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(Révision et correction faites par son propre
auteur, en respectant intégralement les idées
exprimées dans son discours)
Chers
étudiants et professeurs de toutes les universités
cubaines ;
Chers
compañeros dirigeants et autres invités qui
avaient partagé avec moi tant d’années de lutte,
Voila
venu le moment le plus difficile, celui où je dois
dire quelques mots dans ce Grand Amphi où tant de
mots ont déjà dit. Un monde d’idées me vient à
l’esprit, et c’est logique. Tant de temps s’est
écoulé…
Vous avez été très aimables de
rappeler ce jour très spécial, le soixantième
anniversaire de ma timide entrée à cette
université.
Je regardais une photo de l’époque. La
veste ; l’expression du visage, mais je ne saurais
dire si elle est de quelqu’un de fâché, ou de
méchant, ou de bon, ou d’indigné, parce que la
photo a été prise non le premier jour, mais
quelques mois après, il me semble, que je
commençais à réagir à tant de choses comme celles
que je constatais. Je n’avais pas une pensée
formée, tant s’en faut, c’était une pensée avide
d’idées, mais aussi d’envie de connaître ; un
esprit peut-être rebelle, plein d’ambitions,
d’ambitions non révolutionnaires, mais en tout cas
d’ambitions et d’énergie, et peut-être aussi
d’envie de lutter.
J’avais été sportif, j’avais escaladé
des montagnes. On m’avait même converti, je ne
sais pas pourquoi, en une espèce de scout, une
sorte de lieutenant et ensuite, plus tard, de
général scout. Si bien que quand j’étais lycéen,
on m’avait donné des grades bien plus élevés que
ceux que j’ai aujourd’hui (rires), parce
qu’après je n’ai été que simple commandant. Quant
à ce grade de commandant en chef, ça ne voulait
dire que chef de cette petite troupe d’à peine
quatre-vingt-deux hommes qui ont débarqué du
Granma.
Cette appellation est venue après le
débarquement du 2 décembre 1956. Quelqu’un devait
bien être chef des quatre-vingt-deux, et le « en »
est venu après. De commandant chef, je suis devenu
commandant en chef à l’époque où il y avait déjà
d’autres commandants, qui avait été le grade le
plus élevé pendant bien longtemps. Je me souvenais
de tout ça. Il faut bien penser à ce qu’on était,
à ce qu’on pensait, à ce qu’on éprouvait comme
sentiments.
Des circonstances spéciales de ma vie
m’ont peut-être fait réagir. Très tôt, ma vie n’a
pas été facile, et c’est peut-être pour ça que
j’ai développé ce métier de rebelle.
On parle de rebelles sans cause. En
tout cas, il me semble me rappeler que j’étais au
contraire un rebelle avec de nombreuses causes, et
je remercie la vie d’avoir pu continuer d’être,
tout au long de mon existence, rebelle, même
aujourd’hui, et peut-être avec encore plus de
raisons qu’avant, parce que j’ai plus d’idées,
plus d’expérience, parce que j’ai beaucoup appris
de ma propre lutte, parce que j’ai bien mieux
compris cette terre où je suis né et ce monde où
nous vivons, aujourd’hui mondialisé et à un moment
décisif de son évolution. Je n’oserais pas dire un
moment décisif de son histoire, parce que celle-ci
est bien plus brève. Elle est vraiment infime par
rapport à la vie d’une espèce qui, tout récemment,
voilà trois ou quatre ou cinq mille ans, a
commencé à faire ses premiers pas après sa longue
et sa brève évolution. Je dis « longue et brève »
parce que l’homme a évolué pour devenir un être
pensant peut-être en quelques centaines de
milliers d’années, après que la vie soit apparue
sur cette planète selon les connaisseurs, si je ne
me trompe pas, voilà un milliard ou un milliard et
demie d’années. La vie est d’abord apparue, puis
des millions d’espèces. Et nous ne sommes que ça,
une de beaucoup d’espèces qui sont apparues sur
cette planète. Voilà pourquoi je dis que c’est au
terme d’une vie brève et à la fois longue que nous
sommes arrivés à cette minute-ci, à ce
millénaire-ci dont on dit qu’il est le troisième
de l’ère chrétienne.
Pourquoi est-ce que je tourne tant
autour de cette idée ? Parce que j’ose affirmer
que cette espèce-ci court vraiment le danger de
s’éteindre, et nul ne pourrait assurer, écoutez
bien, nul ne pourrait assurer qu’elle survive à ce
danger.
Que l’espèce ne survivra pas, c’est
quelque chose dont on a parlé voilà deux mille
ans. Je me rappelle quand j’étais à l’école avoir
entendu parler de l’Apocalypse, prophétisé dans la
Bible, un peu comme ci, voilà deux mille ans,
certains s’étaient rendus compte que cette chétive
espèce pouvait disparaître un jour.
Les marxistes aussi, bien entendu. Je
me souviens très bien d’un livre d’Engels,
Dialectique de la nature, où il dit que
le Soleil s’éteindrait un jour, que le combustible
qui alimente le feu de cette étoile qui nous
éclaire s’épuiserait et que la lumière du Soleil
cesserait d’exister. Et alors je me pose une
question que vous vous êtes posés vous-mêmes un
jour, ou vos professeurs, ou des milliers et des
centaines de milliers comme vous : notre espèce
sera-t-elle capable ou non d’émigrer vers un autre
système solaire ?
Vous ne vous l’êtes jamais posé ? Eh
bien, un jour ou l’autre, vous vous la poserez,
parce qu’on se pose bien des questions tout au
long de sa vie, surtout quand il existe une raison
de se la poser. Et je crois que l’homme n’a jamais
plus de raisons de se la poser. En effet, si cette
homme qui était marxiste s’est posé la question de
la disparition de la chaleur et de la lumière du
Soleil, et a pensé comme scientifique que le
système solaire cesserait un jour d’exister, nous
aussi, en tant que révolutionnaires, et en faisant
voler notre imagination, nous devons nous demander
ce qu’il arrivera et s’il existe un petit espoir
que cette espèce-ci s’échappe en direction d’un
autre système solaire où la vie existe ou peut
exister. Tout ce que nous savons à présent, c’est
qu’il existe un
Soleil à quatre années-lumière parmi les centaines
de milliards de soleils existant dans cet énorme
espace dont nous ne savons encore trop bien s’il
est fini ou infini.
D’après nos maigres connaissances en
physique, en mathématique, en lumière et en
vitesse de la lumière, d’après ceux qui voyagent
vers les planètes les plus proches où ils ne
trouvent rien, et ceux qui voyageront vers Vénus –
qui était à l’époque des Romains la déesse de
l’Amour – et ceux qui auront le privilège d’y
arriver, on se retrouvera en face de cyclones qui
sont je ne sais combien de centaines de fois pires
que Katrina, que Rita, ou que Michelle ou que
Mitch et tous les autres qui nous frappent avec
toujours plus de violence. On dit en effet que la
température sur Vénus est de 400º, et qu’il y a
des masses d’air ou d’atmosphère lourde en
mouvement constant.
