Première vérité :
L’Organisation des Nations Unies, conçue comme une tribune utile et diverse,
fondée sur le respect de tous et assortie aussi de garanties pour les petits
Etats, n’existe plus depuis l’agression à l’Irak.
Elle vit le pire
moment de ses presque soixante ans. Elle languit. Elle s’essouffle, elle feint,
mais elle ne fonctionne pas.
Qui a ligoté les
Nations Unies, baptisées ainsi par le président Roosevelt ? Le président Bush.
Deuxième vérité :
Les troupes nord-américaines devront se retirer d’Irak.
Maintenant qu’une
camarilla de copains et d’associés a sacrifié en vain la vie de plus de mille
jeunes Nord-Américains au profit de ses sordides intérêts et qu’elle a tué plus
de douze mille Irakiens, il saute aux yeux que la seule issue pour l’occupant,
face à un peuple insurgé, est de reconnaître qu’il est impossible de le dominer
et de se retirer. L’empire a beau avoir le monopole de l’information, les
peuples finissent toujours par savoir la vérité. Les responsables et leurs
complices devront répondre un jour de leurs actes devant l’Histoire et devant
leurs peuples.
Troisième vérité :
Aucune réforme valide, réelle et utile des Nations Unies n’est possible pour le
moment.
Il faudrait pour
cela que la superpuissance, qui a hérité l’immense prérogative de tirer profit
pour elle seule d’un ordre conçu pour un monde bipolaire, renonce à ses
privilèges. Elle ne le fera pas.
Nous savons d’ores
et déjà que l’apanage anachronique du veto se maintiendra, que le Conseil de
sécurité ne pourra pas être démocratisé comme de besoin ni élargi par l’entrée
de pays du tiers monde, que l’Assemblée générale continuera d’être ignorée et
que les Nations Unies continueront de fonctionner au gré des intérêts
qu’imposent la superpuissance et ses alliés. Nous devrons, nous pays alignés,
nous retrancher dans la défense de la Charte des Nations Unies, parce que,
sinon, on finira par la réécrire et en biffer le moindre vestige de principes
tels que l’égalité souveraine des nations, la non-ingérence et le non-recours à
la force ou à la menace de la force.
Quatrième vérité :
Les puissants complotent pour nous diviser.
Nous, les plus de
cent trente pays sous-développés, nous devons édifier un front commun pour
défendre les intérêts sacrés de nos peuples, notre droit au développement et à
la paix. Revitalisons le Mouvement des pays non alignés. Fortifions le Groupe
des 77.
Cinquième vérité :
Les modestes objectifs de la Déclaration du Millénaire ne seront pas atteints.
Nous fêterons le cinquième anniversaire du Sommet dans une situation
pire.
- Nous nous étions
proposés de réduire de moitié, d’ici 2015, la quantité d’indigents existant dans
le monde en 1990, qui se montaient alors à 1 276 000 000, ce qui impliquait une
réduction de plus de 46 millions par an. Or, exception faite de la Chine, 28
millions de personnes de plus sont tombées dans l’indigence de 1990 à 2000. Loin
de diminuer, la pauvreté monte.
- Nous avions voulu
réduire de moitié, d’ici 2005, la quantité d’affamés existant dans le monde en
1990, qui se chiffraient alors à 842 millions, ce qui impliquait une réduction
de 28 millions par an. Or, cette réduction n’a été que 2,1 millions. À ce
rythme, l’humanité n’atteindra cet objectif qu’en 2215, soit deux cents ans
après la date prévue, à supposer, bien entendu, que notre espèce survive à la
destruction de son environnement.
- Nous avions
proclamé notre aspiration de généraliser en 2015 l’enseignement primaire. Or,
plus de 120 millions d’enfants en âge scolaire, soit 1 sur 5, ne vont pas à
l’école primaire. Selon l’Unicef, cet objectif ne sera atteint qu’après 2100 à
ce rythme-là.
- Nous nous étions
proposés de réduire des deux tiers la mortalité infantile chez les moins de cinq
ans. Or, la réduction reste symbolique à ce jour : de 86 décès pour mille
naissances vivantes en 1998, nous sommes passés à 82. Onze millions d’enfants
continuent de mourir tous les ans de maladies qu’on peut prévenir ou guérir,
leurs parents se demandant à juste titre à quoi servent nos réunions…
- Nous avions dit
que nous prêterions attention aux besoins spéciaux de l’Afrique. Or, on a fait
bien peu. Les peuples africains n’ont pas besoin de conseils ni de modèles
étrangers : ils ont besoin de ressources financières, d’accès aux marchés et aux
techniques. Aider l’Afrique n’est pas faire la charité. C’est faire justice,
c’est payer la dette historique que constituent des siècles d’exploitation et de
mise à sac.
