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LES
INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS À CUBA
LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS DIRECTS
L’étude
de l’économie cubaine durant les soixante premières années du XXe
siècle révèle que la déréglementation totale de l’économie et des
investissements n’a pas eu pour effet de concilier les intérêts nationaux et
ceux des investisseurs étrangers. Aussi a-t-il été nécessaire d’adopter des
politiques et des stratégies économiques fondées sur des instruments de mise en
œuvre afin de mieux orienter le mouvement des investissements.
Vers
1925, des entreprises étrangères étaient responsables de 75 % de la production
et des services de base (communications, production d’énergie, raffinage du
pétrole). Le système bancaire était gouverné par les banques des États-Unis et
de l’Angleterre. Des sociétés américaines de sucre et de bétail étaient
propriétaires de 80 % des meilleures terres cultivées et 75 % du commerce
étranger de Cuba étaient sous l’emprise des États-Unis.
Quelques
années plus tard, des entreprises américaines ont délogé des sociétés d’autres
pays, ce qui a porté à 95 % la portion des investissements étrangers revenant
aux Américains. Grâce à leur emprise sur l’économie du pays, les États-Unis
avaient désormais l’emprise politique.
Durant
les années 50, on a construit d’importantes installations afin de favoriser
l’essor de l’industrie touristique. Pour encourager les entreprises étrangères à
construire des hôtels, le gouvernement cubain leur a accordé des crédits en
ressources naturelles.
En 1959,
l’investissement étranger à Cuba a pris fin. Les entreprises furent
nationalisées et des ententes furent signées avec presque tous les pays, afin de
dédommager leurs entreprises ou leurs citoyens qui avaient été touchés par la
nationalisation. Bien que le gouvernement de Cuba ait proposé un plan pour
dédommager les entreprises et les citoyens américains, il n’a pu amorcer de
pourparlers sur ce plan — ni sur aucun autre, d’ailleurs — car le gouvernement
américain s’oppose à tout dialogue et interdit aux entreprises et aux personnes
concernées de négocier directement avec Cuba.
L’année
1988 a marqué le début d’une nouvelle ère : celle des coentreprises. Le
premier projet fut la construction d’un hôtel par une société cubaine et une
société espagnole dans le centre de villégiature de Varadero, en vertu de la
Loi/décret 50 de 1982.
Lors de
la réforme de la constitution cubaine, en 1992, on a ajouté des articles par
lesquels l’État reconnaissait le droit à l’investissement étranger et accordait
certaines garanties aux investisseurs. Puis, en 1995, on a adopté la Loi 77 sur
l’investissement étranger — texte de loi clair, transparent et moderne fondé sur
les expériences vécues au cours des années précédentes qui mettait à jour le
contexte juridique dans lequel s’effectuaient les investissements
étrangers.
Il va
sans dire que l’investissement étranger fait boule de neige et que ses
répercussions vont bien au-delà de ce que révèle une simple analyse des chiffres
et des capitaux investis jusqu’à présent.
Entre
1988 et 1999, 497 associations économiques internationales ont vu le jour à
Cuba, et 374 d’entre elles sont toujours actives aujourd’hui.
ACTIVITÉS DES ASSOCIATIONS ÉCONOMIQUES INTERNATIONALES PAR
ANNÉE
Les
investissements étrangers se sont étendus au-delà du tourisme et, désormais, des
partenaires de 46 pays sont actifs dans 32 secteurs de l’économie. Parmi les
nouvelles entreprises qui ont vu le jour en 1998, citons Energas (une entreprise
canado-cubaine) qui exploite le pétrole des puits pour la production
d’électricité.
La
formule pour l’investissement étranger fut établie lors de la création de la
première entreprise à capitaux entièrement étrangers en vue de la construction
et de l’exploitation d’une centrale énergétique à l’Île de la
Jeunesse.
Dans le
secteur financier, la première coentreprise fut mise sur pied par la Caja de
Madrid et le Banco Popular de Ahorro.
[Un
élément] essentiel est le fait que les investissements étrangers sont perçus
comme complémentaires aux efforts du pays en matière de développement, notamment
dans les domaines où l’adoption de cette formule est nécessaire afin d’accéder à
des technologies, à des capitaux ou à des marchés, dans la mesure où nous n’y
recourons que si le pays ne peut assurer ce développement au moyen de ses
propres ressources et en créant de nouveaux débouchés. C’est le concept qui est
essentiel.
