Discours du Ministre des
Affaires Étrangères
Felipe Pérez Roque

 

  

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 Allocution de Felipe Pérez Roque, Ministre des Relations Extérieures de la République de Cuba, à la séance inaugurale de la Quinzième Conférence Ministérielle du Mouvement des Pays Non Alignés. Téhéran, République Islamique d’Iran, 29 Juillet 2008

Honorables représentants des pays membres et observateurs du Mouvement des pays non alignés,

Honorables invités,

Au nom de la présidence du Mouvement, je tiens à remercier la République islamique d’Iran d’avoir accueilli et organisé cette réunion, ainsi que de l’hospitalité dispensée aux participants.

Ce rendez-vous a lieu à la suite de fructueuses journées de négociation dans le cadre du Bureau de coordination, le but étant de mettre au point les documents de fond qui feront l’objet d’examen par cette Conférence ministérielle. La réunion de New York et celle des hauts fonctionnaires, tenue à Téhéran, se sont caractérisées par l’esprit d’unité et de solidarité entre les pays non alignés et par l’engagement avec les buts et les principes de notre Mouvement, développés et mis à jour dans la Déclaration des buts et objectifs du Mouvement des pays non alignés dans la conjoncture internationale actuelle, adoptée par le Sommet de septembre 2006.

À La Havane, nos leaders ont adopté le cadre de référence pour le travail du Mouvement. Grâce à la ferme détermination, à la participation active et au soutien de tous, nous avons réussi à renforcer et à revitaliser le Mouvement des pays non alignés.

Notre rôle dans les relations internationales se consolide. Nous participons activement à la prise de décisions aux différents forums multilatéraux. Notre capacité de défendre les intérêts des peuples du Sud est aujourd’hui plus favorable.

Cette Quinzième Conférence ministérielle a pour but d’évaluer le travail accompli. Nous devons identifier les principaux défis à relever de sorte que nos intérêts, qui sont ceux de l’écrasante majorité des peuples du monde, soient respectés.


La présidence cubaine a distribué, et soumet à votre considération, un rapport exhaustif sur l’action du Mouvement depuis la tenue du Quatorzième Sommet. Nous vous remettons également un multimédia mis au point par Cuba contenant des moments cruciaux de la Quatorzième Conférence au sommet du Mouvement des pays non alignés tenue à La Havane, ainsi que les documents adoptés par ce rendez-vous.

Nous sommes persuadés que cet effort contribuera à préserver la mémoire historique de notre Mouvement et à conserver le souvenir des importantes décisions adoptées par nos Chefs d’Etat et de Gouvernement à La Havane.

Vous trouverez dans le Rapport des informations détaillées sur les actions entreprises aux divers sièges multilatéraux où notre Mouvement exerce son action.

Parmi les principaux résultats, signalons notamment :

• La consolidation et la croissante efficacité en ce qui concerne la coordination et la concertation de positions des pays non alignés dans des processus clé au sein de l’ONU. La portée des décisions du Bureau de coordination à New York ne cesse pas de s’accroître.

• L’activation et le fonctionnement régulier des Groupes de travail du Mouvement nous ont permis d’avancer des propositions concrètes et de mettre au point des stratégies pour faire face aux principaux processus de consultation et de négociation au sein des Nations Unies.

• Depuis la tenue du Quatorzième Sommet à La Havane à ce jour, 21 déclarations du Bureau de coordination portant sur divers sujets d’une grande importance pour les pays membres du Mouvement ont été négociées et adoptées.

• Le caucus du Mouvement des pays non alignés au Conseil de sécurité se réunit tous les mois. La coordination est assurée en alternance par chaque membre. Le caucus en informe systématiquement le Bureau de coordination.

• Le caucus du Mouvement des pays non alignés à la Commission de consolidation de la paix des Nations Unies a été créé et son fonctionnement s’avère effectif.

