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Honorables représentants des pays membres et observateurs du
Mouvement des pays non alignés,
Honorables invités,
Au
nom de la présidence du Mouvement, je tiens à remercier la
République islamique d’Iran d’avoir accueilli et organisé
cette réunion, ainsi que de l’hospitalité dispensée aux
participants.
Ce
rendez-vous a lieu à la suite de fructueuses journées de
négociation dans le cadre du Bureau de coordination, le but
étant de mettre au point les documents de fond qui feront
l’objet d’examen par cette Conférence ministérielle. La
réunion de New York et celle des hauts fonctionnaires, tenue
à Téhéran, se sont caractérisées par l’esprit d’unité et de
solidarité entre les pays non alignés et par l’engagement
avec les buts et les principes de notre Mouvement,
développés et mis à jour dans la Déclaration des buts et
objectifs du Mouvement des pays non alignés dans la
conjoncture internationale actuelle, adoptée par le Sommet
de septembre 2006.
À La
Havane, nos leaders ont adopté le cadre de référence pour le
travail du Mouvement. Grâce à la ferme détermination, à la
participation active et au soutien de tous, nous avons
réussi à renforcer et à revitaliser le Mouvement des pays
non alignés.
Notre rôle dans les relations internationales se consolide.
Nous participons activement à la prise de décisions aux
différents forums multilatéraux. Notre capacité de défendre
les intérêts des peuples du Sud est aujourd’hui plus
favorable.
Cette Quinzième Conférence ministérielle a pour but
d’évaluer le travail accompli. Nous devons identifier les
principaux défis à relever de sorte que nos intérêts, qui
sont ceux de l’écrasante majorité des peuples du monde,
soient respectés.
La présidence cubaine a distribué, et soumet à votre
considération, un rapport exhaustif sur l’action du
Mouvement depuis la tenue du Quatorzième Sommet. Nous vous
remettons également un multimédia mis au point par Cuba
contenant des moments cruciaux de la Quatorzième Conférence
au sommet du Mouvement des pays non alignés tenue à La
Havane, ainsi que les documents adoptés par ce rendez-vous.
Nous
sommes persuadés que cet effort contribuera à préserver la
mémoire historique de notre Mouvement et à conserver le
souvenir des importantes décisions adoptées par nos Chefs
d’Etat et de Gouvernement à La Havane.
Vous
trouverez dans le Rapport des informations détaillées sur
les actions entreprises aux divers sièges multilatéraux où
notre Mouvement exerce son action.
Parmi les principaux résultats, signalons notamment :
• La
consolidation et la croissante efficacité en ce qui concerne
la coordination et la concertation de positions des pays non
alignés dans des processus clé au sein de l’ONU. La portée
des décisions du Bureau de coordination à New York ne cesse
pas de s’accroître.
•
L’activation et le fonctionnement régulier des Groupes de
travail du Mouvement nous ont permis d’avancer des
propositions concrètes et de mettre au point des stratégies
pour faire face aux principaux processus de consultation et
de négociation au sein des Nations Unies.
•
Depuis la tenue du Quatorzième Sommet à La Havane à ce jour,
21 déclarations du Bureau de coordination portant sur divers
sujets d’une grande importance pour les pays membres du
Mouvement ont été négociées et adoptées.
• Le
caucus du Mouvement des pays non alignés au Conseil de
sécurité se réunit tous les mois. La coordination est
assurée en alternance par chaque membre. Le caucus en
informe systématiquement le Bureau de coordination.
• Le
caucus du Mouvement des pays non alignés à la Commission de
consolidation de la paix des Nations Unies a été créé et son
fonctionnement s’avère effectif.
•
Les liens et la coordination des positions du Mouvement avec
d’autres groupes du Sud, notamment avec le Groupe des 77
plus la Chine, se sont renforcés. L’identification d’espaces
communs de négociation et d’influence en vue des actions du
Comité de coordination conjoint des deux groupes a permis de
défendre les positions du Sud dans des processus clé au sein
des Nations Unies, notamment en ce qui concerne la réforme
des activités de l’organisation dans le domaine du
développement.