- Nous nous étions
engagés à freiner et à commencer d’inverser d’ici 2015 les tendances de
l’épidémie du sida. Or, celle-ci a causé presque trois millions de décès en
2003. À ce rythme, elle aura tué 36 millions de personnes d’ici 2015.
Sixième vérité :
Les pays créanciers et les organismes financiers internationaux ne chercheront
pas de solutions justes et durables à la dette extérieure. Ils nous préfèrent
débiteurs, autrement dit vulnérables. Aussi, bien que nous ayons déjà déboursé
4,1 billions de dollars au titre du service de la dette ces treize dernières
années, notre dette est-elle passée de 1,4 billion de dollars à 2,6 billions.
Bref, nous avons payé le triple de ce que nous devions et notre dette est
pourtant le double.
Septième vérité :
C’est nous, les pays sous-développés, qui finançons le gaspillage et l’opulence
des pays développés. Alors qu’ils nous ont donné en 2003, au titre de l’Aide
publique au développement, 68,4 milliards de dollars, nous leur en avons payé,
nous, au titre de la dette, 436 milliards. Qui aide qui ?
Huitième vérité :
La lutte contre le terrorisme ne peut se remporter que par la coopération entre
toutes les nations et dans le respect du droit international, non par des
bombardements massifs ou par des guerres préventives contre « les trous perdus »
du monde. L’hypocrisie et le « deux poids deux mesures » doivent cesser. Donner
asile aux Etats-Unis à trois terroristes cubains c’est de la complicité avec le
terrorisme. Incarcérer cinq jeunes Cubains pour avoir lutté contre le
terrorisme, punir leurs familles, c’est un crime.
Neuvième vérité :
Le désarmement général et complet, dont le désarmement nucléaire, est
aujourd’hui impossible. La faute en incombe à un petit groupe de pays développés
qui sont les plus gros vendeurs et acheteurs d’armements. Il n’empêche que nous
devons continuer de lutter dans ce but. Nous devons exiger que les plus des 900
milliards de dollars alloués chaque année aux dépenses militaires soient
consacrés au développement.
Dixième vérité : Ce
ne sont pas les ressources financières nécessaires au développement durable de
tous les peuples qui manquent, mais la volonté politique des maîtres du
monde.
Une taxe d’à peine
0,1 p. 100 sur les transactions financières internationales engendrerait presque
400 milliards de dollars par an à consacrer au développement.
L’annulation de
leur dette extérieure permettrait aux pays sous-développés de disposer d’au
moins 436 milliards de dollars par an qu’ils pourraient dès lors consacrer à
leur développement, et non au service de la dette.
Si les pays
développés tenaient leur engagement de consacrer 0,7 p. 100 de leur Produit
national brut à l’Aide publique au développement, leur contribution à ce titre
passerait de 68,4 milliards de dollars à 160 milliards par an.
Je tiens enfin,
Excellences, à exprimer clairement la conviction profonde de Cuba : les 6,4
milliards d’habitants de la planète qui, selon la Charte des Nations Unies, sont
égaux en droit, ont besoin impérativement d’un nouvel ordre au sein duquel ils
ne seront pas tenus en haleine, comme aujourd’hui, par les résultats des
élections dans la nouvelle Rome, des élections auxquelles ne participeront que
la moitié des électeurs et qui auront englouti environ 1,5 milliard de
dollars.
Qu’on ne voie pas
là du découragement de notre part, tant s’en faut. Nous sommes optimistes parce
que révolutionnaires. Nous avons foi dans la lutte des peuples, et nous sommes
sûrs de conquérir un nouvel ordre mondial fondé sur le respect du droit de tous,
un ordre basé sur la solidarité, la justice et la paix, issu du meilleur de la
culture universelle et non de la médiocrité et de la force brutale.
De Cuba, que ni les
blocus ni les menaces ni les ouragans ni les sécheresse ni aucune force humaine
ou naturel ne peuvent écarter de sa route, je ne dirai rien.
Cette Assemblée
générale discutera et votera le 28 octobre prochain, pour la treizième fois, une
résolution relative au blocus appliqué au peuple cubain. Une nouvelle fois, la
morale et les principes vaincront l’arrogance et la force.
Je conclus en
rappelant ce que le président Fidel Castro avait affirmé ici même voilà
vingt-cinq ans :
Le bruit des armes,
du langage menaçant, de l’arrogance dans l’arène internationale doit cesser.
C’en est assez de croire que les problèmes du monde peuvent se régler à coups
d’armes nucléaires ! Les bombes pourront tuer les affamés, les malades, les
illettrés, mais elles ne pourront tuer la faim, les maladies, l’ignorance. Elles
ne peuvent pas non plus tuer la juste rébellion des peuples…
Je vous
remercie.