Ceux qui sont allés sur Mars, dont on
disait que c’était un petit endroit où la vie a
peut-être existé – Chávez blague à ce sujet en
affirmant que la vie y a peut-être existé – et a
disparu cherchent une particule d’oxygène ou tout
autre indice de vie. Bien des choses ont pu se
passer, mais le plus probable c’est qu’aucune vie
développée n’ait jamais existé sur aucune de ces
planètes. L’ensemble de facteurs qui ont rendu la
vie possible a joué au bout de milliards d’années
sur la planète Terre. Cette vie fragile n’a pu se
développer que dans des fourchettes de
températures limitées, entre quelques degrés en
dessous de zéro et quelques degrés au-dessus de
zéro ; car personne ne survit dans une eau à une
température de 60º et la mort surviendrait au bout
de vingt secondes, et il suffirait de quelques
dizaines de degrés en dessous de zéro, sans
chaleur artificielle, pour que personne ne
survive. La vie a surgi dans des marges de
températures limitées.
Si je parle de la vie, c’est parce que
quand on parle d’universités, on parle de vie.
Qui êtes-vous ? Si vous me posiez la
question, je dirai que vous êtes la vie, que vous
êtes des symboles de la vie.
Nous avons évoqué ici des événements
de nos vies, de notre université, de notre Alma
Mater, nous avons évoqué ceux d’entre nous qui
y sommes entrés voilà des dizaines d’années et
ceux qui y sont aujourd’hui, qui sont maintenant
en première année ou sur le point de se diplômer,
ou certains qui sont déjà diplômés et qui
remplissent des fonctions que d’autres, moins
expérimentés, ne pourraient pas réaliser.
J’essayais de me rappeler comment
étaient ces universités-là, à quoi nous nous
consacrions, de quoi nous nous inquiétons. Nous
nous inquiétons de cette île, de cette petite île.
On ne parlait pas encore de mondialisation, la
télévision n’existait pas, l’Internet non plus,
pas plus que les communications instantanées d’un
bout à l’autre de la planète, c’est à peine s’il y
avait le téléphone et peut-être quelques avions à
hélice.
En tout cas, à l’époque, vers 1945,
nos avions de passagers arrivaient à peine à Miami
et encore avec bien du mal. Même si j’entendais
parler quand j’étais écolier du voyage de Barberán
et Collar. À Birán, on disait : « Barberán et
Collar sont passés par ici. » C’étaient deux
pilotes espagnols qui avaient traversé
l’Atlantique et avaient poursuivi jusqu’au
Mexique. Après, on n’en a plus entendu parler. On
discute encore de l’endroit où ils se sont
écrasés : en mer entre Pinar del Río et le
Mexique, ou au Yucatán, ou ailleurs… En tout cas,
on n’a plus jamais rien su d’eux, mais ils avaient
eu en tout cas l’audace de traverser l’Atlantique
sur un petit avion à hélice qu’on venait juste
d’inventer. C’est au début du siècle dernier que
l’aviation a vu le jour.
Une guerre terrible venait juste de se
terminer qui a coûté environ cinquante millions de
morts. Je parle de 1945, l’année où je suis entré
à l’université, le 4 septembre. Oui, parce que
c’est le 4 septembre que j’y suis entrée, mais
vous avez pris ensuite la liberté de fêter cet
anniversaire n’importe quel jour, le 4 ou le 17 ou
même en novembre, comme aujourd’hui. Il y a tant
de commémoraisons que vous ne pourriez pas
organiser tant de cérémonies, ni moi y assister,
et j’aurais énormément regretté de ne pas pouvoir
assister à une cérémonie à laquelle vous m’auriez
invité, comme celle-ci dans ce Grand Amphi.
En fait, j’ai beaucoup de réunions
tous les jours, je bavarde tous les jours des
heures et des heures avec les gens, en particulier
de jeunes, d’étudiants, ou avec les brigades
médicales qui partent remplir de glorieuses
missions qui presque personne d’autre n’est
capable de remplir dans ce monde dont j’ai parlé.
En effet, aucun autre pays ne pourrait envoyer un
millier de médecins à un peuple frère d’Amérique
centrale, ou encore les médecins qui sont en train
de se battre contre la douleur et la mort, face à
la pire tragédie naturelle jamais survenue dans un
pays.
J’ai conversé avec chacune de ces
brigades, une par une, je leur ai dit adieu. Avec
celles qui sont parties à l’autre bout du monde, à
dix-huit heures de vol, où est survenue une des
plus grandes tragédies humaines que notre monde a
connues depuis bien longtemps, je ne me souviens
d’aucune autre de ce genre, à cause de l’endroit
où elle a eu lieu, des gens modestes qu’elle a
frappés, des bergers vivant sur des montagnes très
élevés, à la veille d’un hiver qui s’annonce très
rigoureux, à un endroit de très grand misère, face
à l’insensibilité du monde.
Oui, d’un monde insensible capable de
dépenser un billion de dollars tous les ans en
publicité pour se payer la tête de l’immense
majorité de l’humanité – qui paie en plus les
mensonges qu’on lui raconte ! – transformant les
gens en des gens auxquels on enlève la capacité de
penser, parce qu’on leur fait consommer du savon,
par exemple, qui est le même savon sous dix
marques différentes. Et il faut bien tromper les
gens, n’est-ce pas, pour qu’ils puissent payer ce
billion de dollars… Ce ne sont pas les compagnies,
en effet, qui le paient, ce sont les gens qui le
paient en achetant les produits vantés par la pub.
Oui, d’un monde insensible capable de dépenser
aussi un billion de dollars tous les ans – et ça
fait donc deux billions – en objectifs de
caractère militaire. Oui, d’un monde insensible
qui tire des masses appauvries, de l’immense
majorité de la population de la planète plusieurs
billions de dollars par an, et qui reste
indifférent quand on lui dit qu’il y a un endroit
où environ cent mille personnes sont mortes, dont
peut-être de vingt-cinq à trente mille enfants, où
plus de cent mille personnes sont blessées, la
grande majorité atteinte de fractures des os des
membres supérieurs et inférieurs, dont on a dû
opérer au maximum environ 10 p. 100, où des
enfants sont mutilés, et des jeunes, des femmes,
des femmes, des personnes âgées…
Non, ce monde qui nous entoure n’est
pas un monde plein de bonté, mais un monde plein
d’égoïsme ; ce n’est pas un monde plein de
justice, mais un monde plein d’exploitation,
d’abus, de pillage, où des millions d’enfants
meurent tous les ans alors qu’ils pourraient se
sauver, tout simplement parce qu’il leur manque
quelques centimes de médicaments, un peu de
vitamines et de sels minéraux, et quelques dollars
d’aliments, juste assez pour pouvoir survivre.
L’injustice en tue chaque année presque autant que
la guerre colossale dont je viens de parler a fait
de victimes.
Quel monde que le nôtre ! Quel monde
que le nôtre où un empire barbare proclame son
droit d’attaquer par surprise et à titre préventif
une soixantaine de pays du monde ou plus, qui est
capable de porter la mort à n’importe quel coin du
monde en recourant aux armes et aux techniques de
mort les plus perfectionnées ! Un monde où règne
la loi de la brutalité et de la force, où il
existe des centaines de bases militaires un peu
partout, dont une sur notre terre à nous, quand
l’empire y est intervenu alors que le pouvoir
colonial espagnol ne pouvait plus résister et que
des centaines de milliers des meilleurs fils de ce
peuple, qui ne comptait alors qu’un million
d’habitants, avaient déjà péri dans une longue
guerre d’une trentaine d’années ; et cet empire
nous a imposé ensuite en traître l’amendement
Platt, un amendement répugnant en vertu d’une
résolution tout aussi répugnante qui lui donnait
le droit d’intervenir chez nous chaque fois que
l’ordre, selon lui, n’y régnait pas. Plus d’un
siècle s’est écoulé, et l’empire occupe toujours
par la force cette base-là.
