Discours du Ministre des
Affaires Étrangères
Felipe Pérez Roque

 

  

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 Intervention de Felipe Pérez Roque, Ministre des Relations Extérieures de la Republique de Cuba, à la Trente-deuxième Réunion Annuelle des Affaires Étrangères du Groupe des 77. 26 Septembre 2008

Monsieur le Président

Permettez-moi de féliciter au nom du Mouvement des pays non alignés le ministre des affaires étrangères de Soudan pour l’élection de son pays à la présidence du Groupe des 77 et la Chine à New York pour 2009.

La situation économique et sociale de la plupart des cent trente pays qui constituent le G-77 et la Chine est devenue plus complexe depuis notre réunion précédente. Le monde est toujours plus inégal. Des milliards de personnes continuent de vivre dans la pauvreté, ont faim, n’ont pas d’emplois ni d’accès aux services de santé.

Tel a été en tout cas le bilan que nous avons dressé à la Quinzième Réunion ministérielle du Mouvement des pays non alignés, tenue à Téhéran.

La pauvreté est la conséquence de siècles de colonialisme et de néocolonialisme, ainsi que d’un ordre économique international toujours plus injuste et inégal.

La crise alimentaire, énergétique et financière, les changements climatiques et la dégradation de l’environnement sont des variables qui contribuent à ajourner chaque fois plus l’atteinte des modestes objectifs que nous avons fixés au Sommet du Millénaire et que, disons-le tout net, ne seront pas atteints.

Voyons-en quelques exemples.

Nous nous étions proposés de réduire de moitié d’ici à 2015 la quantité de personnes, soit 1 276 000 000 personnes, vivant dans la pauvreté extrême en 1990. Or, il y a encore 2,6 milliards de personnes, soit 40 p. 100 de la population mondiale, avec moins de deux dollars par jours.

Nous avions décidé de réduire de moitié d’ici 2015 la quantité d’affamés – soit 842 millions – existant en 2000. Cependant, on compte 854 millions de mal nourris, dont 96 p. 100 vivent dans nos pays, de plus, la dénutrition et l’insécurité alimentaire mondiale sont tout spécialement aggravées par la hausse sans précédent des cours des aliments provoquée par la diminution de leurs réserves mondiale et la spéculation irresponsable avec leurs cours, les sécheresses et les inondations dans d’importantes régions productrices, la flambée des cours du pétrole et une tendance croissance à destiner des terres et des ressources à la production d’agrocarburants.

Nous avions proclamé notre aspiration à ce que l’enseignement primaire soit universel en 2015. Or, cet objectif noble et vital ne sera pas non plus atteint, puisque, à cette date, 47 millions d’enfants n’iront toujours pas à l’école et que seul 1 écolier du primaire sur 5 fera des études secondaires.

Nous nous étions proposés de réduire de deux tiers la mortalité des enfants de moins de cinq ans pour l’an 2015. Or, compte tenu de tendances actuelles, cet objectif ne sera atteint qu’au-delà de 2045

La situation pourrait empirer. Absolument rien ne nous pousse à l’optimisme.

Qui plus est, les solutions réalistes et durables aux questions abordées au Consensus de Monterrey continuent d’être ajournées. Le financement au service du développement reste une chimère et les négociations en vue de la Réunion de suivi qui se tiendra à Doha, en sont la preuve.

Deux mois à peine nous en séparent. Or, après presque sept ans, nous avons reculé, la raison essentielle étant que les pays développés n’ont pas la moindre volonté politique de tenir leurs engagements et d’apporter des ressources financières additionnelles et non conditionnées à la mise en œuvre des programmes qui permettraient d’attendre les objectifs prévus en matière de développement.

Pourquoi ceux qui se pressent actuellement pour chercher 700 milliards de dollars pour sauver de la faillite des entreprises et des banques spéculant de façon irresponsable, dans les marchés financiers, ne mettent pas le même intérêt pour trouver de l’argent permettant de sauver près de 30 mille enfants pauvres qui meurent tous les jours dans le monde ?

Le monde continue de consacrer plus d’un billion de dollars aux dépenses militaires. On pourrait atteindre les Objectifs pour le développement du Millénaire avec seulement 15 p. 100 de cette somme.

Nos pays continuent d’être des exportateurs nets de ressources financières vers les pays riches et développés. Notre pauvreté leur sert à gaspiller. Ces transferts ont plus que triplé depuis 2000 pour atteindre, rien qu’en 2007, un chiffre record : 650 milliards de dollars.

Les pays développés sont les maîtres de l’argent, des investissements, des marchés et des technologies (86 p. 100 des nouveaux brevets). Loin de se réduire, l’écart se creuse.

Les pays développés bafouent, désormais sans le moindre scrupule, leurs engagements en matière d’Aide publique au développement.

Le système de commerce international qu’on nous impose nous empêche de nous développer et nous rend toujours plus dépendants. Les pays en développement doivent payer rien moins de 100 milliards de dollars en tarifs douaniers par an pour que leurs produits puissent accéder aux marchés surprotégés des pays riches qui dépensent par ailleurs 300 milliards par an en subventions agricoles

Monsieur le Président

Il semble improbable, compte tenu des menaces réelles que font peser les changements climatiques mondiaux accélérés, conséquence pour l’essentiel des modèles de consommation insoutenables des nations industrialisées, que l’on puisse invertir d’ici 2015 la dégradation de l’environnement mondial.

Le principe des responsabilités partagées mais différenciées reste totalement en vigueur. Nos pays étant les moins responsables de la pollution, doivent faire face aux plus grands dangers et aux conséquences dramatiques de cette situation. Les récents ouragans dans la Caraïbes, toujours plus fréquents et destructifs, en sont la preuve.

Telles sont les dures réalités actuelles. Pour les changer, nous devrions nous proposer de remettre à l’ordre du jour le nouvel ordre économique international.

Cuba présentera prochainement une initiative visant à commémorer le trente-cinquième anniversaire de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action pour l’instauration du nouvel ordre économique international afin de promouvoir un débat de haut niveau, ouvert sans exclusions à tous, sur les problèmes économiques et sociaux complexes du monde contemporain et sur les solutions de rechange.

Nous espérons que les délégations du G-77 et la Chine soutiendront cette initiative.

L’un des objectifs que Cuba s’est fixé à la tête du Mouvement des pays non alignés a été de travailler d’une manière coordonnée avec le président du G-77/Chine afin de maintenir un ordre du jour commun et d’harmoniser des positions.

Nous savons gré à Antigua-et-Barbuda de la contribution décisive qu’elle a apportée, en tant que président du Groupe des 77, à l’avancement des travaux du Comité conjoint de coordination.

Cuba juge indispensable resserrer toujours plus l’unité et la solidarité entre nos membres afin de défendre nos intérêts communs. Rien ne sera gratuit. Nous obtiendrons ce dont nous serions capables de conquérir ensemble.

Je vous remercie.


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