Discours du Ministre des
Affaires Étrangères
Felipe Pérez Roque

 

  

English Español عربي
Politique > Relations Extérieures > Felipe Pérez Roque

 Allocution prononcée par M. Felipe Pérez Roque, Ministre des Relations Extérieures de la République de Cuba, à la Septième Conférence des Ministres de L’information des Pays Non Alignés, sur L’île Margarita (République Bolivarienne du Venezuela), le 3 Juillet 2008

Compañero comandante Hugo Chávez Frías, président de la République bolivarienne du Venezuela ;

Messieurs les Ministres et chefs de délégation des pays membres et observateurs du Mouvement des pays non alignés ;

Messieurs les délégués et invités,

Je remercie la République bolivarienne du Venezuela, au nom de la présidence du Mouvement des pays non alignés, d’avoir accueilli et organisé cette Septième Conférence des ministres de l’Information du Mouvement des pays non alignés.

Cette Conférence offre une excellente occasion d’échanger des expériences et des idées, de concevoir des initiatives et des projets, de débattre et de définir des stratégies et des actions concrètes qui permettent au Mouvement de faire face avec succès à la situation dangereuse et inéquitable que connaissent nos pays en matière d’information et de communications.

L’ordre international injuste et antidémocratique auquel l’on prétend nous soumettre engendre l’abîme qui sépare le Nord et le Sud en ce qui concerne la production et le courant de l’information, ainsi que l’accès à celle-ci. C’est aussi sur lui que repose la violation du droit de nos peuples à recevoir une information véridique et objective, ce qui est là une condition sine qua non de l’exercice de la liberté et de l’autodétermination.

Le contrôle monopolistique de l’information et des communications constitue un facteur stratégique dans les plans de domination impériale. Réclamer un accès à une production autochtone et à un courant d’information vraiment démocratique, responsable et objectif, constitue pour les pays non alignés un objectif auquel ils ne peuvent renoncer.

Il est impératif de lutter pour promouvoir une image objective et juste de la réalité de nos pays. Nous devons exiger la transmission de la vérité. Avancer notre alternative. Défendre nos droits. Le Nouvel Ordre mondial de l’information et des communications, dont on ne parle plus depuis vingt ans, n’est pas une utopie, mais une revendication essentielle de nos peuples qui est plus actuelle que jamais.

La concentration et la  transnationalisation croissantes de la propriété des médias les plus importants et le contrôle de la publicité – dont le chiffre d’affaires atteint d’ores et déjà un billion de dollars par an – imposent à l’opinion publique une opinion préfabriquée. Les médias, qui fabriquent la vérité plutôt qu’ils ne la recherchent, sont devenus indépendants du public pour ne plus dépendre que de leurs promoteurs publicitaires. Plus de 90 p. 100 des nouvelles proviennent d’un groupe réduit de sociétés transnationales. Les propriétaires diminuent, et par voie de conséquence, la diversité des sources d’information en fait autant.

Nous sommes constamment bombardés de fausses allégations fabriquées contre des pays de notre Mouvement. Ce que nous faisons est bien souvent dénaturé ou simplement passé sous silence. Le mensonge devient pain quotidien. On tente d’interpréter et d’écrire l’histoire selon la perspective des puissants. On prétend justifier la discrimination et la xénophobie. On provoque des réflexes conditionnés par l’intermédiaire des médias. On convertit les victimes en bourreaux. On colle des étiquettes et on crée des stéréotypes à volonté. On idiotise et on ment.

La manipulation politique de l’information et la complicité des médias atteignent des sommets. On orchestre des campagnes financées à coups de millions et de ressources les plus sophistiquées. Il s’agit là bel et bien d’un terrorisme médiatique, l’arme du XXIe siècle la plus efficace aux mains des puissants.

Cuba en connaît bien les effets. Depuis presque cinquante ans, elle a dû faire face aussi à l’agression radiophonique en violation des normes du droit international : elle est bombardée depuis les Etats-Unis, chaque semaine, de presque 2 000 heures sur trente fréquences de la part de dix-neuf émetteurs. Ces émissions, qui provoquent des interférences préjudiciables à nos services nationaux, lancent des appels à la violence et à l’assassinat, falsifient et dénaturent les faits, encouragent à la destruction de l’ordre constitutionnel légitimement en place et entériné par le peuple cubain.

Il n’empêche que Cuba est placée par l’Unesco au premier rang pour la qualité de son éducation, enseigne massivement l’utilisation de l’ordinateur à sa population et met au point des méthodes d’alphabétisation qui recourent à ces technologies, ce qui a permis au Venezuela de se déclarer Territoire sans analphabétisme, tandis que la Bolivie le fera en décembre de cette année-ci.

