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Par Armando
Hart Dávalos
Traduit par Alain de Cullant
Les idées d'identité, de civilisation et
d'universalité laissent leur empreinte sur les notables
événements actuels. La défense de notre identité, de notre
droit à une civilisation plus élevée et pour que
l'universalisation de la richesse serve aux buts de la
solidarité passe de nos jours par le rejet de la
globalisation néolibérale et les tentatives de violenter le
droit souverain des peuples. Pour ceci il est nécessaire
d'exalter l'humanisme latino- américain et caribéen.
Il faut se poser le thème du réel avec la rigueur philosophique et
non de la façon fragmentée et superficielle comme il est
généralement abordé. L'insuffisance des sciences sociales
dans le système dominant à l'échelle internationale est
telle qu'elles ne prennent pas en compte un aspect clef de
la réalité objective. Et quel est cet aspect qui n'est pas
pris en compte ? La misère actuelle et croissante qui touche
la plus grande partie de la population en Afrique, en Asie
et en Amérique Latine et, même, d'importants secteurs des
pays les plus développés. Surmonter cette situation ainsi
que la destruction systématique de la nature est le plus
grand défi qu'a l'homme pour le XXI ème siècle.
Ce thème abordé depuis le plan scientifique avec tant d'ignorance
du réel, est l'essentiel d'une éthique véritablement
humaniste qui aspire à se développer sur des bases solides
vers le futur. Ignorer la douleur humaine est le grand crime
du système social prédominant. L'Apôtre a signalé
l'insoutenable des analyses partielles dans le paragraphe
suivant : « Celui qui met de côté, par volonté ou par oubli,
une partie de la vérité, tombe à long terme par la vérité
qui lui a manqué, qui croît dans la négligence, et déroute
celui qui s'est levé sans elle » (1).
Hegel affirmait qu'il y avait autant de réalité dans la monarchie
française du XVIII ème siècle que dans la révolution que
cette société portait en elle. Nous défendons l'expression
d'universalité comme complexe d'identités et nous soulignons
que la civilisation à laquelle on aspire doit satisfaire les
nécessités matérielles et spirituelles des hommes.
Ici aussi est requise la plus élevée pensée dialectique. Il
est nécessaire de trouver les liens les plus étroits entre
eux et les articuler comme si nous soyons des artistes de
l'histoire. Nous sommes dans le devoir, en philosophie, de
faire dans le XXI ème siècle ce qui a été fait au début du
XX ème dans la littérature, c'est- à- dire, assumer le legs
intellectuel européen, le renouveler et le mettre à jour, et
faire en sorte, avec originalité, qu'il s'avère efficace
pour trouver de nouveaux chemins pour notre Amérique. Il est
nécessaire que l'analyse que nous faisons soit menée à bien
indépendamment des processus intellectuels et historiques
qui ont eu lieu sous d'autres latitudes, ensuite nous
pourrions faire les comparaisons nécessaires. De cette
manière nous agissons comme nous le recommandait Karl Marx.
Cuba peut l'accomplir car elle est une conséquence
historique des meilleurs idéals de l'âge moderne. Quand de
telles valeurs ont été jetées par- dessus bord le
matérialisme vulgaire et grossier imposé dans le monde
qu'ils appellent unipolaire, nous devons défendre avec plus
de force les idées de l'humanisme, de la justice et de la
dignité humaine.
Dans Notre Amérique il existe une longue et enracinée tradition de
spiritualité et d'éthique qui se manifeste dans la recherche
d'un lendemain de meilleure portée universelle. Ceci
explique les importants mouvements d'idées qui ont eu lieu
durant le dernier demi- siècle :
• La rénovation de la pensée socialiste qu'a générée la Révolution
cubaine et que nous représentons en Fidel Castro et Ernesto
Guevara.
• L'explosion artistique et littéraire, et la dimension esthétique
en rapport ayant son point fort chez Alejo Carpentier et le
réalisme magique.
• La pensée sociale et philosophique, et la dimension éthique que
nous observons dans la théologie de la libération quand nous
l'analysons en fonction du royaume de ce monde.
• Le mouvement d'éducation populaire.
• Aujourd'hui, la promotion de la pensée latino- américaine est
plus nécessaire que jamais.
Amérique Latine doit présenter comme réponse à la fragmentation et
à la décadence bien évidentes de la pensée occidentale, la
solidité de notre tradition culturelle et de sa valeur
utopique visant au but de l'intégration et de l'équilibre
entre les hommes et les nations. Dans notre secteur, dans ce
sens, nous pouvons apporter énormément. Nous n'arriverons
jamais à une identité ayant ces propositions avec des débats
simplement théoriques, nous pourrons nous perdre dans des
discussions byzantines qui ne conduisent à rien, toutefois,
si nous étudions l'histoire concrète de nos meilleurs
penseurs et de nos grands hommes, de leurs idées concrètes,
nous pourrions trouver plus facilement le chemin de notre
identité commune.