Carlos
Lage Dávila, 12 février 2000
ASSOCIATIONS PAR SECTEUR
Industrie de base
87 Tourisme
65 Construction
31 Industrie légère
27 Agriculture
20 Industrie métallurgique, sidérurgique et mécanique
20 Industrie alimentaire
18
Le pays
a réussi à maintenir son infrastructure dans les domaines des communications, de
la production et de la distribution d’électricité et de l’exploration, de
l’extraction et du raffinage du pétrole, et même, à la développer avec l’aide
d’investissements étrangers.
De même,
la production d’articles d’exportation, dont le tabac, le rhum, le nickel et le
cobalt (dont le taux de production est le plus élevé jamais obtenu au pays), a
tiré profit des investissements étrangers.
Parmi
les plus importantes des 58 associations économiques internationales créées en
1999, citons Habanos S.A., entreprise de commercialisation du tabac cubain;
Aguas de La Habana, qui assure l’approvisionnement en eau de la capitale
nationale; BKDOSA, qui développe l’industrie mécanique au pays et trois
associations qui géreront les usines de papier hygiénique à Cárdenas (province
de Matanzas) et à Santa Cruz del Norte (dans l’est de la province de la Havane),
ainsi que l’usine de papier fin à Jatibonico, au centre du
pays.
ASSOCIATIONS PAR PAYS D’ORIGINE DES PRINCIPAUX
INVESTISSEURS
Espagne 87 Canada
72 Italie 57 France 16 Angleterre
13 Mexique
13 Venezuela 12
Par
investissements directs s’entendent les activités où l’investisseur étranger
participe pleinement à la gestion d’une coentreprise à capitaux exclusivement
étrangers, celles où Cuba participe à des contrats établis par des associations
économiques internationales et, enfin, l’achat de parts ou d’autres titres
publics et privés qui ne sont pas admissibles comme investissements
directs.
En 1999,
huit associations œuvraient dans la construction d’installations hôtelières pour
l’industrie touristique — un chiffre record. Comme nous l’avons déjà souligné,
19 chaînes d’hôtels internationales sont déjà présentes à Cuba. Cet essor du
tourisme découle du nombre élevé de voyageurs qui choisissent Cuba comme
destination dans les Antilles.
Le
secteur des investissements étrangers à Cuba est florissant : on constate
une augmentation globale de 26 % depuis 1998, une hausse de 25 % des
exportations et de 27 % du revenu direct du pays.
Au début
de l’an 2000, la plupart des entreprises établies à Cuba étaient regroupées dans
des secteurs producteurs tels que la métallurgie, la sidérurgie et la mécanique
et l’exploration pétrolière en mer. On prévoit poursuivre les investissements
dans l’industrie du tourisme, en mettant toutefois l’accent sur les zones moins
aménagées et les plages secondaires.
Le
commerce avec les pays d’Amérique latine et des Antilles ne cesse d’augmenter
grâce à des contrats avec des organismes partenaires de ces régions. Les projets
d’investissement des banques étrangères sont aussi à la
hausse.
LE CADRE
JURIDIQUE
À Cuba,
c’est l’État qui autorise les investissements. Deux organismes sont habilités à
autoriser les projets : le Cabinet du Conseil des ministres et une
Commission nommée par cet organisme, le cas échéant.
Les
investissements peuvent se réaliser sous la forme de coentreprises et de
contrats conclus avec des associations économiques internationales ou avec des
entreprises à capitaux entièrement étrangers. L’autorisation reconnaît
l’autonomie de l’investisseur en matière d’exploitation de l’entreprise et lui
confère tous les droits et toutes les responsabilités stipulés dans
l’entente.
Dans le
cas de coentreprises et de contrats avec des associations économiques
internationales, ont d’abord lieu des négociations entre l’investisseur cubain
et son homologue étranger, tandis que dans le cas d’entreprises à capitaux
étrangers, les négociations se déroulent entre l’investisseur étranger et le
ministère responsable du secteur ou du sous-secteur économique visé par le
projet d’investissement. Les deux parties doivent soumettre un formulaire de
demande au ministère des Investissements étrangers et de la Coopération
économique.
Aux
termes de la Loi 77, tous les secteurs de l’économie, sauf les services
de santé et d’éducation à la population et les forces armées (à l’exception de
leurs activités commerciales, qui sont considérées comme un investissement
national) sont accessibles aux investisseurs étrangers.
Les
parties s’entendent sur le taux de contribution au capital social. La Loi ne
fixe aucune limite à la participation de l’investisseur étranger. Les droits de
propriété immobilière (terrains et édifices) et autres font partie de la
contribution de la partie cubaine.
