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Nichée sur une île des Caraïbes bien connue pour
ses plages ensoleillées, la prison de Guantanamo
aurait tout pour devenir un centre de
villégiature paradisiaque. Cependant, sa
réputation internationale est toute autre. Au-delà
de la nature carcérale de l’établissement, c’est
le constant vide juridique maintenu sur cette
prison qui la transforme en véritable « trou
noir » du droit.
Conséquemment, maintes questions surviennent
quant à sa légitimité, notamment sur le
fondement de cette zone de « non droit » et sur
le statut des prisonniers qu’elle abrite.
Premièrement, l’emplacement de la base militaire
de Guantanamo représente avant tout une
localisation politique stratégique. C’est en
1898, durant la guerre hispano-américaine et
suite à la destruction du navire de guerre Maine,
que les États-unis se sont imposés pour la
première fois sur les côtes cubaines. Sous
prétexte de grands idéaux, ils ont chassé les
Espagnols de l’île et en ont fait un protectorat
américain. Ils ont ensuite fortifié le port de
Guantanamo pour y construire les bâtiments
nécessaires à leur appareillage de guerre. Puis,
en 1903, suite à un bail perpétuel passé avec
Cuba (alors pratiquement soumis au gouvernement
américain), les États-Unis ont pu établir
officiellement leur base navale à Guantanamo. Un
deuxième traité réaffirme en 1934 le louage de
la baie et stipule que le consentement des deux
gouvernements devient dès lors nécessaire à sa
résiliation. Aujourd’hui, quoique le
gouvernement cubain dénonce la présence
américaine, les États-Unis considèrent ses
troupes légitimement installées autour de la
baie.
Aussi connue sous le pseudonyme de « trou noir »,
la prison de Guantanamo accueille
approximativement 500 détenus de 34 nationalités
différentes. Plusieurs mineurs, dont l’âge varie
entre 13 et 17 ans, y ont également séjournés.
Les différents camps de la base présentent
chacun des degrés de sécurité qui leur sont
propres. Ils varient entre un niveau très bas et
un niveau extrêmement élevé, puisqu’une
« chambre de la mort » est même présente sur les
lieux. Vu le refus continuel de l’exécutif
américain de permettre aux organisations
extérieures de pénétrer le périmètre de la base,
l’exacte vérité quant à la situation des détenus
est jalousement gardée confidentielle. À ce jour,
seule la Croix-Rouge, qui est une organisation
bien connue pour sa politique de confidentialité,
a pu accéder aux prisonniers et s’entretenir
avec eux. Implicitement, cela indique que les
prisonniers ne sont pas traités conformément aux
normes minimales requises par la communauté
internationale.
En fait, c’est justement ce manque de
concordance et de respect des lois établies qui
crée la zone problématique de « non droit » de
Guantanamo. Tant au niveau du droit
international que du droit interne américain, le
vide juridique volontairement imposé sur ce
centre de détention masque mal le déni de
justice voulu par l’exécutif. En effet, sous
prétexte que la prison se situe hors des
frontières américaines, on refuse aux
prisonniers la presque totalité des garanties
juridiques inhérentes au système judiciaire
américain. Dans la même lignée, on soustrait les
détenus à l’application des conventions
internationales en affirmant que leur statut
juridique diffère de ceux prévus par ces
ententes.
Pendant ces débats d’ordre juridique qui durent
maintenant depuis cinq ans, des centaines de
détenus sont cloîtrés arbitrairement dans des
conditions que l’on peut raisonnablement
présumer atroces, et ce pour une durée
indéterminée.
C’est pour calmer les inquiétudes causées par ce
flou juridique que le gouvernement américain en
est venu à proposer une solution bien commode :
soit la mise sur pied de commissions militaires
habilitées à juger les prisonniers et la
validité de leur détention. A priori, l’annonce
officielle de la reconnaissance d’une compétence
judiciaire à Guantanamo pourrait sembler de bon
augure pour les prisonniers. Pourtant, le type
d’institutions préconisé peut susciter plusieurs
craintes quant à l’équité des procès à venir. En
effet, les détenus seront jugés par des
commissions militaires spécialement mises sur
pied pour étudier leur cas. Auparavant, les
États-Unis ont fait appel à de telles
commissions parcimonieusement, peut-être vu les
critiques acerbes qu’elles entraînent. Elles ont
notamment servies à juger les accusés suspectés
de trahison et de sabotage durant la guerre
civile américaine, les potentiels assassins
d’Abraham Lincoln et certains ressortissants
allemands durant la seconde guerre mondiale.
