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Sharm el-Sheikh (Egypte), 26-27 juin 2008
Monsieur le Président,
Excellences,
Je remercie l’Union africaine et son hôte, l’Egypte, de me faire
l’honneur de pouvoir m’adresser aux ministres africains des
Affaires étrangères au nom du Mouvement des pays non alignés
auquel appartiennent toutes les nations qui assistent à cet
important Sommet.
Je m’adresse à vous alors que Cuba est sur le point de conclure sa
deuxième année à la présidence du Mouvement des pays non
alignés.
Durant cette période, celui-ci a atteint des résultats concrets qui
lui ont permis de renforcer sa présence aux Nations Unies et
dans d’autres instances multilatérales. Nous avons été
capables notamment de faire primer notre point fort
essentiel, à savoir la préservation de notre unité afin de
défendre nos positions et nos intérêts. Quand nous agissons
unis, rien ne nous est impossible.
Le Mouvement a renforcé sa capacité de négociations et d’influence
réelle au sein des Nations Unies, a promu des initiatives
sur de nombreux points et a revitalisé ses mécanisme de
coordination avec le Groupe des 77, ce qui lui a permis de
progresser vers la structuration d’un front uni à même de
défendre un agenda du Sud.
Les pays non alignés au Conseil des droits de l’homme y ont joué un
rôle important. Non seulement nous avons été des
protagonistes dans sa construction institutionnelle et dans
la mise au point de son ordre du jour, mais nous avons aussi
imposé nos positions aux réunions les plus récentes. J’en
veux pour preuve la convocation de la Septième Session
extraordinaire, le 22 mai dernier, qui a permis d’aborder
les conséquences de la crise alimentaire mondiale sur le
droit à l’alimentation.
Le groupe des pays non alignés au Conseil de sécurité et le groupe
des pays non alignés à la Commission de consolidation de la
paix jouent aussi un rôle plus actif : le niveau et la
qualité des discussions dans ces deux organes se sont peu à
peu améliorés, et nous sommes parvenus à dénoncer les
tentatives fréquentes du Conseil de sécurité de s’emparer de
points qui ne sont pas de son ressort, usurpant les
fonctions d’autres mécanismes des Nations Unies et violant
ouvertement la souveraineté et la sécurité de nos nations.
Cette évolution sera examinée à la Conférence ministérielle à mi-parcours
de notre Mouvement qui se tiendra à Téhéran du 27 au 30
juillet et qui permettra d’évaluer l’activité que nous avons
réalisée, de réviser et d’actualiser le Plan d’action adopté
par le Sommet de La Havane, ainsi que d’identifier les
principales actions que nous devons engager jusqu’au
Quinzième Sommet, prévu en Egypte.
L’importance et la portée des questions à débattre et des décisions
à adopter exigent que tous les ministres des Affaires
étrangères de nos pays participent à la Conférence de
Téhéran, ce qui sera une garantie pour que nous puissions
adopter des accords qui renforcent et consolident notre
unité et notre solidarité, et qui nous permettent de
continuer de renouveler notre influence en tant que
Mouvement sur les événements internationaux. Nous comptons
sur vous tous pour en garantir le succès.
A une date plus proche, du 2 au 4 juillet 2008, nous tiendrons une
importante réunion thématique : la Septième Conférence des
ministres de l’Information des pays non alignés sur l’île
Margarita, au Venezuela, où nous analyserons les problèmes à
affronter et déciderons d’initiatives qui nous permettent de
diffuser objectivement la voix et les réalités du Sud, dans
un monde où prévalent des modèles racistes, xénophobes et
hégémoniques dans le contrôle des courants d’information que
monopolise un nombre réduit de transnationales. Il s’agit là
d’un point très actuel. Nous devons adopter des décisions
qui contribuent à ce que les pays non alignés puissent
avancer vers leur objectif de briser le mur du mensonge et
de désinformation. C’est là un impératif pour défendre la
dignité et la souveraineté de nos peuples.
Les pays africains ont toujours été d’accord pour présenter la
réalité de nos pays à partir d’une perspective autochtone
capable de vaincre les perceptions et les stéréotypes
tendancieuses et dénaturées auxquelles on nous condamne.