• Les liens et la coordination des positions du Mouvement avec d’autres groupes du Sud, notamment avec le Groupe des 77 plus la Chine, se sont renforcés. L’identification d’espaces communs de négociation et d’influence en vue des actions du Comité de coordination conjoint des deux groupes a permis de défendre les positions du Sud dans des processus clé au sein des Nations Unies, notamment en ce qui concerne la réforme des activités de l’organisation dans le domaine du développement.


• La présidence du Mouvement a participé à d’importants forums internationaux. Citons, par exemple, notre participation aux sommets de l’Union africaine et de la Ligue arabe et à la Conférence islamique. Le Mouvement a fait d’ailleurs connaître ses points de vue à travers un message adressé au sommet du G-8.

• L’action du Mouvement dans d’autres sièges multilatéraux s’est renforcée. Son rayon d’action à Genève s’est élargi et approfondi ; il s’est renforcé à Vienne et à La Haye et réinstauré à la suite de deux décennies d’inactivité à l’Unesco, ce qui a permis d’accroître la présence et les actions des pays non alignés lors des débats essentiels pour le présent et l’avenir de nos peuples.

• Force est d’ailleurs de signaler le rôle actif joué par le Mouvement dans le processus de construction institutionnelle du Conseil des droits de l’homme. Les pays non alignés ont pu concerter leurs actions, contribuant ainsi à ce que l’ordre du jour et les méthodes de travail répondent, essentiellement, aux justes réclamations des pays du Sud. Nous avons contribué à l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU du paquet de construction institutionnelle retenu par le Conseil et faisons face avec succès, en même temps, les visées de ceux qui tentaient d’empêcher la validation du Code de conduite pour les titulaires de mandats au titre de procédures spéciales de cet organe. La convocation réussie d’une séance extraordinaire du Conseil pour analyser le grave défi que représente la crise alimentaire mondiale pour la jouissance du droit à l’alimentation, a marqué un jalon et ratifié notre capacité de mobilisation à Genève, ce qui se fait sentir aujourd’hui dans les domaines du Désarmement, de l’Organisation internationale du travail et de l’Organisation mondiale de la santé.

• Nos avons coordonné nos positions au sein de l’Agence internationale de l’énergie atomique et nous avons d’autre part suivi de près le traitement réservé au soi disant sujet nucléaire iranien. Les pays non alignés ont fait montre d’une ferme décision au sein de cette Agence pour défendre leurs statuts, ce qui a freiné les tentatives de légitimer les intérêts des pays qui prétendent, à travers la manipulation politique, limiter le droit inaliénable des nations du Sud d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.
• Au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, les pays non alignés continuent de défendre activement leurs positions. Nos actions se sont avérées décisives pour faire réussir la Deuxième Conférence d’examen de la Convention pour l’interdiction des armes chimiques.

• La concertation des positions des pays non alignés se poursuit à l’Organisation internationale du travail où les débats ont porté essentiellement sur les réformes inévitables qu’exige le fonctionnement de plusieurs instances de cette organisation.

• À l’Unesco, un caucus des pays non alignés membres du Conseil exécutif a été mis sur place. Des initiatives concrètes dans des domaines d’une importance cruciale pour nos pays ont été soumises, concernant notamment les droits de l’homme, la diversité culturelle, la protection des langues autochtones et les questions relatives à l’information et à la coopération Sud-Sud dans le secteur de l’éducation.

• Entre 2007 et 2008, les pays non alignés ont tenu avec succès différentes réunions de haut niveau visées au Plan d’action du Mouvement pour la période 2006-2009, adopté lors du Quatorzième Sommet, dont :

1. Les réunions des ministres du Travail du Mouvement des pays non alignés tenues en juin 2007 et 2008 à Genève dans le cadre des 96e et 97e Conférences internationales du travail. Deux déclarations ont été adoptées lors de la première réunion, l’une sur l’élargissement du nombre de membres du Comité de liberté syndicale et, l’autre, sur les méthodes de travail de la Commission d’application des normes.

2. La Réunion des ministres du Mouvement des pays non alignés sur les droits de l’homme et la diversité culturelle, organisée à Téhéran en septembre 2007, laquelle a adopté la Déclaration et le Programme d’action sur cet important sujet.

