Discours du Ministre des
Affaires Étrangères
Felipe Pérez Roque

 

  

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 Intervention de M. Felipe Pérez Roque, Ministre des Relations Extérieures de la République de Cuba, réunion extraordinaire du Bureau de Coordination du Mouvement des Pays Non Alignés. New york, le 28 février 2008

Présidence du Bureau de Coordination du Mouvement des Pays Non Alignés

Chers représentants des pays membres et observateurs du Mouvement des non-alignés :

Je me réjouis de me présenter de nouveau devant vous afin d’avoir des échanges au sujet de questions vitales pour notre Mouvement et d’analyser les progrès faits dans sa revitalisation et son renforcement, ainsi que les problèmes qui continuent de se poser.

Le Mouvement des pays non alignés aura une nouvelle occasion, cette année, d’examiner les progrès que nous avons faits dans l’application des décisions adoptées au Quatorzième Sommet (La Havane, septembre 2006) et de discuter collectivement nos principales inquiétudes : en effet, la Conférence ministérielle à mi-parcours, qui se tiendra à Téhéran (Iran) à une date qui sera annoncée prochainement, nous servira de théâtre pour évaluer l’activité de notre Mouvement, réviser et actualiser le Plan d’action adopté au Sommet de La Havane, et identifier les principales actions que nous devrons engager pour le mettre en œuvre d’ici au Quinzième Sommet.

Je saisis l’occasion pour remercier la République islamique d’Iran de son offre d’accueillir cette importante réunion et des mesures qu’elle a déjà prises en matière de préparatifs et d’organisation. Cuba, qui occupe la présidence du Mouvement, s’engage fermement à soutenir à fond les autorités iraniennes pour assurer le succès de la Conférence des points de vue tant politique qu’organisationnel.

L’importance et la portée des questions à débattre et des décisions à adopter exigent que tous les ministres des Affaires étrangères soient présents à la Conférence de Téhéran, de façon à garantir que nos accords non seulement répondent aux inquiétudes et intérêts spécifiques de nos peuples, mais encore renforcent et consolident notre unité et notre solidarité, et nous permettent de continuer de renouveler l’influence du Mouvement dans l’arène internationale.

A la Réunion ministérielle du Bureau de coordination de septembre dernier, nous avons évalué le travail réalisé au cours de la première année de présidence cubaine et avons défini des tâches importantes. La soixante-deuxième Session de l’Assemblée générale de l’ONU a mis à l’épreuve une fois de plus notre capacité de constituer un forum de coordination et de concertation des positions des pays du Sud, et notre efficacité face aux principales consultations et négociations en rapport avec les points clefs de l’ordre du jour international. Nous avons obtenu de concert que notre Mouvement se convertisse en un interlocuteur fondamental et nécessaire, et garanti que ses intérêts ne soient plus ignorés dans l’Organisation lors de la prise de décision.

Le Mouvement a continué ces derniers mois de récolter des fruits sur différents fronts et concrétisé des initiatives qui consolident une approche de sa dynamique de travail plus active. Je ne mentionnerai que quelques heures pour le prouver :

• Le Mouvement a agi de manière méritoire durant la soixante-deuxième Session de l’Assemblée générale. La voix des pays non alignés se fait entendre dans les principales commissions, tandis que les différents projets de résolution présentés au nom de notre Mouvement ont été adoptés par consensus ou par une large majorité.

 A la Première Commission, nous avons présenté un nombre record de huitü résolutions et nous nous sommes constitués en une force décisive dans la prise de décision.

 A la Troisième Commission, notre action a été vitale pour faire adopter leü projet de résolution qui officialise le processus de construction institutionnelle au Conseil des droits de l’homme et le Code de conduite des titulaires de mandats des procédures spéciales de cet organe. Nous y avons aussi fait adopter trois projets de résolution présentés en notre nom.

 A la Quatrième Commission, la présence et l’activisme du Mouvement ontü permis d’atteindre des objectifs de travail importants. Notre groupe a consolidé son rôle vital lors de discussions et de négociations vis-à-vis des sujets lies aux Opérations du maintien de la paix. La voix du Mouvement se fait déjà entendre lors de débats d’importants sujets relatifs a la décolonisation au sein de cette Commission ainsi qu’au Comite des 24.

La situation au Moyen-Orient, comprenant la question palestinienne, a été et continuera d’être l’un des objectifs principaux du Mouvement. La voix et les propositions concrètes de notre groupe vis-à-vis des ces questions sont bien connues par tous.

