Discours du Ministre des
Affaires Étrangères
Felipe Pérez Roque

 

  

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 Intervention de Felipe Pérez Roque, Ministre des Relations Extérieures de la République de Cuba. Segment ministériel de la Onzième Conférence au Sommet des Chefs d’état de l’Union Africaine

Sharm el-Sheikh (Egypte), 26-27 juin 2008

Monsieur le Président,
Excellences,

Je remercie l’Union africaine et son hôte, l’Egypte, de me faire l’honneur de pouvoir m’adresser aux ministres africains des Affaires étrangères au nom du Mouvement des pays non alignés auquel appartiennent toutes les nations qui assistent à cet important Sommet.

Je m’adresse à vous alors que Cuba est sur le point de conclure sa deuxième année à la présidence du Mouvement des pays non alignés.

Durant cette période, celui-ci a atteint des résultats concrets qui lui ont permis de renforcer sa présence aux Nations Unies et dans d’autres instances multilatérales. Nous avons été capables notamment de faire primer notre point fort essentiel, à savoir la préservation de notre unité afin de défendre nos positions et nos intérêts. Quand nous agissons unis, rien ne nous est impossible.

Le Mouvement a renforcé sa capacité de négociations et d’influence réelle au sein des Nations Unies, a promu des initiatives sur de nombreux points et a revitalisé ses mécanisme de coordination avec le Groupe des 77, ce qui lui a permis de progresser vers la structuration d’un front uni à même de défendre un agenda du Sud.

Les pays non alignés au Conseil des droits de l’homme y ont joué un rôle important. Non seulement nous avons été des protagonistes dans sa construction institutionnelle et dans la mise au point de son ordre du jour, mais nous avons aussi imposé nos positions aux réunions les plus récentes. J’en veux pour preuve la convocation de la Septième Session extraordinaire, le 22 mai dernier, qui a permis d’aborder les conséquences de la crise alimentaire mondiale sur le droit à l’alimentation.

Le groupe des pays non alignés au Conseil de sécurité et le groupe des pays non alignés à la Commission de consolidation de la paix jouent aussi un rôle plus actif : le niveau et la qualité des discussions dans ces deux organes se sont peu à peu améliorés, et nous sommes parvenus à dénoncer les tentatives fréquentes du Conseil de sécurité de s’emparer de points qui ne sont pas de son ressort, usurpant les fonctions d’autres mécanismes des Nations Unies et violant ouvertement la souveraineté et la sécurité de nos nations.

Cette évolution sera examinée à la Conférence ministérielle à mi-parcours de notre Mouvement qui se tiendra à Téhéran du 27 au 30 juillet et qui permettra d’évaluer l’activité que nous avons réalisée, de réviser et d’actualiser le Plan d’action adopté par le Sommet de La Havane, ainsi que d’identifier les principales actions que nous devons engager jusqu’au Quinzième Sommet, prévu en Egypte.

L’importance et la portée des questions à débattre et des décisions à adopter exigent que tous les ministres des Affaires étrangères de nos pays participent à la Conférence de Téhéran, ce qui sera une garantie pour que nous puissions adopter des accords qui renforcent et consolident notre unité et notre solidarité, et qui nous permettent de continuer de renouveler notre influence en tant que Mouvement sur les événements internationaux. Nous comptons sur vous tous pour en garantir le succès.

A une date plus proche, du 2 au 4 juillet 2008, nous tiendrons une importante réunion thématique : la Septième Conférence des ministres de l’Information des pays non alignés sur l’île Margarita, au Venezuela, où nous analyserons les problèmes à affronter et déciderons d’initiatives qui nous permettent de diffuser objectivement la voix et les réalités du Sud, dans un monde où prévalent des modèles racistes, xénophobes et hégémoniques dans le contrôle des courants d’information que monopolise un nombre réduit de transnationales. Il s’agit là d’un point très actuel. Nous devons adopter des décisions qui contribuent à ce que les pays non alignés puissent avancer vers leur objectif de briser le mur du mensonge et de désinformation. C’est là un impératif pour défendre la dignité et la souveraineté de nos peuples.