Par ailleurs, face à une crise énergétique et alimentaire de portée mondiale, l’on continue de promouvoir en toute irresponsabilité l’idée de l’hyperconsommation comme synonyme de bien-être. Les journaux parlés et télévisés, les espaces publicitaires et pratiquement l’ensemble de l’industrie dite de la distraction imposent un modèle unique de société, qui saccage l’environnement et appauvrit des majorités, tout en diabolisant toute solution de rechange à l’ordre en place.

Comment pourrait-on atteindre l’objectif d’une société informée, participative et non discriminatoire alors que presque 800 millions d’habitants des pays sous-développés sont toujours analphabètes et que 80 millions d’enfants ne vont pas à l’école ? Il n’existe aucune technologie miraculeuse qui permettra de supprimer la pauvreté et le sous-développement. Pour cela, il faut changer l’ordre mondial. Il y faut aussi la volonté politique de ceux qui, non contents d’être les bénéficiaires de cette situation injuste et insupportable, disposent des ressources qu’ils dilapident aujourd’hui en armes, en luxes et en extravagances.

L’ordre économique international dont les effets néfastes sont aggravés par ceux de la mondialisation néo-libérale, interdit de réduire la fracture numérique qui ne cesse de s’agrandir et d’aggraver l’inégalité et la polarisation bien-être/pauvreté.

L’Internet offre la possibilité de faire connaître à bas coûts les informations que les médias dominants occultent. Mais ne nous leurrons pas : l’Internet est aussi envahi par les grandes sociétés.

La différence abyssale en matière d’accès à l’Internet entre les nations du Sud et celles du Nord nous situe de nouveau en position désavantageuse. De nos jours, plus de la moitié des internautes du monde vivent aux USA et en Europe, bien que leurs populations ne représentent que le sixième du total mondial. Ils sont aussi les propriétaires des trois quarts de l’infrastructure de l’Internet. La démocratisation de la gouvernance de l’Internet reste bloquée. Le gros des contenus circulant dans le cyberespace est élaboré dans le Nord, et 95 p. 100 dans seulement dix langues. Il est impératif de placer l’Internet sous la gestion d’une institution multilatérale et démocratique qui promeuve la coopération internationale et garantisse un accès égalitaire à toutes les nations.

Qui plus est, les grandes puissances recourent toujours plus aux technologies de l’information et des communications pour épier nos pays et faire la guerre. De grands réseaux de renseignement électronique, dont Echelon est le plus connu, opèrent de connivence avec les grandes sociétés transnationales. Par ailleurs, l’utilisation de ces technologies en vue de la prolifération des armes nucléaires, ne peut être qu’extrêmement inquiétante. Alors que les pays non alignés oeuvrent en vue du désarmement général et complet, notamment du désarmement nucléaire, les Etats-Unis viennent d’annoncer voilà deux semaines la mise en marche d’un superordinateur qui sera consacré au maintien de leur arsenal nucléaire et à la consolidation de leur hégémonie militaire.

Par-dessus le marché, selon les propos du colonel Charles W. Williamson, parus dans l’Armed Forces Journal, « les USA ont besoin (…) de se doter d’un réseau robotique des forces aériennes et de l’armée capable d’envoyer des volumes faramineux de données aux ordinateurs cible pour empêcher la communication entre eux et pour les rendre inopérables afin que nos adversaires n’aient à leur disposition qu’un tas de métal et de plastique. Les Etats‑Unis doivent être capables d’effectuer des bombardements prolongés et systématiques dans le cyberspace ».


 

Excellences

Le Mouvement des pays non alignés doit œuvrer bien plus dans le domaine de l’information afin d’exécuter le mandat que nos chefs d’Etat et de gouvernement nous ont confié au Sommet de La Havane.

Nous devons absolument travailler unis et concerter des actions aussi bien pour relancer la lutte pour un nouvel ordre international de l’information et des communications que pour proposer des visions alternatives par rapport à celles qu’on nous impose.

J’en profite pour reconnaître les efforts consentis par la Malaisie pour relancer le Réseau de nouvelles du Mouvement des pays non alignés et des Organisations de radiodiffusion des pays non alignés qui ont permis d’accroître le courant d’information sur et depuis nos pays.

Il est urgent d’articuler des projets multinationaux aux échelons régional et international. L’expérience de Telesur, née à l’initiative du président Chávez et impulsée par plusieurs gouvernements latino-américains, prouve qu’il est possible de construire une alternative. La télévision Al-Jazeera, menacée d’être bombardée, est un autre exemple. Il faut aussi stimuler des initiatives comme le Fonds de solidarité numérique en vue de financer la réduction de la fracture numérique.

Joignons nos forces pour défendre notre droit à la vérité, à un ordre international juste et équitable et à la solidarité internationale.

Travaillons à cette Septième Conférence des ministres de l’Information du Mouvement des pays non alignés en étant convaincus que, même si le défi est grand, notre détermination est supérieure.

Oui, nous pouvons lutter et nous le ferons.

Je vous  remercie.


Imprimer Envoyer à un ami Retour Votre opinion Fermer Haut de page