Discours du Ministre des
Affaires Étrangères
Felipe Pérez Roque

 

  

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 Intervention de M. Felipe Pérez Roque à la réunion du Mouvement des Pays Non Alignés- Groupe de Genève 29 Février 2008

Chers ambassadeurs et autres participants à cette réunion du Groupe de Genève du Mouvement des pays non alignés

Je vous remercie de me donner l’occasion d’échanger avec vous au sujet du travail du Mouvement des pays non alignés à Genève et des questions que nous devons affronter.

Le Sommet de La Havane (septembre 2006) a adopté des documents capitaux qui ont servi de cadre de référence aux travaux du Mouvement dans les diverses instances multilatérales, surtout aux Nations Unies. Le Document final, la Déclaration sur les buts et principes et le rôle du Mouvement dans la conjoncture internationale actuelle, le Plan d’action du Mouvement et les autres documents adoptés par nos chefs d’Etat ou de gouvernement ont constitué le guide obligatoire pour assurer la continuité de ses travaux.

Grâce à votre participation active, à vos efforts soutenus et à votre appui, nous avons renforcé et revitalisé le Mouvement, garantissant la continuité des travaux entrepris par les présidences antérieures de l’Afrique du Sud et de la Malaisie.

La présidence a présenté à la Réunion ministérielle du Bureau de coordination (New York, 28 septembre 2007) un rapport exhaustif sur l’action menée par le Mouvement à tous les sièges depuis le quinzième Sommet. Nous mettons aujourd’hui à votre disposition une actualisation et un complément de ce Rapport, centré spécialement sur l’activité que la présidence a menée, avec votre soutien à tous, à Genève.

La soixante-deuxième session de l’Assemblée générale des Nations Unies a prouvé une fois de plus notre capacité à nous constituer en un forum de coordination et de concertation des positions des pays du Sud et l’efficacité de nos actions lors des principales consultations et négociations relatives à des points fondamentaux de l’ordre du jour international. Le Mouvement s’est converti en un interlocuteur capital et nécessaire, si bien que ses intérêts ne peuvent plus être ignorés lors de la prise de décision de l’ONU.

Le Mouvement a concrétisé ces derniers mois des initiatives qui ont consolidé une approche plus active de sa dynamique de travail. Par exemple :

• Au siège de New York, à la soixante-deuxième session de l’Assemblée générale, les pays non alignés ont fait entendre leur voix aux principales commissions et adopter des projets de résolution présentés au nom du Mouvement par consensus ou par une large majorité.

A la Première Commission sur le désarmement et la sécurité internationale, les pays non alignés ont présenté une quantité record de huit résolutions ; la Troisième Commission sur les questions socio-humanitaires et de droits de l’homme a adopté les trois projets de résolution présentés par le Mouvement, dont le rôle a été capital pour faire adopter le projet de résolution qui a officialisé la construction institutionnelle du Conseil des droits de l’homme et le Code de conduite des titulaires de mandats des procédures spéciales du Conseil, à la Sixième Commission sur les questions légales, les pays non alignés ont joué un rôle significativement actif.

• Par ailleurs, en ayant fait preuve de sa forte capacité de négociation, le Comité de coordination entre le Mouvement et le Groupe des 77 a contribué à préserver l’intégralité du processus de cohérence de l’ensemble du système. Nous pouvons affirmer que le Mouvement est aujourd’hui un acteur fondamental dans les débats et négociations en cours sur la réforme de l’ONU.

En ce qui concerne les autres sièges multilatéraux, je souhaiterais souligner ce qui suit :

• A Vienne, le Mouvement a assuré une bonne coordination de travail en vue de la Première Réunion du Comité préparatoire de la Huitième Conférence d’examen du TNP, constituant aujourd’hui une force d’équilibre importante dans les débats du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur la question nucléaire iranienne.

