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Par:
Pedro Pablo Rodríguez
Traduit par María Elena Silva
Les
chercheurs de la vie et de l´ouvrage martien ont mis
l´accent sur la volonté de service qu´avait animé le Maître
tout au long de sa vie. Un tel trait de sa personnalité a
été nettement marqué, et en plus a caractérisé la portée de
ses actes. C´est ainsi que, par exemple, à maintes reprises,
il avait caractérisé la guerre d´indépendance de Cuba comme
étant au service américain et universel qu´allait contribuer
au service du monde.
Au Guatemala, dans une lettre datée du 27 novembre 1877 adressée au directeur
d´un journal, lorsqu ´il parle de « la grande mère patrie
Amérique » il a écrit : « C´est pour elle que je travaille
!. C´est d´elle que j´attends l´applaudissement ou la
censure ».
Déjà, à 24 ans, il exprimait l´essentiel du sens latino
américaniste de son agissement, de la manière suivante: «
Vivre humblement, travailler beaucoup, faire grandir
l´Amérique, étudier ses forces et les montrer, bien
rémunérer les peuples pour le bien qu´ils me font : voilà
mon métier. Rien ne m´abattra ; Personne ne me l´empêchera
».
La
lettre à Valero Pujol, un espagnol républicain résidant à
Guatemala, finit avec cette déclaration sur le sens de sa
vie.
L’on
peut remarquer toute une série d´actions nettement à
caractère éthique dans lesquelles il y a une progression de
ce qui est individuel au social, concernant l´engagement
latino américaniste. Cela commence par la manière de vivre,
qui serait toujours humble, une épreuve de l´influence de la
morale chrétienne dans son comportement à laquelle il a
toujours eu égard, suivie de ce qui allait être son
dévouement permanent au travail.
Ces
deux aspects, des vertus indiscutables pour n´importe quelle
conduite personnelle, servent alors de base à la mission
continentale que lui-même se donnait : faire grandir
l´Amérique, comprise dans ce contexte, comme l´Amérique
latine, celle qu´il désigne dès maintenant comme notre et
comme mère. Et cette tache de faire grandir sa terre, la
grande patrie, allait avoir un parfum éthique. D´un coté, il
allait étudier ses forces pour les lui montrer : ses
capacités personnelles, alors seraient au service du
Continent, et cela, d´une part, serait la manière de
rétribuer le bien que ces peuples le rendaient. Et, bien
qu´il ne le précise pas, il me paraît valable d´inférer que
le bien rendu par ces peuples allait depuis l´accueil qu´il
faisaient au proscrit en tant que la manifestation
elle-même de l´identité continentale qui le menaient vers
ces idéaux de perfectionnement et de développement de nos
sociétés.
Ce
métier que le jeune Marti s´attribuait, en dépit de son
indubitable noblesse, ne laissait pas cependant d´avoir une
certaine saveur messianique : c´était lui qui allait révéler
ses forces à l´Amérique. Lui, par la pureté de ses
intentions et aussi grâce à son talent et à sa volonté,
allait remplir cette tache de mettre ses terres en état de
connaissance de ses forces. D´une certaine manière, donc.
Marti, se voyait lui même en tant qu´un guide, un conducteur
capable de distinguer ce que les autres ne pouvaient pas.
L´action clé de sa personnalité est concentrée alors dans
cette action de révéler.
Quatre ans plus tard, la compréhension de son rôle
historique allait être plus définie et allait se fonder dans
l´action libératrice. Ce n´est pour rien que pendant ce
temps il allait s´employer à fond dans le mouvement
patriotique cubain à l´intérieur de l´Ile et dans
l´émigration pour y figurer depuis lors dans son leadership.
Il avait débattu avec les autonomistes que n´aspiraient
qu´à de reformes au sein du système colonial, il avait
conspiré contre l´Espagne, il avait joué dans le danger
avec les représentants les plus variés de secteurs
populaires dans l´Ile et dans l´émigration, il s´était mis
en rapport avec les héros de la Guerre de 10 Ans qui
continuaient à être fermes dans leur patriotisme et avec
ceux qui souhaitaient la paix.
Avec
cette expérience politique et humaine, enrichie avec ses
analyses des échecs de la guerre grande et celle deuxième
dite Chiquita, dont il a participé, il est arrivé au
Venezuela en janvier 1881. Deux conclusions importantes
allaient présider son comportement depuis lors : le peuple
est le véritable chef des révolutions et la révolution
cubaine se veut de réflexion non pas de colère, de
méditation créative et non pas d´éclatement coléreux et
désespéré. Chez Marti, alors, l´indépendance était conçue en
tant qu´une véritable révolution sociale, dirigée et en
fonction des classes populaires, exécutée avec une
organisation à des fins bien établis et moyennant une
organisation et des plans bien élaborés.
De
telles expériences et des conclusions expliquent le
changement dans son appréciation sur son métier par rapport
à ce qui avait été écrit à Guatemala.
