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NEW YORK, LE 19
SEPTEMBRE 2005
Monsieur le
Président,
En fait, nous
n’avons pas un seul motif de fêter les soixante
ans des Nations Unies. Le monde chaotique,
inéquitable et incertain dans lequel nous vivons
aujourd’hui ne constitue pas précisément un
hommage à ceux qui se sont réunis le 26 juin 1945
à San Francisco pour fonder l’Organisation des
Nations Unies.
Depuis la
conclusion du Sommet du Millénaire, en l’an 2000,
jusqu’à aujourd’hui, des maladies qu’on peut
prévenir ont emporté plus d’enfants dans le monde
que la deuxième guerre mondiale a fait de
victimes.
L’agression
contre l’Iraq a été déclenchée, non seulement
malgré, mais même contre l’opinion de la
communauté internationale. Et cela a eu lieu à
peine deux ans et demi après que nous avons
proclamé solennellement, au Sommet du Millénaire :
« Nous sommes résolus à instaurer une paix juste
et durable dans le monde entier conformément aux
buts et aux principes inscrits dans la Charte. »
L’Assemblée générale n’a même pas pu se réunir
pour en discuter. Le Conseil de sécurité, non
seulement a été ignoré, mais il a dû par-dessus le
marché s’humilier et accepter docilement une
guerre de rapine à laquelle la majorité de ses
membres s’étaient pourtant opposés auparavant.
Il existe une
explication qui coule de source à cet état de
choses : l’ordre transcrit dans la Charte
obéissait à un monde bipolaire et à un équilibre
de forces qui n’existent plus de nos jours. « Nous,
peuples des Nations Unies », comme
l’affirme cette Charte, sommes victimes d’un monde
unipolaire où une seule superpuissance impose ses
caprices et ses intérêts égoïstes aux Nations
Unies et à la communauté internationale.
Prétendre donc
que les Nations Unies fonctionnent selon les buts
et les principes consacrés dans la Charte est une
chimère. C’est impossible. Et ça le sera aussi
longtemps que nous, les peuples du tiers monde,
qui sommes la majorité, nous ne nous unirons pas
et ne lutterons pas de concert pour faire valoir
nos droits.
Si le
gouvernement des Etats-Unis appliquait la
résolution 1373 adoptée par le Conseil de sécurité
le 28 septembre 2001 et les accords internationaux
en matière de terrorisme, il extraderait le
terroriste Luis Posada Carriles au Venezuela et
relaxerait les cinq combattants antiterroristes
cubains auxquels il impose depuis sept ans une
incarcération cruelle et injuste.
Si le
gouvernement des Etats-Unis permettait aux Nations
Unies d’agir selon leur Charte, le peuple iraqien
n’aurait pas été envahi pour se voir voler son
pétrole, le peuple palestinien exercerait sa
souveraineté sur le territoire qui lui appartient
et Cuba ne serait pas victime d’un blocus. On ne
compterait pas non plus un milliard d’analphabètes
et neuf cent millions d’affamés dans le monde.
Tout ceci
explique l’échec du Sommet, qui a été convoqué la
semaine dernière pour évaluer l’application des
modestes engagements pris dans le cadre des
Objectifs du Millénaire pour le développement et
qui s’est conclu comme un lamentable ersatz de ce
qui aurait dû être un débat sérieux et engagé des
graves problèmes que souffre aujourd’hui
l’humanité. Il a été d’un bout à l’autre une
comédie. Il n’intéressait pas les puissants. Dont
les intérêts égoïstes et hégémoniques sont
contraire à l’aspiration d’un monde plus juste et
meilleur pour tous.
Les pressions et
le chantage scandaleux exercés sur les pays
membres, après que l’ambassadeur des Etats-Unis a
brandi le gourdin et tenté d’imposer sept cent
cinquante amendements, passeront à l’histoire
comme la preuve la plus éloquente qu’il faut bâtir
un monde nouveau et de nouvelles Nations Unies, où
sera respecté et reconnu le droit à la paix, à la
souveraineté et au développement pour tous, sans
guerres génocides, sans blocus ni injustices. Les
négociations finales, dont la plupart des membres
des Nations Unies ont été exclus, et le document
final adopté, qui omet des questions vitales pour
nos peuples, sont un témoignage vivant de ce que
je dis.
En attendant
qu’arrive ce moment où ce nouveau monde et ces
nouvelles Nations Unies seront possibles, nous,
peuples, nous continuerons de nous battre et nous
reconquerrons par nos résistances les droits qu’on
foule aujourd’hui aux pieds.
Les puissants ne
savent parler que d’interventions et de guerres
préventives, de conditions léonines, de manières
plus efficaces de contrôler l’ONU, et prétendent
légitimer des concepts, telle la prétendue
« responsabilité de protection », qui pourraient
être employés un jour pour justifier des
agressions contre nos pays.
Disons-le sans
ambages : le droit à la paix n’existe pas
auj0urd’hui pour les petits.
Nous, les
Cubains, nous le comprenons bien et nous pouvons
compter sur la solidarité des peuples et sur nos
poitrines unies et sur nos fusils, qui n’ont
jamais été utilisés que pour défendre des causes
justes. Nos frères d’Afrique le savent
pertinemment.
Nous ne sommes
pas pessimistes. Nous sommes révolutionnaires.
Nous ne nous rendons pas, pas plus que nous
conformons à l’état de fait. Et nous le disons
aujourd’hui, plus sûrs que jamais auparavant :
nous, les peuples, nous vaincrons.
Je vous
remercie.
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