• La présidence du Mouvement a participé à d’importants
forums internationaux. Citons, par exemple, notre
participation aux sommets de l’Union africaine et de la
Ligue arabe et à la Conférence islamique. Le Mouvement a
fait d’ailleurs connaître ses points de vue à travers un
message adressé au sommet du G-8.
•
L’action du Mouvement dans d’autres sièges multilatéraux
s’est renforcée. Son rayon d’action à Genève s’est élargi et
approfondi ; il s’est renforcé à Vienne et à La Haye et
réinstauré à la suite de deux décennies d’inactivité à
l’Unesco, ce qui a permis d’accroître la présence et les
actions des pays non alignés lors des débats essentiels pour
le présent et l’avenir de nos peuples.
•
Force est d’ailleurs de signaler le rôle actif joué par le
Mouvement dans le processus de construction institutionnelle
du Conseil des droits de l’homme. Les pays non alignés ont
pu concerter leurs actions, contribuant ainsi à ce que
l’ordre du jour et les méthodes de travail répondent,
essentiellement, aux justes réclamations des pays du Sud.
Nous avons contribué à l’adoption par l’Assemblée générale
de l’ONU du paquet de construction institutionnelle retenu
par le Conseil et faisons face avec succès, en même temps,
les visées de ceux qui tentaient d’empêcher la validation du
Code de conduite pour les titulaires de mandats au titre de
procédures spéciales de cet organe. La convocation réussie
d’une séance extraordinaire du Conseil pour analyser le
grave défi que représente la crise alimentaire mondiale pour
la jouissance du droit à l’alimentation, a marqué un jalon
et ratifié notre capacité de mobilisation à Genève, ce qui
se fait sentir aujourd’hui dans les domaines du Désarmement,
de l’Organisation internationale du travail et de
l’Organisation mondiale de la santé.
•
Nos avons coordonné nos positions au sein de l’Agence
internationale de l’énergie atomique et nous avons d’autre
part suivi de près le traitement réservé au soi disant sujet
nucléaire iranien. Les pays non alignés ont fait montre
d’une ferme décision au sein de cette Agence pour défendre
leurs statuts, ce qui a freiné les tentatives de légitimer
les intérêts des pays qui prétendent, à travers la
manipulation politique, limiter le droit inaliénable des
nations du Sud d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins
pacifiques.
• Au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes
chimiques, les pays non alignés continuent de défendre
activement leurs positions. Nos actions se sont avérées
décisives pour faire réussir la Deuxième Conférence d’examen
de la Convention pour l’interdiction des armes chimiques.
• La
concertation des positions des pays non alignés se poursuit
à l’Organisation internationale du travail où les débats ont
porté essentiellement sur les réformes inévitables qu’exige
le fonctionnement de plusieurs instances de cette
organisation.
• À
l’Unesco, un caucus des pays non alignés membres du Conseil
exécutif a été mis sur place. Des initiatives concrètes dans
des domaines d’une importance cruciale pour nos pays ont été
soumises, concernant notamment les droits de l’homme, la
diversité culturelle, la protection des langues autochtones
et les questions relatives à l’information et à la
coopération Sud-Sud dans le secteur de l’éducation.
•
Entre 2007 et 2008, les pays non alignés ont tenu avec
succès différentes réunions de haut niveau visées au Plan
d’action du Mouvement pour la période 2006-2009, adopté lors
du Quatorzième Sommet, dont :
1.
Les réunions des ministres du Travail du Mouvement des pays
non alignés tenues en juin 2007 et 2008 à Genève dans le
cadre des 96e et 97e Conférences internationales du travail.
Deux déclarations ont été adoptées lors de la première
réunion, l’une sur l’élargissement du nombre de membres du
Comité de liberté syndicale et, l’autre, sur les méthodes de
travail de la Commission d’application des normes.
2.
La Réunion des ministres du Mouvement des pays non alignés
sur les droits de l’homme et la diversité culturelle,
organisée à Téhéran en septembre 2007, laquelle a adopté la
Déclaration et le Programme d’action sur cet important sujet.
3.
Le Deuxième Forum d’affaires du Mouvement des pays non
alignés, tenu à La Havane les 2 et 3 novembre 2007.
