|
"Il faut rappeler que, pour Marti, la
démocratie, le système qu'il envisageait pour Cuba une fois indépendante,
devait être basé sur certains points fondamentaux, cette définition qu'il
a donnée "la loi fondamentale devrait être le respect de la dignité pleine
de chacun et de chacun". Lui-même a traduit cela par des mots qui me
semblent très valables aujourd'hui quand il a dit qu'il voulait courir son
sort avec les pauvres de ce monde. Il avait une pensée très, très avancée
pour l'époque. Tout d'abord, c'est lui qui a employé pour la première fois
sur le continent le mot impérialisme. Il a défini l'impérialisme
américain, il l'a découvert avant Lénine, bien avant Lénine. Il a parlé
d'impérialisme et il a défini le but fondamental de la Révolution pour
l'indépendance qu'il a dirigée comme l'effort pour éviter que les
Etats-Unis ne s'emparent de Cuba. Malheureusement, cela est devenu un fait
avec l'intervention de la fin du siècle que Marti avait anticipée, avait
dénoncée bien avant qu'elle ne se produise.
Alors, nous avons là l'anti-impérialisme, la
défense de l'indépendance de Cuba vis-à-vis des prétentions de domination
américaine, la justice sociale, l'engagement envers les pauvres… Dans sa
dernière lettre à son ami et représentant à Cuba, Juan Gualberto Gomez,
qui était le délégué du Délégué (principal dirigeant du Parti
Révolutionnaire Cubain, fondé par Marti), il a défini ce qui allait se
passer. Cette lettre est envoyée de New York juste avant qu'il ne vienne à
Cuba pour lutter. Il dit "nous allons conquérir toute la justice", toute
la justice, pas seulement l'indépendance, pas seulement la création d'une
république formelle mais la justice tout entière. En adressant cette
lettre, Marti était très conscient de ses implications parce que Juan
Gualberto Gomez était fils d'esclave. Imaginez-vous, au XIXe siècle, ce
que cela signifie pour un fils d'esclave, un Noir dans une colonie où la
discrimination raciale était totale, où l'esclavage était la réalité la
plus importante jusqu'en 1886, année où il a été légalement éliminé !
Toute la justice allait bien au-delà des formalités de la démocratie
bourgeoise.
Il faut rappeler aussi que les racines de
notre démocratie sont très profondes. Elles sont même antérieures à José
Marti. José Marti a été un génie de la politique, une personnalité
vraiment supérieure, exceptionnelle, mais, il a été un continuateur d'un
processus qui avait commencé quand il était enfant. Ce processus avait
commencé précisément par l'effort pour l'élimination de toute forme de
discrimination, d'ingérence, par l'aspiration à établir une république
indépendante sur la base de l'égalité pleine de tous les hommes. Peut-être
l'observateur le plus sage de l'époque, un intellectuel de La Havane, lié
à l'industrie sucrière, à l'oligarchie créole anti-espagnole mais
oligarchie a défini cette révolution comme "socialiste", quand elle a
commencé en 1868. Il avait vu le danger d'un mouvement politique fondé sur
les Noirs, sur les esclaves avec un programme d'égalité, de justice tout
entière, toute la justice.
C'est Marti qui, après la défaite de cette
première période de la Révolution, a organisé un parti avec toutes les
forces, tous les éléments révolutionnaires. Il lui a donné un programme
qui était la continuation de ces idéaux très radicaux dès le
commencement.
Pour nous, la démocratie a toujours été
l'essentiel de notre politique, mais la démocratie au sens réel,
l'autorité réelle du peuple, l'élimination de l'exploitation de l'Homme,
bref, notre socialisme.
C'est pourquoi la pensée de José Marti
garde une actualité totale pour le présent mais aussi pour l'avenir. (RHC)
|