Sur le conflit avec la Colombie
Maintenant,
puisque j’ai parlé de l’intégration de l’Amérique du Sud, je veux aborder la
question de la Colombie. Je sais que le problème qui a surgi ce dernier mois a
causé de l’inquiétude dans les deux pays, le Venezuela et la Colombie, mais
qu’il a eu aussi un impact, comme de bien entendu, en Amérique latine et
au-delà, dans d’autres parties du monde, et des gouvernements et des
institutions internationales ont fait état de leur inquiétude. Et cette inquiétude
est tout à fait fondée, car il s’agit d’un délit, ce qui est bien là le fond du
problème.
Mais je veux aborder cette question,
dans le cadre de l’éditorial de mon émission d’aujourd’hui, par le biais de
l’intégration. J’ai beaucoup réfléchi, j’ai lu les antécédents des faits, j’ai
suivi, quasiment heure par heure, l’enquête que nous menons ici à fond, et je
connais les antécédents des faits, la manière dont ils ont eu lieu, la manière
dont la souveraineté du Venezuela a été violée, j’ai suivi minute par minute la
réponse ou les réactions provenant de la Colombie sœur, l’opinion des
différents secteurs politiques et économiques du Venezuela, de Colombie,
l’opinion d’autres pays, mais surtout de notre continent américain. Bref, je me
suis nourri de ces informations, je les ai analysées, je me suis armé de
patience pour aborder le problème qui a engendré sans aucun doute un crise.
Inutile de le nier. Appelons un chat un chat : nous vivons un moment de
crise.
Les deux gouvernements, le colombien
et le vénézuélien doivent être d’abord en condition de reconnaître la vérité.
Je m’efforce toujours, parce que je reçois beaucoup d’informations, de cerner
la vérité, de lui tâter le pouls, pour ainsi dire, de m’y accrocher, je
m’efforce aussi de capter tout ce qui peut la parasiter, d’abord, et de la traiter comme il se doit, ensuite,
de ne pas faire cas de la désinformation, des demi-vérités, des demi-teintes,
pour m’accrocher au tronc même de la vérité et agir en fonction d’elle.
Donc, l’intégration de l’Amérique
latine. Après avoir réfléchi, lu des informations, fait des analyses, eu des
entretiens, je n’ai pas le moindre doute que cet acte fait partie d’une
stratégie conspirative pour entraver l’intégration non seulement entre la
Colombie et le Venezuela, mais le processus d’intégration même qui a connu un
regain de force ces derniers temps, surtout ces derniers mois, en Amérique
latine, dans les Caraïbes et surtout dans notre Amérique du Sud. Non, je n’en
ai pas le moindre doute, nous sommes face à une stratégie, une de plus, à un
élément d’une stratégie qui ne date pas d’hier. Oh non ! Elle est bien
vieille
À peine Bolívar avait commencé à
lancer l’idée du Congrès de Panama, qu’on s’est mis à le traiter de fou, à
envenimer l’esprit de Santander à Bogota, à envenimer l’esprit de Páez à
Caracas, et d’autres leaders et dirigeants, qu’on a déclenché une campagne
internationale contre lui en Europe pour le discréditer, et les autres y sont
parvenus dans une bonne mesure. C’est pour ça que Bolívar meurt en disant cette
fameuse phrase. Il faut lire chaque mot de la dernière proclamation de Bolívar,
l’analyser en profondeur, parce que c’est un moribond qui l’écrit, il y allait
de son âme, il ne voulait rien emporter à la tombe, je présume. Mais quel
moribond, capable de dire ce qu’il a dit – ce n’était pas une fleur de
rhétorique pour orner un discours, c’est son âme à nu qui est restée
enregistrée à jamais sur ce papier - ! « Mes ennemis ont abusé de
votre crédulité et ont foulé au pied ce qui est pour moi le plus sacré, ma
réputation et mon amour de la liberté. » En Europe, on avait commencé à
attaquer Bolívar, on avait déclenché une campagne internationale pour faire
croire qu’il aspirait à se faire couronner roi ou empereur. Et il était le
premier à s’opposer à une telle idée. Mais, on le sait : répète un
mensonge cent fois – a affirmé des années plus tard cet idéologue de la
propagande nazie, Goebbels – et elle deviendra une vérité.
