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Monsieur le Président :
Je parle au nom de Cuba.
Nous venons accuser ceux qui mentent, dire nos
vérités. Et nous venons armés de raisons : un arsenal d’idées justes
et l’histoire des luttes de notre peuple, à qui rien ni personne ne peut plier
dans son effort de conquérir toute la justice, et auquel les agressions, les
blocus et les diffamations ne lui ont pas pu écraser sa ferme volonté de lutte
ni ternir même sa pleine indépendance.
La Commission des Droits de l’homme est aujourd’hui
divisée plus que jamais et elle risque d’arriver à un point irréversible
de discrédit. D’un côté, nous, les représentants du Tiers Monde: nous sommes les
otages de la dette, les victimes de l’injuste désordre implanté dans le monde,
nous ne sommes maîtres que de notre misère et de notre oubli; nous sommes ceux
qui fournissent de millions d’affamés, de pauvres, d’analphabètes, d’enfants et
de mères qui meurent, ceux qui ont cimenté avec notre souffrance l’opulence de
nos exploitants. Nous sommes toujours dans cette Commission, les accusés.
De l’autre côté, les représentants des pays développés et riches : ils sont
les créanciers, ceux qui consomment presque tout ce qui est produit, ceux qui
gaspillent, contaminent et oublient qu’ils nous doivent leur richesse. Et
ils sont, en outre, ceux qui prétendent devenir les accusateurs et les juges de
nos pays.
Il est déjà l’heure de balayer des travaux de cette Commission
l’hypocrisie et le double radoire. Les Etats-Unis pourraient-ils expliquer
pourquoi ils votent contre le fait de considérer la faim, qui touche aujourd’hui
presque un milliard de personnes, comme une humiliation et une violation de la
dignité humaine ? Pourraient-ils expliquer le fait de prétendre accuser
Cuba, tout en s’opposant à condamner les violations flagrantes et massives des
droits de l’homme, perpétrées par l’armée israélienne contre le courageux peuple
palestinien?
Le moment est
venu d’exiger la mise en œuvre d’un large processus de réforme et de
démocratisation de cette Commission. Chaque année, il est discuté et plusieurs
résolutions sont adoptées à cet effet. Mais, ce qui est certain c’est que la
Commission des Droits de l’homme demeure un instrument au service des intérêts
de domination des Etats Unis et de leurs alliés.
Cette
situation, pourrait-elle changer? Bien sûr. Mais nous vous demandons, pour les
représentants des pays développés, d’accepter modestement la justesse de nos
demandes. Il vous faut reconnaître que vous n´êtes pas les maîtres absolus de la
vérité. Il faut renoncer à la notion raciste selon laquelle les pauvres, aussi,
nous ne pouvons pas avoir raison.
Nous avons
besoin d’un monde plus démocratique et plus tolérant. Pourquoi un petit groupe
de pays riches et puissants veut–il imposer un monde de moins en moins
démocratique et pluriel ? Pourquoi ne luttons-nous pas pour une majeure
tolérance non seulement dans les pays, mais dans les relations entre les
pays ? Pourquoi, l’existence de divers modèles d’ordonnancement civil
et politique ne peut pas être-t-elle acceptée? De quel droit essaye-t-on de
consacrer un seul modèle de démocratie ? N’avons-nous déjà convenu dans la
Conférence Mondiale des Droits de l’Homme que tous les peuples ont le droit à la
libre détermination, en vertu duquel ils établissent librement leur
condition politique ?
Seule la
collaboration respectueuse pourrait être utile aux travaux de cette
Commission; jamais le diktat dogmatique et l’arrogance.
Cuba continuera
d’exiger à cette Commission de ne plus être l’otage d’intérêts injustifiables.
Cuba ne cessera pas de lutter jusqu'à ce que le droit de tous les pays ne soit
pas respectés, jusqu'à ce que le fonctionnement pluriel, transparent, objectif
et démocratique dans les travaux de cette Commission ne soit pas garanti.
Monsieur le
Président :
Les Etats Unis
accusent Cuba de violer les droits de l’homme. Comme il est de tous connu, cette
accusation ne constitue pas un vrai souci des droits de l’homme à Cuba. Ce qui
est vraiment mis en question est si un petit pays du Tiers Monde peut ou non
choisir son propre chemin et construire à son gré un avenir d’égalité et de
bien-être pour ses enfants.
