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Felipe Pérez Roque.
Bonjour et merci à tous d’être venus au ministère.
Nous avons convoqué la presse nationale et la presse étrangère accréditée
à La Havane pour faire savoir qu’environ quatre cents émeutiers, profitant
du coup d’Etat survenu au
Venezuela, sont en train d’assiéger l’ambassade cubaine à Caracas. Cette foule
violente est menée par des individus de l’extrême droite cubaine vivant au
Venezuela où ils représentent la
Fondation nationale cubano-américaine et d’autres groupes extrémistes et
terroristes vivant à Miami, aux Etats-Unis.
Ces
extrémistes d’origine cubaine ont été les premiers à arriver devant l’ambassade
cubaine et, profitant du climat de tolérance et d’impunité absolue qui règne en
ce moment, ils ont convoqué d’autres secteurs extrémistes et violents de la
population vénézuélienne qui soutiennent le coup d’Etat, les invitant à briser
les portes de l’ambassade et à y pénétrer.
L’ambassade est actuellement assiégée. L’électricité et l’eau lui ont été
coupées, mais les émeutiers réclament aussi que l’on coupe les
approvisionnements, tandis que des chaînes de télévision privées impliquées dans
les événements d’hier et dans le coup d’Etat contre le gouvernement
constitutionnel lancent des appels insistants à entrer de force dans notre
ambassade.
Notre ambassadeur, Germán Sánchez, a tenté d’entrer en communication avec
le ministère vénézuélien des Affaires étrangères et a même adressé par télécopie
une note diplomatique expliquant ces graves événements, il est aussi entré en
contact avec le maire de cet arrondissement de Caracas, et il a invité ces
autorités à assumer leur responsabilité, qui est de protéger le personnel
diplomatique cubain accrédité dans le pays et les familles. Il n’a pas reçu de
réponse au milieu du chaos généralisé qui règne en ce moment, ni du ministère ni
de la mairie.
Notre
personnel diplomatique a reçu des instructions d’interdire la violation de
l’ambassade. Je tiens à préciser en
toute clarté que si ces émeutiers tentent de pénétrer de force et mettent en
danger les diplomates et de leurs familles, ceux-ci défendront l’ambassade même
au prix de leur vie.
Le
gouvernement cubain responsabilise les putschistes qui tentent de prendre le
pouvoir illégalement par un coup d’Etat de ce qui peut survenir dans l’ambassade
cubaine de Caracas, du sort et des vies des diplomates cubains, de leurs
familles, et des biens de notre siège diplomatique. Ils seront responsables de
ce qui peut survenir, puisque, en violation des conventions internationales et
de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, ils tolèrent ces
actions violentes et extrémistes contre notre personnel accrédité.
Je
répète : si ces émeutiers pénètrent dans l’ambassade cubaine, notre
personnel a reçu des instructions de la défendre même au prix de sa vie.
Autre
point. D’après les nouvelles qui nous parviennent, il est absolument évident
qu’un coup d’Etat a eu lieu hier au Venezuela. Le procureur général de la
République vient d’informer la presse que le président Chávez a été arrêté et
qu’il est retenu de force dans une installation militaire, et qu’il est
absolument faux qu’il ait démissionné. Le procureur a déclaré : « Le
président Chávez n’a pas démissionné. Il n’existe aucun document montré à
l’opinion publique qui prouve la démission du président Chávez. » Par
conséquent, le président Chávez est toujours le président constitutionnel du
Venezuela. Il a été séquestré alors qu’un coup d’Etat est en marche dans le
pays.
Le
procureur général a précisé clairement qu’aux termes de la Constitution, non
seulement celle de 1999, mais même celle de 1961, même si le président
constitutionnel de la République avait décidé de démissionner, il devrait de
toute façon le faire devant l’Assemblée nationale réunie en séance plénière, ce
qui n’a pas eu lieu.
Le
procureur général a dénoncé le fait qu’on lui ait interdit, à lui et à son
personnel, d’entrer en contact avec le président Chávez dont il n’a eu des
nouvelles qu’à travers des sources militaires, qu’à travers des procureurs
militaires qui ont eu accès, eux, à l’endroit où le président constitutionnel du
Venezuela est retenu de force et illégalement.
