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Lettres de Cuba N° 4 Année 2006
Par
Ricardo Arguelles
Traduit par Alain de Cullant
Chaque nuit, depuis tout point de la ville les havanais
vérifient l'exactitude de leurs horloges en écoutant le son
caractéristique du « coup de canon de neuf heures ».
Beaucoup peuvent même reproduire mentalement jusqu'aux pas
de cette cérémonie qui, depuis 1986, est recréée comme une
fantaisie militaire dans la forteresse de
San Carlos de la Cabaña
La
place de ce fort est la scène où ? vêtus suivant l'usage de
la seconde moitié du XVIII ème siècle ? un officier,
plusieursartilleurs, un porte- feu, un porte- étendard et un
tambour jouent cet acte de ponctualité
chronométrique, dont les origines remontent aux temps ou La
Havane avait un système de défense de murailles entourant la
cité.Pour annoncer tant l'ouvertureque la fermeture de la
baie et des portes des remparts, à la fin du XVII ème siècle
on faisait retentir des détonations depuis un navire situé
dans le port : la première, à quatre trente du matin ; la
deuxième, à vingt heures. Une plaque commémorative, avec un
lion sur un globe en relief, indiquait sur l'appelée
Puerta de Tierra ( La Porte de la Terre )
l'utilisation d'un tel régime : " Solis ortu us ad à ocassum ".
Avec la fin de la construction de
La Cabaña , en 1774, ils commencèrent à exécuter
les tirs depuis cette fortification, comme cela est écrit
dans les documents de
Archivo General de Indias (L'Archive Générale
des Indes). Et plus tard dans le temps ils continuèrent à
être réalisés, malgré qu'en 1863, pendant le mandat
de Domingo Dulce y Garay, gouverneur de l'Île, ils
commencèrent à écrouler les murailles pour le manifeste
intérêt des voisins et des commerçants, devant la croissance
de la zone extra- muros et du développement de l'activité
marchande. A partir de la première intervention étasunienne
(1898- 1902) on utilisa seulement un coup de canon, à neuf
heures. Devenue une tradition, cette cérémonie cessa
uniquement de s'accomplir durant la Seconde Guerre Mondiale
(du 15 juin 1942 jusqu'au premier décembre 1945), puisque
Cuba était l'allié des Etats- Unis contre l'axe fasciste
Rome- Berlin- Tokyo.
Devant
l'étonnement de la population métropolitaine, le président
de la République de l'époque ordonna la suspension, mesure
qui fut argumentée par le général Manuel López Migoya, chef
de l'armée, avec les mots suivants : « Il faut économiser la
poudre, messieurs. Nous sommes en temps de guerre ».
La
note de presse qui parut alors était plus logique, elle
justifiait l'interdiction avec l'état de guerre que vivait
le
monde ;
cette note indiquait que cela évitait que les sous- marins
allemands puissent détecter facilement la position
géographique de la capital cubaine en maraudant le long de
ses côtes.
Les protestations ont résonné dans toute la ville, les
havanais paraissaient avoir besoin plus que jamais de ce tir
séculaire? Ils firent plusieurs propositions pour le
remplacer, comme celle de profiter de la sirène de la Plante
Électrique de Tallapiedra. La guerre une fois terminée, le «
coup de canon de neuf heures » se fit entendre de nouveau et
jusqu'à nos jours.
Quand
sous les auspices du Ministère des Forces Armées
Révolutionnaires et de l'assessorat technique du Bureau de
l'Historien, se réalisa la restauration des forteresses des
Tres Reyes del Morro et de
San Carlos de la Cabaña , il fut décidé de
rehausser cette tradition.
Etant
donné qu'ils ne disposaient pas d'information concrète, ils
utilisèrent différents éléments militaires à partir des
références temporaires logiques, jusqu'à arriver à conformer
la cérémonie actuelle avec des paroles et des mouvements
correspondant au règlement de l'Infanterie de l'Espagne du
XIX ème siècle.
La batterie de salve de La Cabaña prend part au spectacle,
ces vingt et une pièces de bronze du XVIII ème siècle
arborent une riche et belle décoration, sur laquelle
figurent l'écu d'Espagne, le nom de chaque pièce, son année
de construction et le lieu où elles furent fondues,
généralement à Séville ou à Barcelone.
Selon
les Ordenanzas
, ces canons d'affût lisse (ou, non strié) et d'une
technique de chargement par la bouche se fabriquèrent dans
les calibres de 24, 16, 12, 8 et 4 livres, et ils sont
capables d'envoyer des boulets de fer à quelque 800 mètres.
Parmi les canons utilisés maintenant se trouvent ceux
appelés Solano,
Luperto, La Parca , Ganímedes et
Capitolino ?
et au lieu d'un projectile réel, il tire d'ingénus sacs de
jute qui retombent à quelques mètres. La cérémonie commence
à peine quelques minutes avant 21 heures avec l'entrée du
porte- feu sur l'esplanade ? après que celle- ci soit
dans l'obscurité et dans un silence total ? pour annoncer
aux spectateurs la supposée imminence de la fermeture des
portes de la muraille. Ensuite, les artilleurs arrivent en
marchant au pas au rythme du tambour, selon le décret de
1850. Ils sont précédés par le porte- étendard, portant
l'ancien pavillon espagnol avec les rouges croix de Saint
André, le tambour et le chef du peloton.
Ce
dernier donne les commandements d'une voix forte et
supervise avec naturel et avec un air martial
l'accomplissement de toutes les man?uvres.
? Pour le coup de canon de neuf heures, chargez ! ? tonne
la voix du chef de peloton et, à partir d'alors sans perdre
une seconde, les actions se succèdent l'une après l'autre
jusqu'au tir.
Incontestablement,
la plus grande responsabilité retombe sur les artilleurs,
deux desquels ? désignés comme bombardiers ? prennent la
cuillère de charge et versent par la bouche du canon la
poudre nécessaire, qui se tient préparée dans un récipient
cacher dans un baril.
Ensuite
ils compriment la poudre et les couches de jute employées en
qualité de faux projectile. Un second artilleur prépare la
mèche avec un peu de poudre, situé sur la partie postérieure
du canon qui, en étant incendiée elle communiquera avec
l'autre quantité de poudre dans l'affût et la fera exploser.
L'ordre
: Élévation maximale ! accomplie, le chef de peloton ordonne
de saisir la torche : Allumer le torche !, après lequel il
reste seulement à effectuer les derniers pas pour le tir.
Pour une salve, à mon ordre !? Feu ! ? ordonne l'officier
et, pour imprimer encore plus de suspens à la cérémonie,
derrière ses mots commencent les roulements de tambour. Un
soldat applique la torche sur la mèche et? boom ! le tir se
produit.
La charge de la poudre est de 234 grammes, de type «
zoclo », de plus lente combustion que la noire,
ce qui permet le bénéfice de l'acte. Depuis l'allumage de la
mèche avec la torche jusqu'à la détonation, il y a un
intervalle de six secondes.
Etant
donné que le son voyage à 330 mètres par seconde, le « coup
de canon de neuf heures » arrive avec de légères différences
aux différents lieux de la ville, mais les havanais le
remercient infiniment comme signe de référence particulière.
Source : Opus Habana, Nº 3, 1997, pages 50 ? 54. |