3. Le Deuxième Forum d’affaires du Mouvement des pays non alignés, tenu à La Havane les 2 et 3 novembre 2007.

4. La Réunion des ministres de la santé du Mouvement, qui a eu lieu le 21 juin à Genève, dans le cadre de la 61e Assemblée mondiale de la santé. Cette Réunion a constitué un premier pas clé dans la consolidation de la participation du Mouvement aux activités de l’OMS et pour impulser les priorités du tiers monde dans l’ordre du jour mondial en matière de santé. Les ministres ont adopté par consensus deux Déclarations, l’une relative à la Migration et formation des personnels de santé qualifiés et une autre sur les Maladies qui touchent de manière disproportionnée les populations des pays en développement. Le Mouvement a par la suite adopté une importante déclaration proposée par l’Indonésie où l’on exige que les bénéfices des recherches portant sur la grippe aviaire, obtenus grâce à la remise de nos souches de la maladie, soient partagés avec nos pays.

5. La Septième Conférence des ministres de l’information des pays non alignés, tenue sur l’Île de Margarita, République bolivarienne du Venezuela, du 2 au 4 juillet 2008. Deux importants documents y ont été adoptés, à savoir la Déclaration et le Plan d’action sur la promotion d’une voix objective en provenance du Sud face aux tendances en cours en matière d’information et de communication.

Excellences,

Dans le rapport distribué vous trouverez des informations détaillées sur les activités réalisées par le Mouvement aux divers sièges multilatéraux. Le document sous-tend on ne peut plus clairement la thèse selon laquelle nos pays ont enregistré, depuis la tenue du Quatorzième Sommet, des progrès en ce qui concerne l’accomplissement des objectifs fixés par nos chefs d’État ou de gouvernement.

Nous continuerons d’œuvrer en faveur de la revitalisation et du renforcement du Mouvement. Parmi nos priorités immédiates, citons, entre autres :

• Continuer de progresser dans le domaine de l’Unesco dans le but d’apporter un contenu et d’obtenir des résultats concrets découlant de l’activation de nos structures de coordination au sein de cette organisation.

• Préserver l’unité d’action avec le Groupe des 77 plus la Chine par le biais du Comité de coordination conjointe. L’expérience prouve que la relance de cette coopération dans d’autres sièges multilatéraux, outre New York, peut s’avérer effective. Il n’est pas question d’affaiblir l’essence de chaque groupe mais de chercher la complémentarité de leurs points forts respectifs en faveur des intérêts et priorités partagés par les pays du Sud.

• Préserver le rôle fondamental que joue le Mouvement dans les travaux du Conseil des droits de l’homme. Rester alertes pour neutraliser les tentatives, déjà évidentes, d’imposer à l’Assemblée générale des Nations Unies les pratiques de manipulation politique qui ont plongé dans le discrédit l’ancienne Commission des droits de l’homme. Renforcer notre capacité de lutter ensemble contre les campagnes diffamatoires et les manœuvres de condamnation à l’encontre des membres du Mouvement.

• Consolider la défense des positions du Mouvement au Conseil de sécurité de l’ONU. On prétend toujours plus d’utiliser cet organe comme fer de lance pour harceler et sanctionner les pays du Sud. Il est impérieux de renforcer le rôle du caucus des Non Alignés au sein du Conseil et de promouvoir son action coordonnée en faveur des intérêts des pays non alignés et pour instaurer un véritable système collectif de paix et de sécurité internationales. Le Conseil de sécurité compte actuellement sept pays membres ou observateurs du Mouvement. Notre lutte, livrée de concert, équivaut à un droit de veto.

• Donner suite aux accords adoptés aux différentes réunions ministérielles du Mouvement des pays non alignés organisées pendant cette période et veiller à leur accomplissement dans les domaines et dans les délais prévus. Notre objectif doit être celui d’éviter que les Déclarations et Plans d’action adoptés deviennent lettre morte.