Le
procureur de la République a encore précisé que si le président constitutionnel
démissionnait – ce qui n’est pas arrivé, je le répète, puisque qu’aucun document
dans ce sens n’a été montré à l’opinion publique qui n’a pas accès au président,
que l’Assemblée nationale devant laquelle, selon la Constitution, il doit
démissionner n’a pas été réunie –
il reviendrait au vice-président de la République, Diosdado Cabello de le
remplacer, puisque le président Chávez n’a pas destitué le vice-président ni son
cabinet. Autrement dit, les
individus qui tentent d’usurper le pouvoir au Venezuela par la force et la
violence violent absolument la Constitution, les fondements de l’Etat de droit
et les clauses de la Charte démocratique interaméricaine adoptée par
l’Organisation des Etats américains.
Le
procureur général a signalé que le président est arrêté arbitrairement, qu’il
n’a signé aucune démission, et que, même s’il avait démissionné lui, et aussi le
vice-président, alors, selon la Constitution, le contrôle du pays incombe au
président de l’Assemblée nationale.
Par
conséquent, les événements qui se déroulent au Venezuela depuis le petit matin
constituent une violation de la Constitution. La junte putschiste qui tente de
se consolider au pouvoir viole donc la Constitution vénézuélienne et les clauses
démocratiques établies dans l’Organisation des Etats américains à laquelle
appartient le Venezuela.
Des
gouverneurs ont dénoncé le coup d’Etat et refusent de reconnaître la légitimité
du pouvoir des putschistes. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés et conduits à
des endroits inconnus au milieu de poursuites et d’une répression auxquelles
participent les forces armées et des individus liés à la junte putschiste qui
vient de s’installer au pouvoir au Venezuela voilà quelques heures à peine.
Cuba
dénonce ce coup d’Etat devant l’opinion publique internationale.
Cuba
responsabilise les putschistes qui tolèrent le siège de son ambassade à Caracas
de ce qu’il peut arriver au personnel diplomatique et aux familles. Cuba réitère
qu’ils sont responsables de toute situation de violence et d’agression
éventuelle contre le personnel diplomatique cubain.
Cuba
réitère que son personnel diplomatique défendra l’ambassade, si ces individus y
pénétraient, même au prix de sa vie et responsabilise les putschistes qui
tolèrent que des secteurs extrémistes appellent à envahir de force l’ambassade
qui, pour le moment, est privée d’électricité et d’eau et qui est totalement
bloquée par ces individus qui agissent en toute impunité.
Le
procureur général a dit qu’il n’existait pas d’Etat constitutionnel au Venezuela
actuellement, qu’il s’agit d’un coup d’Etat par lequel une junte installée de facto tente, en violation de la
Constitution vénézuélienne, de s’approprier le pouvoir.
Nous
tenons à ce que notre peuple, notre opinion publique et en particulier l’opinion
publique internationale connaissent ces graves événements.
Des
questions ?
Lucia
Newman
(CNN). Monsieur le ministre, deux questions. Qu’y a-t-il de vrai dans les
rumeurs ou les informations selon lesquelles la femme du président Chávez est à
Cuba ? Deuxièmement, comment réagissez-vous à l’annonce de Petróleos de
Venezuela que plus une seule goutte de pétrole ne sera livrée désormais à
Cuba ?
Felipe
Pérez Roque.
La femme du président Chávez n’est pas à Cuba.
Petróleos
de Venezuela est dirigé actuellement par un groupe de personnes répondant aux
putschistes qui tentent de se consolider au pouvoir au Venezuela par des moyens
illégaux, par un coup d’Etat, et de contrôler le pays de facto. Cuba ne reconnaît aucune
légitimité aux dirigeants de Petróleos de Venezuela qui répondent aux
putschistes.
Mauricio
Vincent
(El País).
Deux
questions aussi, monsieur le ministre.
Le
président cubain a-t-il pu parler hier soir avec le président vénézuélien avant
son arrestation ?
Cuba
va-t-elle engager une initiative devant un organe international, à l’ONU ou
ailleurs, pour dénoncer cette situation à court terme ?
Felipe
Perez Roque.
Oui,
le président Fidel Castro est entré
en communication au petit matin avec le président Chávez.
Cuba
va demander une réunion des mécanismes internationaux de préservation des
institutions démocratiques et de respect du droit international.
Cuba
va demander une réunion du Bureau de coordination du Mouvement des pays non
alignés, et fait actuellement des démarches avec d’autres pays non alignés pour
que cette réunion se tienne aux Nations Unies.
Cuba
est en train de mettre le secrétaire général des Nations Unies au courant du
siège et de la violence dont son ambassade de Caracas fait l’objet.
Cuba
fait des démarches pour que le Groupe des 77, dont le Venezuela est actuellement
le président, connaisse les graves événements qui ont conduit une junte
putschiste à s’emparer du pouvoir et à tenter de s’y consolider.
Mauricio
Vincent.