 A la Sixième Commission, les pays non alignés ont été singulièrementü actifs, comme le prouvent leurs différentes interventions en tant que groupe sur des points concrets de l’ordre du jour et la présentation d’amendements sur plusieurs résolutions faisant l’objet de négociations.

L’adoption de 18 Déclarations et Communiquées au cours de l’année précédant, portant sur les sujets les plus diverses, est la preuve de l’activisme croissant du Mouvement.

La présence et l’activisme du Mouvement vis-à-vis des actions du Conseil de sécurité se sont accrus significativement. Outre que les interventions aux différents débats de cet organe, nous avons mis en œuvre des actions concrètes pour dénoncer son caractère sélectif, son opacité et la tendance dangereuse d’envahir les fonctions propres a d’autres organes, en particulier l’Assemblée générale

Au cours du 2007, le Mouvement a distribue un nombre record de 17 documents officiels au Conseil de sécurité.

La capacité de négociation prouvée du Comité de coordination conjointe entre le Mouvement et le Groupe des 77 (JCC) a contribué à préserver la cohésion de l’ensemble du système. Nos deux groupements ont commencé à évaluer de concert les propositions de réforme présentées par le Secrétaire général au sujet de plusieurs départements clefs du Secrétariat. Nous pouvons affirmer que le Mouvement est un acteur fondamental dans les discussions et les négociations concernant la réforme de l’Organisation, comme l’ont reconnu avec satisfaction de hauts fonctionnaires du Secrétariat.

• Nous avons mieux fait fonctionner et articulé le Mouvement à plusieurs instances des Nations Unies. Nos représentants agissent de manière autonome, mais en interrelation, aux différents sièges multilatéraux, le Bureau de coordination exerçant en l’occurrence la fonction de centre principal. Ainsi, nous avons obtenu une bonne coordination de travail entre le Bureau de New York et les Groupes correspondants du Mouvement tant à Vienne, en vue de la première Réunion du Comité préparatoire de la Huitième Conférence d’examen du TNP, qu’à La Haye, lors de la Réunion du haut niveau pour le dixième anniversaire de la Convention sur les armes chimiques.

• Le Groupe des pays non alignés à l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques est toujours plus actif, si bien que les principaux intérêts du Mouvement ont été reflétés dans les projets de décision adoptés par la Douzième Conférence des Etats parties à la Convention sur les armes chimiques (novembre 2007). Dans ce cadre, grâce à leur unité d’action, les pays non alignés ont pu contrer les tentatives de certains pays de mettre en cause le fait que le Mouvement agit comme Groupe de coordination de positions dans le cadre de l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques.

• Le Groupe des pays non alignés parties à la Convention sur les armes biologiques a réaffirmé à la Réunion annuelle correspondante (décembre 2007) sa condition d’acteur important, contribuant aux débats par la présentation de propositions concrètes et de documents de travail ayant servi de référence à de futures négociations sur le renforcement de ladite Convention.

• Le Mouvement constitue aujourd’hui une importante force d’équilibre dans les débats en cours au Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur la question nucléaire iranienne, ce qui a entravé les tentatives de certains pays de manipuler ou de discréditer les progrès faits dans le règlement des questions en souffrance entre l’Iran et l’AIEA.

• Le Deuxième Forum des affaires du Mouvement (La Havane, 2-3 novembre) a clos avec succès les réunions incluses dans le Plan d’action du Mouvement pour 2007.

Tout ceci ne constitue qu’une partie des résultats atteints en quelques mois et prouvant la portée et l’incidence des actions réalisées par le Mouvement.

Nous devons profiter de la réunion de Téhéran pour continuer de revitaliser et renforcer le Mouvement en tant qu’instance de concertation politique des pays du Sud et donc en tant qu’alternative indispensable pour faire face avec succès à l’hégémonisme et à l’unilatéralisme que certains prétendent imposer dans l’arène internationale, ainsi que pour réaffirmer les Buts et principes entérinés de nouveau au Sommet de La Havane qui définissent notre Mouvement dans la situation internationale actuelle.

Nous estimons que la prochaine Conférence ministérielle à mi-parcours à Téhéran doit aborder certaines questions importantes :

• Nous devons définir les moyens par lesquels le Mouvement peut influencer plus efficacement la prise de décision au Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que sa réforme et sa démocratisation. Le non-accès des pays non alignés aux consultations et décisions du Conseil et l’opacité de ses méthodes de travail limitent extraordinairement l’influence du Mouvement et confirment que le Conseil n’est pas conçue pour la prise de décision démocratique, mais pour qu’un petit groupe de puissants pays imposent ses intérêts.

