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Politique > Tout Sur Guantánamo |
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The Road to Guantanamo |
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Amnesty International s'associe à la sortie en
salle, le 7 juin 2006, du film " The
Road to Guantanamo", un docu-fiction
de Michael Winterbottom et Mat Whitecross
SOMMAIRE :
En septembre 2001, quatre amis, Ruhel, Asif,
Shafiq et Monir partent de Tipton, en Angleterre,
pour assister à un mariage au Pakistan et
prendre quelques jours de vacances.
Seuls trois d’entre d’eux en reviendront… deux
ans et demi plus tard.
Mêlant témoignages, documents d’archive et
reconstitutions, The Road to Guantanamo raconte
l’incroyable odyssée de ceux que l’on a pris
coutume d’appeler les «Trois de Tipton ».
Des banlieues anglaises aux camps de Guantanamo,
en passant par l’Afghanistan en guerre, The Road
to Guantanamo raconte l’histoire de trois jeunes
gens qui ont eu le tort de se trouver au mauvais
endroit au mauvais moment. C’est aussi un
réquisitoire contre les dérives indéfendables de
la «guerre contre le terrorisme », et le monstre
qu’elles ont créé.
-
Propos de Michael Winterbottom, réalisateur
Michael Winterbottom est l’un des cinéastes britanniques les plus
talentueux et les plus prolifiques de sa
génération. Il est notamment l’auteur de Jude
(1996), Welcome to Sarajevo (1997), In this
world (Ours d’argent au Festival de Berlin
2003), et plus récemment de Nine Songs et
Tournage dans un jardin anglais (A cock and bull
story).
Il signe avec
son collaborateur Mat Whitecross son film le
plus engagé à ce jour.
«On nous dit que les gens détenus à Guantanamo
sont les terroristes les plus dangereux du
monde, et que c’est pour se protéger d’eux que
l’Amérique a été obligée de créer cette prison
d’exception en dehors de tout cadre légal.
Quand nous avons rencontré ces trois garçons, ils étaient
tout ce qu’il y a d’ordinaire.
Nous avons voulu montrer le gouffre entre ce que
l’on pense des gens qui sont à Guantanamo et la
réalité de cette rencontre.
La manière la plus simple et la plus efficace de
raconter leur histoire était de les laisser le
faire eux-mêmes dans le film, avec leurs propres
mots.
Nous nous sommes efforcés de raconter leur
version de ce qui leur est arrivé, exactement
comme le ferait un avocat. Nous n’avons pas
essayé de recroiser les faits ni de les vérifier.
Notre seul objectif était de livrer un
témoignage. Nous avons aussi essayé de ne pas
trop dramatiser les relations entre les
personnages.
La simplicité avec laquelle tout a basculé pour
est déconcertante. Ces garçons se trouvaient
dans une mosquée au Pakistan, l’imam a demandé à
l’assistance d’aider les Afghans, la mosquée
organisait le transport des personnes
volontaires.
Le lendemain, ils prenaient un car…
Comme pour
Welcome to Sarajevo, nous avons
choisi d’insérer dans le film des images
d’actualités télévisées. A travers ces images et
ces reportages, et que nous voulions rappeler
aux gens de quoi il s’agit. Mais ce qui nous
intéressait était aussi le contraste entre
l’expérience de ces trois jeunes gens piégés sur
le terrain, et notre regard extérieur. Quasiment
toutes les informations que nous voyons à la
télévision sont données du point de vue des
caméras et des équipes de journalistes qui se
trouvaient avec les Américains ou l’Alliance du
Nord, et non aux endroits où étaient les garçons.
On a ainsi une double perspective, la leur sur
le sol bombardé, et celle des reporters aux
côtés de ceux qui lâchent des bombes. »
2001
- 13
septembre. George W. Bush
demande au régime des Talibans l'extradition du
chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, cerveau
présumé des attentats du 11 septembre.
-
7
octobre. Début de l’intervention
américaine en Afghanistan. Violents
bombardements sur les principaux fiefs talibans
(Kaboul, Kandahar, Jalalabad).
-
26
octobre. Signature par George W.
Bush du Patriot Act, qui crée des statuts
d'exception pour les terroristes (notamment ceux
de «combattant illégal » et de «combattant
ennemi »).
-
7
décembre. Le régime des Talibans
s'effondre avec la prise de la ville de Kandahar
par l'Alliance du Nord, alliée des États-Unis.
-
Décembre 2001, Donald Rumsfeld,
le ministre de la Défense américain, décide de
faire de la base navale américaine de Guantanamo
le principal centre de détention pour les
membres présumés d’Al Quaïda.
2002
-
10
janvier. Les premiers
prisonniers capturés en Afghanistan arrivent au
camp X-Ray à Guantanamo.