Donc, bien des gens en Europe et
bien de gens du petit peuple, des gens de bonne foi avaient fini par croire, et
même des compagnons à lui, que Bolívar aspirait à être roi ou empereur.
La stratégie, donc, ne date pas
d’hier. Nous, pour nous unir ; eux, pour nous diviser, pour nous maintenir
divisés, pour aggraver nos différences, pour semer la zizanie entre nous, pour
empêcher l’union véritable de l’Amérique du Sud. Nous faisons donc face à une
stratégie, je n’en ai pas le moindre doute. À plus forte raison quand
l’ambassadeur des Etats-Unis à Bogota vient de dire ce qu’il a dit voilà à
peine quelques heures. Plus clair tu meurs !
Alors, je lance de nouveau un appel
à celui que je considère un ami. Parce que je n’ose croire que tant de réunions
et tant de serrements de main et tant de conversations en privé et tant de
réflexions et tant d’expositions franches de nos différends n’aient été que de
la simulation de votre part, président Uribe ! Je lance donc de nouveau un
appel à celui que je considère, je le redis, un ami, parce que mon respect pour
lui s’est accru dans les derniers mois de 2003 et en 2004.
Je me rappelle cette visite qu’il
nous a faite à Maracaibo, en pleine étape du référendum. Certains porte-parole
d’ici l’ont même attaqué pour ça : comment est-ce que le président Uribe
allait venir au Venezuela, et que c’était venir donner un coup d’épaule à
Chávez… Et pourtant, il est venu en toute objectivité, et nous avons commencé à
parler d’un certain nombre de projets très beaux, le gazoduc, par exemple –
montrez donc la carte sur l’écran pour vous expliquer l’importance de cet accord
préalable auquel nous avions abouti – un gazoduc entre la Guajira colombienne
et la Guajira vénézuélienne.
Depuis que nous sommes arrivés au
gouvernement, le Venezuela n’a pas cessé de pousser à l’intégration avec la
Colombie, indépendamment des différends et de faits conjoncturels et de
critiques. Peu importe tout ça. Nous avons dit comme disait Sancho Pança à Don
Quichotte : « Si les chiens aboient, c’est parce que nous
chevauchons. » Nous avons fait un effort gigantesque. Le président Uribe
m’a même invité, je n’ai pas pu l’accompagner, et je l’ai regretté infiniment,
je lui ai téléphoné, j’ai envoyé un vice-ministre de l’Energie. J’étais pris
par d’autres choses, et l’invitation m’est arrivée avec à peine quelques jours
d’avance. J’ai fait l’impossible, mais je n’ai pas pu me rendre à Puerto
Carreño, ici, dans ce beau petit recoin, là où le Meta, qui vient du cœur même
de Colombie se jette dans l’Orénoque, ici, à Puerto Carreño, à Puerto Páez (il montre la carte).
Ce n’est pas un projet qui rapportera
de l’argent au Venezuela. Nous leur fournissons de l’énergie électrique propre,
sûre, à très bon prix, une énergie d’origine hydraulique, qui vient du Gurí, du
complexe de Guayana à Puerto Carreño. Celui-ci n’avait pas d’énergie, juste
quelques vieilles usines de gazole, je suppose que du genre de celles qu’il y
avait à Sabaneta et que mon ami Mauricio Herrera, aujourd’hui décédé, mettait
en marche tous les soirs : Rosa Inés Chávez – que Dieu ait son âme – et
moi, on était assis sur le portail de la vieille maison, et on voyait passer
Mauricio à velo toutes les fins d’après-midi ; l’usine electrique se trouvait à une centaine
de mètres, vers la lac qui se forme en hiver. Et Mauricio mettait l’usine en
marche. Vers neuf heures du soir, on le voyait repasser et on savait :
« Mauricio va arrêter l’usine. » Voilà donc ce qu’il avait à Puerto
Carreño, de vieilles centrales.