Qui est devenue la honte et
l’épouvante du monde ! Parce qu’elle est devenue
un antre de tortures, où sont enfermées des
centaines de personnes, séquestrées un peu partout
dans le monde. L’empire ne les amène pas chez lui,
parce qu’il peut exister des lois qui lui
causerait des difficultés pour maintenir
séquestrés de force, dans la plus totale
illégalité, des années durant, sans la moindre
démarche, sans le moindre droit, sans la moindre
procédure, ces hommes qui, au grand étonnement de
la planète, ont été soumis de plus à des tortures
sadiques et brutales. Et le monde l’a appris quand
on a découvert en Irak une prison où l’on
torturait des centaines de prisonniers du pays
envahi par l’empire de tout son pouvoir colossal
et où des centaines de milliers des civils
irakiens ont perdu la vie.
On découvre tous les jours des choses
nouvelles. On a appris tout récemment que
l’administration étasunienne disposait de prisons
secrètes dans les pays satellites d’Europe de
l’Est, dont les gouvernements votent à Genève
contre Cuba et l’accusent de violations des droits
de l’homme. Or, notre pays n’a jamais connu un
seul centre de torture en quarante-six ans de
Révolution ; notre Révolution n’a jamais violé
cette tradition sans précédent dans l’histoire :
jamais personne n’a été torturé – que je sache.
Nous ne serions d’ailleurs pas les seuls à
empêcher ce genre de choses, notre peuple le
ferait aussi, parce qu’il se fait une très haute
idée de la dignité humaine.
Qui de nous, qui de vous, qui de nos
compatriotes admettrait tout bonnement qu’un
citoyen puisse être torturé ? Et ce, malgré les
milliers d’actes de barbarie et de terrorisme
commis contre notre pays, malgré les milliers de
victimes causés par l’agression de cet empire qui
nous impose un blocus depuis plus de quarante-cinq
ans et qui tente de nous étouffer par tous les
moyens… Et ces gens-là ont le front, comme le
disait récemment l’un d’eux en face, après le vote
écrasant de l’Assemblée générale des Nations Unies
de la résolution contre le blocus, 182 voix pour,
une seule abstention, dont les difficultés sont
les resultats de notre échec. grand complice de ce
bandit, à savoir l’Etat pro-nazi d’Israël qui
soutient … Oui, il faut le dire : les dirigeants
de ce pays commettent leurs crimes au nom d’un
peuple qui a souffert de persécutions dans le
monde pendant plus de mille cinq cents ans et qui
a été victime des crimes les plus atroces lors de
la deuxième guerre mondiale, au nom du peuple
israélien qui n’est absolument pas coupable de ce
génocide sauvage que ce gouvernement au service de
l’empire commet contre le peuple palestinien, un
autre Holocauste, et qui proclame même son droit
d’attaquer d’autres pays par surprise et à titre
préventif.
Aujourd’hui même, l’Empire menace
d’attaquer l’Iran si celui-ci produit du
combustible nucléaire. Le combustible nucléaire,
ce ne sont pas des armes atomiques, ce ne sont pas
des bombes atomiques. Prohiber à un pays de
produire le combustible de l’avenir, ça revient à
vous interdire de chercher du pétrole, qui est le
combustible du présent et qui s’épuisera
physiquement en peu de temps. À quel pays du monde
interdit-on de chercher du combustible, du
charbon, du gaz, du pétrole ?
Nous connaissons bien l’Iran, un pays
de soixante-dix millions d’habitants qui se
propose de se développer industriellement et qui
pense tout à fait raisonnablement que c’est un
grand crime de compromettre ses réserves de gaz ou
de pétrole pour pouvoir produire les milliards de
kilowatts-heure qu’exige son développement
industriel, surtout avec l’urgence que réclame un
pays du tiers monde. Et voilà que l’Empire veut le
lui interdire et menace de le bombarder. Si bien
qu’on discute dans l’arène internationale à quel
jour ou à quelle heure ça se fera, si ce sera
l’Empire qui le fera, ou s’il utilisera, comme il
l’a fait en Iraq, son satellite israélien pour
bombarder de manière préventive et par surprise
les centres de recherche iraniens qui mettent au
point la technique de production du combustible
nucléaire.
D’ici à trente ans, il n’y aura plus
de pétrole, dont 80 p. 100 sont maintenant aux
mains de pays du tiers monde, puisque les autres
pays ont épuisé le leur, entre autres les
Etats-Unis qui a eu d’immenses réserves de pétrole
et de gaz dont il ne reste plus que pour quelques
années, ce qui explique pourquoi ils s’efforcent
de s’assurer la possession de pétrole dans
n’importe quelle partie de la planète et de la
façon que ce soit. En tout cas, cette source
d’énergie sera épuisée d’ici vingt-cinq à trente
ans, et il ne restera plus qu’une seule source
fondamentale pour la production massive
d’électricité, en plus de l’énergie solaire, de
l’énergie éolienne, etc. : l’énergie nucléaire.
Il est encore lointain le jour où
l’hydrogène, car les processus technologiques en
sont encore à leurs balbutiements, pourrait
devenir une source plus adéquate de combustible
sans lequel l’humanité ne pourrait vivre, car elle
a atteint des niveaux de développement technique
déterminés. C’est déjà un problème actuel.
Notre ministre des Relations
extérieures vient de répondre à l’invitation de
l’Iran, dans la mesure où Cuba sera le siège, l’an
prochain, de la prochaine conférence au sommet des
pays non alignés, et où cette nation-là réclame le
droit de produire du combustible nucléaire comme
n’importe quelle nation industrielle, sans avoir à
épuiser ses réserves d’une autre matière première
qui sert à produire non seulement de l’énergie,
mais de nombreux autres produits, des engrais, des
textiles, une foule de choses d’usage universel.
Voilà comment va le monde ! Et on
verra bien ce qu’il se passera s’ils se mettent à
bombarder l’Iran pour détruire des installations
qui lui permettent de produire du combustible
nucléaire.
L’Iran a signé le traité de
non-prolifération nucléaire, tout comme Cuba. Nous
n’avons jamais parlé de la possibilité de
fabriquer des armes nucléaires, parce que nous
n’en avons pas besoin. Et à supposer que nous en
ayons besoin, combien cela coûterait-il de les
produire, et qu’est-ce que nous ferions d’une arme
nucléaire face à un ennemi qui en possède des
milliers ? Ce serait entrer dans le jeu des
affrontements atomiques.
Nous possédons un autre genre d’armes
nucléaires : nos idées. Oui, nous possédons bel et
bien des armes nucléaires : la grandeur de la
justice pour laquelle nous nous battons. Oui, nous
possédons des armes nucléaires : nos armes morales
qui sont invincibles. Voilà pourquoi nous n’avons
jamais eu l’idée de fabriquer d’autres armes, par
exemple des armes biologiques. À quoi bon ? Des
armes, oui, pour combattre la mort, pour combattre
le sida, pour combattre les maladies, pour
combattre le cancer. Voilà à quoi nous consacrons
nos ressources, même si le bandit des grands
chemins – je ne me rappelle même plus comment
s’appelait cet individu, Bordon, ou Bolton, un
archimenteur, un super-impudent, qui est
maintenant rien moins que représentant des USA aux
Nations Unies ! – avait osé inventer que le Centre
de génie génétique de Cuba faisait des recherches
pour mettre au point de armes biologiques.