Dans
sa lettre d´adieux à un autre directeur de journal avant de
quitter Caracas, il dit: « De l´Amérique je suis le fils,
à elle je me dois. Et de l´Amérique, dont la révélation, le
secouement et la fondation urgente je me consacre, celui-ci
est le berceau… »
Tout
d´abord, on verra dans sa profession de foi de filiation
avec (son ) Amérique : il est l´enfant, puis elle la mère,
et en tant que telle Marti a le devoir de se préoccuper et
de s´occuper d´elle. Ce n´est pas le souci intellectuel,
même pas la gratitude pour le bien qu´il recevait de la part
des peuples de l´Amérique : maintenant c´est le devoir
morale incontournable envers celle qui lui avait donné la
vie : la mère.
Et
alors, d´autre part, quel est le rôle personnel ? En premier
lieu, la montrer à elle-même. Il y a une certaine nuance de
subtilité distinctive par rapport à ce qu´il avait écrit en
Guatemala : Marti ne se voit plus lui-même comme le
connaisseur, comme celui qui voit les forces de sa terre
pour les lui montrer, mais d´une certaine manière il devient
une sorte d´intermédiaire, qu´effectivement est capable
d´apprécier ces forces et les révèle, plus qu´à l´Amérique
elle-même ( c´est à dire, ses peuples) au monde. Il s´agit
que Marti évidemment, comme il s´avère depuis lors dans ses
textes sur le thème, il a déjà mûri l´idée qu´il faut
encourager une lutte immense en faveur de la concertation de
l´unité continentale pour la montrer dans sa pleine
originalité et d´être forts devant les entraves intérieures
et les ennemis de dehors qui guettent.
Son
deuxième rôle consistait à faire réveiller l´Amérique, sa
patrie grande. Il était question, alors de la faire sortir
de la léthargie, de l´assoupissement dans laquelle la
plongeaient les récidives coloniales, les structures
archaïques, l´éloignement des secteurs populaires à la suite
des indépendances.
Il est évident, qu´il fallait insérer son Amérique au monde
à partir d´elle-même dans ce monde où il se produisait des
changements accélérés et où surgissaient très rapidement des
nouvelles hégémonies et des dominations.
Dernièrement, sa troisième action serait de fonder, de créer,
d’accoucher justement son nouvelle Amérique. C´est de cette
manière qu´il renforçait l´idée que l´Amérique de son temps
avait besoin d´un secouement, d´un changement à travers la
force et la décision pour devenir une autre Amérique.
Le
révolutionnaire a alors une pleine conscience des taches que
l´histoire et les circonstances de l´époque imposaient à sa
grande patrie et à ses gens. C´est pourquoi, en étant donné
qu´il s´agissait de travailler pour sa mère Amérique, qu´il
ne parle plus dans sa lettre de Caracas de son métier mais
de son engagement personnel, mettant l´accent ainsi sur le
devoir moral.
De
même, la fondation n´était plus une nécessité de long terme
mais quelque chose d´immédiate, urgente. Il était clair, que
depuis 1881 Marti considérait que les forces et les intérêts
contraires à cet avenir de nouveauté pour son Amérique
étaient prêts.
La
suite des trois actions, d´ailleurs, nous signale que Marti
tenait en haut degré sa tache non pas d´un simple
observateur, raconteur ou analyste, car de la révélation il
passe au secouement (c´est à dire de faire bouger rudement)
et de là à l´entreprise supérieure, au but final et
innovateur : celui de fonder la nouvelle Amérique. La
relation dialectique entre une action et l´autre, c´est que
la première donne lieu à la seconde et en fait toutes les
trois sont intimement liées, nous indique son idée qu´il
s´agissait d´un processus historique social et non pas
l´expression de sa volonté en tant qu´individu : le
révolutionnaire José Martí se considérait un interprète de
son époque qu´essayait de mettre à profit des facteurs
favorables d´après lui, pour que l´Amérique suive le chemin
vers la refondation, vers les changements à véritable
caractère de renouvellement, révolutionnaire.
Voilà la clé de voûte de la maturité martienne si précoce.
Que ses studieux et biographes ont remarqué depuis son
séjour vénézuélien, lorsqu´il n´avait que 28 ans, celle
qu´il allait s´élargir et compléter tout au long de ces 80
ans de ce 19eme siècle et qui allait s´épanouir pendant son
action comme leader du mouvement patriotique cubain à partir
de 1891.
Il
n´y a pas d´ombre de messianisme chez Marti, mais une
conscience pleine de révolutionnaire fidèle interprète et au
service des intérêts populaires, qui avait cherché depuis
cette date le développement des conditions propices pour
mener à bien son projet transformateur. Comme il allait dire
lui même dans Patria, le 1 avril 1893: « L´idée de la
personne rédemptrice appartient à un autre monde et à
d´autres âges, non pas à un peuple critique et complexe,
mais qui se lancera au sacrifice à travers les méthodes et
avec la force lui permettant de conquérir les droits de sa
personne. »
Cubarte
01-06-2008 |
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