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 «Le rêve de ma vie se réalise enfin!»

IBRAHIM FERRER Le chanteur révélé par le Buena Vista Social Club présente son nouveau répertoire ce soir à Montreux

Photo © Alain Rouèche

KARINE VOUILLAMOZ

10 juillet 2005

«Je me sens tellement heureux! Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça signifie pour moi de chanter des boléros et de me rendre compte qu'ils plaisent à mon public.» Ibrahim Ferrer, l'espiègle chanteur cubain de 78 ans, est aux anges. Durant sa longue carrière cubaine, on lui a toujours refusé de chanter ce genre musical, comme il le souligne: «On m'a toujours dit que ma voix était trop fine pour chanter le boléro. Il fallait posséder une voix plus grave et virile.» Ibrahim Ferrer a accepté la décision de l'époque et fait le poing dans sa poche. «Je ne souhaitais pas me confronter à eux. J'ai accepté avec résignation ce que la vie m'offrait», relève-t-il. Aujourd'hui, l'enfant de Santiago prend enfin sa revanche sur la vie.

Un talent utilisé
Révélé internationalement à l'âge de 70 ans par le Buena Vista Social Club, Ibrahim Ferrer est devenu l'une des figures de proue de la musique cubaine. Il commence sa carrière au début des années 1950 au sein du groupe de Pacho Alonso. Le chanteur à la voix suave multiplie alors les expériences et les succès locaux, notamment avec l'Orquestra de Chepin ou aux côtés du grand Beny Moré. Des places publiques aux clubs louches, de scènes sans éclat aux hôtels à touristes, Ibrahim chante sans faillir, avec cette étincelle de malice au fond des yeux. Et à la fin des années 1970, lassé et écoeuré d'être «utilisé», Ibrahim jette l'éponge. Jusqu'à ce que Ry Cooder décide de remettre la troupe des septuagénaires au goût du jour. Ibrahim reste d'ailleurs l'un des survivants de cette famille musicale, après le départ du chanteur au cigare Compay Segundo et de Ruben Gonzales, pianiste de génie.

Un rêve à cultiver
Depuis toujours, Ibrahim Ferrer rêvait de chanter le boléro, ce genre musical si romantique qui lui correspond parfaitement. «Nous sommes tous romantiques. Chacun à sa manière. Je le suis avec mon épouse, bien sûr, mais également dans la vie en général. Le boléro porte un message d'amour et parfois de trahison. L'amour n'est pas toujours facile, et je me dois de chanter aussi ces moments-là plus difficiles que nous avons tous connus à une période de notre vie.»

Un répertoire plus «free»

Sur la scène de l'Auditorium Stravinski, le chanteur cubain sera accompagné de ses fidèles compagnons: Guajiro Mirabal à la trompette, l'exceptionnel Cachaito Lopez à la contrebasse, Manuel Galban à la guitare et Demetrio Muniz au trombone. Roberto Fonseca, son jeune pianiste, s'est occupé des arrangements du spectacle, qui font davantage de place au jazz et à l'improvisation. Mais comment se sent le papy cubain dans ces improvisations vocales? «A vrai dire, je ne comprends rien au jazz, et je n'ai aucune peine à l'avouer. J'ai toujours fait de la musique plus traditionnelle. Mais je me sens plutôt à l'aise dans l'improvisation vocale», raconte-t-il. Il reprend les traditionnels boléros cubains de Gonzalo Roig, Felix Reina ou Agustin Lara, et également d'auteurs mexicains. Mais Ibrahim Ferrer promet aussi d'interpréter ses plus grands succès, notamment ceux de son dernier album, «Buenos Hermanos».

Du temps pour du repos

A 78 ans, l'ancien cireur de chaussures de Santiago de Cuba profite de tous les instants, même s'il reconnaît être plus fatigué aujourd'hui par les voyages qu'il fait. «Nous voyageons beaucoup et nous tentons de nous ressourcer au maximum pour être en pleine forme pour le concert, raconte-t-il. Auparavant, nous faisions de longues tournées, mais aujourd'hui nous donnons moins de concerts pour profiter davantage du temps passé sur place. En mai dernier, nous nous sommes arrêtés quelques jours à Budapest après un concert. J'ai fait la connaissance de Koko, un champion de boxe hongrois. J'adore la boxe. Nous avons passé plusieurs jours ensemble, et je suis allé au gymnase où il entraîne les jeunes. Ce sont ces petites choses qui font que les voyages sont moins stressants.»

Peu après l'été, le papy cubain entrera en studio pour enregistrer ce nouveau répertoire présenté ce soir à l'Auditorium Stravinski. Il concrétisera ainsi un rêve vieux de plus de quarante ans.

Ibrahim Ferrer en concert ce soir à l'Auditorium Stravinski, le même soir que Brian Wilson

 

(http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinsortir/musique/100705_-_1.html )


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