José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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 José Martí, portrait d’un révolutionnaire adolescent

Par Pedro Antonio García

Traduit par Alain de Cullant

L’année 1869 commençait. Le 3 janvier, le général Domingo Dulce assumait la charge de capitaine général de l'île de Cuba, avec les instructions de « modifier l'impôt et de gouverner avec un critère libéral ». Mais comme tout empire en décadence, l'Espagne était attaché aux intérêts des groupes de pouvoir, et celui des intégristes avait beaucoup de force dans notre archipel et de nombreux alliés à Madrid. Ils n'étaient pas disposés à perdre leurs privilèges.   

   
Dans ces premiers jours de janvier, Domingo Dulce était encore suffisamment fort pour décréter la liberté de la presse et les jeunes José Martí et Fermín Valdés Domínguez n'ont pas perdu de temps pour publier un petit journal, El Diablo Cojuelo , duquel a été imprimé un seul numéro, celui du 19 janvier.

 

L'éditorial, écrit par José Martí avec un ton amusant et juvénile dans lequel apparaissait de fortes critiques envers le despotisme colonial, indiquait l'alternative du moment : « Ou Yara ou Madrid ».   

Cuba vivait des moments d’extrême violence. En Oriente, Valmaseda déployait sa cruauté contre les paysans seulement pour les soupçonner d’aider les mambises (les insurgés). Les habitants de Bayamo ont décidé (le 12 janvier) de mettre le feu à la ville, jusqu'à ce jour capitale de la Révolution indépendantiste, afin qu'elle ne tombe pas aux mains des espagnols. À La Havane (le 22 janvier), ont eu lieu les événements du théâtre Villanueva où un groupe de Volontaires, la tristement célèbre force paramilitaire colonialiste, tira sur le public qui criait des vivats pour l'indépendance et pour Céspedes.

Au milieu de la fusillade généralisée dans les rues havanaises, doña Leonor parcourut la ville à la recherche de son fils, qui était dans la maison des Mendive. Le propre Martí racontera pour la Revista Universal , de Mexico, quelques années plus tard : « (...) ils ont rempli des cadavres la Calzada de Jesús del Monte et les rues de Jésus María et celles que ma mère a traversé pour me chercher, (...) au milieu des blessés, et des rues sous la mitraille, et au- dessus de sa tête sifflaient les balles qu’ils tiraient contre une femme ». Une image qu'il n'oubliera jamais et qu’il a repris dans le poème XXVII des Vers simples .   

Un jour après ces événements, apparaissait l’unique numéro de La Patria Libre , probablement édité par Rafael María de Mendive, et dans lequel est inclus un poème dramatique du jeune Martí, Abdala . Déjà, l'adolescent, sans subterfuges, il établissait sa position politique.


Le jeune Pepe Martí   


Comment était José Martí à 16 ans ? Quelques photographies de l’époque sont conservées, l’une d’elles, selon sa sœur Amelia, prise en juin 1869, en premier plan avec une jaquette sombre ; une autre, probablement plus tardive, bien que de cette même année, vêtu d’une jaquette noire, et au dos de laquelle on peut lire S. A. Cohner, calle de O’Reilly 62, Habana .  

 

Selon le casier judiciaire d'alors, le jeune Pepe était de stature régulière ; visage, bouche et nez, réguliers ; yeux du marron ; cheveux et sourcils, brun ; imberbe. Comme signes particuliers, une cicatrice au menton et une autre au deuxième doigt de la main gauche.

Son camarade de classe du collège San Pablo, propriété de Rafael María de Mendive, le rappellera quelques années plus tard : « Les souvenirs que j’ai encore  me représente José Martí comme un garçon de quatorze à seize ans, de stature propre à cet âge bien qu'un peu grand, un front haut, fronçant légèrement les sourcils, les yeux très vivants et un caractère doux et paisible. Il démontrait plus une certaine tristesse que de l’allégresse, comme si quelque chose le préoccupait et aux plaisanteries et aux moqueries de ses camarades il répondait toujours avec son sourire doux qui inspirait une respectueuse affection même à ceux plus âgés ».   

Le professeur exilé   

Le 28 janvier Rafael María de Mendive est arrêté, soupçonné d’avoir des liens avec les insurgés. Après l'avoir incriminé dans les événements du théâtre Villanueva, il a été incarcéré, premièrement, dans la prison de La Havane et, ensuite, dans celle du Castillo del Príncipe. Là, il recevait de fréquentes visites du jeune Pepe.   


