José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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 Les enseignements de Martí pour notre Amérique

Par Armando Hart Dávalos

Traduit par Alain de Cullant

Les idées d'identité, de civilisation et d'universalité laissent leur empreinte sur les notables événements actuels. La défense de notre identité, de notre droit à une civilisation plus élevée et pour que l'universalisation de la richesse serve aux buts de la solidarité passe de nos jours par le rejet de la globalisation néolibérale et les tentatives de violenter le droit souverain des peuples. Pour ceci il est nécessaire d'exalter l'humanisme latino- américain et caribéen.

Il faut se poser le thème du réel avec la rigueur philosophique et non de la façon fragmentée et superficielle comme il est généralement abordé. L'insuffisance des sciences sociales dans le système dominant à l'échelle internationale est telle qu'elles ne prennent pas en compte un aspect clef de la réalité objective. Et quel est cet aspect qui n'est pas pris en compte ? La misère actuelle et croissante qui touche la plus grande partie de la population en Afrique, en Asie et en Amérique Latine et, même, d'importants secteurs des pays les plus développés. Surmonter cette situation ainsi que la destruction systématique de la nature est le plus grand défi qu'a l'homme pour le XXI ème siècle.  

Ce thème abordé depuis le plan scientifique avec tant d'ignorance du réel, est l'essentiel d'une éthique véritablement humaniste qui aspire à se développer sur des bases solides vers le futur. Ignorer la douleur humaine est le grand crime du système social prédominant. L'Apôtre a signalé l'insoutenable des analyses partielles dans le paragraphe suivant : « Celui qui met de côté, par volonté ou par oubli, une partie de la vérité, tombe à long terme par la vérité qui lui a manqué, qui croît dans la négligence, et déroute celui qui s'est levé sans elle » (1).

Hegel affirmait qu'il y avait autant de réalité dans la monarchie française du XVIII ème siècle que dans la révolution que cette société portait en elle. Nous défendons l'expression d'universalité comme complexe d'identités et nous soulignons que la civilisation à laquelle on aspire doit satisfaire les nécessités matérielles et spirituelles des hommes.

Ici aussi est requise la plus élevée pensée dialectique. Il est nécessaire de trouver les liens les plus étroits entre eux et les articuler comme si nous soyons des artistes de l'histoire. Nous sommes dans le devoir, en philosophie, de faire dans le XXI ème siècle ce qui a été fait au début du XX ème dans la littérature, c'est- à- dire, assumer le legs intellectuel européen, le renouveler et le mettre à jour, et faire en sorte, avec originalité, qu'il s'avère efficace pour trouver de nouveaux chemins pour notre Amérique. Il est nécessaire que l'analyse que nous faisons soit menée à bien indépendamment des processus intellectuels et historiques qui ont eu lieu sous d'autres latitudes, ensuite nous pourrions faire les comparaisons nécessaires. De cette manière nous agissons comme nous le recommandait Karl Marx.

Cuba peut l'accomplir car elle est une conséquence historique des meilleurs idéals de l'âge moderne. Quand de telles valeurs ont été jetées par- dessus bord le matérialisme vulgaire et grossier imposé dans le monde qu'ils appellent unipolaire, nous devons défendre avec plus de force les idées de l'humanisme, de la justice et de la dignité humaine.

Dans Notre Amérique il existe une longue et enracinée tradition de spiritualité et d'éthique qui se manifeste dans la recherche d'un lendemain de meilleure portée universelle. Ceci explique les importants mouvements d'idées qui ont eu lieu durant le dernier demi- siècle :

• La rénovation de la pensée socialiste qu'a générée la Révolution cubaine et que nous représentons en Fidel Castro et Ernesto Guevara.

• L'explosion artistique et littéraire, et la dimension esthétique en rapport ayant son point fort chez Alejo Carpentier et le réalisme magique.

• La pensée sociale et philosophique, et la dimension éthique que nous observons dans la théologie de la libération quand nous l'analysons en fonction du royaume de ce monde.

• Le mouvement d'éducation populaire. 

• Aujourd'hui, la promotion de la pensée latino- américaine est plus nécessaire que jamais.

Amérique Latine doit présenter comme réponse à la fragmentation et à la décadence bien évidentes de la pensée occidentale, la solidité de notre tradition culturelle et de sa valeur utopique visant au but de l'intégration et de l'équilibre entre les hommes et les nations. Dans notre secteur, dans ce sens, nous pouvons apporter énormément. Nous n'arriverons jamais à une identité ayant ces propositions avec des débats simplement théoriques, nous pourrons nous perdre dans des discussions byzantines qui ne conduisent à rien, toutefois, si nous étudions l'histoire concrète de nos meilleurs penseurs et de nos grands hommes, de leurs idées concrètes, nous pourrions trouver plus facilement le chemin de notre identité commune.

