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Ibrahim Ferrer s'est tu
CUBA Le Buena Vista Social Club
perd un sociétaire. Le 10 juillet dernier, le
vieux sonero nous enchantait au Montreux Jazz. Ce
papy au regard si doux est mort d'une crise
cardiaque samedi à La Havane. Il avait 78 ans
PATRICIA GNASSO AVEC LES AGENCES |
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07
août 2005 |
Il était un des membres les
plus connus du groupe musical mythique Buena Vista
Social Club, devenu mondialement célèbre sur le
tard grâce au film du cinéaste allemand Wim
Wenders «Buena Vista Social Club», sorti en 1999,
et à l'album du même nom enregistré avec le
guitariste américain Ry Cooder. Le crooner,
surnommé «le Nat King Cole cubain», est décédé
d'une crise cardiaque samedi à 17 h 20 (heure
locale) à l'Hôpital de La Havane, où il avait été
admis il y a quelques jours pour des symptômes de
gastro-entérite. Ibrahim Ferrer revenait d'une
tournée d'un mois en Europe, s'était produit le 10
juillet au Montreux Jazz Festival et, il y a peu,
à Marciac, dans le sud-ouest de la France.
«Ibrahim était une personne digne d'admiration,
non seulement comme musicien, mais aussi comme
père et comme époux. Il a terminé sa tournée avec
beaucoup de courage. Nous sommes très affectés», a
déclaré son épouse, Caridad Diaz.
Avec sa casquette aussi
inamovible que son sourire sous la moustache
grisonnante, Ibrahim Ferrer était l'un des papys
ayant remis au goût du jour, pour de nouvelles
générations et sur la planète entière, le son,
le mozambiquè, musiques traditionnelles
cubaines des années 1940 et 1950. Sa voix au léger
vibrato, douce, posée, convenait à merveille aux
boléros, qu'il affectionnait particulièrement. Sa
disparition s'ajoute à celle, en 2003, des deux
autres sociétaires du Buena Vista Social Club,
Compay Segundo et Ruben Gonzalez.
Ibrahim Ferrer est né en 1927 à
San Luis, près de Santiago de Cuba, berceau de la
musique sur l'île caraïbe. Selon la légende, il a
vu le jour au cours d'un bal où sa mère, venue
danser, accoucha de manière inopinée... Une
tonitruante entrée en matière pour le gamin qui a
commencé à chanter très tôt dans les groupes de
Santiago. Orphelin dès l'âge de 12 ans, il est
également contraint à exercer d'innombrables
petits boulots, vendeur de journaux, de gâteaux,
cueilleur de café, porteur de sacs de sucre,
ouvrier sur les chantiers navals. Tout en
continuant à pousser la chansonnette dans les bals
de quartier, où il se fait remarquer par le
célèbre Orquesta Ritmo Oriental de Benny Moré et
par Pacho Alonso. En 1959, il part pour La Havane
et, pendant vingt ans, chante dans le groupe
d'Alonso. Mais, condamné à jouer les seconds
couteaux, écoeuré, il arrête tout en 1991, vivote
d'une maigre retraite de musicien, arrondit ses
fins de mois comme cireur de chaussures et vendeur
de billets de loterie. Jusqu'à ce que le dessin
frappe avec bonheur et lui offre une deuxième
carrière grâce à Afro Cuban All Stars, dès 1996,
et l'album collectif «Buena Social Club», aux
côtés de tout un groupe de musiciens âgés recrutés
par le guitariste Ry Cooder. Depuis le succès du
film, Ibrahim Ferrer a enregistré deux albums en
solo et savouré cette vie comme un rêve ponctué
d'«émouvantes rencontres», ainsi ce rendez-vous en
2001 avec Fidel Castro, qu'il a qualifié de plus
beau jour de sa vie.
Ibrahim Ferrer, qui a fait craquer le Carnegie
Hall de New York, le Royal Albert Hall de Londres,
Paris, Sydney, Tokyo, le Paléo (en 2000) et
Montreux, sera enterré aujourd'hui à La Havane.
Le Matin Dimanche
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