Lors de ma dernière conversation
avec le président Uribe, je lui ai dit : « Nous voulons aider nous
aussi… » Par ici, dans le Sud (il
montre la carte), à la frontière ente la Colombie et le Venezuela, il y a
aussi des localités colombiennes qui ont des problèmes, parce que les usines de
production, la technologie sont très loin ; ici, à Puerto Inírida, et ces localités qui
se trouvent ici, entre le fleuve Noir et l’Orénoque, vous voyez combien elles
sont éloignées de Bogota et des source de production d’électricité… Alors je
lui ai dit : « Nous allons continuer de faire des études, parce que
nous allons continuer d’installer des systèmes de production d’électricité
hydraulique. » C’est l’un des projets sur lesquels nous travaillons.
Nous avons parlé, et avec quelle
passion ! de projets concernant la navigation sur le Meta, sur l’Orénoque.
Le Meta, je le connais, j’ai navigué sur ce fleuve. Quand j’étais capitaine,
j’allais souvent par ici, à Carabobo, à Buena Vista, à Puerto Carreño, du côté
colombien ; du côté vénézuélien, à Carabobo, à Puerto Páez, chef-lieu de
Pedro Camejo, dans l’Etat d’Apure.
J’ai dit tout récemment à Aguilar Tegames,
le gouverneur d’Apure : « Nous allons étudier le projet
d’installation… » Une fois, j’ai envoyé le ministre de l’Agriculture en
commission là-bas avec des gens de la marine – je vois ici Maniglia – nous
parlions d’un grand projet binational en vue de grandes plantations de palmiste
qui pousse bien sur ces rives du Meta. Elles se trouvent sur le même parallèle
que Kuala-Lumpur, et la Malaisie est un gros producteur, et il faut voir tout
ce qu’on peut tirer de l’huile de palme.
Nous avons parlé de tout ça et de
quelques raffineries pour raffiner l’huile de palme dans ces immenses savanes
du Meta.
Nous avons parlé de la navigation
avec le président Uribe et nous avons dit que les marines de guerre des deux
pays peuvent bien… Et la marine vénézuélienne travaille à ça… Soit dit en
passant, Maniglia, hier soir j’ai révisé le projet que m’a présenté l’amiral
Laguna au sujet de la navigation sur le Meta et des obstacles qui se présentent
à ce genre de navires. Nous avons travaillé sur le plan technique, investissant
un peu d’argent, mais surtout en prenant du temps et en confiant en
l’expérience de nos marins pour naviguer sur le Meta.
À Pékin, je viens juste de parler
avec le gouvernement chinois d’un projet de polyduc. Vous savez qu’il y a
beaucoup de gaz au Venezuela, aussi bien sur la côte Est du Paranaguá que sur
le golfe du Venezuela, et le processus a commencé ce mois-ci, et nous allons
octroyer les premières licences d’exploration.
Le Venezuela possède les plus
grandes réserves de gaz de tout le continent.
Hier soir, j’ai rencontré le
président d’une des plus grandes sociétés gazières au monde, une société russe,
GazProm, et nous avons signé un accord d’alliance stratégique pour tous ces
projets de gaz, à terre et offshore.
On parle aussi d’un polyduc. Ce
n’est pas une mauvaise idée, pour amener du gaz et aussi de l’essence et des
dérivés sur toute la côte Atlantique de la
Colombie, le fleuve Hacha, Barranquilla, Cartagena, tout ça – ici, il
manque Santa Marta – et chercher une connexion avec l’Amérique centrale.
Il y a du gaz au Venezuela pour
satisfaire les besoins de tous ces endroits, qui ont de grands besoins en
matière de développement.
Nous avons parlé de projets
binationaux, ici, sur le Haut Apure. Le gazoduc, dont l’étude est déjà bien
avancée, la première ligne, ici, dans ce coin. La Colombie a des réserves de
gaz, et la première étude que nous avons faite, j’y ai participé directement
parce que le président Uribe me l’avait demandé, a porté sur la façon de faire
venir directement à Maracaibo un gazoduc, surtout ici, sur la côte Est, la
pétrochimie.
