José Julián Martí Pérez
Apôtre de l'Indépendance
de Cuba

 

  

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Cuba > José Martí

 Marti homme spécial

" Déjà je suis chaque jour en danger de donner ma vie pour mon pays et pour mon devoir (...) d'empêcher à temps, avec l'indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s'étendent jusqu'aux Antilles et ne tombent, avec cette force supplémentaire, sur nos terres d'Amérique "

C'est ainsi que notre Héros National José Martí, qui a dirigé notre dernière guerre d'indépendance du XIXe siècle contre le joug colonial espagnol, définissait la tâche qu'il était appelé à accomplir. Ces idées prémonitoires se trouvaient dans une lettre inachevée, écrite à son ami Manuel Mercado, le 18 mai 1895, la veille de sa mort au combat à Dos Ríos.

Il y a aujourd'hui 150 ans naissait José Martí dont Fidel Castro évoquait ainsi la mémoire :

" Notre pensée remonte à ce jour de 1853, heureux pour notre Patrie, où est né l'Apôtre de notre indépendance, José Martí. Cet homme extraordinaire qui est mort à Dos Ríos a consacré toute sa vie, sa pensée et ses énergies, depuis qu'il était presque enfant, à la cause de la liberté de sa Patrie ; toute une vie, pas seulement de sa génération, mais aussi de plusieurs générations. L'importance de cette date réside dans le fait que cet homme a surgi de notre peuple, cet homme qui devait un jour montrer, avec une grande clarté, quelle était la voie à suivre ".

La clarté des idées de Marti et sa vision de l'avenir ne cessent d'impressionner des hommes et des femmes qui se sont consacrés et se consacrent à l'étude de son oeuvre. Parmi eux, Jean Lamore, professeur à l'Université de Bordeaux III et l'un des deux spécialistes avec Paul Estrade de José Marti en France. En ce150e anniversaire de la naissance de Martí, évoquons sa vie, son oeuvre en compagnie de Jean Lamore.

" Le cas de José Martí, il faut bien l'avouer, est assez fantastique puisque, au cours d'une vie très courte, car il est mort à l'âge de 43 ans, il a été, d'une part, l'un des poètes les plus marquants de la fin du XIXe siècle. D'autre part, il a été un journaliste de très haut niveau puisqu'il a été le journaliste le plus important de toute l'Amérique Latine. Les chroniques qu'écrivait Martí à New York étaient publiées immédiatement par plus d'une douzaine de journaux d'une bonne douzaine de pays latino-américains. C'était extraordinaire à son époque, et c'est encore extraordinaire aujourd'hui. Les chroniques journalistiques nord-américaines de Martí, d'entre 1880 et 1894, sont toujours étudiées aujourd'hui même dans les universités nord-américaines, comme le témoignage critique le plus important de la société nord-américaine de 1880-1890. C'était un journaliste, un chroniqueur de très haut niveau. De plus, Martí a été le fondateur et la première figure du Parti Révolutionnaire Cubain, un homme politique et un leader politique de premier plan. Le PRC a été le premier parti révolutionnaire de l'Amérique Latine. Martí a été aussi l'organisateur suprême de la guerre de 1895 contre l'Espagne. Ses écrits occupent 28 gros volumes dans ses oeuvres complètes actuelles, qui ne sont pas d'ailleurs complètes. Martí écrivait en plusieurs langues, il en comprenait encore d'autres. Il menait donc une activité inlassable ".

Ce sont les idées et l'exemple de Marti qui ont inspiré Fidel et le groupe de révolutionnaires qui, le 26 juillet 1953 ont attaqué la caserne " Moncada ", la seconde forteresse de la dictature de Batista dans l'Est de notre pays, donnant ainsi le coup d'envoi à la lutte qui devait aboutir au triomphe de la Révolution le premier janvier 1959. C'est au procès intenté contre les survivants de la Moncada que Fidel avait signalé que Martí avait été l'auteur intellectuel de cette attaque. Les idéaux de justice sociale de Martí inspirent et continuent d'inspirer l'oeuvre de la Révolution dirigée par Fidel :

" Nous admirons infiniment Martí, pour son oeuvre monumentale de formation d'une conscience révolutionnaire au sein de notre peuple. Nous l'admirons car il était un intellectuel brillant, un homme d'une culture extraordinaire, un poète d'une sensibilité exquise, un homme qui a consacré son talent á la lutte révolutionnaire, qui a consacré sa vie et sa plume à cette lutte, Il a été un homme qui savait passer des paroles aux actes."

Martí était poète, homme politique, journaliste, écrivain. Il a tout sacrifié à ses activités révolutionnaires même sa famille. Son charisme était immense. Le sens de la communication chez Marti avec ses interlocuteurs a aussi attiré l'attention de Jean Lamore.