L’Empire nous a aussi accusé de
collaborer avec l’Iran, de lui transférer des
techniques dans ce but, alors que ce que nous
sommes en train de bâtir entre les deux pays,
c’est une usine de produits contre le cancer. Et
il veut aussi l’interdire… Qu’ils aillent au
diable, tous ces gens-là, ou là où ils veulent !
Comment peut-on être aussi crétins ! Comme s’ils
allaient nous faire peur ! (Applaudissements.)
Comment peut-on être aussi menteurs,
aussi impudents ! Jusqu’à la CIA savait que
c’était un mensonge ce qui disait alors celui qui
est maintenant le représentant de l’administration
étasunienne aux Nations Unies, qui avait même
contraint un de ses subalternes à démissionner
parce que celui-ci avait dit que c’était un
mensonge, et des fonctionnaires du département
d’Etat avaient aussi constaté que c’était faux, et
cet individu était fou furieux, prêt à s’en
prendre à tous ceux qui disaient la vérité. Voyez
donc un peu qui est le représentant de Bush devant
la communauté des nations, dont cent
quatre-vingt-deux viennent de voter contre
l’infâme blocus. Voilà le monde où ces gens-là
prétendent régner en maître par la force et par
leurs mensonges et par leur monopole quasi total
des médias. Voyez un peu quel genre de batailles
se livre aujourd’hui. Et Bush a nommé cet individu
contre la volonté du Congrès, bien que le monde
entier sache qu’il s’agit d’un insolent et d’un
menteur répugnant.
Le gentleman qui gouverne les
Etats-Unis, on lui découvre tous les jours quelque
chose de nouveau, un nouveau truc, un nouveau
crime, une nouvelle scélératesse, de lui ou des
membres de son administration, et ils tombent un
par un comme des pommes pourris, pourrait-on dire,
en faisant un peu de bruit. Il ne reste plus
grand-chose sur le pommier, mais ils continuent de
faire des insanités.
Je vous parlais de prisons secrètes
dans plusieurs pays où l’on envoie les prisonniers
sous prétexte de la guerre contre le terrorisme.
Plus seulement à Abou Ghraib, plus seulement à
Guantánamo. On découvre maintenant partout dans le
monde des prisons secrètes où les défenseurs des
droits de l’homme torturent : ce sont les mêmes
qu’on retrouve à Genève votant à la queue leu leu,
comme des moutons, contre Cuba, le pays qui ne
connaît pas la torture, ce qui est tout à
l’honneur et à la gloire de cette génération, à
l’honneur et à la gloire de cette Révolution, à
l’honneur et à la gloire d’un pays qui se bat pour
la justice, pour l’indépendance, pour la dignité
humaine, et qui doit préserver sans tache sa
pureté et sa dignité ! (Applaudissements.)
Mais ce n’est pas tout. On a appris ce
matin que l’empire avait utilisé du phosphore
blanc sur Falloudjah, quand il a constaté qu’il ne
parvenait pas à vaincre un peuple pratiquement
désarmé, au point que les envahisseurs ne
pouvaient ni partir ni rester : s’ils partaient,
les combattants rebelles revenaient ; s’ils
restaient, ils ne pouvaient envoyer ces troupes
ailleurs où ils en avaient besoin. Plus de deux
mille jeunes soldats étatsuniens sont déjà morts,
et certains se demandent : jusqu’à quand
continueront-ils de mourir dans une guerre
injuste, justifiée, qui plus est, par de grossiers
mensonges ?
Car n’allez pas croire que l’Empire
dispose de réserves de soldats abondantes, car
toujours moins d’Etasuniens s’enrôlent. Il a donc
dû transformer l’enrôlement en une source
d’emploi, engager des chômeurs, et il tente bien
souvent d’engager le plus grand nombre possible de
Afro-américains dans ses guerres injustes. Mais on
finit par apprendre que toujours moins de Noirs
sont disposés à s’engager dans l’armée, malgré le
chômage et la marginalisation dont ils sont
victimes, parce qu’ils sont conscients qu’on les
utilise comme de la chair à canon. Après avoir
crié « sauve qui peut », le gouvernement a
abandonné dans les ghettos de Louisiane des
milliers de citoyens qui ont perdu la vie en se
noyant ou dans les foyers de vieux ou dans les
hôpitaux, au point que certains ont même été
victimes d’euthanasie de la part du personnel
médical qui craignait de les voir mourir noyés. Ce
sont des histoires vraies sur lesquelles il
faudrait méditer.
L’Empire a besoin de Latinos,
d’émigrants, et ceux-ci, pour tenter d’échapper à
la faim, franchissent la frontière mexicaine. Plus
de cinq cents meurent chaque année en tentant de
franchir la frontière, autrement dit bien plus en
douze mois que ceux qui sont morts en vingt-huit
ans au fameux mur de Berlin.
L’Empire parlait tous les jours du mur
de Berlin. Mais pas un mot de celui qui se dresse
entre le Mexique et les USA, où plus de cinq cents
personnes meurent tous les ans en tentant de le
franchir pour échapper à la pauvreté et au
sous-développement. Voilà le monde où nous vivons.
Du phosphore blanc sur Falloudjah ! En
secret. Voilà l’Empire ! Quand ç’a été dénoncé,
l’administration Bush a répondu que le phosphore
blanc était une arme normale. Si elle était
normale, pourquoi n’en a-t-elle rien dit ? Or,
cette arme est interdite par les conventions
internationales. Le napalm est interdit, et le
phosphore blanc encore plus.
On reçoit tous les jours des nouvelles
de ce genre, et toutes ces choses-là ont à voir
avec la vie, ont à voir avec ce monde-ci. Voyez un
peu quelle différence énorme avec l’époque où je
suis entré à l’université, plein d’idéaux, plein
de rêves, plein de bonne volonté, même si celle-ci
n’était pas nourrie d’une idéologie profonde et
des idées que j’ai acquises au fil des ans. Voilà
comment les jeunes gens entraient dans cette
université qui n’était pas, soit dit en passant,
l’université des humbles : c’était l’université
des classes moyennes, l’université des riches,
même si les jeunes étaient généralement au-dessus
des idées de leur classe et si beaucoup d’entre
eux étaient capables de se battre, de la même
manière qu’ils se sont battus tout au long de
l’histoire de Cuba.
Les huit élèves de médecine fusillés
en 1871 ont été les fondements des plus nobles
sentiments et de l’esprit de rébellion de notre
peuple, justement indigné par cette injustice
colossale. Ou alors les Neuf dont nous commémorons
la mort aujourd’hui, assassinés par les nazis à
Prague, le 17 novembre 1939, pendant la seconde
guerre mondiale.
Ces élèves de médecine ont toujours
fait partie de l’histoire de notre jeunesse, et
ils ont toujours lutté contre les
gouvernements.tyranniques et corrompus. Mella
était issu lui aussi des couches moyennes, ce qui
est logique parce que ceux des classes les plus
pauvres, les fils de paysans, les fils d’ouvriers
ne savaient ni lire ni écrire. Comment auraient-il
pu entrer à l’université, comment auraient-ils pu
entrer au lycée ?
C’est parce que j’étais fils de
propriétaire foncier que j’ai pu conclure les
études primaires et entrer ensuite au collège.
Si vous n’aviez pas le bac, vous ne
pouviez pas entrer à l’université. Si vous étiez
fils de paysan, fils d’ouvrier, si vous viviez
dans une sucrerie ou dans n’importe laquelle des
nombreuses communes autres que Santiago ou Holguín
ou peut-être Manzanillo et deux ou trois autres,
vous ne pouviez même pas être bachelier. Même pas
bachelier ! Encore moins diplômé universitaire,
parce que pour ça il vous fallait venir à La
Havane.