La Colombie a ici des réserves de
gaz qui dureront cinq ou sept ans, et nous voulons faire venir ce gaz, même
s’il n’est pas indispensable pour nous, parce que vous savez que nous développons
le projet IGCO (Interconnexion gazière centre-occidental). Dans l’Ouest du Venezuela, il y a des
problèmes énergétiques faute de vision stratégique et de projets stratégiques… Donc, nous avons décidé de faire l’autre
projet, même si nous construisons ce projet-ci pour faire venir du gaz à
Paranaguá et libérer ainsi le Zulia du gaz qu’il doit lui faire parvenir.
La seconde proposition du ministre
Ramírez, à la suite de réunions avec les techniciens colombien et de notre
PDVSA, a été bien meilleure, me dit-on, et c’est bien ce que j’ai dit
personnellement au président Uribe à la dernière réunion que nous avons eue à
Cartagena de Indias, cartes en mains et tout, et je lui ai dit :
« Álvaro, on me dit que c’est mieux par ici direct à Paranaguá, moins
coûteux. » Ici, il faudrait traverser le lac Maracaibo et c’est moins
coûteux. Et alors nous avons décidé de donner le feu vert au projet.
C’est un projet binational et
bidirectionnel, parce qu’il est prévu qu’une fois épuisées les réserves de gaz
de la Colombie ici, qui sont relativement faibles, - elle serviraient pour une
consommation tout à fait spécifique pour environ cinq ans – alors on utilisera
ce même conduit en sens contraire, vers ici, pour apporter du gaz. C’est de là
que vient l’idée d’un gazoduc dans ce coin.
Nous en avons même parlé avec le
président panaméen, Torrijos, parce que tous les pays centraméricains ont
besoin d’énergie, et on pourrait très bien interconnecter un gazoduc depuis le
Mexique pour tout ça.
Le Venezuela a le potentiel
suffisant pour juger que ce n’est pas un rêve, une chimère. Tout ça est
possible. L’intégration réelle, concrète, de nos peuples.´
Voilà donc pour les relations
bilatérales. Comme elles se sont améliorées, surtout en 2004 ! Les visites du président Uribe, les miennes
en Colombie, les appels téléphoniques, nous nous sommes appelés le 2 janvier et
nous avons parlé de prochaines réunions. Le président Uribe m’a même dit qu’il
voulait connaître les llanos
vénézuéliens. Je l’ai appelé depuis les llanos
et il m’a dit : « Je veux connaître ta terre, Chávez. » Je ne
crois pas que ce soit de la simulation ou quelque chose de ce genre. Et je lui
ai dit : « Les portes vous sont ouvertes, président. »
Dès que le président Uribe est monté
à la présidence, la campagne a commencé. À la première réunion, les journaux
titraient, je m’en souviens encore : « Ils vont se réunir, oui, mais
ils sont le feu et l’eau. » Et il s’est avéré que non. Nous voulons
travailler, et les problèmes et les différends, on peut les discuter.
Le ministre colombien de la Défense
est même venu en décembre – je n’ai pas pu le recevoir, parce que je n’étais
pas dans le pays, mais notre vice-président et son homologue bien entendu l’ont
fait. Et on a conversé, on a demandé de la franchise, nous avons ratifié nos
convictions, nos vues. Nous lui avons dit que nous voulions contribuer à la
paix, et non à la guerre, que nous aimions la Colombie, que la Colombie nous
fait mal, que nous aimons beaucoup la Colombie, que nous nous considérons un même
peuple, une même histoire, une même essence.
