|
Monsieur le Président
Permettez-moi de féliciter au nom du Mouvement des pays non alignés
le ministre des affaires étrangères de Soudan pour
l’élection de son pays à la présidence du Groupe des 77 et
la Chine à New York pour 2009.
La situation économique et sociale de la plupart des cent trente
pays qui constituent le G-77 et la Chine est devenue plus
complexe depuis notre réunion précédente. Le monde est
toujours plus inégal. Des milliards de personnes continuent
de vivre dans la pauvreté, ont faim, n’ont pas d’emplois ni
d’accès aux services de santé.
Tel a été en tout cas le bilan que nous avons dressé à la Quinzième
Réunion ministérielle du Mouvement des pays non alignés,
tenue à Téhéran.
La pauvreté est la conséquence de siècles de colonialisme et de
néocolonialisme, ainsi que d’un ordre économique
international toujours plus injuste et inégal.
La crise alimentaire, énergétique et financière, les changements
climatiques et la dégradation de l’environnement sont des
variables qui contribuent à ajourner chaque fois plus
l’atteinte des modestes objectifs que nous avons fixés au
Sommet du Millénaire et que, disons-le tout net, ne seront
pas atteints.
Voyons-en quelques exemples.
Nous nous étions proposés de réduire de moitié d’ici à 2015 la
quantité de personnes, soit 1 276 000 000 personnes, vivant
dans la pauvreté extrême en 1990. Or, il y a encore 2,6
milliards de personnes, soit 40 p. 100 de la population
mondiale, avec moins de deux dollars par jours.
Nous avions décidé de réduire de moitié d’ici 2015 la quantité
d’affamés – soit 842 millions – existant en 2000. Cependant,
on compte 854 millions de mal nourris, dont 96 p. 100 vivent
dans nos pays, de plus, la dénutrition et l’insécurité
alimentaire mondiale sont tout spécialement aggravées par la
hausse sans précédent des cours des aliments provoquée par
la diminution de leurs réserves mondiale et la spéculation
irresponsable avec leurs cours, les sécheresses et les
inondations dans d’importantes régions productrices, la
flambée des cours du pétrole et une tendance croissance à
destiner des terres et des ressources à la production
d’agrocarburants.
Nous avions proclamé notre aspiration à ce que l’enseignement
primaire soit universel en 2015. Or, cet objectif noble et
vital ne sera pas non plus atteint, puisque, à cette date,
47 millions d’enfants n’iront toujours pas à l’école et que
seul 1 écolier du primaire sur 5 fera des études secondaires.
Nous nous étions proposés de réduire de deux tiers la mortalité des
enfants de moins de cinq ans pour l’an 2015. Or, compte tenu
de tendances actuelles, cet objectif ne sera atteint
qu’au-delà de 2045
La situation pourrait empirer. Absolument rien ne nous pousse à
l’optimisme.
Qui plus est, les solutions réalistes et durables aux questions
abordées au Consensus de Monterrey continuent d’être
ajournées. Le financement au service du développement reste
une chimère et les négociations en vue de la Réunion de
suivi qui se tiendra à Doha, en sont la preuve.
Deux mois à peine nous en séparent. Or, après presque sept ans,
nous avons reculé, la raison essentielle étant que les pays
développés n’ont pas la moindre volonté politique de tenir
leurs engagements et d’apporter des ressources financières
additionnelles et non conditionnées à la mise en œuvre des
programmes qui permettraient d’attendre les objectifs prévus
en matière de développement.
Pourquoi ceux qui se pressent actuellement pour chercher 700
milliards de dollars pour sauver de la faillite des
entreprises et des banques spéculant de façon irresponsable,
dans les marchés financiers, ne mettent pas le même intérêt
pour trouver de l’argent permettant de sauver près de 30
mille enfants pauvres qui meurent tous les jours dans le
monde ?
Le monde continue de consacrer plus d’un billion de dollars aux
dépenses militaires. On pourrait atteindre les Objectifs
pour le développement du Millénaire avec seulement 15 p. 100
de cette somme.
Nos pays continuent d’être des exportateurs nets de ressources
financières vers les pays riches et développés. Notre
pauvreté leur sert à gaspiller. Ces transferts ont plus que
triplé depuis 2000 pour atteindre, rien qu’en 2007, un
chiffre record : 650 milliards de dollars.
Les pays développés sont les maîtres de l’argent, des
investissements, des marchés et des technologies (86 p. 100
des nouveaux brevets). Loin de se réduire, l’écart se creuse.
Les pays développés bafouent, désormais sans le moindre scrupule,
leurs engagements en matière d’Aide publique au
développement.
Le système de commerce international qu’on nous impose nous empêche
de nous développer et nous rend toujours plus dépendants.
Les pays en développement doivent payer rien moins de 100
milliards de dollars en tarifs douaniers par an pour que
leurs produits puissent accéder aux marchés surprotégés des
pays riches qui dépensent par ailleurs 300 milliards par an
en subventions agricoles
Monsieur le Président
Il semble improbable, compte tenu des menaces réelles que font
peser les changements climatiques mondiaux accélérés,
conséquence pour l’essentiel des modèles de consommation
insoutenables des nations industrialisées, que l’on puisse
invertir d’ici 2015 la dégradation de l’environnement
mondial.
Le principe des responsabilités partagées mais différenciées reste
totalement en vigueur. Nos pays étant les moins responsables
de la pollution, doivent faire face aux plus grands dangers
et aux conséquences dramatiques de cette situation. Les
récents ouragans dans la Caraïbes, toujours plus fréquents
et destructifs, en sont la preuve.
Telles sont les dures réalités actuelles. Pour les changer, nous
devrions nous proposer de remettre à l’ordre du jour le
nouvel ordre économique international.
Cuba présentera prochainement une initiative visant à commémorer le
trente-cinquième anniversaire de l’adoption de la
Déclaration et du Programme d’action pour l’instauration du
nouvel ordre économique international afin de promouvoir un
débat de haut niveau, ouvert sans exclusions à tous, sur les
problèmes économiques et sociaux complexes du monde
contemporain et sur les solutions de rechange.
Nous espérons que les délégations du G-77 et la Chine soutiendront
cette initiative.
L’un des objectifs que Cuba s’est fixé à la tête du Mouvement des
pays non alignés a été de travailler d’une manière
coordonnée avec le président du G-77/Chine afin de maintenir
un ordre du jour commun et d’harmoniser des positions.
Nous savons gré à Antigua-et-Barbuda de la contribution décisive
qu’elle a apportée, en tant que président du Groupe des 77,
à l’avancement des travaux du Comité conjoint de
coordination.
Cuba juge indispensable resserrer toujours plus l’unité et
la solidarité entre nos membres afin de défendre nos
intérêts communs. Rien ne sera gratuit. Nous obtiendrons ce
dont nous serions capables de conquérir ensemble.
Je vous remercie. |