Les
taxes, impôts et droits de douanes sont fixés aux taux
suivants :
a)
impôts sur le revenu de 30 %; pour l’exploitation de ressources
naturelles, renouvelables ou non, le taux passe à 50 %;
b)
taxe sur l’emploi de la main d’œuvre : 11 %, plus 14 % comme
contribution à la sécurité sociale. Ces taux s’appliquent à la masse salariale
de l’entreprise, à l’exception des salaires ou revenus visant à stimuler
l’économie.
Les
investisseurs étrangers qui sont partenaires des entreprises sont exemptés
d’impôts sur le revenu personnel découlant des profits réalisés par
l’entreprise, mais pas les ressortissants étrangers qui travaillent dans ces
entreprises.
Des
modalités spéciales peuvent être établies concernant le système des douanes. Les
taxes, impôts, droits de douane et autres droits doivent être versés en devise
convertible.
Aux
termes de la Loi 77 de 1995, il est permis d’établir le régime des
importations et des exportations et d’en préciser toutes les modalités sans
l’intervention d’un organe intermédiaire.
La
Loi sur les investissements accorde une importance particulière aux
garanties. Avec certaines restrictions, elle stipule que les investisseurs
étrangers ne peuvent être expropriés, sauf pour des motifs d’intérêt public ou
social établis par le gouvernement et conformément à la Constitution de la
République de Cuba, aux lois en vigueur et aux accords internationaux sur la
promotion et la protection réciproque des investissements. Dans l’éventualité
d’une expropriation, l’investisseur serait préalablement dédommagé en devise
convertible pour la valeur marchande de ses investissements.
Au
moment de l’expiration du contrat de l’entreprise ou de l’association, la somme
versée à l’investisseur par suite de la liquidation serait aussi payable en
devise convertible. La valeur de liquidation sera fixée par les deux parties ou
établie par un organisme de compétence internationale
reconnue.
Par
ailleurs, l’investisseur peut vendre sa part à tout moment, soit à l’État, soit
à une tierce partie, à condition d’obtenir l’assentiment de toutes les parties
et l’autorisation de l’instance gouvernementale appropriée. L’investisseur a le
droit de faire transférer à l’étranger les sommes provenant de cette vente,
ainsi que les profits nets ou dividendes découlant de l’exploitation du projet
d’investissement, sans verser de taxes, d’impôts ou d’autres droits de
douanes.
Aux
principes susmentionnés s’ajoutent des modalités particulières relativement aux
activités bancaires, au travail et au fisc :
Les paiements sont perçus en
devise convertible; exceptionnellement, certaines sommes sont perçues en
devise nationale.
L’embauche de personnel cubain
s’effectue par l’entremise d’un organisme d’emploi, généralement l’institution
ou l’organisme cubain qui participe à la coentreprise. Dans certains cas
exceptionnels, on autorisera l’adoption de règlements spéciaux sur le travail
à l’intention de ce personnel ou l’embauche directe de personnel cubain par la
coentreprise, à condition les lois sur la main-d’œuvre en vigueur soient
respectées.
En vertu du régime
d’inscription et d’information financière, il est obligatoire de soumettre un
rapport annuel au ministère des Investissements étrangers et de la Coopération
économique.
Il existe un mécanisme de
résolution des différends dont voici la principale caractéristique : les
parties en établissent les méthodes, la juridiction et la portée. Ce n’est
qu’en cas de conflit entre des entreprises à capitaux étrangers et des
entreprises d’État ou d’autres organismes nationaux que l’on aura recours à la
division économique des tribunaux populaires.
Outre
les aspects attrayants de ce cadre juridique, investir à Cuba présente de
nombreux avantages : la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée et prête
à assimiler rapidement de nouvelles technologies; la présence d’une
infrastructure adéquate, dont l’électrification de 95 % du territoire national;
la stabilité sociale; le climat de sécurité offert au personnel étranger; la
possibilité éventuelle d’intégrer Cuba au marché régional; l’emplacement
géographique du pays au centre d’un marché en pleine expansion et de voies de
trafic maritime; et la signature d’ententes réciproques de promotion et de
protection des investissements avec 45 pays. Autre aspect important de la
législation : les articles traitant des investissements dans les zones
franches et les parcs industriels et dans le domaine de
l’immobilier.
LES ZONES
FRANCHES ET LES PARCS INDUSTRIELS
Suite à
l’adoption de la Loi 77 sur l’investissement étranger, le 22 juin 1996,
on a adopté la Loi/Décret 165 sur les zones franches et les parcs
industriels, qui réglemente ces activités.