• Cette même coordination du Mouvement a été enregistrée à La Haye à l’occasion de la Réunion de haut niveau tenue pour le dixième anniversaire de la Convention sur les armes chimiques. Le Groupe des pays non alignés à l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques mène une activité croissante, de sorte que les principaux intérêts du Mouvement ont été reflétés dans les projets de décision adoptés par la Douzième Conférence des Etats parties à la Convention sur les armes chimiques tenue en novembre 2007.

Excellences,

Le Groupe de Genève mérite une mention à part, surtout du fait de la croissance exponentielle du leadership du Mouvement et de sa capacité à agir de concert dans les instances les plus importantes, comme le Conseil des droits de l’homme, le désarmement et l’Organisation internationale du travail.

Je souligne en particulier le rôle clef joué par le Mouvement durant la construction institutionnelle du Conseil des droits de l’homme où il faut preuve de son unité d’action et de sa capacité à élaborer et à présenter des propositions conjointes sur différents points en négociation. Il vaut la peine de rappeler les propositions soumises sur le Mécanisme d’examen périodique universel, sur les règles pour les sessions spéciales, sur l’ordre du jour et sur le programme de travail du Conseil.

En défendant de concert nos positions, nous avons contribué significativement à ce que la construction institutionnelle adoptée reflète clairement nombre de nos priorités. Cet ensemble, adopté ici en juin et entériné en décembre par l’Assemblée générale, a prouvé, malgré ses carences et ses contradictions, que ceux qui sont vraiment intéressés par le renforcement du système multilatéral de promotion et de protection des droits de l’homme pouvaient parvenir à un consensus.

Nous devons souligner, entre autres résultats concrets, que nous avons obtenu par notre unité que l’ordre du jour du Conseil inclue des questions particulièrement importantes pour les pays du Sud, telles que le droit au développement, le combat contre le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie, et la situation des droits de l’homme en Palestine et d’autres territoires occupés.

Malgré ces acquis, le Conseil des droits de l’homme continue de nous poser des défis dont certains découlent de la formule consensuelle même par laquelle a été adoptée la construction institutionnelle, à savoir :

• Les dispositions incluses pour éviter la réapparition à l’avenir des pratiques de deux poids deux mesures, de manipulation politique et de sélectivité, surtout les résolutions visant des pays qui ont fini par discréditer la Commission des droits de l’homme, sont encore insuffisantes.

• En ce qui concerne le Procédure de plaintes et le Mécanisme d’examen périodique universel, le document adopté ne contient pas de réponse à la nécessité d’inclure des grandes lignes qui les empêchent d’être utilisés à des fins de manipulation politique.

• Il faut interdire l’instauration dans les travaux du Conseil, surtout au Mécanisme d’examen périodique universel, des pratiques néfastes qui ont fini par convertir la vieille Commission en une inquisition jugeant les pays du Sud. Que tous les pays soient sujets au Mécanisme ne garantit pas la légitimité du système ; il faut faire en sorte qu’il fonctionne en accord avec les principes d’objectivité, d’impartialité et de non-sélectivité. On n’aura guère avancé si la portée et l’impact des conclusions et recommandations concluant l’analyse d’un pays dans le cadre du Mécanisme sont fonction de sa puissance et de sa capacité d’influence. Dans ce cas, nous, pays du Sud, nous serions soumis à un mécanisme de manipulation politique encore plus grave dans la mesure où celui-ci serait déguisé sous le pelage d’une prétendue universalité.

Une fois adoptée la construction institutionnelle, le Mouvement a continué de jouer un rôle actif dans les débats du Conseil et des autres mécanismes connexes. Ses membres se réunissent fréquemment pour concerter leurs positions, ont maintenu la pratique d’intervention conjointe aussi bien sur les questions générales que sur des points spécifiques sur lesquels nous avons une vision commune.

C’est à l’initiative du Mouvement que le Conseil a adopté des résolutions d’une grande importance, comme le Droit au développement, les Droits de l’homme et les mesures coercitives unilatérales et le Renforcement de la coopération internationale en matière de droits de l’homme.

