La Base doublement illégale
des USA
à Guantanamo

 

  

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 "Des milliers de vies sont détruites" par le camp de Guantanamo, accuse l'organisation

Le centre de détention installé sur la base américaine de Guantanamo à Cuba "condamne des milliers de personnes [...] à une vie de souffrances, de tourments et de soupçons", affirme Amnesty International (AI), qui estime, dans un rapport publié le 6 janvier 2006, à 500, originaires de 35 pays, le nombre d'hommes encore détenus dans le camp.

L'organisation de défense des droits de l'homme déplore le flou que les autorités américaines entretiennent autour du nombre de détenus et demande à Washington de fournir une liste précise des prisonniers, avec leur identité et leur nationalité. Elle évoque plusieurs tentatives de suicides et affirme que plusieurs dizaines de détenus sont toujours en grève de la faim. Plusieurs auraient été alimentés de force, via des sondes nasales, sans anesthésie. "Si ces allégations sont vraies, Amnesty considère cela comme de la torture ou des mauvais traitements", dit le rapport.

Si certains prisonniers ont été évacués de Guantanamo, "leur transfert n'a rien signifié d'autre qu'un déménagement d'un lieu de détention illimitée et illégale vers un autre lieu de détention illimitée et illégale", note encore le rapport, citant le cas du Jordanien Wisan Abd al-Rahman Ahmed, rendu à son pays mais toujours détenu dans un lieu inconnu.

Amnesty critique enfin le manque d'informations fournies aux familles des détenus, maintenus dans l'ignorance sur leur sort.

[La plupart des détenus de Guantanamo ont été faits prisonniers lors de l'invasion américaine en Afghanistan. Ils sont détenus depuis près de quatre ans, pour la plupart sans inculpation et sans procès. Ils sont considérés comme des "combattants ennemis" par les Etats-Unis, qui leur refusent le statut de prisonniers de guerre. Ils ne bénéficient donc pas des Conventions de Genève.]

AMNESTY INTERNATIONAL - GUANTÁNAMO : UNE CONDAMNATION A UNE VIE DE SOUFFRANCE ET DE REJET

Dans un rapport rendu public le 6 février 2006, Amnesty International démontre comment le centre de détention des Etats-Unis à Guantánamo Bay (Cuba), condamne des milliers de personnes dans le monde entier à une vie de souffrance, de tourments et de rejet.

Intitulé "Guantánamo : des vies brisées. Les conséquences de la détention illimitée pour les détenus et leurs familles", ce rapport contient des témoignages d'anciens détenus et de leurs proches. Il fait le point sur la situation actuelle des personnes maintenues en détention à Guantánamo et présente des éléments nouveaux sur la poursuite de la grève de la faim et les tentatives de suicide.

Cinq cents hommes de 35 nationalités sont détenus à Guantánamo. Plusieurs dizaines d'entre eux observent une grève de la faim, et de nombreuses tentatives de suicide ont été signalées. Aucun prisonnier n'a bénéficié d'un réexamen judiciaire de la légalité de sa détention. Par ailleurs, neuf hommes sont maintenus en détention bien que n'étant plus considérés comme des "combattants ennemis" par les autorités des Etats-Unis.

"Guantánamo demeure une réalité tragique pour les détenus et pour leurs familles, déclare Susan Lee, directrice du programme Amériques d'Amnesty International. Malgré la condamnation de la communauté internationale, les autorités des Etats-Unis continuent de priver ces détenus de leur droit de contester leur détention devant les tribunaux des Etats-Unis".

"Les revendications des grévistes de la faim de Guantánamo ne prêtent pas à controverse. Ces hommes réclament le respect de leurs droits reconnus par le droit international et demandent d'être remis en liberté à moins d'être inculpés d'infractions prévues par la législation internationale ; enfin, ils demandent que des organisations, telle Amnesty International, soient autorisées à les rencontrer".

Selon les témoignages recueillis par l'organisation, des familles qui savent que leurs proches sont, ou ont été, détenus par les Etats-Unis, n'ont reçu pratiquement aucun message provenant directement de Guantánamo. Certaines ignorent le lieu de détention de leurs proches et ne savent même pas s'ils sont toujours en vie.

Le rapport d'Amnesty International révèle également que les tourments et le rejet ne se limitent pas à Guantánamo. Dans certains cas, quitter Guantánamo ne représente rien de plus que de passer d'un lieu de détention illégale et illimitée à un autre ; dans d'autres cas, cela signifie le harcèlement persistant, l'arrestation arbitraire et les mauvais traitements. Même ceux qui ont été renvoyés dans leur pays et ont retrouvé leur famille et leurs amis gardent les séquelles physiques et psychologiques du temps passé à Guantánamo, et l'opprobre d'avoir été qualifiés par le président George W. Bush de "combattants ennemis" faisant partie des "pires des pires", ne les quittera jamais.

Nina Odijeva, mère de l'ancien détenu de Guantánamo Rouslan Odijev, a expliqué comment la détention de son fils par les Etats-Unis avait irrévocablement affecté celui-ci : "Il a changé [...], il est très malade [...], il prend des médicaments pour tous ses organes [...], il essaie de ne pas le montrer et de ne pas me donner de détails pour que je ne m'inquiète pas [...], il n'a pas d'appétit [...], il est différent maintenant [...]".

Les autorités des Etats-Unis ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs actes sur les détenus qui, à leur retour chez eux, sont de nouveau victimes de mauvais traitements et de détention illégale, et qui sont considérés avec réprobation parce qu'ils ont été qualifiés par des responsables gouvernementaux comme faisant partie des "pires des pires".

Amnesty International appelle le gouvernement des Etats-Unis à :
»publier la liste de tous les détenus de Guantánamo et des autres centres de détention;
»juger tous les détenus de Guantánamo ou les remettre en liberté;
»fermer le centre de détention de Guantánamo et permettre une inspection indépendante de tous les autres centres de détention des Etats-Unis;
»enquêter sur toutes les allégations de torture et de mauvais traitements infligés aux personnes détenues par les Etats-Unis.

(Amnesty Interntional, Europe, février 2006)


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