• Assurer le succès des réunions visées au Plan d’action du Mouvement pour la fin de l’année 2008 et le premier semestre de 2009, à savoir la Deuxième Réunion ministérielle du Mouvement des pays non alignés sur la promotion de la femme à se tenir au Guatemala du 7 au 10 décembre 2008 ; la Réunion ministérielle du Bureau de coordination, préparatoire du Quinzième Sommet du Mouvement, qui se tiendra à La Havane en avril 2009 ; la réunion des ministres de la Santé et du Travail qui se réuniront dans le cadre de la 62e Assemblée mondiale de la santé et de la 98e Conférence internationale du travail, prévues pour mai et juin 2009, respectivement ; et la Réunion ministérielle du Mouvement sur la coopération et le dialogue interreligieux pour la paix, à se tenir aux Philippines du 26 au 28 mai 2009.

• Il est de notre devoir de continuer de promouvoir notre diversité en tant que point fort. Notre Mouvement doit être chaque plus intégrateur et représentatif. Notre diversité d’idéologies, de religions, de cultures, de niveaux de développement, d’expériences historiques et d’intérêts nationaux doit nous apporter de la créativité, de la solidarité et de la cohésion dans la défense de nos intérêts collectifs. Nous ne pouvons pas admettre que les différends où sont parfois impliqués certains de nos membres ébranlent les positions historiques du Mouvement et entravent l’adoption de positions consensuelles. Si nous nous opposons nous perdons notre force fondamentale et nous devenons de la sorte des proies faciles des puissants qui finissent par nous imposer leur volonté.
Honorables délégués,

La situation internationale pose des défis de plus en plus graves pour l’avenir des pays non alignés.

À la fin du monde bipolaire, au déclin de la soi-disant guerre froide, nombreux sont ceux qui pensaient que les jours du Mouvement des pays non alignés étaient comptés.

D’aucuns estimaient que notre Mouvement n’avait pas de place dans l’ordre de la pensée unique que l’on tentait d’imposer au monde. Ces années ont prouvé le contraire.

On a prétendu imposer une véritable dictature mondiale à travers la guerre et le pouvoir économique. Nous vivons dans un monde toujours plus inégal, où des centaines de millions de personnes sont acculées chaque année au chômage, à la pauvreté, à la faim et aux maladies.

La pauvreté, dans ce monde à économie globalisée, est le fruit de siècles de colonialisme et néocolonialisme et d’un ordre international injuste et excluant.

Le recours à des concepts tels que la limitation de souveraineté, la guerre préventive ou le changement de régime, sous le prétexte de la défense de la liberté et de la lutte contre le terrorisme, est en réalité l’expression de la prétention de domination, de la volonté de léser la souveraineté et de mutiler l’indépendance de nos pays.

Ces derniers mois, la situation est devenue plus complexe. Aux graves menaces du changement climatique vient s’ajouter la montée des cours du pétrole et des aliments. Pour la majorité des pays non alignés, la situation devienne presque insoutenable. Nos pays payent et vont payer à l’avenir le coût du manque de responsabilité, du gaspillage et de la speculation financière, nés au Nord, égoiste et arrogant, que ne se trouble pas, en se croyant immunisé contre le danger.

Les pays non alignés avons préservé les principes fondateurs de Bandung, encore en vigueur, renforcés moyennant la Déclaration sur les buts et principes et le rôle du Mouvement des pays non alignés dans la conjoncture internationale actuelle, adoptée par le Quatorzième Sommet à La Havane. Ceux-ci devant être notre drapeau.

Notre lutte en faveur de la démocratisation des relations internationales et de la matérialisation du droit de nos peuples à la paix et au développement se poursuit. Rien ne nous sera donné comme cadeau. Nous allons avoir ce que nous pourrions conquerir unis.

Les pays non alignés peuvent compter sur le ferme engagement de Cuba de renouveler l’influence et le rôle du Mouvement des pays non alignés, aujourd’hui en tant que président du Mouvement, et demain en tant que pays membre engagé dans les luttes que nous sommes appelés à continuer de livrer ensemble dans l’avenir.

Je vous remercie.


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