Le Héros National cubain a dit de Simon Bolivar qu'il y avait
encore beaucoup à faire en Amérique. De Martí nous pourrions
dire qu'il a encore beaucoup à dire à Cuba, à l'Amérique et
au monde. Les cubains seuls ne peuvent pas soutenir
l'immense poids de cet héritage spirituel. Nous demandons
des penseurs de notre Amérique qu'ils extraient de la
copieuse littérature martiana des enseignements valables
pour le débat intellectuel contemporain et qu'ils nous
aident dans la persistance d'exposer ces idées.
Nous défendons et représentons une tradition qui a laissé en
arrière les concepts arrogants et sectaires et qui, à son
tour, a créé des possibilités pour une alliance d'une énorme
signification parmi les peuples exploités. Nous sommes les
descendants de la population aborigène, des latins et des
saxons qui sont arrivés comme conquérants, et de ceux qui,
en vagues successives, sont arrivés sur nos côtes provenant
d'Afrique, d'Asie, en ample et contradictoire processus
formant ce que le Libérateur Simon Bolivar a défini comme un
petit genre humain. Nous nous sentons tous et nous pouvons
le sentir avec davantage de force chaque jour, des fils
d'une Amérique qui se forge dans l'idéal utopique de la
rédemption universelle de l'homme. Martí nous a exhorté à
sauvegarder et à exalter, sans dogmes ni préjugé, et en
défendant les intérêts les sacrés des pauvres qui sont ceux
qui souffrent le plus, toutes ces valeurs spirituelles sans
aucune exception. Il nous a orienté à situer chacun au long
de l'histoire de l'homme à la place qui s'avère la plus
utile pour entreprendre le chemin de la rédemption
définitive.
Personne ne sera exclu, personne ne sera rejeté. Il n'y aura aucune
valeur perdue et aucune héroïcité qui ne soit reconnue. Il
n'y aura aucune tragédie ou méchanceté qui sera dissimulée,
ni aucune injustice à dénoncer qui soit oubliée. Il n'y aura
pas impiété, ni même pour l'impie. Il n'y aura rien juste
que ne soit pas exalté. Tout est compris si avec la boussole
de sa pensée, avec le guide de son héroïcité et de son
exemple, nous savons comprendre la synthèse de science et
d'amour, qu'il y a dans la culture de cette être
exceptionnel, à celui qui la conscience de la Notre Amérique
, présent dans la sensibilité poétique de Gabriela Mistral,
il a caractérisé comme l'homme le plus pur que la race.
Je propose, finalement, qu'on étudie les chemins du socialisme du
XXI ème siècle à partir de l'analyse scientifique de la
confrontation avec la réalité d'aujourd'hui par rapport à
plusieurs courants de deux siècles d'histoire, c'est- à-
dire, depuis la fin du XVIII ème jusqu'au début du XXI ème :
• Le libéralisme d'origine européenne née au XVIII ème
siècle et qui a parmi ses fondements ce qui est appelée
l'Encyclopédie et la philosophie française.
• Le libéralisme latino- américain et caribéen né à partir de la
Révolution d'Haïti pour la libération radicale des esclaves
et qui s'est imposée chez les grands hommes et les penseurs
de notre Amérique, dont les symboles plus hauts se trouvent
en Bolivar et Juarez.
• La pensée de José Martí a émergé des enseignements du Libérateur,
du « Benemérito
» des Amériques et des grands hommes et des penseurs
indépendantistes du XIX ème siècle. José Martí a vécu aux
Etats- Unis les quinze dernières années de sa vie et là, il
a étudié profondément l'impérialisme quand il était dans le
cloître maternel.
• La pensée latino- américaine du XX ème siècle, que nous
pouvons initialement représenter dans la Révolution
mexicaine (1910) et dans la réforme universitaire de
Cordoba, Argentine, (1918).
Nous proposons que nous fassions une analyse de ces courants à la
lumière des problèmes d'aujourd'hui ; le socialisme du XX
ème siècle, après la mort de Lénine, nous l'assumons au
bénéfice de l'inventaire, c'est- à- dire, sans le charger
avec les dettes.
Ces principes, confrontés avec la réalité et sous le postulat
bolivarien que « nous sommes un petit genre humain » nous
obligent, par conséquent, d'assumer les courants de pensée
de tous les pays, que ce soient les aborigènes ou ceux qui
sont arrivé ensuite, entre eux, et fondamentalement ceux
d'origine africaine, ainsi nous atteindrons les méthodes et
les voies nécessaires au socialisme du XXI ème siècle.
(1) José Martí, Œuvre Complète, tome 6, page 18
Lettres de Cuba 01-01-2009 |