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Compañero Fidel Castro Ruz > Réflexions

 Le départ prématuré

SERGIO nous a quittés. J’ai appris en regardant le journal télévisé que son corps avait été incinéré. Il était beaucoup plus jeune que moi. Avec un peu plus de culture dans le domaine de la santé, peut-être ne serait-il pas parti si tôt. J’ai beaucoup appris en parcourant avec lui les montagnes du centre de l’île. J’admirais ses principes. Je suis sûr qu’il n’aurait guère apprécié que ses cendres soient portées au cimetière de la capitale. J’espère que sa famille ou quiconque en a le droit décidera de les déposer dans un bois de l’Escambray, où un arbre grandira à côté de sa mémoire. Mais j’accepterai n’importe quelle décision en toute sincérité.

 

 

 

Fidel Castro Ruz

1er mars 2008

20h39

 Sergio Corrieri, l’art pour la Révolution

• Le président de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples est décédé le 29 février, à l’âge de 69 ans • C’était aussi une des grandes personnalités de la culture nationale

AU moment d’évaluer la stature de Sergio Corrieri Hernandez, on pense inévitablement  aux vers de Bertolt Brecht, un de ses dramaturges préférés, qui parlait de « ceux qui luttent leur vie durant », des « indispensables ».

Cet homme qui avait fait de la modestie un exercice quotidien  était profondément engagé envers les destinées de sa patrie. Fidèle défenseur des valeurs du socialisme, de la Révolution et de ses leaders historiques, Corrieri n’a jamais cessé de faire valoir et de partager ses convictions ni de se consacrer pleinement aux tâches qui lui ont été confiées.

Sur les planches, ce Havanais né le 2 mars 1938 a laissé derrière lui une véritable légende. Très tôt attiré par le théâtre, il s’inscrivit  au Théâtre universitaire et débuta à l’âge de 16 ans dans la pièce du Brésilien Joracy Camargo, Le petit-fils de Dieu.

Fondateur du Théâtre Estudio aux côtés de Raquel et de Vicente Revuelta, il participa à la première mise en scène de la pièce d’Eugene O’ Neill, Long voyage vers la nuit.

On l’a vu incarner les personnages les plus divers et les plus exigeants  des œuvres de Miller et Tchékhov, de Lope de Vega et d’Albee, de Brecht et de Schnitzler, de Dragun et de Maïakovski, puis se tourner vers la mise en scène avec un égal talent : on se rappelle encore la première mondiale, en 1964, de Contigo pan y cebolla, la célèbre comédie d’Hector Quintero.

Mais dès cette époque Sergio n’était pas seulement un homme de théâtre. « La Révolution avait changé nos vies, dit-il dans une interview,  et ouvrait de nouvelles perspectives à la culture cubaine. Nous estimions qu’il fallait faire de l’art avec la Révolution et pour la Révolution, un art de hautes valeurs, et être en même temps un citoyen et un soldat. »

Ces idées l’amenèrent à se lancer en 1968 dans une expérience inédite : le groupe Teatro Escambray, qu’il fonde dans une chaîne montagneuse du centre de l’île avec sa mère, Gilda Hernandez, une des femmes de théâtre les plus enthousiastes de son temps. Sur cette époque il a laissé ce commentaire : « Nous ne cherchions pas un répertoire avec des œuvres universellement connues et très belles. Il ne s’agissait pas pour nous d’apporter aux gens des montagnes ce type de bagage culturel mais plutôt de leur fournir des éléments de jugement pour qu’ils comprennent mieux leur réalité et deviennent ainsi capables d’agir sur elle. »

C’était sans nul doute un geste surprenant de la part de quelqu’un qui était déjà tenu pour un des meilleurs acteurs du pays, ayant déjà incarné le protagoniste de Mémoires du sous-développement, ce classique du cinéma cubain dû à Tomas Gutierrez Alea.

Son travail à la tête du Teatro Escambray, dans une région marquée par des transformations socio-économiques profondes et où, à peine quelques années auparavant, la contre-révolution avait tenté de planter ses griffes, mit en évidence non seulement la maturité de ses conceptions esthétiques mais aussi ses qualités de cadre révolutionnaire.

Metteur en scène et acteur de pièces mémorables telles que Ramona, Le Procès et Les fiancés, il revenait aussi au grand écran pour interpréter le rôle d’Alberto Delgado dans L’homme de Maisinicu, de Manolo Pérez, et faisait en outre une irruption inoubliable sur le petit écran, où il incarna le double personnage de Fernando / David dans le feuilleton d’espionnage En silencio ha tenido que ser. En même temps, sa stature politique s’affirmait dans l’Escambray, auprès des habitants de la région. C’est ainsi qu’il fut délégué au Premier Congrès du Parti communiste de Cuba,devint membre de son Comité central dès 1980, fut élu député dès la première législature de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire. Il occupa ce siège sans interruption par la volonté du peuple, et fut élu membre du Conseil d’Etat lors de la cinquième législature.

De l’Escambray il partit avec ses acteurs pour l’Angola, en pleine offensive des forces pro-impérialistes, pour partager son art avec les internationalistes cubains. A peine quelques jours après le triomphe sandiniste au Nicaragua, il rejoignit ce pays avec son bagage de solidarité.

En 1985, la direction du pays lui demande d’occuper la vice-présidence de l’Institut cubain de la Radio et de la Télévision. En 1987, il devient chef du département de culture du Comité central du Parti, et à partir de 1990 il a exercé la présidence de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples.

Il assumait ce poste à un moment particulièrement difficile de l’histoire de la Révolution cubaine, au milieu de la débâcle de l’Union soviétique et du camp socialiste et de profonds changements idéologiques intervenus dans les courants de gauche. Sergio Corrieri devint alors un interlocuteur exemplaire pour le mouvement de solidarité internationale avec la Révolution et contribua de manière décisive à la diffusion de la résistance de notre société et de ses idées humanistes. Ces dernières années, il s’est attaché tout particulièrement à faire connaître la vérité sur les Cinq Héros antiterroristes cubains injustement emprisonnés aux Etats-Unis et à travailler avec les mouvements de solidarité de ce pays.

Se sachant gravement malade, il a toutefois accepté de présider les travaux de la commission chargée d’organiser le 7e Congrès de l’Union nationale des écrivains et des artistes, un geste apprécié de l’avant-garde artistique et intellectuelle du pays qui a toujours vu en lui un exemple.

Corrieri était titulaire de l’Ordre Félix Varela, de la médaille Alejo Carpentier, de la Réplique de la machette du Général Maximo Gomez, décernée par le ministre des Forces armées révolutionnaires, et du Prix national de théâtre 2006.

Il y a à peine quelques jours, à l’occasion de l’inauguration d’expositions de José Omar Torres et de  Diana Balboa à la galerie La Acacia, je lui ai demandé si l’art dramatique ne lui manquait pas : « Si, il m’arrive d’en avoir la nostalgie, mais je me sens utile et réalisé dans ce travail. Si je devais vivre une deuxième fois je n’hésiterais pas à suivre le même parcours, en essayant toujours de faire mieux. ». 

Granma 01-03-2008


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