Si j’ai pu venir à La Havane, c’est
parce que mon père disposait de ressources. Une
fois bachelier, c’est le hasard qui m’a amené à La
Havane. Étais-je donc meilleur que n’importe
lequel de ces centaines de jeunes garçons, dont
presque aucun n’a pu conclure le primaire et aucun
n’a passé le bac, et aucun n’est entré à
l’université ?
J’ai parlé de mon cas à moi, comme
celui de bien d’autres. J’ai mentionné Mella, mais
je pourrais mentionner Guiteras, je pourrais
mentionner Trejo qui est mort au cours d’une des
manifs contre Machado, un 30 septembre, je
pourrais mentionner des noms comme ceux que vous
avez signalés au début de la cérémonie.
Avant
la Révolution, il y a toujours eu des étudiants
nobles, prêts à se sacrifier, prêts à donner leur
vie dans la lutte contre la tyrannie de Batista.
Quand celle-ci s’est de nouveau implantée dans
toute sa rigueur, de nombreux étudiants se sont
battus et de nombreux étudiants sont morts. Je me
rappelle ce jeune homme de Cárdenas, Manzanita,
comme on l’appelait, toujours souriant, toujours
jovial, toujours affectueux avec les autres, qui
se distinguait par son courage, par sa fermeté
quand il descendait le grand escalier de
l’université, quand il faisait face aux canons à
eau de la police, quand il se heurtait à la
police.
Si vous
visitez la maison de José Antonio Echevvería, vous
pouvez constater que c’est une excellente maison.
Ce qui veut dire que les étudiants dépassaient
très souvent leur origine sociale, leur origine de
classe, parce que c’est un âge où l’on a beaucoup
d’espoir, beaucoup de rêves.
De toute façon, cette université ne
comptait qu’une seule faculté de médecine, un seul
CHU, et beaucoup décrochaient des prix de
médecine, voire de chirurgie, sans avoir jamais
fait un seule opération.
Certains y parvenaient, se remuaient, nouaient des
relations avec tel ou tel professeur qui les
aidait, leur faisait faire quelques stages, les
amenait à un hôpital. C’est ainsi que de bons
médecins sont apparus. Pas un tas de bons
médecins, non, n’allez pas croire. Il y en avait
un tas en revanche désireux d’aller aux USA, ou
alors parce qu’ils étaient au chômage. Au triomphe
de la Révolution, beaucoup sont de fait partis aux
USA, et il n’en est resté que la moitié ; trois
mille et le quart de professeurs.
C’est de là que notre pays a dû
partir pour devenir quasiment la capitale de la
médecine mondiale. Notre peuple peut compter
maintenant sur au moins quinze médecins, et bien
mieux distribués, pour chacun de ceux qui sont
restés dans le pays au début de la Révolution.
Notre pays compte – j’ai demandé le chiffre exact
– vingt-cinq mille élèves de médecine – environ
sept mille en première année, et non moins de sept
mille entreront chaque année – et plus de
soixante-dix mille médecins. Je ne parle pas des
dizaines de milliers d’étudiants d’autres sciences
médicales, qui doit faire un total de
quatre-vingt-dix mille quand vous ajoutez le
personnel infirmier, ceux qui étudient la licence
de soins infirmiers et d’autres disciplines en
rapport avec la médecine. Et ce dans la masse
énorme d’étudiants.
Je
tenais à signaler cette différence par rapport à
l’année où je suis entré à l’université. Qu’est-ce
qu’était notre pays alors ? Il faut se le demander
et réfléchir sur ce qu’est notre pays aujourd’hui
dans tous les domaines. Et je pourrais me poser la
question au sujet d’un tas d’autres choses. Il n’y
a pas de comparaison possible.
Je vous parlais de Barberán et
Collar qui ont disparu à bord d’un petit avion
plein de réservoir d’essence, parce que c’était la
seule chose qu’ils pouvaient… Ils ont décollé, ils
sont partis presque comme nous l’avons fait, nous,
depuis le Mexique en 1956 : si nous partons, nous
arrivons ; si nous arrivons, nous entrons ; si
nous entrons, nous triomphons. Il semblerait que
d’autres aient fait auparavant une action aussi
audacieuse que celle-là de traverser
l’Atlantique : ils ont décollé, ils sont arrivés à
Cuba, ils ont décollé de nouveau, cette fois, ils
sont arrivés sans vie au Mexique.
Je parlais d’un petit avion qui
décollait, d’un petit avion qui semblait mu par la
force d’une élastique… Vous n’avez jamais vu de
ces petits avions que vous lancez en entortillant
un élastique ? Eh bien, c’était un peu pareil :
vous le lâchez, ils décollent, mais arrivent-ils ?
Quand notre Révolution a triomphé sur ce
continent, tout à côté de l’Empire et cernée de
satellites de l’Empire, sauf quelques rares
exceptions, nous entreprenions un chemin très
difficile.
Mais c’était déjà quelques
années après mon entrée à l’Université. J’y suis
entrée presque fin 1945 et j’ai lancé la lutte
armée à la Moncada, le 26 juillet 1953, de fait,
presque huit ans après. Et la Révolution triomphe
cinq ans, cinq mois et cinq jours après la Moncada,
au terme d’un long trajet de prisons, d’exile, de
lutte dans les montagnes. En comparaison des
luttes antérieures, si dures et si difficiles, de
notre peuple, ç’a été, historiquement parlant, un
délai relativement bref, en deux étapes : mon
entrée à l’université, ma sortie et le coup d’Etat
de Batista du 10 mars 1952.
Cette étape du début de la lutte,
c’est le point dont il faut partir maintenant :
nous tentions de décoller, nous ne connaissions
même pas bien les lois de la gravité, nous
grimpions en luttant contre l’Empire, qui était
déjà le plus puissant, mais face auquel il
existait un autre superpuissance, comme nous
l’appelions. Et c’est en grimpant, en escaladant,
que nous avons pris de la bouteille, que notre
peuple s’est fortifié, ainsi que notre Révolution,
pour en arriver où nous en sommes maintenant.
Je souhaiterais avoir plus de
temps pour parler. En tout cas, ce maintenant de
maintenant est un maintenant sans précédent, c’est
une heure très différente de toutes les autres ;
elle ne ressemble en rien à celle de 1945, elle ne
ressemble en rien à celle de 1950 quand j’ai
conclu mes études universitaires, mais en
possession cette fois-ci de toutes les idées dont
j’ai parlé un jour, affirmant avec amour, avec
respect, avec une grande affection, que c’est dans
cette université-ci, où j’étais entré tout
simplement doté d’un esprit rebelle, doté de
quelques idées élémentaires de justice, que je me
suis fait révolutionnaire, que je me suis fait
marxiste-léniniste et que j’ai acquis les
sentiments auxquels je n’ai jamais eu la tentation
– et c’est un privilège – de renoncer, tant s’en
faut, tout au long de ces années. Et j’ose dire
que je n’y renoncerai jamais.
Et puisque j’ai passé aux aveux,
je dirais qu’en sortant de cette université, je me
croyais très révolutionnaire, alors que je
m’engageais tout simplement sur un autre chemin
bien plus long. Mais si je me sentais
révolutionnaire, si je me sentais socialiste, si
j’avais acquis toutes les idées qui ont fait de
moi – et il ne pouvait y avoir aucune autre – un
révolutionnaire, je vous assure modestement que je
me sens aujourd’hui dix fois, vingt fois,
peut-être même cent fois plus révolutionnaire qu’à
l’époque (applaudissements). Si j’étais
alors disposé à donner ma vie, je suis aujourd’hui
mille fois plus disposé à la donner qu’à l’époque
(applaudissements).