Notre Mouvement a aussi tenu d’autres réunions importantes ces deux
dernières années. Rappelons les deux réunions des ministres
du Travail dans le cadre de la Conférence internationale du
travail ; celle des ministres de la Santé durant la soixante
et unième session de l’Assemblée mondiale de la santé ; et
la Réunion ministérielle sur les droits de l’homme et la
diversité culturelle, qui s’est tenue à Téhéran en septembre
2007. Les pays africains ont largement participé à toutes
ces réunions.
Le Mouvement des pays non alignés a renforcé son action à d’autres
sièges. Il travaille fortement à Vienne, surtout à l’Agence
internationale de l’énergie atomique ; à La Haye, pour
promouvoir ses positions à l’Organisation pour
l’interdiction des armes chimiques ; et il progresse à
l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la
science et la culture, le groupe le plus jeune du Mouvement,
au sein du Conseil exécutif de laquelle il a atteint les
premiers succès.
A toutes ces réunions et instances, nous avons discuté des points
prioritaires pour les membres du Mouvement et avons adopté
des accords importants pour défendre les intérêts de nos
peuples et renforcer la coopération entre les pays du Sud.
Nous vivons un moment crucial où la survie de notre espèce est en
jeu et où nous devons faire face à la dégradation constante
de notre environnement par suite de modèles de consommation
et de développement insupportables et d’un ordre économique
international inéquitable et injuste. La crise alimentaire
mondiale en cours est une preuve patente qu’il faut réformer
d’urgence le système économique imposé à nos pays. Nous
devons commémorer cette année-ci le trente-cinquième
anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action sur
l’établissement d’un nouvel ordre économique international
qui a été des décennies durant un instrument modèle dans la
défense de notre objectif : créer un ordre économique
international plus juste et plus équitable. Nous devons
rappeler leur actualité et réclamer leur mise en œuvre.
Travaillons à mondialiser la solidarité ; insistons sur la
nécessité des économies et de l’utilisation rationnelle des
ressources, notamment énergétiques ; condamnons les énormes
dépenses militaires des grandes puissances et exigeons que
ces immenses ressources financières, technologiques et
humaines soient allouées à la solution de la crise mondiale
que nous subissons et à la suppression de la faim et de la
pauvreté dans le monde.
Excellences
Cuba
est fière des racines africaines de sa culture et de son
identité nationales. Cuba sait profondément gré à ses frères
africains de leur solidarité et de leur appui constant à sa
lutte contre le blocus et l’agression extérieure.
Cuba sent comme sienne la réalité des peuples africains et
partage les efforts qu’ils consentent pour briser les
entraves du sous-développement. Plus de 2 000 combattants
volontaires cubains ont fertilisé de leur sang généreux ces
terres africaines dans la lutte contre le colonialisme et
l’apartheid. Presque 400 000 Cubains ont partagé ces années
de douleurs et de gloire avec leurs frères africains. Les
magnifiques relations de Cuba avec les gouvernements et
peuples africains sont aujourd’hui plus solides qu’en 1963,
année de la fondation de l’Organisation de l’unité
africaine.
Plus de 35 000 jeunes Africains ont conclu leurs études supérieures
à Cuba ces quarante dernières années. Plus de 2 400 étudient
actuellement dans nos universités et sont accueillis en fils
par le peuple cubain. Plus de 100 000 médecins, ingénieurs
et enseignants cubains ont travaillé en Afrique. Aujourd’hui
même, plus de 2 700 Cubains sont coopérants civils dans
trente-cinq pays africains, dont presque 1 700 sont
médecins.
Le peuple et le gouvernement cubains se sentent profondément
honorés et fiers de leur fortes relations d’amitié et de
coopération avec leurs frères africains et sont absolument
convaincus que le Mouvement des pays non alignés pourra
atteindre les objectifs importants qu’il s’est fixé avec le
soutien des pays africains.
Je souhaite beaucoup de succès à la Onzième Conférence au sommet de
l’Union africaine.
Je vous remercie. |