4.
La Réunion des ministres de la santé du Mouvement, qui a eu
lieu le 21 juin à Genève, dans le cadre de la 61e Assemblée
mondiale de la santé. Cette Réunion a constitué un premier
pas clé dans la consolidation de la participation du
Mouvement aux activités de l’OMS et pour impulser les
priorités du tiers monde dans l’ordre du jour mondial en
matière de santé. Les ministres ont adopté par consensus
deux Déclarations, l’une relative à la Migration et
formation des personnels de santé qualifiés et une autre sur
les Maladies qui touchent de manière disproportionnée les
populations des pays en développement. Le Mouvement a par la
suite adopté une importante déclaration proposée par
l’Indonésie où l’on exige que les bénéfices des recherches
portant sur la grippe aviaire, obtenus grâce à la remise de
nos souches de la maladie, soient partagés avec nos pays.
5.
La Septième Conférence des ministres de l’information des
pays non alignés, tenue sur l’Île de Margarita, République
bolivarienne du Venezuela, du 2 au 4 juillet 2008. Deux
importants documents y ont été adoptés, à savoir la
Déclaration et le Plan d’action sur la promotion d’une voix
objective en provenance du Sud face aux tendances en cours
en matière d’information et de communication.
Excellences,
Dans
le rapport distribué vous trouverez des informations
détaillées sur les activités réalisées par le Mouvement aux
divers sièges multilatéraux. Le document sous-tend on ne
peut plus clairement la thèse selon laquelle nos pays ont
enregistré, depuis la tenue du Quatorzième Sommet, des
progrès en ce qui concerne l’accomplissement des objectifs
fixés par nos chefs d’État ou de gouvernement.
Nous
continuerons d’œuvrer en faveur de la revitalisation et du
renforcement du Mouvement. Parmi nos priorités immédiates,
citons, entre autres :
•
Continuer de progresser dans le domaine de l’Unesco dans le
but d’apporter un contenu et d’obtenir des résultats
concrets découlant de l’activation de nos structures de
coordination au sein de cette organisation.
•
Préserver l’unité d’action avec le Groupe des 77 plus la
Chine par le biais du Comité de coordination conjointe.
L’expérience prouve que la relance de cette coopération dans
d’autres sièges multilatéraux, outre New York, peut s’avérer
effective. Il n’est pas question d’affaiblir l’essence de
chaque groupe mais de chercher la complémentarité de leurs
points forts respectifs en faveur des intérêts et priorités
partagés par les pays du Sud.
•
Préserver le rôle fondamental que joue le Mouvement dans les
travaux du Conseil des droits de l’homme. Rester alertes
pour neutraliser les tentatives, déjà évidentes, d’imposer à
l’Assemblée générale des Nations Unies les pratiques de
manipulation politique qui ont plongé dans le discrédit
l’ancienne Commission des droits de l’homme. Renforcer notre
capacité de lutter ensemble contre les campagnes
diffamatoires et les manœuvres de condamnation à l’encontre
des membres du Mouvement.
•
Consolider la défense des positions du Mouvement au Conseil
de sécurité de l’ONU. On prétend toujours plus d’utiliser
cet organe comme fer de lance pour harceler et sanctionner
les pays du Sud. Il est impérieux de renforcer le rôle du
caucus des Non Alignés au sein du Conseil et de promouvoir
son action coordonnée en faveur des intérêts des pays non
alignés et pour instaurer un véritable système collectif de
paix et de sécurité internationales. Le Conseil de sécurité
compte actuellement sept pays membres ou observateurs du
Mouvement. Notre lutte, livrée de concert, équivaut à un
droit de veto.
•
Donner suite aux accords adoptés aux différentes réunions
ministérielles du Mouvement des pays non alignés organisées
pendant cette période et veiller à leur accomplissement dans
les domaines et dans les délais prévus. Notre objectif doit
être celui d’éviter que les Déclarations et Plans d’action
adoptés deviennent lettre morte.
