cela lui produisit, « et comment Martí lui expliqua tout l'opéra, car il avait une grande la connaissance de l'argument et des passages musicaux ». Elle rappelait textuellement comment Martí célébrait Emma Calvé, "une artiste de grand talent et de grâce".

Bien que María n'indique pas la date de cette représentation, les apparitions d'Emma Calvé comme Carmen au Metropolitan Opèra House de New York et la vie agitée de Martí durant ces années, totalement consacrée à ses tâches préparatoires de la guerre indépendantiste, nous permettent d'estimer que ceci a dû se produire dans les derniers jours de 1893. Il était retourné à New York le 25 décembre de cette année, provenant de la Floride, et le 7 janvier, il partait de nouveau, allant à Central Valley, Philadelphie et, de nouveau, la Floride. Entre ces dates Calvé chanta deux fois Carmen, mais une d'elles se produisit le samedi 30 Décembre, en matinée, ce qui nous fait penser que celle- ci fut l'occasion que Martí décida, pour offrir à sa " hijita querida'' (chère petite- fille) cet excitant cadeau de Noël.

Ce qui est surprenant est que Martí ait précisément choisi cette œuvre pour l'initiation à l'opéra de l'adolescent, parmi les vingt titres que le Metropolitan représentait cette saison. Carmen , du français Georges Bizet, comme tout le monde sait, était alors considéré assez audacieux et Emma Calvé, une femme jeune et sensuelle, accentuait le réalisme du personnage, qui est devenu le signe de la libération sexuelle de la femme. Il est clair que pour la préférence de cet opéra, il existait en Martí cette grande attraction pour le gitan hispanique, pour ses rythmes et ses danses, accentuée ici, car lors de la première apparition de la figure principale, celle- ci chante précisément une " habanera ". Il y a aussi l'allusion au poids du nom de la protagoniste dans la vie de Martí, étant donné que son épouse et sa sœur s'appelaient Carmen ; et Carmen était le nom de la mère de María, femme de grande signification durant les dernières années du héros. Il ne faut pas non plus dédaigné le fait que la chanteuse qui partageait alors le rôle avec Calvé était Zélie de Lussan, une artiste auquel le maître cubain Emilio Agramonte, ami de Martí, « lui a enseigné à aimer l'art, et lui a ajustée sa voix belle et fine », ce qui suggère la possible cause de la familiarité de Martí avec une partition qu'il su si bien expliquer à l'enfant.

Mais si nous nous rappelons les lettres de Martí à María nous pourrions peut- être trouver des causes plus déterminantes dans cette invitation de Noël. En juillet 1894, il lui envoya, depuis le Mexique, en insistant le sujet, une transcription pour piano de Carmen. Dans la dernière étape du voyage vers sa mort en combat, depuis la ville dominicaine de Santiago de los Caballeros, il plaisantait avec elle auprès de ce que « n'importe quel ténor fripon, avec un do dans la gorge, occupe les pensées d'une Demoiselle ».

Et par la dernière lettre qui lui consacra, le 9 avril 1895, il l'influence de conseils sur son attitude devant la vie :

«  Ma hijita te prépares- tu à la vie, au travail vertueux et indépendant de la vie, pour être égal ou supérieur à ceux qui viennent ensuite, quand à être femme, à parler d'amours, - à le porter à l'inconnu, ou par malheur, avec la tromperie des mots sympathiques, ou d'une figure sympathique ? Penses- tu au travail, libre et vertueux, pour que les hommes bons te désirent, pour que les mauvais te respectent et pour ne pas devoir vendre la liberté de ton cœur et de ta beauté pour la table et pour le vêtement ? »

Depuis cette perspective, nous croyons que ce ne fut pas du tout accidentel que, Martí emmène l'adolescent voir le drame de cette gitane, qui face à la mort elle- même, déclare sans peur que  « libre je suis née et libre je dois mourir ». Carmen de nos jours a crû comme symbole précurseur de la libération féminine et Martí, y compris peu enclin aux excès naturalistes, rencontra en elle le véhicule formatif approprié pour l'apprentissage d'un des êtres qu'il a le plus aimé et le plus veillé durant sa vie.

Lettres de Cuba,novembre 2005 no 11 2005

(Cubarte) 01-11-2005


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