Vous pouvez donner votre vie pour
une noble idée, pour un principe moral, pour un
sentiment de dignité et d’honneur, même sans être
révolutionnaire. Ainsi, des dizaines de millions
d’hommes sont tombés sur les champs de bataille de
la première guerre mondiale et d’autres guerres,
amoureux d’un symbole, d’un drapeau qu’ils
trouvaient beau, d’un hymne qu’ils trouvaient
beau, comme La Marseillaise à son époque
révolutionnaire. Celle-ci est devenue ensuite
l’hymne de l’empire colonial français, et c’est au
nom de cet empire colonial et du partage du monde
que des millions de Français sont morts en masse
dans les tranchées de la première guerre mondiale.
L’homme est capable de mourir. C’est en fait le
seul à être conscient de donner sa vie
volontairement. Il ne lutte pas par instinct,
comme tant d’autres animaux que conduisent les
lois de la nature. L’homme est une créature
pleine, l’homme… L’homme et la femme, bien
entendu. Quand je dis homme, il faut toujours plus
dire : la femme. J’ai des raisons d’y croire, mais
je ne sais si j’aurais le temps de les énoncer. En
tout cas, l’homme est le seul capable,
consciemment, de passer par-dessus tous les
instincts ; l’homme est un être plein d’instincts,
d’égoïsmes ; il naît égoïste, parce que la nature
le lui impose ; la nature lui impose les
instincts, et l’éducation lui impose les vertus ;
la nature lui impose des choses à travers les
instincts, dont celui de la survie, qui peuvent le
pousser à l’infamie, alors que, d’un autre côté,
la conscience peut le conduire aux plus grands
actes d’héroïsme. Peu importe que nous soyons
chacun de nous à part, que nous soyons différents
les uns des autres, mais nous ne faisons qu’un à
nous tous.
Il est étonnant que, malgré les
différences entre eux, les êtres humains puissent
ne faire qu’un à un moment donné, et ce, grâce aux
idées. Personne ici n’a suivi la Révolution par
culte envers quelqu’un ou par sympathie
personnelle pour quelqu’un. Ce n’est que grâce aux
principes, grâce aux idées, qu’un peuple devient
capable de la même volonté de sacrifice que
n’importe lequel de ceux qui tentent, avec loyauté
et sincérité, de le diriger et de le conduire vers
un destin.
Notre histoire est pleine d’homme de
pensées, Martí par exemple, et bien d’autres
patriotes éminents ; l’histoire du monde en est
pleine ; l’histoire du mouvement révolutionnaire
est pleine de théoriciens, de grands théoriciens
qui n’ont jamais renoncé à leurs principes. Ce
sont les idées qui nous unissent, ce sont les
idées qui font de nous un peuple combattant, ce
sont les idées qui nous font, non seulement
individuellement mais collectivement
révolutionnaires. Et c’est quand la force de tous
s’unit qu’un peuple ne peut plus être vaincu,
quand la quantité d’idées est bien supérieure,
quand la quantité d’idées et de valeurs que l’on
défend se multiplie qu’un peuple, alors, encore
moins, peut être vaincu.
Ainsi, quand je me rappelle les
compañeros, et que je regard les jeunes qui
ont des tâches importantes, et les autres, dont
beaucoup ont été des dirigeants de cette
université et qui ont derrière eux de nombreuses
années de lutte, certains plus de cinquante,
certains autres plus de quarante, et toujours
fidèles au poste, certains étudiants, d’autres
d’origine modeste, tels ceux que je vois devant
moi, depuis ceux qui ont participé à l’attaque de
la Moncada et ceux qui sont venus à bord du
Granma, qui se sont battus dans la Sierra
Maestra et qui ont participé à tous les combats,
que je vois devant moi, défendant une cause,
défendant un drapeau.
Je vois par exemple notre cher Alarcón.
On a parlé ici, auparavant, de la bataille pour
nos cinq héros prisonniers, et Alarcón ne cesse de
se battre inlassablement pour la justice en leur
faveur. C’est une tâche que la Révolution lui a
confiée, du fait de ses qualités, de son talent,
de son caractère de président de l’Assemblée
nationale.
Je vois le compañero Machado,
un vieux médecin – pas un médecin vieux – qui nous
a accompagné dans les montagnes. Je vois Lazo, je
vois Lage, je vois Balaguer, j’en vois beaucoup –
je vois encore quelque chose (rires) – je
crois voir Sáez, je crois voir le ministre de
l’Enseignement supérieur, je crois voir Gómez –
oui, c’est lui, peut-être un petit peu plus gros –
et un peu plus loin je vois Abel, au nom biblique,
qui vient de se distinguer beaucoup là-bas à Mar
del Plata, où s’est déroulée une bataille très
glorieuse.
Voyez un peu combien de gens, voyez un
peu combien de changements, voyez un peu quels
objectifs nous poursuivons aujourd’hui… Mais voyez
aussi combien de stratégies on conçoit contre
nous, qui nous insèrent dans la stratégie mondiale
alors que nous sommes un pays minuscule, ici, à
cent cinquante kilomètres de l’Empire colossal, de
l’Empire le plus puissant qui ait jamais existé
dans l’Histoire et qui, quarante-six ans après,
est de moins en moins capable de faire plier la
nation cubaine, cette nation qu’il a offensée et
humiliée durant quelque temps
(applaudissements), cette nation dont il a été
le maître et seigneur. Maître de tout : des
terres, des mines, de centaines de milliers
d’hectares des meilleures terres, des ports, des
installations, du système électrique, du
transport, des banques, du commerce, etc. Et ces
gens sont si crétins qu’ils croient que nous les
allons les supplier à genoux de revenir ici :
« Venez nous sauver une fois de plus, ô sauveurs
du monde ; venez, nous allons tous vous donner une
fois de plus ! » Et alors nous leur rendrions les
universités du pays, pour qu’ils y mettent cinq
mille étudiants, et non un demi-million, parce
qu’un demi-million, c’est trop pour leur mentalité
à eux, qui ont besoin de chômeurs et d’affamés
pour que leur cochonnerie de capitalisme
fonctionne à base d’une armée de réserve ; qu’ils
viennent donc pour voir se reproduire les
chômeurs, les analphabètes qui faisaient la queue
pour couper la canne, sans que personne ne leur
apporte même une goutte d’eau, ni un quignon de
pain, ni ne leur donne où dormir ni comment se
déplacer. Et nous pourrions leur dire :
« Cherchez-les donc, pour voir si vous les
trouvez, parce qu’ici, ce sont maintenant leurs
enfants qui étudient par centaines de milliers à
l’université ! » (Applaudissements.)
Je l’ai vu, personne ne me l’a
raconté ; je l’ai vu voilà à peine quarante-huit
heures au palais des Congrès. D’abord, dans un
groupe de quelques centaines avec leur t-shirt
bleus ; je l’ai vu dans ces jeunes gens qui ont
conclu leurs études de travailleurs sociaux et qui
sont tous aujourd’hui – tous sans exception ! –
des étudiants, au terme d’une année d’études
intenses pour devenir des travailleurs sociaux, au
terme de plusieurs années d’études. Au début, ils
étaient cinq cents ; aujourd’hui ils sont
vingt-huit mille !