• Nous devons renforcer le rôle du Groupe des pays non alignés au Conseil de sécurité. Je dois reconnaître que des progrès ont été faits dans ce sens ces derniers temps et que les réunions et d’activités conjointes déjà organisées, si nous parvenons à les stabiliser, favoriseront les intérêts du Mouvement dans son ensemble.

• Nous devons chercher des moyens de mieux tirer profit de notre diversité et de ne pas permettre que les différences entre nos pays sur des points tels que l’élargissement des membres du Conseil de sécurité influent négativement sur notre capacité d’adopter et de défendre des positions communes sur des point vitaux pour l’avenir et la survie même des Nations Unies, dont dépendra l’exercice des droits de nos peuples à la paix, au développement et au bien-être.

• Il faut continuer d’avancer vers un profil d’action de plus en plus proactif et moins réactif. Nous devons maintenir et accroître notre capacité à présenter des résolutions au nom du Mouvement devant les diverses commissions principales de l’Assemblée générale sur des points intéressant en commun les pays non alignés. Nous pourrions par exemple présenter de nouvelles initiatives nous permettant d’agir comme Mouvement à la Quatrième Commission de l’Assemblée générale, profitant du fait que nous avons atteint des positions conjointes sur plusieurs des questions importantes qu’elle aborde.

• Compte tenu de l’importance acquise par la coopération en matière de droits de l’homme dans l’ordre du jour international, le Mouvement doit proposer des actions concrètes pour maintenir et renforcer sa présence dans les débats en cours aux différentes instances, en particulier le Conseil des droits de l’homme et la Troisième Commission de l’Assemblée générale. Nous devons constituer un front uni pour contrecarrer les tentatives de nous imposer une approche sélective, discriminatoire et antagoniste des droits de l’homme à l’échelle internationale.

• Le Mouvement doit réclamer son droit à participer activement, de droit et de fait, à la lutte contre le terrorisme international, en défendant le principe que celle-ci ne peut se faire que par une coopération internationale légitime et concertée dans le cadre des Nations Unies. Ni ce problème mondial ni d’autres ne peuvent se régler par la force, la violence, l’agression ou l’action militaire qui ne font que multiplier les victimes innocentes et les lourdes pertes de toute sorte, et qui violent en plus des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies et du droit international.

• Nous devons maintenir notre unité d’action avec le Groupe des 77 à travers le Comité de coordination conjointe à l’occasion des débats et négociations sur des points clefs de la réforme de l’ONU. Nous devons serrer les rangs pour éviter que les propositions soumises, loin de contribuer à la démocratisation et à la réforme qu’exige l’ONU, servent à attiser le feu de la sélectivité, de l’exclusion et des privilèges en faveur des vues hégémoniques et des intérêts de quelques pays développés.

• Nous devons tenir les autres réunions de haut niveau prévues dans le Plan d’action du Mouvement pour 2008 : Réunion des ministres de la Santé dans le cadre de la soixante et unième Session de l’Assemblée mondiale de la santé (Genève, mai 2008) ; Réunion des ministres du Travail dans le cadre de la quatre-vingt-dix-septième Conférence internationale du travail (Genève, juin 2008) ; Septième Réunion des ministres de l’Information (Venezuela, 2-4 juin 2008) ; Réunion ministérielle du Bureau de coordination dans le cadre du Segment de haut niveau de la soixante-troisième Assemblée générale (New York, septembre 2008).

Chers ambassadeurs, respectables délègues :

La profondeur et la portée des discussions que nous soutiendrons à notre prochaine Conférence ministérielle seront décisives pour l’avenir du Mouvement.

Nous vous assurons, depuis la présidence du Mouvement, que nous ferons l’impossible pour que la Quinzième Conférence ministérielle nous permette de réaffirmer les intérêts légitimes des peuples que nous représentons, de nous concerter toujours mieux pour nous colleter avec les problèmes anciens et nouveaux, et pour continuer de lutter pour le monde meilleur que nous estimons possible si nous nous unissons pour défendre le droit légitime de nos peuples au bien-être, à la paix et au développement.

Cuba, actuelle présidente du Mouvement, s’est engagée à lutter pour atteindre de si nobles objectifs. Nous pouvons compter sur votre soutien et sur celui des pays que vous représentez, ainsi que sur votre présence engagée et active dans le cadre de la concertation et de l’adoption de décisions. Nous vous attendons à Téhéran.

Je vous remercie.

 

Minrex 28-02-2008


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