Je rejette avec
un mépris profond l’accusation contre Cuba, fabriquée par les Etats Unis et
imposée par le biais des pressions sauvages au sein de cette Commission. Je
soutiens fermement en regardant dans les yeux de chacun de vous qu’il n’existe
pas de violation des droits de l’homme à Cuba ; que la tentative de
singulariser Cuba dans cette Commission n’a absolument aucune justification;
qu’une telle affirmation n’est possible que grâce à l’incapacité pathologique
des Etats Unis d’accepter Cuba comme un pays indépendant qui ne l’appartient
plus.
Après plus de
quarante années de blocus génocide et de guerre économique, d’invasions, d’actes
terroristes, de tentatives de subversion, de sabotages, de plans d’assassinat de
dirigeants cubains, de guerre biologique et de plusieurs d´autres agressions, la
Commission des Droits de l’Homme est le champ de bataille le plus récent entre
la tentative oppressive des Etats Unis contre Cuba et nos désirs d’indépendance,
de justice et de développement.
Je ne vais pas
prendre du temps à expliquer la réalité cubaine et à prouver la nature injuste
et sélective des accusations faites par les Etats Unis. En réalité, ce n’est pas
nécessaire. Vous le savez même si vous ne le reconnaissez pas. Je me bornerai à
dire que les Etats Unis est le pays qui a le moins d’autorité morale pour juger
Cuba en matière de droits de l’homme et de démocratie.
Je ne peux pas
oublier de demander: Quelqu’un a vu la Police, même une fois, à Cuba, frapper
les travailleurs ou les étudiants dans un rassemblement, décharger sur eux des
balles en caoutchouc, les lancer des chiens, des chevaux ou des gaz
lacrymogènes, comme il arrive chaque jour dans pas mal de coins du monde
actuel? Vous savez qu’à Cuba les dirigeants marchent à côté du peuple dans
les meetings.
Même le dernier
rapport du Département d’Etat nord-américain sur la situation des droits de
l’homme au monde, auquel je ne reconnais naturellement aucune légitimité et,
comme nous savons, le seul pays qui n’y est pas mentionné sont les Etats Unis
eux-mêmes, reconnaît qu’il n’y a ni décès ni disparitions pour des motifs
politiques à Cuba. Malgré leur haine viscérale contre notre pays, leur obsession
pour nous condamner et leur manque de scrupules, les Etats Unis n’ont pas osé
mentir, au moins, sur cette affaire. Notre œuvre est si limpide et si humaine
qu’il est impossible de la
nier !
Peut quelqu’un
dans cette salle mentionner un seul cas de torture, d’assassinat ou de
disparition à Cuba ? Connaît quelqu’un dans cette salle un seul cas de
journaliste assassiné à Cuba ou de séquestration d’enfants, sauf la tentative
manquée de séquestrer un enfant cubain aux Etats Unis, ou de vente d’enfants ou
d’esclavage infantile?
Quelqu’un a
entendu une fois parler d’un escadron de la mort à Cuba ? Quelqu’un a vu à
Cuba une manifestation des mères et des grands-mères qui clament pour leurs
enfants et leurs petits-enfants assassinés ou disparus ? L’un de vous a
entendu que le gouvernement cubain, à l’insu du peuple, ait imposé un
programme d’ajustement du Fond Monétaire International ou qu’il ait offert les
richesses du pays aux transnationales ? Vous êtes-vous demandés
pourquoi après 40 années de blocus et 10 années de très graves difficultés
économiques nous maintenons le soutient écrasant de notre peuple, lequel
augmente par jour ?
La réponse est
que la Révolution appartient au peuple et non pas à une élite obsédée par
le pouvoir.
Nous, les
dirigeants cubains, voyons dans nos responsabilités un devoir, une attitude
devant la vie, non pas un moyen de vie. Notre autorité est basée non seulement
sur notre élection démocratique et transparente, sans argent ni corruption, mais
aussi sur la conviction de notre peuple que nous ne sommes pas de voleurs, que
nous ne sommes pas au-dessus de ses nécessités et de ses rêves, que nous
partageons ses difficultés, que nous ne renonçons pas à une vie austère et
engagée.
Il doit alors
être interprété que nous nous croyons une société parfaite? Non, nous ne sommes
pas satisfaits. Nous ne faisons que commencer. Nous sommes en train d’effacer
des siècles de marginalisation et d’injustices. Nous cherchons à élever
l’éducation et la culture à des niveaux jamais atteints par notre peuple. Nous
déployons nos efforts en vue d’atteindre pour nos fils des niveaux d’égalité, de
justice sociale et de participation citoyenne jamais vue dans une autre
société.
Nous ferons
tous les efforts nécessaires à fin de poursuivre le perfectionnement de
notre œuvre, de rendre encore plus efficace et participatif notre système
politique qui est –nous le savons bien- incomparablement plus démocratique que
celui de nos fallacieux accusateurs.
