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• Le président de l’Institut cubain d’amitié avec les
peuples est décédé le 29 février, à l’âge de 69 ans •
C’était aussi une des grandes personnalités de la culture
nationale
AU moment d’évaluer la stature de Sergio Corrieri Hernandez,
on pense inévitablement aux vers de Bertolt Brecht, un de
ses dramaturges préférés, qui parlait de « ceux qui luttent
leur vie durant », des « indispensables ».
Cet homme qui avait fait de la modestie un exercice
quotidien était profondément engagé envers les destinées de
sa patrie. Fidèle défenseur des valeurs du socialisme, de la
Révolution et de ses leaders historiques, Corrieri n’a
jamais cessé de faire valoir et de partager ses convictions
ni de se consacrer pleinement aux tâches qui lui ont été
confiées.
Sur les planches, ce Havanais né le 2 mars 1938 a laissé
derrière lui une véritable légende. Très tôt attiré par le
théâtre, il s’inscrivit au Théâtre universitaire et débuta
à l’âge de 16 ans dans la pièce du Brésilien Joracy Camargo,
Le petit-fils de Dieu.
Fondateur du Théâtre Estudio aux côtés de Raquel et de
Vicente Revuelta, il participa à la première mise en scène
de la pièce d’Eugene O’ Neill, Long voyage vers la nuit.
On l’a vu incarner les personnages les plus divers et les
plus exigeants des œuvres de Miller et Tchékhov, de Lope de
Vega et d’Albee, de Brecht et de Schnitzler, de Dragun et de
Maïakovski, puis se tourner vers la mise en scène avec un
égal talent : on se rappelle encore la première mondiale, en
1964, de Contigo pan y cebolla, la célèbre comédie
d’Hector Quintero.
Mais dès cette époque Sergio n’était pas seulement un homme
de théâtre. « La Révolution avait changé nos vies, dit-il
dans une interview, et ouvrait de nouvelles perspectives à
la culture cubaine. Nous estimions qu’il fallait faire de
l’art avec la Révolution et pour la Révolution, un art de
hautes valeurs, et être en même temps un citoyen et un
soldat. »
Ces idées l’amenèrent à se lancer en 1968 dans une
expérience inédite : le groupe Teatro Escambray, qu’il fonde
dans une chaîne montagneuse du centre de l’île avec sa mère,
Gilda Hernandez, une des femmes de théâtre les plus
enthousiastes de son temps. Sur cette époque il a laissé ce
commentaire : « Nous ne cherchions pas un répertoire avec
des œuvres universellement connues et très belles. Il ne
s’agissait pas pour nous d’apporter aux gens des montagnes
ce type de bagage culturel mais plutôt de leur fournir des
éléments de jugement pour qu’ils comprennent mieux leur
réalité et deviennent ainsi capables d’agir sur elle. »
C’était sans nul doute un geste surprenant de la part de
quelqu’un qui était déjà tenu pour un des meilleurs acteurs
du pays, ayant déjà incarné le protagoniste de Mémoires
du sous-développement, ce classique du cinéma cubain dû
à Tomas Gutierrez Alea.
Son travail à la tête du Teatro Escambray, dans une région
marquée par des transformations socio-économiques profondes
et où, à peine quelques années auparavant, la
contre-révolution avait tenté de planter ses griffes, mit en
évidence non seulement la maturité de ses conceptions
esthétiques mais aussi ses qualités de cadre
révolutionnaire.
Metteur en scène et acteur de pièces mémorables telles que
Ramona, Le Procès et Les fiancés, il
revenait aussi au grand écran pour interpréter le rôle
d’Alberto Delgado dans L’homme de Maisinicu, de
Manolo Pérez, et faisait en outre une irruption inoubliable
sur le petit écran, où il incarna le double personnage de
Fernando / David dans le feuilleton d’espionnage En
silencio ha tenido que ser. En même temps, sa stature
politique s’affirmait dans l’Escambray, auprès des habitants
de la région. C’est ainsi qu’il fut délégué au Premier
Congrès du Parti communiste de Cuba,devint membre de son
Comité central dès 1980, fut élu député dès la première
législature de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire.
Il occupa ce siège sans interruption par la volonté du
peuple, et fut élu membre du Conseil d’Etat lors de la
cinquième législature.
De l’Escambray il partit avec ses acteurs pour l’Angola, en
pleine offensive des forces pro-impérialistes, pour partager
son art avec les internationalistes cubains. A peine
quelques jours après le triomphe sandiniste au Nicaragua, il
rejoignit ce pays avec son bagage de solidarité.
En 1985, la direction du pays lui demande d’occuper la
vice-présidence de l’Institut cubain de la Radio et de la
Télévision. En 1987, il devient chef du département de
culture du Comité central du Parti, et à partir de 1990 il a
exercé la présidence de l’Institut cubain d’amitié avec les
peuples.
Il assumait ce poste à un moment particulièrement difficile
de l’histoire de la Révolution cubaine, au milieu de la
débâcle de l’Union soviétique et du camp socialiste et de
profonds changements idéologiques intervenus dans les
courants de gauche. Sergio Corrieri devint alors un
interlocuteur exemplaire pour le mouvement de solidarité
internationale avec la Révolution et contribua de manière
décisive à la diffusion de la résistance de notre société et
de ses idées humanistes. Ces dernières années, il s’est
attaché tout particulièrement à faire connaître la vérité
sur les Cinq Héros antiterroristes cubains injustement
emprisonnés aux Etats-Unis et à travailler avec les
mouvements de solidarité de ce pays.
Se sachant gravement malade, il a toutefois accepté de
présider les travaux de la commission chargée d’organiser le
7e Congrès de l’Union nationale des écrivains et
des artistes, un geste apprécié de l’avant-garde artistique
et intellectuelle du pays qui a toujours vu en lui un
exemple.
Corrieri était titulaire de l’Ordre Félix Varela, de la
médaille Alejo Carpentier, de la Réplique de la machette du
Général Maximo Gomez, décernée par le ministre des Forces
armées révolutionnaires, et du Prix national de théâtre
2006.
Il y a à peine quelques jours, à l’occasion de
l’inauguration d’expositions de José Omar Torres et de
Diana Balboa à la galerie La Acacia, je lui ai demandé si
l’art dramatique ne lui manquait pas : « Si, il m’arrive
d’en avoir la nostalgie, mais je me sens utile et réalisé
dans ce travail. Si je devais vivre une deuxième fois je
n’hésiterais pas à suivre le même parcours, en essayant
toujours de faire mieux. ».
Granma 01-03-2008 |