Tous les suspects furent déclarés coupables et
soumis à la peine capitale.
Ainsi, le recours aux commissions militaires
engendre pour les accusés des conséquences
judiciaires importantes qui laissent présumer un
grand manque d’impartialité. Certains droits,
reconnus comme étant indispensables à un procès
équitable par plusieurs constitutions (dont
celle des États-Unis) et par le droit martial
américain, ne seront pas accordés aux détenus.
Par exemple, il se peut que la défense n’ait pas
accès à tous les éléments de preuve invoqués
contre elle. Pourtant, les autorités pourront
tenir compte de ces mêmes éléments pour juger de
la culpabilité de l’accusé. Elles pourront
également tenir compte de toutes confessions
obtenues sous la torture ou suite à des méthodes
coercitives d’interrogatoire. En outre,
l’autorité en charge d’une commission a le
pouvoir discrétionnaire de mettre fin à tout
procès risquant de mettre en péril une
information jugée secrète et ce, sans qu’un
avertissement, une explication ou même un délai
préalable ne soit accordé. Enfin, même acquitté
de toutes charges, l’accusé n’est pas garanti
d’être libéré. Bref, réglementé en parallèle de
toutes lois établies, un tel procès est plus
qu’un déni de justice : c’est du despotisme.
Deuxièmement, une autre des particularités
hautement controversées de la prison de
Guantanamo réside dans le statut juridique des
hommes qui y sont maintenus en détention. En
effet, l’insistance des États-Unis à ce que ces
prisonniers ne reçoivent pas les qualifications
normales, sous prétexte du contexte particulier
de la guerre contre le terrorisme, contribue à
renforcer la confusion juridique les entourant.
Tout d’abord, on refuse d’accorder le statut de
prisonnier de guerre à des détenus qui en sont
pourtant. En plus des inquiétudes qu’un tel
comportement soulève au niveau du respect des
droits humains, c’est surtout la crédibilité de
la légitimité des procédures judiciaires
appliquées, lorsque procédures il y a, qui
vacille devant cette dénégation non fondée. La
définition du prisonnier de guerre, donnée à
l’article 4 de la Convention de Genève, est très
englobante et peut fort bien s’appliquer à
beaucoup de prisonniers peuplant les cellules de
Guantanamo. Au niveau international, l’Assemblée
parlementaire du conseil de l’Europe présentait
en 2005 une résolution demandant à ce que la
présomption du statut de prisonnier de guerre
soit reconnue aux hommes faits prisonniers en
Afghanistan, et ce conformément aux principes de
l’État de droit. Or, les États-Unis tardent
toujours à obtempérer.
Suite à la polémique grandissante quant au flou
juridique entourant le statut de leurs captifs,
les autorités américaines se sont forgé de
nouveaux termes pour les définir : ceux de
combattants illégaux ou de combattants ennemis,
selon la nationalité du détenu. Ces
qualifications, qui n’ont aucune valeur réelle
en droit, s’avèrent bien commodes puisqu’elles
leur permettent de se soustraire aux exigences
de la Convention de Genève.
Finalement, en invoquant la nécessité d’agir, le
gouvernement américain tente de légitimer la
conduite illégale qu’il inflige aux prisonniers,
soit la détention arbitraire, les mauvais
traitements et la torture. Heureusement, la
communauté internationale se conscientise.
Espérons maintenant que l’impressionnante
machine de guerre déployée pour contrer le
terrorisme ne prendra pas sa revanche en
engendrant d’autres clones clandestins de
prisons comme celles d’Abou Ghraib, de Bagram et
bien entendu, de Guantanamo Bay.
(Agence de presse étudiante mondiale) 27-01-2007
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