Nous vous félicitons de ces résultats.

Le Mouvement à Genève doit continuer de défendre la vérité et une coopération internationale véritable en matière de droits de l’homme.

Par ailleurs, à l’Organisation internationale du travail, le Mouvement a mieux concerté la position de ses membres au sujet des changements qu’exigent le fonctionnement et les structures de cette organisation.

La Réunion des ministres du Travail du pays non alignés prévue à l’un des points du Plan d’action adopté par le Sommet de La Havane s’est tenue en juin 2007, et elle a adopté deux importantes déclarations sur des questions intéressant le Mouvement dans le cadre de l’OIT, à savoir « Augmentation des membres du Comité des libertés syndicales » et « Méthodes de travail de la Commission d’application des normes ».

Le Mouvement a poursuivi et renforcé son rôle actif dans les instances de désarmement siégeant à Genève, notamment à la Convention sur les armes biologiques. Il convient de souligner dans ce contexte le leadership des membres du Mouvement à la Sixième Conférence d’examen des Etats parties à la Convention sur les armes biologiques à laquelle ils ont présenté quatre documents de travail. Ce rôle actif s’est poursuivi en 2007 aussi bien à la réunion d’experts qu’à celle des Etats parties à la Convention.

Chers ambassadeurs et autres participants

Ce bref résumé des résultats et des actions, que vous pourrez trouver en détail dans le Rapport, prouve qu’en une année et demie nous avons continué de récupérer le rôle qui nous revient légitimement dans les relations internationales et aux Nations Unies dont nous constituons presque les deux tiers des membres.

Nous avons progressé, mais il reste encore beaucoup à faire ici à Genève, à New York et dans les autres sièges où fonctionne le Mouvement. Nous devons continuer de promouvoir de nouvelles mesures ou actions concrètes pour renforcer notre capacité d’action conjointe.

Nous tiendrons en 2008 plusieurs réunions ministérielles qui contribueront, j’en suis sûr, à cet objectif :

• La Quinzième Conférence ministérielle qui se tiendra à Téhéran (Iran) dans quelques mois, et qui nous permettra d’évaluer l’action de notre Mouvement, réviser et actualiser le Plan d’action adopté au Sommet de La Havane, et identifier les principaux problèmes que nous avons à régler pour le mettre en œuvre d’ici au Quinzième Sommet. Je saisis l’occasion de remercier à nouveau la République islamique d’Iran d’accueillir cette importante réunion et des actions préparatoires qu’elle a engagées pour sa tenue.

• L’importance et la portée des points à débattre et des décisions à prendre réclament la présence à Téhéran de tous les ministres des Affaires étrangères des pays membres.

• Par ailleurs, nos ministres de l’Information se réuniront à Caracas (Venezuela) du 2 au 4 juillet de l’année en cours.

• Ici à Genève, nos ministres de la Santé devront se réunir en mai dans le cadre de l’Organisation mondiale de la santé afin d’aborder deux questions importantes pour le Mouvement : « la migration et la formation du personnel sanitaire » et « les maladies qui touchent d’une manière disproportionnée les pays en développement », au sujet de quoi il est prévu d’adopter deux documents importants.

• Toujours à Genève, les ministres du Travail se réuniront en juin dans le cadre de la Quatre-vingt-dix-septième Conférence internationale du travail.

• A New York, le Bureau de coordination tiendra sa réunion ministérielle en septembre dans le cadre du segment de haut niveau de la soixante-troisième Assemblée générale de l’ONU.

Nous pouvons vous assurer que nous ferons tout notre possible pour que la Conférence de Téhéran et les autres réunions ministérielles susmentionnées nous permettent de réaffirmer les intérêts légitimes des peuples que nous représentons, de nous concerter toujours mieux pour continuer de relever les défis anciens et nouveaux, et de continuer de lutter pour un monde meilleur où sera respecté notre droit légitime au bien-être, à la paix et au développement.

Je vous remercie.


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