C’est
Agramonte, je crois – d’autres parlent de Céspedes
– qui, répondant aux pessimistes, alors qu’il
n’avait que douze hommes avec lui, s’est exclamé :
« Peu importent ceux qui n’ont pas confiance – ce
n’est pas la phrase exacte, je ne m’en souviens
plus exactement – avec douze hommes, on fait un
peuple. » Alors, si avec douze hommes, on fait un
peuple, combien de fois sommes-nous douze
hommes ! Et douze hommes, multipliés par allez
savoir combien de fois, armés d’idées, de
connaissances, de culture, qui savent comment va
notre monde, qui s’y connaissent en histoire, en
géographie, qui s’y connaissent en luttes, parce
qu’ils possèdent ce qu’on appelle une conscience
révolutionnaire, qui est la somme de bien des
consciences, qui est la somme de la conscience
humaniste, la somme d’une conscience de
l’honneur, de la dignité, des meilleures valeurs
que peut récolter un être humain, qui est la fille
de l’amour de la patrie et de l’amour du monde,
qui n’oublie pas cette idée avancée voilà plus de
cent ans : la patrie est l’humanité. La patrie est
l’humanité, voilà ce qu’il faut répéter tous les
jours, quand quelqu’un oublie ceux qui vivent en
Haïti, ou au Guatemala, ce pays frappé entre
autres causes par la catastrophe naturelle,
souffrant des douleurs inénarrables, une pauvreté
inénarrable, comme c’est généralement le cas dans
la plus grande partie du monde.
Voilà
tout ce que peut exhiber l’Empire infâme et son
système répugnant, fruit de l’histoire et de la
longue marche de l’espèce humaine vers une société
de justice jamais conquise depuis des milliers
d’années, autrement dit la très brève histoire
relativement connue de l’espèce humaine. Et plus
cet Empire s’éloigne de cette société juste, et
plus nous nous en rapprochons, nous, et plus nous
prouvons que c’est possible, indépendamment des
tas de défauts que nous avons encore,
indépendamment d’erreurs, de fautes, au point que
j’ose dire que c’est la société qui est la plus
proche de ce qu’on pourrait appeler une société
juste dans l’histoire de l’Humanité.
Où est
donc la justice que je ne la voie pas ? Je ne la
vois pas parce qu’Untel gagne vingt fois, trente
fois plus que moi, qui suis médecin, ou qui suis
ingénieur, ou qui suis professeur universitaire.
Où est-elle donc ? Et pourquoi ? Que produit
Untel ? Combien de personnes éduque-t-il ? Combien
de personne soigne-t-il ? Combien de personnes
rend-il heureuses par ses connaissances, par ses
livres, par son art ? Combien de personnes rend-il
heureuses en leur bâtissant une maison ? Combien
de personnes rend-il heureuses en cultivant
quelque chose pour qu’elles puissent s’alimenter ?
Combien de personnes rend-il heureuses en
travaillant dans une usine, dans une industrie,
dans les systèmes électriques, dans les systèmes
d’eau potable, dans les rues, dans l’installation
de câbles électriques, ou en s’occupant des
communications ou en imprimant des livres ?
Combien de personnes ?
Il
existe, et il faut le dire, plusieurs dizaines de
milliers de parasites qui ne produisent rien et
gagnent autant que cet individu qui possède une
vieille bagnole et qui, en achetant et en volant
de l’essence sur tout le trajet de La Havane à
Guantánamo, conduit un de ces jeunes étudiants qui
doit y aller alors que les transports sont très
difficiles en lui faisant payer mille ou mille
deux cents pesos, sur des routes pleines de trous
à bien des endroits et sans signalisation, parce
que nous n’avons pas pu les terminer pour
différentes raisons, à cause de ressources non
disponibles, ou d’incapacités que nous n’avions
pas dépassées, ou par manque de contrôle de la
part de ceux qui gèrent ou dirigent.
Oui, il
faut tout à fait en tenir compte et ne pas les
oublier, parce que nous sommes devant une grande
bataille que nous devons livrer, que nous avons
commencé à livrer, que nous allons livrer et que
nous allons gagner. C’est le plus important.
Oui,
nous en sommes conscients et toujours plus
conscients, et c’est à ça que nous pensons avant
tout : à nos défauts, à nos erreurs, à nos
inégalités, à nos injustices.
Et je
n’oserais pas soulever cette question ici si je
n’étais pas absolument convaincu, si je n’étais
pas absolument sûr que, sauf catastrophes
mondiales, sauf guerres colossales, nous avançons
de manière accélérée vers leur réduction et leur
liquidation afin d’en arriver à ce que, écoutez
bien, chaque citoyen de ce pays, dont 10 ou 15 ou
20 p. 100 et plus étaient autrefois chômeurs,
chaque citoyen de ce pays dont un million était
autrefois analphabètes et dont 90 p. 100 étaient
analphabètes ou semi-analphabètes, vivra,
essentiellement de son travail et de sa pension.
Nous ne
devons jamais oublier ceux qui, durant tant
d’années, ont été notre classe ouvrière et
travailleuse, qui ont vécu les décennies de
sacrifice, qui ont lutté contre les bandes
mercenaires dans les montagnes, contre les
invasions style Playa Girón, contre les milliers
de sabotages qui ont coûté tant de vies à nos
travailleurs agricoles et sucriers, à nos
travailleurs industriels, ou commerciaux, ou ceux
de la marine marchande ou de la pêche qui se
voyaient tout d’un coup attaqués à coups de
bazooka ou de canon, uniquement parce qu’ils
étaient Cubains, parce que nous voulions notre
indépendance, uniquement parce que nous voulions
améliorer le sort de notre peuple… Et les bandits
qui faisaient des leurs, et les bandits recrutés
et entraînés par la CIA, et les criminels, et les
terroristes faisant exploser des avions en plein
vol, ou s’efforçant de les faire exploser, peu
importe les morts, et les bandits qui organisaient
des attentats de toute sorte et des actes
terroristes contre notre pays… Est-ce que l’Empire
a changé par hasard ?
Et
dites-moi, mister Bush, aimable chevalier qui,
malgré tant de choses honteuses et connues,
chevauchez et tentez de garder les rênes de cet
Empire : quand allez-vous répondre à la question
saine, à la question toute simple que je vous ai
déjà posée tant de fois ? Par où donc Posada
Carriles est-il entré aux Etats-Unis ? Sur quel
bateau, par quel port ? Lequel des princes
héritiers de la couronne l’a-t-il autorisé ?
Serait-ce le frérot bedonnant de Floride ?
Pardonnez-moi le truc de bedonnant, ce n’est pas
une critique, mais une simple suggestion qu’il
fasse des exercices et suive un régime (rires),
c’est juste un souci pour la santé du noble
chevalier…
Qui l’a
accueilli ? Qui lui a donné l’autorisation ?
Pourquoi celui qui l’y a conduit d’une façon aussi
impudique se balade-t-il tout tranquillement dans
les rues de la Floride et de Miami ? Qu’est
devenue la prétendue académie écologique ? A quoi
servait-elle : à la navigation ou à l’élevage de
poissons ? Qui était donc ce sauvage qui a eu une
conversation téléphonique avec un autre terroriste
en possession de boîtes contenant du plastic et
dont tout le monde a reconnu la voix, ce sauvage
qui, quand l’autre lui a demandé ce qu’il devait
faire des boîtes de plastic, lui a répondu : « Va
au Tropicana, lance-les par une fenêtre et hop
tout saute ! » Qu’ils sont nobles, tous ces
gens-là, qu’ils sont respectueux des lois, des
normes internationales, des droits de l’homme ! Et
ce petit effronté de Bush n’a pas encore voulu
répondre, bouche cousue, et personne d’autre n’a
encore répondu.