Les pays africains ont toujours été d’accord pour présenter la réalité de nos pays à partir d’une perspective autochtone capable de vaincre les perceptions et les stéréotypes tendancieuses et dénaturées auxquelles on nous condamne.

Notre Mouvement a aussi tenu d’autres réunions importantes ces deux dernières années. Rappelons les deux réunions des ministres du Travail dans le cadre de la Conférence internationale du travail ; celle des ministres de la Santé durant la soixante et unième session de l’Assemblée mondiale de la santé ; et la Réunion ministérielle sur les droits de l’homme et la diversité culturelle, qui s’est tenue à Téhéran en septembre 2007. Les pays africains ont largement participé à toutes ces réunions.

Le Mouvement des pays non alignés a renforcé son action à d’autres sièges. Il travaille fortement à Vienne, surtout à l’Agence internationale de l’énergie atomique ; à La Haye, pour promouvoir ses positions à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ; et il progresse à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, le groupe le plus jeune du Mouvement, au sein du Conseil exécutif de laquelle il a atteint les premiers succès.

A toutes ces réunions et instances, nous avons discuté des points prioritaires pour les membres du Mouvement et avons adopté des accords importants pour défendre les intérêts de nos peuples et renforcer la coopération entre les pays du Sud.

Nous vivons un moment crucial où la survie de notre espèce est en jeu et où nous devons faire face à la dégradation constante de notre environnement par suite de modèles de consommation et de développement insupportables et d’un ordre économique international inéquitable et injuste. La crise alimentaire mondiale en cours est une preuve patente qu’il faut réformer d’urgence le système économique imposé à nos pays. Nous devons commémorer cette année-ci le trente-cinquième anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action sur l’établissement d’un nouvel ordre économique international qui a été des décennies durant un instrument modèle dans la défense de notre objectif : créer un ordre économique international plus juste et plus équitable. Nous devons rappeler leur actualité et réclamer leur mise en œuvre.

Travaillons à mondialiser la solidarité ; insistons sur la nécessité des économies et de l’utilisation rationnelle des ressources, notamment énergétiques ; condamnons les énormes dépenses militaires des grandes puissances et exigeons que ces immenses ressources financières, technologiques et humaines soient allouées à la solution de la crise mondiale que nous subissons et à la suppression de la faim et de la pauvreté dans le monde.

Excellences

Cuba est fière des racines africaines de sa culture et de son identité nationales. Cuba sait profondément gré à ses frères africains de leur solidarité et de leur appui constant à sa lutte contre le blocus et l’agression extérieure.

Cuba sent comme sienne la réalité des peuples africains et partage les efforts qu’ils consentent pour briser les entraves du sous-développement. Plus de 2 000 combattants volontaires cubains ont fertilisé de leur sang généreux ces terres africaines dans la lutte contre le colonialisme et l’apartheid. Presque 400 000 Cubains ont partagé ces années de douleurs et de gloire avec leurs frères africains. Les magnifiques relations de Cuba avec les gouvernements et peuples africains sont aujourd’hui plus solides qu’en 1963, année de la fondation de l’Organisation de l’unité africaine.

Plus de 35 000 jeunes Africains ont conclu leurs études supérieures à Cuba ces quarante dernières années. Plus de 2 400 étudient actuellement dans nos universités et sont accueillis en fils par le peuple cubain. Plus de 100 000 médecins, ingénieurs et enseignants cubains ont travaillé en Afrique. Aujourd’hui même, plus de 2 700 Cubains sont coopérants civils dans trente-cinq pays africains, dont presque 1 700 sont médecins.

Le peuple et le gouvernement cubains se sentent profondément honorés et fiers de leur fortes relations d’amitié et de coopération avec leurs frères africains et sont absolument convaincus que le Mouvement des pays non alignés pourra atteindre les objectifs importants qu’il s’est fixé avec le soutien des pays africains.

Je souhaite beaucoup de succès à la Onzième Conférence au sommet de l’Union africaine.

Je vous remercie.


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