Aux
termes de la loi cubaine, s’entend par zone franche une zone dans le territoire
national, dûment délimitée, sans population résidante, où l’importation et
l’exportation s’effectuent librement et indépendamment des frontières
douanières. Les activités industrielles, commerciales, agricoles, technologiques
et de service seront permises dans cette zone aux termes d’un régime
spécial.
Le
régime spécial se compose des règlements afférents aux systèmes douanier,
bancaire, fiscal, de travail, de migration et d’ordre public. Ces règlements
sont plus souples que les règlements ordinaires, comme le démontre ce qui
suit :
Le
système douanier :
Le
régime fiscal :
Exemption totale, pour les
concessionnaires et les exploitants d’entreprises de production, des impôts
sur le revenu et des taxes sur l’emploi de la main-d’œuvre pendant une période
de 12 ans, puis une réduction de 50 % pendant les cinq années
subséquentes.
L’exemption susmentionnée sera
de cinq ans pour les exploitants d’entreprises commerciales et de services et
la réduction de 50 % sera en vigueur pendant trois ans.
Il se peut que des exemptions
plus favorables soient accordées et que la durée soit prolongée par suite de
l’analyse détaillée de chaque dossier.
Le
concessionnaire :
Le
concessionnaire utilise ses propres ressources pour la promotion et
l’élaboration de l’infrastructure nécessaire à l’exploitation de la zone franche
et en assume la gestion ou en délègue la responsabilité.
L’exploitant :
L’exploitant est autorisé à s’établir dans la zone franche afin
d’entreprendre et de poursuivre des activités de production, de commerce ou de
services.
Le
régime bancaire et financier :
Il est possible d’établir des
services bancaires et financiers, à condition d’obtenir préalablement un
permis de la Banco Central de Cuba.
Il est permis de transférer à
l’étranger les capitaux découlant de l’exploitation.
Le
régime du travail :
Le ministère du Travail et de
la Sécurité sociale établit le salaire minimum.
Le concessionnaire de capital
mixte peut agir à titre d’employeur afin d’embaucher son personnel et celui de
l’exploitant. Le concessionnaire d’une entreprise à capitaux étrangers doit
embaucher le personnel par l’entremise d’un organisme proposé par le ministère
de l’Investissement étranger, sur l’approbation du ministère du Travail et de
la Sécurité sociale.
Autres
aspects incitatifs de la législation cubaine :
La création d’un « guichet
unique », le Bureau central de la zone franche, auprès duquel
l’investisseur peut faire toutes ses demandes et prendre tous ses
arrangements, indifféremment de l’instance gouvernementale à laquelle il
s’adresse.
La possibilité pour
l’exploitant d’affecter un maximum de 25 % des biens résultant de ses
activités au marché cubain.
Selon la disponibilité de la
main-d’œuvre, les modalités de transport ou de manutention de matériaux bruts,
il se peut que l’exploitant soit autorisé à effectuer certaines activités
précises au-delà des frontières de la zone franche.
Le concessionnaire et
l’exploitant peuvent acheter des biens et des services offerts par des
entreprises cubaines à l’extérieur de la zone dans laquelle ils sont établis.
À cette fin, on rédige présentement un programme de coopération entre les
industries situées à l’intérieur de la zone franche et les industries
nationales.
Ces
règlements visent à favoriser l’investissement. En décembre 1999, 294
exploitants avaient reçu l’autorisation d’entreprendre des activités dans les
secteurs du commerce, de services et de production. Les principaux pays
concernés : Panama, l’Espagne et l’Italie.
EXPLOITANTS DE LA ZONE FRANCHE
ZONE
FRANCHE
COMMERCE
SERVICES
COMMERCE ET
SERVICES
PRODUCTION BERROA
54
9
15
12 WAJAY
101
8
33
14 MARIEL
15
14
16
3 TOTAL
170
31
64
29
PRINCIPALES DESTINATIONS DES EXPORTATIONS EN PROVENANCE DES ZONES
FRANCHES CUBAINES : Mexique, Angleterre, République dominicaine, Costa
Rica, Italie, Nicaragua, Espagne, Russie, France, Suisse et
Jamaïque.
Les
capitaux investis par les exploitants étrangers totalisent environ 11 millions
de dollars et sont répartis principalement dans les domaines suivants :
urbanisation et infrastructure, construction et assemblage, design et
ingéniérie, machinerie et équipement, recherche et développement et équipement
de transport.
Jusqu’à
ce jour, la plus forte croissance
s’est produite dans la zone franche de Wajay (à 900 mètres de l’aéroport
international José Martí, à la Havane). Viennent ensuite la zone franche à
Berroa et celle de Mariel.
Source : ministère des Investissements étrangers et de
la Coopération économique.
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