-
13
janvier. Asif et Shafiq arrivent
à Guantanamo Bay.
-
7
février. Un décret de George
Bush permet aux Etats-Unis de se soustraire aux
conventions de Genève «dans ce conflit »
-
10
février.
A son tour, Ruhel arrive à Guantanamo Bay.
-
28
avril. Transfert des prisonniers
du camp X-Ray vers le nouveau camp, «Delta ».
2004
-
5 mars.
Shafiq, Asif et Ruhel sont ramenés en Angleterre.
Interrogés par la brigade anti-terroriste.
Ils sont libérés le lendemain sans qu’aucune
charge ait été retenue contre eux.
-
10
mars. Le Comité International de
la Croix Rouge estime que Washington use à
Guantanamo de méthodes «frôlant la torture »
-
28
juin. Une décision de la Cour
Suprême américaine autorise les détenus de
Guantanamo à contester la légalité de leur
détention devant les tribunaux américains. Aucun
n’y est encore parvenu à ce jour.
2005
-
25 mai.
Amnesty International publie sur Guantanamo un
rapport qui évoque un «goulag de notre époque ».
-
Juin-juillet.
Des dizaines de détenus de Guantanamo entament
une grève de la faim pour protester contre leurs
conditions de détention.
-
30
décembre. Le Detainee Treatment
Act retire toute compétence aux cours fédérales
pour examiner la situation des détenus de
Guantanamo.
2006
-
15
février. Un rapport de l'ONU
demande de "Fermer les installations de
détention de Guantanamo Bay sans délai
supplémentaire" et que "soient jugés rapidement
tous les détenus de Guantanamo" ou "libérés
immédiatement"
-
3 mars.
Publication par le Pentagone, à la suite d’une
décision de justice, de 5000 pages de comptes-rendus
d’audiences judiciaires militaires.
-
Guantanamo et au delà : les faits
On estime le nombre de détenus à être passés par
Guantanamo à 760. La plupart ont été capturés en
Afghanistan. Ils sont de 42 nationalités
différentes (dont sept Français), mais les
Afghans, les Yéménites et les Saoudiens sont
très majoritaires.
490
prisonniers seraient encore incarcérés. Les
autres ont été soit envoyés dans d’autres
centres de détention, américains ou étrangers,
soit libérés sans autre forme de procès (le
Pentagone estimant qu’ils ne représentaient plus
d’intérêt en terme de renseignement).
Guantanamo Bay est une base militaire américaine
située au sud de l’île de Cuba. Les Etats-Unis
la louent à Cuba depuis 1903 pour un loyer
annuel de…4085 dollars, que Fidel Castro a
toujours refusé d’encaisser en signe de
protestation.
Ce statut d’extraterritorialité fait que les
détenus ne sont pas soumis aux lois américaines.
Sous prétexte qu’ils n’appartiennent pas à un
état signataire de la Convention, ils échappent
également, par décision du gouvernement
américain, au statut de prisonnier de guerre
défini et protégé par la Troisième Convention de
Genève (1949), ratifiée par les Etats-Unis.
Celle-ci interdit notamment de soumettre les
combattants capturés à des interrogatoires et
décrète qu’ils ne peuvent être poursuivis que
pour crime de guerre, à moins d’être déférés
devant un «tribunal compétent ».
Guantanamo n’est pas un cas isolé : c’est un des
maillons d’une chaîne de camps de détention qui
comprend également la prison d’Abu Ghraib en
Irak, les bases de Kandahar et de Bagram en
Afghanistan et d’autres lieux secrets dirigés
par les services de renseignement américains ou
leurs alliés.
Amnesty International condamne avec la plus
grande vigueur les groupes armés et tout autre
acteur non étatique visant les populations
civiles de façon délibérée.
Amnesty
International est très vivement préoccupée par
le fait que la guerre contre le terrorisme ne
devienne pas un prétexte à renier les
engagements pour les droits humains. Faire la
guerre contre le terrorisme sans y intégrer le
respect absolu des droits humains et des règles
fondamentales du droit international ne peut
conduire qu’à l’affaiblissement de l’état de
droit et à une lente érosion des droits humains.
Guantanamo, l’Afghanistan, l’Irak et au delà
Depuis le 11 septembre 2001, de nombreux
gouvernements, et particulièrement celui des
Etats-Unis, se heurtent à un dilemme : comment
honorer leur engagement à respecter « les
exigences non négociables de la dignité humaine
» tout en adoptant des mesures radicales de
lutte anti-terroriste ? En guise de réponse, ces
gouvernements affirment que la menace du
terrorisme international ne peut être contrée en
respectant scrupuleusement les règles du jeu, y
compris le respect des droits humains.
Celles-ci doivent donc être « aménagées ».
