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En janvier 2002, les États-Unis transféraient
les premiers prisonniers de la "guerre contre le
terrorisme", cagoulés et enchaînés, vers leur
base navale de Guantánamo Bay, à Cuba. Malgré
les protestions internationales et les
condamnations des experts, des centaines de
personnes d'environ trente nationalités sont
toujours détenues à Guantánamo.
Ces prisonniers sont privés des garanties
prévues par le droit international et leurs
conditions de vie s’apparentent à un traitement
cruel, inhumain ou dégradant. Ils subissent un
grave stress psychologique. Trois sont
morts dans le camp. Il semblerait qu’ils se
soient suicidés. D'autres ont fait une longue
grève de la faim et ne sont restés en vie que
parce qu’ils ont été nourris de force dans le
cadre de procédures douloureuses.
À mesure que s'accumulent les éléments attestant
de l'ampleur des violences contre ces détenus,
les condamnations nationales et internationales
se font plus toujours fortes. Amnesty
International a été l’une des premières voix à
s’élever pour demander la fermeture du camp.
Depuis, de nombreuses organisations,
institutions et personnes ont exprimé leur
indignation concernant ce centre de détention.
Même le président George W. Bush a
récemment déclaré qu’il aimerait le fermer. Il
doit prendre cette mesure sans plus attendre.
Détentions secrètes
et disparitions forcées
De nombreux détenus de Guantánamo ont été
capturés pendant le conflit international en
Afghanistan. D’autres ont été capturés en-dehors
de zones de conflit, dans des pays très
différents comme la Gambie, la Bosnie, l’Égypte,
l’Indonésie et la Thaïlande.
Au début du mois de septembre 2006, les
autorités américaines ont transféré à Guantánamo
14 hommes qui étaient détenus auparavant dans
des lieux secrets sous le contrôle de la CIA.
Le président George W. Bush a finalement
admis que, dans le cadre de la "guerre contre le
terrorisme", les États-Unis avaient eu recours
aux détentions secrètes et aux disparitions
forcées. Ces pratiques constituent un crime au
regard du droit international.
Détentions inhumaines
et illégales
Les détenus libérés et ceux qui se trouvent
encore dans le camp ont déclaré avoir été soumis
à des tortures et à d'autres traitements cruels,
inhumains et dégradants alors qu’ils étaient
sous la responsabilité des autorités
américaines, à Guantánamo ou ailleurs.
Certains prisonniers se trouvent toujours dans
des quartiers de haute surveillance. Ils y
restent parfois vingt-quatre heures sur
vingt-quatre et n’ont droit qu’à une durée
d’exercice très limitée hors de leur cellule.
Ces personnes ont également subi des
interrogatoires répétés, parfois pendant
plusieurs heures d’affilée et sans la présence
d'un avocat. Cette pratique laisse penser que
certaines de leurs déclarations pourraient avoir
été obtenues sous la contrainte. Le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR) reste la
seule ONG autorisée à rendre visite à ces
détenus.
Avec la perspective d'une détention illimitée
sans procès équitable dans de telles conditions,
de graves répercussions psychologiques sont à
craindre pour les détenus et leurs proches. Ce
camp condamne des milliers de personnes du monde
entier à une vie de souffrance, de tourment et
d'opprobre.
Présomption de culpabilité
Aucun détenu de Guantánamo n'a été reconnu
coupable d'une quelconque infraction pénale. Des
centaines de prisonniers ont été libérés sans
inculpation, et sans aucune forme de
réparation pour les nombreuses années de
détention illégale vécues à Guantánamo.
Pourtant, les autorités américaines continuent
d'appeler ces personnes "combattants ennemis",
"terroristes" ou "pires des pires criminels".
Elles bafouent ainsi la présomption d'innocence
et justifient de manière tout à fait illégale le
déni des droits les plus fondamentaux imposé à
ces individus.
Aucun des détenus de Guantánamo n'a pu obtenir
le statut de prisonnier de guerre, ni n’a été
traduit devant un "tribunal compétent" en vue
d'obtenir une définition de statut, comme le
voudrait pourtant le droit international. Le
gouvernement des États-Unis refuse de clarifier
leur situation juridique.
Commissions
militaires
En novembre 2001, le président Bush a signé un
ordre autorisant les procès devant des
commissions militaires ayant la possibilité de
prononcer des condamnations à mort, avec
impossibilité de faire appel de la décision.
Le 29 juin 2006, la Cour Suprême des États-Unis
a jugé que le président George W. Bush avait
abusé de son autorité en avalisant de telles
procédures, et a confirmé que les commissions
militaires étaient contraires au droit américain
et aux Conventions de Genève.
Cette décision était basée sur l'examen du cas
de Salim Ahmed Hamdan, un Yéménite âgé de
trente-six ans qui avait passé quatre ans dans
le centre de détention américain.
Elle constituait une victoire pour la primauté
du droit et les droits humains. Amnesty
International a alors appelé le gouvernement
américain à l’utiliser comme tremplin pour
mettre pleinement en conformité avec le droit
américain et international ses pratiques en
matière de détention liées à la "guerre contre
le terrorisme".
Au lieu de cela, le 29 septembre 2006, le
Congrès des États-Unis a donné son aval aux
violations des droits humains commises par
les États-Unis en adoptant la Loi sur les
commissions militaires, qui concerne le jugement
des étrangers détenus à Guantánamo.
Le changement dans la
continuité: d'une politique condamnable à une
loi condamnable
La Loi sur les commissions militaires place à
l’évidence les États-Unis en dehors du droit
international.
Ce texte est discriminatoire car
l'"ennemi" jugé par les commissions militaires
ne bénéficiera pas des mêmes garanties
juridiques que le personnel américain, notamment
en matière de règle de la preuve. Il accorde
également au président des États-Unis le pouvoir
de prononcer des condamnations à mort. Qu'elles
doivent comparaître ou non, les personnes
détenues par les États-Unis en tant que
"combattants ennemis" n'auront pas la
possibilité de contester la légalité de leur
détention ou les conditions de cette dernière
dans des requêtes en habeas corpus.
Amnesty International fait campagne pour
l'abrogation de cette loi.
Libération sous
protection
Amnesty International avait demandé que les
détenus de la base soient relâchés s'ils
n'étaient pas inculpés ou ne bénéficiaient pas
d'un procès équitable. Elle se félicite donc des
libérations qui ont eu lieu. Cependant, les
personnes relâchées ne doivent pas être
renvoyées vers des pays où elles risqueraient
d’être torturées, exécutées, ou encore de subir
de graves atteintes aux droits humains. Tous les
transferts doivent être effectués avec le
consentement informé des individus
concernés.
S'il existe des motifs sérieux de préoccupation
concernant le sort des détenus libérés, les
autorités américaines doivent intensifier leurs
efforts pour trouver un pays où ces personnes
pourront vivre sans risquer d'autres atteintes à
leurs droits. Ils devraient collaborer à cette
fin avec le Haut-Commissariat des Nations
unies pour les réfugiés. Les pays tiers
doivent également envisager d'accueillir les
détenus qui cherchent à se réinstaller,
notamment les anciens pays de résidence, voire
ceux où les détenus avaient de la famille proche
ou d’autres attaches.
( Amnesty International)
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