Le Héros National cubain a dit de Simon Bolivar qu'il y avait encore beaucoup à faire en Amérique. De Martí nous pourrions dire qu'il a encore beaucoup à dire à Cuba, à l'Amérique et au monde. Les cubains seuls ne peuvent pas soutenir l'immense poids de cet héritage spirituel. Nous demandons des penseurs de notre Amérique qu'ils extraient de la copieuse littérature martiana des enseignements valables pour le débat intellectuel contemporain et qu'ils nous aident dans la persistance d'exposer ces idées.

Nous défendons et représentons une tradition qui a laissé en arrière les concepts arrogants et sectaires et qui, à son tour, a créé des possibilités pour une alliance d'une énorme signification parmi les peuples exploités. Nous sommes les descendants de la population aborigène, des latins et des saxons qui sont arrivés comme conquérants, et de ceux qui, en vagues successives, sont arrivés sur nos côtes provenant d'Afrique, d'Asie, en ample et contradictoire processus formant ce que le Libérateur Simon Bolivar a défini comme un petit genre humain. Nous nous sentons tous et nous pouvons le sentir avec davantage de force chaque jour, des fils d'une Amérique qui se forge dans l'idéal utopique de la rédemption universelle de l'homme. Martí nous a exhorté à sauvegarder et à exalter, sans dogmes ni préjugé, et en défendant les intérêts les sacrés des pauvres qui sont ceux qui souffrent le plus, toutes ces valeurs spirituelles sans aucune exception. Il nous a orienté à situer chacun au long de l'histoire de l'homme à la place qui s'avère la plus utile pour entreprendre le chemin de la rédemption définitive.

 

Personne ne sera exclu, personne ne sera rejeté. Il n'y aura aucune valeur perdue et aucune héroïcité qui ne soit reconnue. Il n'y aura aucune tragédie ou méchanceté qui sera dissimulée, ni aucune injustice à dénoncer qui soit oubliée. Il n'y aura pas impiété, ni même pour l'impie. Il n'y aura rien juste que ne soit pas exalté. Tout est compris si avec la boussole de sa pensée, avec le guide de son héroïcité et de son exemple, nous savons comprendre la synthèse de science et d'amour, qu'il y a dans la culture de cette être exceptionnel, à celui qui la conscience de la Notre Amérique , présent dans la sensibilité poétique de Gabriela Mistral, il a caractérisé comme l'homme le plus pur que la race.

Je propose, finalement, qu'on étudie les chemins du socialisme du XXI ème siècle à partir de l'analyse scientifique de la confrontation avec la réalité d'aujourd'hui par rapport à plusieurs courants de deux siècles d'histoire, c'est- à- dire, depuis la fin du XVIII ème jusqu'au début du XXI ème :

• Le libéralisme d'origine européenne née au XVIII ème siècle et qui a parmi ses fondements ce qui est appelée l'Encyclopédie et la philosophie française.

• Le libéralisme latino- américain et caribéen né à partir de la Révolution d'Haïti pour la libération radicale des esclaves et qui s'est imposée chez les grands hommes et les penseurs de notre Amérique, dont les symboles plus hauts se trouvent en Bolivar et Juarez.

• La pensée de José Martí a émergé des enseignements du Libérateur, du «  Benemérito  » des Amériques et des grands hommes et des penseurs indépendantistes du XIX ème siècle. José Martí a vécu aux Etats- Unis les quinze dernières années de sa vie et là, il a étudié profondément l'impérialisme quand il était dans le cloître maternel.

• La pensée latino- américaine du XX ème siècle, que nous pouvons initialement représenter dans la Révolution mexicaine (1910) et dans la réforme universitaire de Cordoba, Argentine, (1918).   

 

Nous proposons que nous fassions une analyse de ces courants à la lumière des problèmes d'aujourd'hui ; le socialisme du XX ème siècle, après la mort de Lénine, nous l'assumons au bénéfice de l'inventaire, c'est- à- dire, sans le charger avec les dettes.

Ces principes, confrontés avec la réalité et sous le postulat bolivarien que « nous sommes un petit genre humain » nous obligent, par conséquent, d'assumer les courants de pensée de tous les pays, que ce soient les aborigènes ou ceux qui sont arrivé ensuite, entre eux, et fondamentalement ceux d'origine africaine, ainsi nous atteindrons les méthodes et les voies nécessaires au socialisme du XXI ème siècle.

(1) José Martí, Œuvre Complète, tome 6, page 18

 

Lettres de Cuba 01-01-2009


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