Donc, quand ces choses arrivent, des
observateurs internationaux froncent le sourcil. Certains n’aiment pas ça, et
certains même en Colombie et au Venezuela. Ils le considèrent un échec. Ceux qui ne cessent d’attiser la guerre, les
chiens de la guerre, les extrêmes droites conservatrices de Bogota et de
Caracas, certains médias qui ont toujours attisé les divisions, qui ont
toujours été derrière les sentiments antivénézuéliens en Colombie et
anticolombiens au Venezuela, les chiens de la guerre, les facteurs hégémoniques
du continent et du monde ne voient pas ça d’un bon œil. Ce qu’ils veulent,
c’est que nous continuions de nous battre entre nous, c’est nous maintenir
divisés. Ils ne voient pas d’un bon œil ces rapprochements sincères et francs,
pas plus qu’ils ne verront d’un bon œil notre rapprochement avec le Brésil et
qu’ils tâcheront toujours de semer la zizanie entre les leaders. Par exemple,
« que Lula et Chávez n’ont pas voulu se saluer », « que Lula et Chávez
sont fâchés ». C’étaient des mensonges, bien entendu,mais ils profitent de
n’importe quoi pour semer la zizanie et pour tenter de déclencher une tempête
dans un verre d’eau.
Ainsi donc, les pas en avant que
nous avons faits au Cuzco où tous les présidents sud-américains ont signé
l’acte de naissance de l’Union sud-américaine des nations, au sein de laquelle
la Colombie et le Venezuela ont un bon rôle à jouer, les facteurs hégémoniques
du continent ne les voient pas d’un bon œil, les oligarchies qui ont dominé nos
peuples, qui ont exploité nos peuples. Ils ne veulent pas que nous nous
unissions. C’est de là que provient, j’en suis sûr, la conspiration de ces
secteurs pour tenter de séparer le Venezuela et la Colombie, de les faire
s’éloigner, de les faire geler leurs relations.
Voilà pourquoi, président Uribe, la
presse affirme que vous avez dit – je ne le sais pas, c’est la presse qui
l’affirme – ou qu’un de vos porte-parole a dit à Bogota que vous étiez prêt à
discuter de cette question avec moi face à face à un sommet international.
Alors, si c’est vrai – c’est la presse qui le dit, je n’en ai reçu aucune
communication officielle – je dois vous répondre ce qui suit.
Je crois que nous devons tous deux
faire preuve de sagesse, nous armer de patience pour empêcher que ce fait – qui
est, je le répète, le fruit de la conspiration de facteurs hégémoniques, de
facteurs contraires à l’intégration, qui ont planifié et exécuté cet enlèvement
et qui encouragent le différend, je n’en ai pas le moindre doute – ne dégénère.
Nous devons être à la hauteur des aspirations sincères de nos peuples colombien
et vénézuélien afin de trouver une issue à cette situation.
Mais je ne crois absolument pas –
selon ce qu’affirment en manchette une bonne partie de la presse vénézuélienne,
colombienne et internationale – que cette situation doive se discuter à un
sommet de présidents.
Vous savez aussi bien que moi ce que
sont ces sommets. Vous-même les critiquiez récemment, mon ami. Je les ai
toujours critiqués, au sens qu’il s’agit de sommets préparés d’avance, avec un
ordre du jour préparé d’avance, faite par les techniciens, les ministères des
affaires étrangères, et quand les présidents arrivent, les documents sont déjà
faits, les déclarations sont déjà faites, et tout ce que nous faisons en
général, c’est prononcer un discours, participer à un déjeuner. Je m’efforce
généralement d’introduire des thèmes de débat, vous le savez, mais on préfère
fuir ces débats ou les éviter en prétextant le manque de temps. Le déjeuner conclu,
on va prendre la photo officielle, la photo de famille, et adieu. Voilà ce que
sont les sommets. Cette modalité de sommet, je vous ai entendu la critiquer à
la dernière réunion que nous avons eue en Amérique du Sud fin 2004.
Alors, je ne crois pas, président,
au cas où vous auriez dit, comme titre la presse vénézuélienne… Quelqu’un
a-t-il les journaux ? (On lui passe
un journal.) Voilà, El Nacional.
Voyez un peu. « Uribe offre de discuter avec Chávez en tête-à-tête et à un
sommet. » Il semble que ce soit le secrétaire de presse du palais Nariño
qui a dit ça.