A Cuba, nous
luttons pour une société de plus en plus tolérante et humaine. Nous rêvons
d’un peuple de plus en plus culte et instruit, ce qui revient à dire, un
peuple chaque fois plus libre. Nous aspirons à toute la connaissance possible
pour tout le peuple, et non seulement pour une élite. Nous rêvons d’un peuple
d’une profonde sensibilité sociale, libéré des égoïsmes ayant des convictions
humanistes enracinées. Nous rêvons, et chaque jour nous sommes plus proches de
réaliser ces rêves, d’un peuple pour qui la Patrie doit être l’Humanité. Une
société telle que la nôtre, où le plus important est l’homme et sa dignité, ne
communie pas avec la violence, la répression ou le mensonge.
On ne peut pas
exercer des pressions sur nous. Nous faisons ce que nous croyons juste et
convenable. Nous avons de l’éthique. Nous avons de la morale. Et je dois le dire
très clairement : nous n’acceptons ni accepterons des pressions ni des
menaces !
Il est temps de définitions. Celui qui seconde les Etats Unis
dans leur conduite inique contre Cuba, n’a pas d’autorité morale pour nous
parler de droits de l’homme. On ne peut pas refuser le blocus imposé à Cuba et,
en même temps, être complice des Etats Unis dans leur manœuvre pour le
justifier.
Nous comptons sur l’encouragement et sur la sympathie des
peuples de l’Amérique latine qui savent que notre lutte est aussi en faveur de
leurs droits, qui rappellent le soutien solidaire de Cuba, à l’époque où les
dictatures soutenues par les Etats Unis ont torturé, assassiné et disparu des
centaines de milliers de personnes dans Notre Amérique.
Nous savons également que la lutte de Cuba est pour le respect
des droits de tout le Tiers Monde, pour que le mépris, la méconnaissance de
notre droit à un monde plus équitable et juste, de notre droit au développement
et à la vie, cessent.
Monsieur le Président :
Que Cuba veuille être libre et indépendant dérange les Etats
Unis. Et Cuba ne va pas renoncer à être chaque fois plus libre et plus
indépendant !
Que Cuba soit socialiste dérange les Etats Unis. Et Cuba va être
chaque fois plus socialiste !
Que le peuple gouverne à Cuba dérange les Etats Unis. Et à Cuba,
le peuple sera chaque fois de plus maître de son destin !
Que Cuba coupe court aux aspirations impérialistes et
hégémoniques dérange les Etats Unis. Et Cuba sera chaque fois plus
anti-impérialiste et solidaire avec les causes justes !
Les Etats Unis veulent organiser, à un Cuba morcelé et
faible, le parti qui demande l’annexion aux Etats Unis. Et à Cuba,
il n’aura qu’un seul parti, celui de l’unité et de l’indépendance, de la justice
sociale et de la dignité, de l’égalité réelle et de la vraie solidarité parmi
tous les hommes et tous les peuples, sans lesquelles ne peut avoir ni liberté,
ni démocratie, ni paix !
Quarante années de résistance héroïque soutiennent nos idées,
notre raison, notre vérité, notre force invincible, notre liberté
indestructible à laquelle nous ne renonçons pas.
Les gouvernants des Etats Unis ne savent pas quoi faire avec
Cuba. Dans un champ ou dans un autre ils continueront à subir les
défaites. Ce qu’ils essayent d’atteindre dans cette Commission sur
la base de pressions humiliantes exercées sur ses membres, à un prix politique
trop élevé montre qu’ils oublient la réflexion célèbre du Roi Pirro :
« Avec une autre victoire comme celle-ci, je serai perdu »
Ils nous ont fait le peuple le plus libre de la
Terre, un peuple qui ne dépend plus de leur commerce, de leurs crédits et de
leurs investissements. Nous jouissons aujourd’hui du rare privilège, presque
unique, de pouvoir leur dire toute la vérité et de détruire tout leurs
mensonges, d’ici ou d’une autre tribune.
Nous n’accusons pas leur peuple, capable d’être noble et
idéaliste ; nous accusons un système hégémonique de domination et un ordre
politique et économique égoïste et rapace, insoutenable, imposé au monde.
Certains nous demandent un geste pour faire plaisir aux
Etats Unis. Le geste que je fais, au nom de mon peuple, est celui de lever la
poignée et de dire bien haut les mots qui durant quarante années les Cubains ont
répété face à chacun de leurs crimes et de leurs agressions contre
Cuba : La Patrie ou la
Mort ! Nous vaincrons !
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