" Martí était capable de s'adresser aussi bien à un public très lettré, très cultivé dans ses critiques d'art, par exemple. Ses critiques de peinture, de littérature sont d'un niveau extrêmement élevé. En même temps il était capable de s'adresser dans ses discours révolutionnaires à un public large doté d'une instruction très réduite, parfois même à des ouvriers et des travailleurs quasi analphabètes, comme c'était souvent le cas à New York même ou en Floride. Les couches populaires ont toujours adoré la rhétorique, les tribuns, les grands orateurs. Les couches populaires, les travailleurs, en Floride accouraient pour écouter Martí parce d'abord c'était un homme qui savait parler et qui parlait bien à la tribune ".

Dans ses discours patriotiques, dans ses écrits Martí appelait les hommes et les femmes, quelque soit leur race, leurs croyances, leur nationalité, à se dresser pour Cuba car -soulignait-il- " qui se dresse pour Cuba , se dresse pour l'Amérique ".

Paul Estrade, un autre grand spécialiste français de l'oeuvre de José Marti commente la phrase de Martí "qui se dresse pour Cuba, se dresse pour l'avenir"

" Je crois qu'en son temps ce que voulait dire Martí est ce qui suit : pour lui guerre de Cuba n'était pas simplement l'achèvement de la libération de l'avant dernier territoire encore colonisé d'Amérique. C'est-à-dire que ce n'était pas simplement une tâche que prenait une signification cubaine, car elle était entreprise au moment où s'aguichaient les contradictions entre les empires possédant ou non des colonies. La libération de Cuba, l'indépendance de Cuba, l'union des Antilles, représentaient effectivement une perspective qui pouvait transformer les relations internationales. Cette libération pouvait aboutir à la création, dans les Antilles, d'un État moderne, démocratique et lucide, en même temps, par rapport aux dangers guettant la région. Cet État se transformait, par conséquent, en défenseur de l'Amérique Latine.

Ce que Marti voulait dire c'est que tout Cubain ou Latino-américain qui allait combattre à Cuba contre l'Espagne, participait, en fin de comptes, à une oeuvre bien plus importante qui était celle de défendre l'Amérique Latine contre l'expansionnisme Nord-américain. Je ne suis pas sûr que tout combattant mambi ait compris le sens de son sacrifice, mais je crois que Marti avait raison de dire que cette guerre de Cuba était pas la fin de la libération coloniale, mais le début des guerres de libération nationale pour limiter l'influence des grands empires. Aujourd'hui, il est donc tout à fait oisif de dire que, dans le nouveau contexte international, où Cuba se trouve seule comme elle l'était en 1895, ce qui est en jeu n'est uniquement la défense du droit des Cubains de bâtir la société qu'ils souhaitent selon leur critère et leur propre choix, ce qui est pour moi un droit inaliénable et fondamental. Après un certain nombre d'échecs, de reculs, de découragements, le fait que Cuba maintienne, pour l'essentiel, ses acquis, ses principes et ses orientations, c'est, non seulement un bien pour Cuba, mais aussi pour l'Amérique Latine et pour l'humanité. Cela maintient l'idée qu'il peut y avoir, effectivement, un monde autre ; que le monde n'est pas unique. Cela maintient un espoir. Cuba n'est pas un modèle, elle ne l'a jamais été, même pas la Cuba de Marti ne prétendait pas être un modèle, mais par contre un exemple. La défense de Cuba, le maintient de Cuba avec les valeurs essentielles sur lesquelles repose l'économie et la politique de ce pays, ce qu'elle représente de sacrifice et de force aussi, la volonté de défendre l'indépendance absolue quitte à ce retrouver seule, tout cela reste un très bel exemple pour toutes les nations du monde qui seraient tentées, qui le sont ou qui seront obligées de faire des concessions y compris aux principes sur lesquels repose leur résistance ".

" Un monde nouveau est possible ", le monde dont rêvait José Marti, et dont les tenants se sont rassemblés par milliers sous cette devise à Porto Alegre, au Brésil lors du Forum Social Mondial. Une Amérique Nouvelle, " Notre Amérique ", comme l'appelait Marti, est possible : Le Non a la guerre impérialiste, le Non à l'annexion de nos pays par les États-Unis que notre Héros National appelait à juste titre " le géant aux pas de sept lieues ", le oui à la vie, à l'espoir et à la globalisation de la solidarité sont ceux du Martí du XIXe siècle, du Martí de toujours.

La Patrie c'est l'humanité. Ce n'est pas un hasard si les participants à la rencontre de Porto Alegre va grossir les rangs de la rencontre internationale " Pour l'équilibre du Monde " qui se tient à La Havane, à l'occasion du 150e anniversaire de Marti, un Porto Alegre où, en écoutant la fille du Ché parler de la Cuba de Martí, du Ché, des idées et de la lutte de son père, des milliers de personnes brandissaient des images du guérillero héroïque : Fusion inusitée des deux grands hommes : Martí a bien relevé ; " La Patrie c'est l'Humanité et le Ché a lui-même relevé : " cette grande humanité a dit assez et s'est mise en marche, et sa marche de géant ne s'arrêtera jamais ".

(RHC)


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