Pouvez-vous nous dire de quoi ils ont parlé et ce que Hugo Chávez a dit au
président cubain ?
Felipe
Pérez Roque.
Ça, c’est une autre question. Je peux seulement confirmer qu’ils ont eu une
conversation.
Benito
J. Milanés
(Radio Rebelde).
Une
question et une précision.
La
question : Connaît-on la situation des coopérants cubains au
Venezuela ? Une précision : de quelle manière le personnel
diplomatique cubain défendra-t-il l’ambassade ?
Felipe
Pérez Roque.
Il existe actuellement au Venezuela 1 043 coopérants civils cubains, des
entraîneurs, des médecins, du personnel paramédical, des travailleurs et des
techniciens de l’économie et des services, qui y travaillent en vertu d’un
accord légalement établi entre le gouvernement légitime de la République
bolivarienne du Venezuela et le gouvernement cubain.
Les
nouvelles que nous avions, voilà encore cinq minutes, est que ce personnel est
sain et sauf, en communication permanente avec ses responsables, avec les
personnes qui dirigent la coopération cubaine sur place et avec l’ambassade
cubaine. Nous sommes aussi, de La Havane, en contact permanent avec eux. Ils se
trouvent à des endroits sûrs et ils se sont regroupés. Je ne crois pas que ce
personnel, dont le gros se trouve, non à Caracas, mais en province, soit en
danger.
En
tout cas, nous responsabilisons aussi les autorités putschistes de tout
incident, de toute agression ou de toute provocation contre ces coopérants qui
ont prêté des services très utiles au peuple vénézuélien.
Le
personnel de notre ambassade défendra l’intégrité du siège diplomatique par tous
les moyens à sa portée, en particulier sa vie qui est ce qu’il a de plus
précieux.
Andrea (El Universal).
Si
la situation se maintient, que pensez-vous du fait que Cuba se retrouverait sans
pétrole vénézuélien et quel impact cela aurait-il sur l’économie cubaine et sur
la population ?
Felipe
Pérez Roque.
Pour l’instant, nous nous occupons de la situation immédiate. C’est une question
sur laquelle on pourra revenir ensuite. En tout cas, je suis absolument
convaincu que le Gouvernement révolutionnaire cubain et le peuple cubain sont
prêts à faire face à n’importe quelle situation, même la plus difficile.
N’oubliez pas que nous vivons en Période spéciale depuis plus de dix ans, après
la rupture brutale et inattendue de nos liens commerciaux avec nos partenaires
traditionnels et que notre pays a eu la capacité, le talent et le soutien du
peuple nécessaires pour surmonter de si graves difficultés.
Je
tiens à dire que Cuba attend avec beaucoup d’intérêt et suit avec la plus grande
attention la réaction du Groupe de Rio réuni à San José de Costa Rica, la
réaction de l’Organisation des Etats américains et la réaction des gouvernements
du continent, y compris de celui des Etats-Unis, au sujet de cette rupture
violente de l’ordre démocratique dans un pays du continent. Cuba attend avec le
plus grand intérêt ces réactions-là, et elle espère que les gouvernements de la
région et les institutions régionales et internationales dénonceront le coup
d’Etat qui vient d’avoir lieu au Venezuela et qu’ils réclameront, comme le fait
Cuba, la restitution du gouvernement démocratiquement et constitutionnellement
élu au Venezuela, le retour des autorités vénézuéliennes légitimes, et elle
espère qu’il n’y aura aucune tolérance ni complaisance envers un groupe de
putschistes qui s’est emparé illégalement du contrôle du pays par la force,
surtout à cette époque où l’on parle tant de démocratie et d’institutions
démocratiques et de respect des droits de l’homme.
Journaliste.
Y-a-t-il des fonctionnaires réfugiés dans l’ambassade cubaine ? Le
vice-président Cabello, entre autres ?
Felipe
Pérez Roque.
Aucun Vénézuélien ne s’est réfugié dans notre ambassade à Caracas. Ce sont de
fausses accusations lancées par les meneurs de l’extrême droite cubaine sur
place, faite de terroristes, liée aux secteurs extrémistes de Miami, pour
encourager des voyous vénézuéliens à envahir l’ambassade, à l’assiéger, à la prendre d’assaut. Je
rappelle que notre ambassade est en ce moment sans communications, sans lumière,
sans eau et sans accès à l’extérieur.
Les
voitures du personnel diplomatique garées à l’extérieur ont reçu des coups, et
certaines ont été pratiquement détruites. Nos diplomates et leurs familles
préservent en toute sérénité la vie de tout le personnel et la sécurité des
installations. Nous espérons qu’aucune violence – ce qui serait très grave – ne
sera exercée contre les diplomates cubains et leurs familles, qui jouissent de
l’immunité diplomatique selon toues les conventions internationales en la
matière.