Avec le soulèvement de Miguel Gerónimo Gutiérrez et d’autres patriotes à Las Tunas, cela faisait déjà trois provinces insurgées. C’est peut- être durant la seconde moitié du mois de février 1869 que Martí a écrit son sonnet 10 de Octubre , publié postérieurement cette même année dans le journal manuscrit El Siboney , distribué parmi les étudiants de second degré de La Havane et duquel il ne subsiste aucun exemplaire.


Les autorités espagnoles ont fermé le collège San Pablo (le 23 mars) et le père, don Mariano, a décidé de le placer dans le bureau de Felipe Gálvez (rues Virtudes et Industria) comme employé de démarches. Le Conseil de Guerra ordinaire jugea et condamna Mendive à quatre ans d'exil. Le professeur du jeune Pepe embarqua pour l’Espagne vers la mi- mai. De là il s'échappa en France et, ensuite, il est allé à New York. Il revint à Cuba en 1878.

  

Sur son travail dans le bureau de Felipe Gálvez, le jeune Pepe a écrit à Mendive, dans une date encore non déterminée, peut- être durant la première quinzaine du mois d’octobre : « Maintenant je travaille de six heures du matin à huit heures du soir et je gagne quatre onces et demi, que je remets à mon père ».   

 

Le déloyal

  
Le 4 octobre 1869, trois jeunes et un professeur de langues riaient bruyamment devant les grimaces et les mimiques qu'une voisine leur envoyait de sa fenêtre. Un groupe de volontaires espagnols qui passait par là ont voulu comprendre que les jeunes se moquaient d'eux et une heures plus tard, renforcés en troupes et armement, ils sont entrés dans la maison cubaine et pour « fautes contre une force armée », ils ont arrêté les frères Eusebio et Fermín Valdés Domínguez. Ce dernier n'était pas dans le logement quand eut lieu l'incident du rire. Ensuite ils ont arrêté les deux autres jeunes et le professeur de langues.

                                                                 

Dans la méticuleuse perquisition réalisée dans la maison des Valdés Domínguez, durant laquelle ont disparu quelques bijoux et objets de valeur, les soldats ont trouvé une lettre dirigée à Carlos de Castro, qui était qualifié d’apostat pour avoir incorporer l'Armée espagnole.

Le 16 octobre, suite aux gestions du consul français, ils ont libéré le professeur de langues, Atanasio Fortier. Cinq jours plus tard José Martí fut aussi emprisonné, accusé de déloyauté.  

Ce ne fut que le 22 décembre 1869 qu’ils ordonnèrent la libération « pour faute de preuves », des deux jeunes de l'incident, Manuel Sellén et Santiago Balbín. Les frères Valdés Domínguez et José Martí furent poursuivis. Après quatre mois en prison, le Conseil de Guerra ordinaire sanctionna le jeune Pepe à six ans de prison ; Fermín, à six mois de prison ; Eusebio fut déporté et le professeur Fortier expulsé de l'Île pour être un étranger indésirable.   

De nombreux historiens ont toujours été surpris par la sentence disproportionnée de Martí par rapport à celle de Fermín. Mais les documents trouvés par l'investigateur Raúl Rodríguez la O en Espagne, dans les archives madrilènes, clarifient que le jeune Pepe était, en réalité, l’unique auteur de la lettre à De Castro.

Si à ceci nous sommons que dans les publications trouvées dans la maison des Valdés Domínguez se trouvent l’indiscutable idéologie mambise de José Martí, on comprendra la probable rancœur du tribunal.   

Le 4 avril 1870, le jeune Pepe Martí est devenu le prisonnier 113 de la première brigade des blancs. 

Sources consultées :

José Martí. Obras Completas . Édition critique, Tome I, du Centro de Estudios Martianos.

Las Poesías Completas de José Martí . Édition critique, du Centro de Estudios Martianos.

Las biografías Martí, el Apóstol , de Jorge Mañach, et Cesto de llamas , de Luis Toledo Sande.                              

 

Les livres Dolor infinito , de Raúl Rodríguez de la O, Iconografía martiana , de Gonzalo de Quesada y Miranda, et José Martí, 1853- 1895, Cronología , d'Ibrahim Hidalgo.

Lettres de Cuba 01-05-2009


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