José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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Cuba > José Martí

 Réflexions sur Marti

" J'ai exposé quelques réflexions sur ce que l'on appelle aujourd'hui " la réception de José Marti en Europe ". J'ai voulu - à partir du constat que Martí est très peu connu en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne et dans les autres pays européens et qu'il n'est même pas assez connu en Espagne - expliquer pourquoi cet état de fait. J'ai surtout montré que c'est bien dommage car la pensée de José Martí qui a été appliquée à Cuba, aux Antilles et en Amérique Latine, est universelle et elle est valable aujourd'hui pour notre Europe, celle que le Secrétaire d'État étasunien a traitée de " Vieille Europe ". Je crois que la raison pour laquelle Martí est mal connu est évidemment qu'on ne le trouve pas dans les librairies, dans les programmes d'étude et qu'il n'est pas une référence de la pensée dite universelle. En Europe, nous aimons beaucoup faire référence à des penseurs que nous croyons être hors du temps et des continents mais Martí ne figure pas dans cette catégorie des grands penseurs. L'habitude que l'on a en Europe de se montrer universel et ouvert à tous, a des limites et ces limites passent en fait par la reconnaissance des figures émergentes de la pensée de pays non Européens.

Pourquoi n'y a-t-il pas de traductions de Martí? On peut invoquer toutes sortes de raisons qui sont celles qu'évoquent les éditeurs : Martí est difficile à traduire ; Martí n'est pas toujours compréhensible ; il a une culture trop vaste et une écriture trop allusive qui nécessiterait trop de notes ; il a des formules, des métaphores trop étranges pour qu'on puisse en saisir la portée, bref, des arguments de type formel qui existent, certes. Mais il y a beaucoup de gens difficiles à traduire en français et des gens qui ont écrit dans des langues beaucoup plus difficiles que l'espagnol pour un Français et, avec une pensée autrement étrangère à la pensée judéo-chrétienne qui est celle de la majorité du peuple français. Autrement dit, la difficulté existe, mais on pourrait trouver de bons traducteurs, des formes appropriées et les moyens de ne pas choisir en plus les textes les plus difficiles de Martí. Tout cela est un prétexte.

Une autre raison que donnent les éditeurs est qu'il n'y aurait pas beaucoup de lecteurs, ce qui serait vrai dans un premier temps, mais c'est un cercle vicieux : pas de traductions, pas de lecteurs, pas de lecteurs, pas de traductions. Je pense que la raison fondamentale est un certain dédain de la pensée contemporaine. S'il s'agit de la pensée ancienne : Confucius, Bouddha, Mahomet, c'est connu, on traduit, mais la pensée contemporaine, qui agit directement sur la conscience et l'action des hommes de notre temps, c'est autre chose. Il y a donc ce rejet de principe et une certaine crainte aussi d'introduire une pensée qui est en soi subversive.

Dans la dernière partie de mon intervention, j'ai voulu démontrer en quoi il serait très approprié que nos gouvernements et nos peuples connaissent un peu plus Martí et méditent un peu plus ce qu'il a dit dans les différents domaines : l'éducation pour tous, rationnelle, laïque, dans laquelle une partie de travail manuel est incluse ; la conception de l'État, sa laïcité qui me semble être menacée dans certains pays et qui est une grande revendication de José Martí, et surtout ses idées dans les domaines de la culture, de l'économie et de la politique. Martí a toujours montré que chaque peuple, chaque nation, non seulement a des droits, mais se devait de développer ses propres facultés dans la défense de ses propres intérêts. Ils ne devaient, par conséquent, imiter ou copier qui que ce soit. Ils pouvaient, certes, s'inspirer de tout ce qui se passait, de tous les progrès techniques, de toute l'évolution de la pensée, mais sans copier ou imiter personne. Cette conception de la création, du point de vue culturel, est quelque chose de fondamental dans l'œuvre de Martí. Il a dit que la servilité ne doit s'imposer ni en littérature, ni en économie, ni en politique. C'est une conception fondamentale de l'identité individuelle, collective et nationale. Martí disait cela en son temps parce que Cuba dépendait d'une métropole politique et économique et les élites allaient chercher, les unes à Madrid, d'autres à Washington, à New York, à Paris, à Londres, à Berlin, des modèles à copier dans tous les domaines.

Aujourd'hui, dans notre Europe occidentale, ce n'est pas toujours qu'on va chercher des modèles ailleurs, mais on subit passivement la pénétration d'un autre modèle. On subit une néo-colonisation insidieuse, avec très souvent l'acceptation implicite des classes dirigeantes, de la part de la plus grande puissance économique, politique et militaire du moment. Ce mouvement nous amène à confondre mondialisation et uniformisation et il tend à limiter la liberté de création, de mode de vie. On voit bien la défense de ce qu'on appelle les particularités nationales, l'exception culturelle. L'ensemble du continent européen, chacun des pays, doivent défendre ses particularités, son histoire, ses traditions, ses formes de vivre et de penser qui sont menacées par l'implantation progressive, par l'infiltration d'un modèle néo-colonial nord-américain.

Ce phénomène est perceptible aussi sur le plan politique parce que cette Europe qui prétend s'unir, parler d'une seule voix, peser sur la vie mondiale, faire sentir sa force, est un peu gangrenée de l'intérieur par cette pénétration, n'a pas la capacité d'agir à la hauteur de son projet. Nous voyons une Europe qui est capable de dire, peut-être bien que oui ou peut-être bien que non. Non, parfois aux grandes questions du jour : la paix dans le monde, la paix au Moyen-Orient, la paix en Palestine, le non à la guerre en Irak… Elle dit à peu près non, mais elle laisse faire et ne prend pas des mesures radicales pour défendre le libre accès des peuples à l'eau, à l'air ; pour défendre l'environnement alors qu'elle nécessite de prendre des positions pour inverser le mouvement. C'est cette absence de volonté d'inversion du mouvement qui fait dire qu'on a besoin d'un radical comme José Martí qui va à la racine des choses ; qui ose dire, en face de celui qui a le pouvoir, que les choses ne vont pas et qui est capable de susciter les forces suffisantes pour qu'on manifeste cette indépendance d'esprit individuelle et nationale. "

(RHC)


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