•
Assurer le succès des réunions visées au Plan d’action du
Mouvement pour la fin de l’année 2008 et le premier semestre
de 2009, à savoir la Deuxième Réunion ministérielle du
Mouvement des pays non alignés sur la promotion de la femme
à se tenir au Guatemala du 7 au 10 décembre 2008 ; la
Réunion ministérielle du Bureau de coordination,
préparatoire du Quinzième Sommet du Mouvement, qui se
tiendra à La Havane en avril 2009 ; la réunion des ministres
de la Santé et du Travail qui se réuniront dans le cadre de
la 62e Assemblée mondiale de la santé et de la 98e
Conférence internationale du travail, prévues pour mai et
juin 2009, respectivement ; et la Réunion ministérielle du
Mouvement sur la coopération et le dialogue interreligieux
pour la paix, à se tenir aux Philippines du 26 au 28 mai
2009.
• Il
est de notre devoir de continuer de promouvoir notre
diversité en tant que point fort. Notre Mouvement doit être
chaque plus intégrateur et représentatif. Notre diversité
d’idéologies, de religions, de cultures, de niveaux de
développement, d’expériences historiques et d’intérêts
nationaux doit nous apporter de la créativité, de la
solidarité et de la cohésion dans la défense de nos intérêts
collectifs. Nous ne pouvons pas admettre que les différends
où sont parfois impliqués certains de nos membres ébranlent
les positions historiques du Mouvement et entravent
l’adoption de positions consensuelles. Si nous nous opposons
nous perdons notre force fondamentale et nous devenons de la
sorte des proies faciles des puissants qui finissent par
nous imposer leur volonté.
Honorables délégués,
La
situation internationale pose des défis de plus en plus
graves pour l’avenir des pays non alignés.
À la
fin du monde bipolaire, au déclin de la soi-disant guerre
froide, nombreux sont ceux qui pensaient que les jours du
Mouvement des pays non alignés étaient comptés.
D’aucuns estimaient que notre Mouvement n’avait pas de place
dans l’ordre de la pensée unique que l’on tentait d’imposer
au monde. Ces années ont prouvé le contraire.
On a
prétendu imposer une véritable dictature mondiale à travers
la guerre et le pouvoir économique. Nous vivons dans un
monde toujours plus inégal, où des centaines de millions de
personnes sont acculées chaque année au chômage, à la
pauvreté, à la faim et aux maladies.
La
pauvreté, dans ce monde à économie globalisée, est le fruit
de siècles de colonialisme et néocolonialisme et d’un ordre
international injuste et excluant.
Le
recours à des concepts tels que la limitation de
souveraineté, la guerre préventive ou le changement de
régime, sous le prétexte de la défense de la liberté et de
la lutte contre le terrorisme, est en réalité l’expression
de la prétention de domination, de la volonté de léser la
souveraineté et de mutiler l’indépendance de nos pays.
Ces
derniers mois, la situation est devenue plus complexe. Aux
graves menaces du changement climatique vient s’ajouter la
montée des cours du pétrole et des aliments. Pour la
majorité des pays non alignés, la situation devienne presque
insoutenable. Nos pays payent et vont payer à l’avenir le
coût du manque de responsabilité, du gaspillage et de la
speculation financière, nés au Nord, égoiste et arrogant,
que ne se trouble pas, en se croyant immunisé contre le
danger.
Les
pays non alignés avons préservé les principes fondateurs de
Bandung, encore en vigueur, renforcés moyennant la
Déclaration sur les buts et principes et le rôle du
Mouvement des pays non alignés dans la conjoncture
internationale actuelle, adoptée par le Quatorzième Sommet à
La Havane. Ceux-ci devant être notre drapeau.
Notre lutte en faveur de la démocratisation des relations
internationales et de la matérialisation du droit de nos
peuples à la paix et au développement se poursuit. Rien ne
nous sera donné comme cadeau. Nous allons avoir ce que nous
pourrions conquerir unis.
Les
pays non alignés peuvent compter sur le ferme engagement de
Cuba de renouveler l’influence et le rôle du Mouvement des
pays non alignés, aujourd’hui en tant que président du
Mouvement, et demain en tant que pays membre engagé dans les
luttes que nous sommes appelés à continuer de livrer
ensemble dans l’avenir.
Je
vous remercie. |