Soit dit en passant, je veux
préciser un point. El Nacional et tel
ou tel autre journal de la presse vénézuélienne et colombienne affirment que le
président Uribe m’aurait dit ce qui suit en novembre 2002. Je vais vous lire.
« Si quelqu’un de votre gouvernement protège un guérillero colombien, je
vous garantis que nous entrons et que nous le sortons ! » Soyez sûrs
que le président Uribe ne m’a jamais dit ça. Et s’il me l’avait dit, bien
entendu je ne l’aurais pas accepté. S’il me l’avait dit, nous n’aurions jamais
progressé comme nous avons progressé en 2003 et surtout en 2004. C’est donc un
message. Et le président Uribe devrait le démentir de la manière qu’il veut,
parce que c’est absolument faux et en plus inacceptable entre chefs d’Etat.
C’est comme si je disais à mon
voisin avec lequel je prétends avoir de bonnes relations : « Si ton
fils entre dans mon jardin, tu peux ệtre sûr que je vais lui caresser les
côtes. » Si vous voulez avoir de bonnes relations avec votre voisin, ce
n’est sûrement pas comme ça qu’il faut le traiter, parce que c’est
inacceptable. En tout cas, c’est absolument faux, mais la presse ne cesse de le
répéter. Ce sont justement les facteurs qui sont derrière la zizanie, derrière
les intérêts hégémoniques impérialistes et divisionnistes.
Des médias comme El Nacional et d’autres s’y prêtent. Et
ils font une manchette de la déclaration du président Uribe qui est fausse.
Compte tenu de l’importance de la
question, je vous demande, président Uribe, de dire si cette proposition
vient vraiment de vous, parce que je
n’ai absolument rien en ce sens. Et si quelque chose m’arrive, puisque c’est
déjà vox populi, et que beaucoup de
gens, à force de l’entendre, le considère comme vrai, eh bien je vous dis non
d’avance. Non,il faut en discuter, c’est sûr, personnellement, je voudrais
bien, mais le point clef n’est pas le communiqué que le gouvernement colombien
prétend maintenant faire entrer sur le devant de la scène. Ce n’est pas ça le
point clef, président Uribe, comme le suggère le communiqué étrange,
inexplicable, que sort le palais du gouvernement à Bogota. Bien qu’il ne soit
pas signé par vous-même ni par votre ministre des Affaires étrangères, c’est
quand même votre palais qui parle, n’est-ce pas ? Vous êtes donc derrière,
puisque vous êtes le chef du palais qui parle. Non, le point clef n’est pas ce
que dit votre communiqué, que nous avons analysé très soigneusement, point par
point, avec notre ministre des Affaires étrangères, Ali Rodríguez. Notre
ministère va publier aujourd’hui un communiqué de réponse. Nous avons pris
notre temps tout hier pour ne pas trop nous hâter ni ne laisser entraîner par
les pressions de qui que ce soit. Tête froide et esprit sage, dans la mesure du
possible, et beaucoup de calme.
Oui, curieuse, cette prise de
position, qui prétend placer au cœur du débat l’assertion qui vient de
Washington, surtout depuis quelque temps, et de Bogota, selon laquelle le
Venezuela est devenu une espèce de sanctuaire de terroristes.
Voyez un peu par où ça vient… Quelle
coïncidence ! Deux éditoriaux dans deux des plus grands quotidiens des
Etats-Unis s’en prennent aussi au Venezuela. Vous vous rendez compte comment
ils montrent le bout de l’oreille… Un nouvel accès de fureur antivénézuélienne
vient d’éclater en marche à Washington, dans les principaux journaux et chez
les porte-parole de l’administration. Toujours les mêmes ! Le loup a beau
se déguiser en agneau, on lui toujours les dents.
C’est clair comme le jour ! On
sait d’où vient toute cette conspiration. L’ambassadeur des Etats-Unis à Bogota
a déjà donné son opinion, bien entendu, s’en prenant au Venezuela. Pour nous,
ça ne fait aucun doute.