Quoi
d’autre ?
Oscar
Madrid
(ANSA).
Monsieur
le ministre, pensant à d’autres scénarios, si le coup d’Etat se consolide au
Venezuela, quelle serait l’attitude du gouvernement cubain ? Serait-il
prêt, le cas échéant, à offrir l’asile au président Chávez ?
Felipe
Pérez Roque.
Je ne peux imaginer ce scénario : la consolidation d’un coup d’Etat en
Amérique latine au XXIe siècle ! Je ne peux croire que ce soit
possible. J’espère que les pressions internationales des gouvernements de la
région, du gouvernement des Etats-Unis et des autres gouvernements de la région,
j’espère que les pressions du Groupe de Rio, de l’Organisation des Etats
américains, réclamant le respect de la clause correspondante de la Charte
démocratique interaméricaine, empêcheront les putschistes qui usurpent
illégalement le pouvoir au Venezuela de s’y maintenir. Non, je ne peux concevoir
ce genre de scénario. Ce serait une très grave violation et un précédent très
négatif, et un coup terrible à la crédibilité du discours que nous avons entendu
pendant des années sur ce continent en faveur de la démocratie !
J’espère
qu’on ne tolérera pas cette fois-ci, comme on l’a déjà toléré une fois, une
dictature putschiste dans un pays d’Amérique latine. Et je ne peux imaginer ce
scénario : que les gouvernements de la région, que les institutions
démocratiques régionales tolèrent, soutiennent ou reconnaissent un gouvernement
qui, selon le procureur général de la République, est en train de se constituer
illégalement au Venezuela, alors que le président constitutionnel n’a pas
démissionné, mais a été bel et bien arrêté, alors que le vice-président n’a pas
démissionné, alors que les ministres n’ont pas démissionné et n’ont pas été
cassés… Non, c’est un coup d’Etat, c’est un coup de main, et je ne peux imaginer
ce scénario que vous dites.
Au
sujet du président Chávez. Il faut savoir d’abord ce que vont faire les
putschistes. Pour l’instant, il est détenu au secret, alors qu’il est le
président constitutionnel du pays, alors qu’il n’a pas démissionné, alors
qu’aucun document n’existe attestant de sa démission, même si l’on parle
mensongèrement d’une « transition démocratique » au Venezuela…
Cuba
refuse qu’on appelle ce coup d’Etat une « transition
démocratique ». Nous sommes en
présence d’un coup d’Etat, et nous estimons qu’il faut le condamner, et qu’il
faut exiger que les putschistes qui occupent illégalement le pouvoir le rendent
aux autorités constitutionnelles élues démocratiquement par le peuple aux termes
de la Constitution vénézuélienne.
Mery
Murray
(NBC).
Monsieur
le ministre, pouvez-nous dire combien de personnes se trouvent dans l’ambassade
cubaine ? Combien de femmes, combien d’enfants ? Le ministère a-t-il reçu
des demandes d’asile de la part de Vénézuéliens vivant à Cuba ?
Felipe
Pérez Roque. Que je sache, le ministère n’a reçu
aucune demande d’asile.
Le
personnel diplomatique cubain se monte à plusieurs dizaines de personnes. Les
femmes et les enfants sont à l’abri pour le moment dans la résidence de
l’ambassadeur, tandis que l’ambassade en soi est protégée et défendue par un
groupe de fonctionnaires cubains. D’autres proches se trouvent dans l’ambassade,
et nous espérons que leur vie sera préservée et que l’immunité de ce siège
diplomatique sera respectée.
Quoi
d’autre ?
Fonctionnaire
cubain.
C’est la dernière question, Ramírez.
Francisco
Ramírez
(Notimex).
Monsieur
le ministre, dans une situation si instable et si confuse, Cuba a-t-elle des
raisons fondées de craindre pour la vie du président Chávez ?
Felipe
Pérez Roque.
Cuba craint pour la vie du président Chávez qui se trouve en ce moment détenu au
secret, de force, dans une caserne de l’armée.
Cuba
considère que le président Chávez est toujours le président constitutionnel du
Venezuela, juge comme sans fondement la nouvelle selon laquelle il aurait
démissionné et défie les putschistes de présenter la lettre de démission signée
par le président Chávez.
José
L. Ponce
(directeur du CPI). Je vous remercie, monsieur le ministre.
Felipe
Pérez Roque.
Merci aussi à tous.
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