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Paul Estrade, un autre
grand spécialiste de l'oeuvre de José Marti commente la phrase de Martí
"qui se dresse pour Cuba, se dresse pour l'avenir"
Je crois qu'en son temps ce que voulait dire Martí est
ce qui suit : pour lui la guerre de Cuba n'était pas simplement
l'achèvement de la libération de l'avant dernier territoire encore
colonisé d'Amérique. C'est-à-dire que ce n'était pas simplement une tâche
que prenait une signification cubaine, car elle était entreprise au moment
où s'aguichaient les contradictions entre les empires possédant ou non des
colonies. La libération de Cuba, l'indépendance de Cuba, l'union des
Antilles, représentaient effectivement une perspective qui pouvait
transformer les relations internationales. Cette libération pouvait
aboutir à la création, dans les Antilles, d'un État moderne, démocratique
et lucide, en même temps, par rapport aux dangers guettant la région. Cet
État se transformait, par conséquent, en défenseur de l'Amérique Latine.
Ce que Martí voulait dire c'est que tout Cubain ou
Latino-américain qui allait combattre à Cuba contre l'Espagne,
participait, en fin de comptes, à une oeuvre bien plus importante qui
était celle de défendre l'Amérique Latine contre l'expansionnisme
Nord-américain. Je ne suis pas sûr que tout combattant mambi ait compris
le sens de son sacrifice, mais je crois que Martí avait raison de dire que
cette guerre de Cuba était pas la fin de la libération coloniale, mais le
début des guerres de libération nationale pour limiter l'influence des
grands empires. Aujourd'hui, il est donc tout à fait oisif de dire que,
dans le nouveau contexte international, où Cuba se trouve seule comme elle
l'était en 1895, ce qui est en jeu n'est uniquement la défense du droit
des Cubains de bâtir la société qu'ils souhaitent selon leur critère et
leur propre choix, ce qui est pour moi un droit inaliénable et
fondamental. Après un certain nombre d'échecs, de reculs, de
découragements, le fait que Cuba maintienne, pour l'essentiel, ses acquis,
ses principes et ses orientations, c'est, non seulement un bien pour Cuba,
mais aussi pour l'Amérique Latine et pour l'humanité. Cela maintient
l'idée qu'il peut y avoir, effectivement, un monde autre ; que le monde
n'est pas unique. Cela maintient un espoir. Cuba n'est pas un modèle, elle
ne l'a jamais été, même pas la Cuba de Martí ne prétendait pas être un
modèle, mais par contre un exemple. La défense de Cuba, le maintient de
Cuba avec les valeurs essentielles sur lesquelles repose l'économie et la
politique de ce pays, ce qu'elle représente de sacrifice et de force
aussi, la volonté de défendre l'indépendance absolue quitte à ce retrouver
seule, tout cela reste un très bel exemple pour toutes les nations du
monde qui seraient tentées, qui le sont ou qui seront obligées de faire
des concessions y compris aux principes sur lesquels repose leur
résistance ". (RHC) |