Les
autorités d’un pays frère, le Mexique, n’ont pas
eu non plus le temps – beaucoup de travail sans
doute – de répondre à ma question : est-ce que ça
coûte tant, mon bon monsieur, de dire que Posada
Carriles, cette brebis naïve, cette brebis ingénue
et innocente, est entré au Mexique sur le bateau
en question, pare le port en question et de la
façon que Cuba a dénoncée ?
Voyez
un peu le culot de ces gens-là : ils n’arrêtent
pas de mentir, mais à peine vous leur posez une
petite question naïve, une toute petite question
toute simple, ils laissent passer les mois sans
répondre… les mois passaient et ils ne savaient
pas censément où se trouvait « Posadita ».
Cette
autre jeune femme si intelligente… comment
s’appelle-t-elle, celle qui est secrétaire d’Etat
(rires), Condoleezza ou Condoliza, allons,
Comtesse Rice (rires), ne sait rien non
plus, elle ignore tout, et ses porte-parole, itou.
En tout cas, ils n’ont dit aucun mensonge, ils
n’ont pas commis le moindre péché véniel, ils sont
purs, ils méritent les applaudissements et la
confiance du monde.
Qu’ils
torturent ? Mensonge. Qu’ils sont complices du
terrorisme ? Mensonge. Qu’ils ont inventé le
terrorisme ? Mensonge. Qu’ils torturent un peu
partout ? Mensonge. Qu’ils ont utilisé du
phosphore blanc à Falloudjah ? Mensonge. Non,
pardon, là, ils l’ont reconnu, mais ils disent que
c’est tout à fait légal, tout à fait légitime et
tout à fait décent de le faire.
Alors,
ces menteurs, à qui vont-ils faire peur ? Nous
avons été témoins – et je m’en souvenais en voyant
Abel et les autres compagnons – de la colossale
bataille qui s’est livrée à Mar del Plata, dans le
stade et dans les installations où se sont réunis
les Présidents, et je ne vais pas faire de
commentaires là-dessus, mais notre peuple a eu
l’occasion de voir, d’observer – je connais les
états d’opinion – cette bataille grandiose, l’une
dans la rue et l’autre là où les chefs de
gouvernement étaient réunis.
On
n’avait jamais vu une telle bataille dans
l’histoire de ce continent, face au chevalier à la
triste figure… A la triste figure, non à cause de
ses idéaux quichottesques, non, à la triste figure
parce qu’il fait des grimaces, des trucs bizarres,
comme s’il s’ennuyait, c’est clair. Bien sûr, on
l’envoie au lit à minuit, et après lui le déluge…
Allez savoir si un jour les avions ne vont pas
décoller des porte-avions et bombarder ces maudits
bandits qui, parce qu’ils étaient occupés, ont
troublé le sommeil du cavalier qui tient les rênes
de l’Empire, parce que, tandis qu’il dort, le
cheval risque de suivre la route qu’il lui plaît…
Au
fond, il se peut très bien que le cheval conduise
mieux les destinées de l’Empire que le cavalier
qui doit se coucher tôt (applaudissements).
C’est
vraiment dommage que la nuit ne dure pas plus
longtemps, parce qu’au moins, le monde vivrait
mieux.
Nous
avons vu bien des choses qu’il ne faut pas
oublier.
Certains se demandent si Cuba a pris la parole ou
non, si Cuba a pris parti ou non. Je vous en
avertis, parce que certains trament des intrigues
ridicules à ce sujet. Cuba prend la parole quand
elle doit la prendre et Cuba a des tas de choses à
dire, mais elle est ni pressée ni impatiente. Elle
sait très bien quand, où et comment il faut
frapper l’Empire, son système et ses laquais.
Certains, semble-t-il, croient ou feignent de
croire qu’il n’y avait pas un seul Cubain à Mar
del Plata, qu’il n’y avait pas toute une force
révolutionnaire cubaine de toute première classe
dans cette marche glorieuse de dizaines de
milliers de citoyens du monde, essentiellement
argentins, que l’empereur a offensés en garant ses
porte-avions devant leurs côtes, en amenant toute
une armée, en louant tous les hôtels et en
employant des milliers d’agents de police.
Personne n’avait l’intention de le molester… S’il
avait peur que quelqu’un lui lance des œufs
pourris, il se trompait : il ne mérité pas un tel
honneur (rises), en aucun cas.
Et les
citoyens argentins si civilisés et les citoyens
toujours plus experts et conscients de ce
continent, où l’ordre en place est d’ores et déjà
insoutenable et incurable, savent ce qu’ils font.
Ils ont dit que ce serait une manif pacifique,
qu’ils ne lanceraient même pas un pétale de rose,
et le fait que tant de gens se soient mobilisés
sous ce froid crachin, aient marché durant des
heures en direction du stade et y aient formé une
foule énorme a donné une leçon inoubliable à
l’Empire, parce qu’ils ont prouvé que c’étaient
des personnes, que c’étaient des peuples qui
savent ce qu’ils font, et quiconque sait ce qu’il
fait marche vers la victoire, est absolument sûr.
Et ceux qui ne savent pas ce qu’ils font sont
écrasés par les peuples.
Nous ne
voulons pas donner l’occasion à l’Empire de monter
son spectacle. Dans cette partie d’échecs à
cinquante pièces, nous verrons bien à la fin quel
est celui qui fera échec et mat.
Quand
je dis l’Empire, je ne parle pas du peuple
étasunien, qu’on me comprenne bien. Le peuple
étasunien préservera de nombreuses valeurs
morales, préservera de nombreux principes qui ont
été oubliés, s’adaptera au monde où nous vivons, à
supposer que ce monde puisse se sauver. Et ce
monde doit se sauver. Et nous devons tous, et nous
au premier rang, lutter pour que ce monde se
sauve. Et sur ce point, nos meilleures armes, nos
armes invincibles, ce sont les idées.
Quelqu’un parle de la Bataille d’idées. Oui, cette
Bataille d’idées que nous livrons depuis quelques
années est en train de se convertir en une
bataille d’idées à l’échelle mondiale. Et les
idées triompheront, et doivent triompher.
Transmettons ce message, ouvrons-lui les yeux, à
cette humanité vouée à l’extinction. Oui, elle ne
va pas être éternelle, il est absolument probable
que la lumière du Soleil s’éteindra un jour, il
est presque sûr qu’il n’y aura pas moyen de
transporter la matière vivante et solide à une
distance se trouvant à des années-lumière de cette
planète, et les lois physiques sont bien plus
rigides, bien plus exactes que les lois
historiques ou sociales.
Je
pense de toute façon que cette humanité et les
grandes choses qu’elle est capable de créer
doivent être préservées tant que faire se peut.
Une humanité qui ne se préoccuperait pas de la
préservation de l’espèce serait comme le jeune
étudiant ou le cadre qui sait que sa vie est tout
à fait limitée à un nombre d’années réduit et ne
se préoccuperait que de sa propre vie.
J’ai
mentionné quelques noms de compañeros
présents ; certains ont plus d’années devant eux,
d’autres moins, et aucun ne sait combien, et je ne
pense jamais que l’un d’entre eux pense à sa
propre préservation sans s’inquiéter du sort de ce
peuple admirable et merveilleux, hier semence et
aujourd’hui arbre aux racines profondes, hier
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