A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels
donc, notamment en matière de procédures pour
les arrestations, les interrogatoires ou encore
le placement en détention.
Certaines formes de collaboration entre les
forces de sécurité et les services de
renseignement des pays en lutte contre le
terrorisme, avec les zones d’ombres qu’elles
induisent, voire qu’elles génèrent, conduit à un
non-respect des principes élémentaires du droit
international. Ce qui affaiblit les valeurs que
la « guerre contre le terrorisme » est censée
défendre.
Amnesty a reçu de nombreuses allégations de
torture et de mauvais traitements ayant lieu
dans des centres de détention américains en Irak
et en Afghanistan et au centre de détention de
la base militaire américaine de Guantanamo Bay,
à Cuba, et ailleurs.
Conditions de détention, torture et mauvais
traitements à Guantanamo, en Afghanistan
De nombreux détenus affirment avoir été soumis à
de nombreuses formes de torture psychologique et
physique, notamment à la privation de sommeil
prolongée, au maintien dans des positions
douloureuses, à la privation de nourriture, aux
passages à tabac.
De nombreux rapports faisant état de mauvais
traitements et de torture se basent également
sur des allégations portant sur les centres de
détention en Afghanistan, (mais cela vaut
également pour l’Irak voir notamment les
tristement célèbres abus de la prison d’Abu
Ghraib) et tout particulièrement les bases
militaire Américaine de Bagram et de Kandahar en
Afghanistan. Cependant, des abus ont eu lieu
dans nombre d’autres centres de détention
dirigés par les forces américaines dans ces deux
pays. Amnesty International et d’autres ONG de
défense de droits humains allèguent que les
mêmes types de violations ont lieu en Irak, en
Afghanistan, à Guantanamo et dans des centres
secrets éparpillés partout dans le monde. Les
informations dont elles disposent révèlent
l’existence d’un modèle récurrent de
comportements des agents américains, et ayant
cours dans les centres de détention secrets.
Mais Guantánamo ne représente que la partie
visible de l’iceberg. Les détentions secrètes,
les restitutions, les procès inéquitables et les
«disparitions» favorisent la torture et créent
des dissensions. À terme, ces pratiques nous
mettent tous en danger.
Vide
juridique pour les «combattants ennemis»
Aucun des détenus de Guantánamo Bay ne s’est vu
attribuer le statut de prisonnier de guerre ou
traduire devant un «tribunal compétent» habilité
à se prononcer sur cette question, comme l’exige
l’article 5 de la Troisième Convention de Genève.
Les autorités américaines refusent de clarifier
la situation juridique de ces personnes, en
dépit des demandes du Comité international de la
Croix-Rouge (CICR), qui est en vérité le seul
organe à avoir accès aux prisonniers. Au lieu de
cela, elles les qualifient de «combattants
ennemis» ou de «terroristes», bafouant leur
droit à la présomption d’innocence et présumant
illégalement qu’il est justifié de les priver de
leurs droits humains les plus fondamentaux.
Plusieurs détenus ont été libérés de la base
navale sans être inculpés. Aucun dédommagement
ne leur a été proposé pour les nombreux mois
passés en détention illégale à Guantánamo Bay.
Les « Trois de Tipton » attendent actuellement
la décision d’un juge de Washington dans
l’affaire intitulée Rasul contre Rumsfeld. Ils
ont en effet entamé des poursuites judiciaires
afin d’obtenir chacun 10 millions de dollars US
de dommages et intérêts du fait des abus subis
durant leur détention qui a duré plus de 2 ans à
Guantanamo.
Le 13 novembre 2001, le président des Etats-Unis
a signé un Décret militaire relatif à la
“détention, au traitement et au jugement de
certains citoyens non américains dans la lutte
contre le terrorisme”. Ce décret prévoit
notamment la création de tribunaux militaires
d’exception chargés de juger les citoyens non
américains. Les commissions militaires ne
respectent ni les droits de la défense, ni les
principes d’équité et de procès équitable.
En juin 2004, la Cour suprême des États-Unis
dans l’affaire Rasul c. Bush, a estimé que les
tribunaux fédéraux américains avaient compétence
à juger de la légalité ou de l’illégalité de la
détention des étrangers retenus à Guantánamo,
c’est à dire le droit de recours appelé habeas
corpus. Pourtant, plus d’un an plus tard, aucun
des détenus se trouvant toujours sur la base
étasunienne n’avait pu obtenir que les raisons
de sa détention soient examinées par un
tribunal.
Par ailleurs, le 30 décembre 2005, le Président
Bush a signé le “ Detainee
Treatment Act”, récemment adopté par
le Sénat et la Chambre des Représentants
américains, qui retire toute compétence aux
cours fédérales pour examiner la situation des
détenus de Guantanamo.
(www.amnesty.fr) 19-02-2007
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