José Martí
Traduit par Jean Lamore
Soif de Beauté
Seul, je suis seul : voici le vers
ami,
Comme l'époux qui diligent accourt
A l'appel de la tourterelle effrayée.
Comme des hauts sommets au moment du dégel
Les neiges libérées dévalent en torrents
Abondants par vallons et halliers
Ainsi au plus profond de mon âme oppressée
Un amour apaisant et un désir avide
De céleste beauté se répandent.
Comme si sur la terre, du haut du vaste
azur,
S'épandait le parfum de l'âme d'une vierge
Embaumant la sanglante et sombre humanité,
Leur bénigne clamé les étoiles déversent
Épouses du silence ! - et des fleurs
Ainsi le doux parfum confusément s'élève.
Donnez- moi excellence et perfection :
donnez- moi
Un dessin de Michel- Ange : une épée
Avec pommeau de Cellini, encore plus belle
Que les plafonds d'ivoire ciselé
Que se plait à sculpter la Nature.
L'auguste crâne où se sont consumés
L'universel Hamlet ainsi que la fureur
Tumultueuse du maure : - la jeune fille
Indienne qui, sur le bord du fleuve riant
Dont l'eau baigne les murs de l'antique
Chitchén,
Cachée á l'ombre d'un luxuriant bananier
Et sous ses propres cheveux, essuyait
Son corps svelte à la peau brune et lisse.
Donnez- moi mon ciel bleu ...
donnez- moi la pure
Âme marmoréenne qu'au Louvre magnifique
Offrit, comme un fleuron, la célèbre Milo.
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