Mais la question n’est pas là,
président Uribe. La question dont nous devons discuter vous et moi, comme dit
la presse vénézuélienne, en tête-à-tête – je dirais plutôt personnellement,
parce que ce tête-à-tête a une connotation passablement belliciste, comme si
c’était un ring de boxe – nous sommes deux chefs d’Etat. Alors, puisque vous
m’avez dit que vous vouliez connaître les llanos
de Barinas, eh bien, je vous y invite, et sans la moindre provocation. Je vous
invite, président Uribe, à nous promener dans la savane, à converser. Parce que
le point clef en discussion, c’est que le gouvernement que vous dirigez,
président et ami, doit reconnaître qu’un délit a été commis. Voilà le point, le
point clef, le cœur du problème. Tout le reste, qui peut aussi se discuter, et
doit se discuter, est secondaire. Ce que nous dénonçons, monsieur le président,
nous le faisons des preuves en main, suffisamment de preuves : ne croyez
pas aux mensonges qui peuvent vous parvenir, de la même manière que je tâche de
ne pas croire ceux qui pourraient me parvenir.
Je vais vous dire, monsieur le
président : un bon ami, du moins je le considère aujourd’hui un bon ami,
l’ex-président Samper, on avait fini par le convaincre quand il était encore
président colombien, à force de mensonges, que le commandant Hugo Chávez, qui
venait juste de sortir de prison, déambulait aux frontières de l’Arauca et du
Meta pour organiser des camps d’entraînement d’une guérilla, que quelqu’un
avait dénommée Grande Colombienne-Vénézuélienne, et que ce commandant Chávez
avait aussi dirigé l’attaque de Carabobo et avait tué des soldats vénézuéliens.
Le président Samper avait été convaincu, à force de mensonges des organes de
renseignements colombiens, avec le soutien d’organes de renseignements
vénézuéliens, de cette grosse farce, et il a fait le ridicule, parce que j’ai
dû me rendre à Bogota et j’ai dit : « Bien, je suis là,
qu’attendez-vous pour m’arrêter ? » Et j’ai passé trois jours en
Colombie sans que personne ne m’arrête.
Le gouvernement vénézuélien de
l’époque a préféré ne rien dire, et comme qui ne dit mot consent… Ç’avait été
pratiquement une collusion entre des secteurs des deux pays pour tenter
d’assassiner politiquement le commandant Chávez, qui allait comme un juif
errant – pardonnez-moi l’expression, une fois j’ai dit comme le cow-boy
solitaire – de ville en ville, de rue en rue, durant ces années 1994, 1995,
1996, 1997,
Alors, président Uribe, si vous avez
vraiment l’intention de discuter de la question, d’accord, mais pas une réunion
de présidents, non. C’est une question exclusivement bilatérale, et le point
clef à discuter, le fond du problème, c’est le crime qui a été commis.
J’invite le gouvernement colombien à
le reconnaître. Le gouvernement colombien ne doit pas – car ce serait très grave,
président Uribe – couvrir un crime. Machiavel disait : « Quand les
faits accusent, les résultats excusent. »
« Au nom de la lutte contre le
terrorisme », dit-on à Bogota. A supposer que ce soit vrai, va-t-on violer
la souveraineté des pays voisins ? Va-t-on pousser des citoyens et des
fonctionnaires au crime ? Va-t-on lancer une campagne pour corrompre et
soudoyer des fonctionnaires, vénézuéliens en l’occurrence, mais demain
brésiliens, équatoriens, panaméens, ou de n’importe quel pays du monde ? Non,
président Uribe, ça ne se peut pas. Cela
revient à violer le droit international, à bafouer la souveraineté des Etats, à
ne pas contribuer au bon voisinage, à la franchise, à la confiance si
nécessaire pour faire avancer nos projets. Voilà pourquoi j’ai ordonné de
stopper tous les projets sur lesquels nous travaillons avec le gouvernement
colombien jusqu’à ce que tout s’éclaire.
Nous avons besoin de confiance pour
parler du gazoduc, des projets électriques, des projets du palmiste, des
projets commerciaux, etc. Nous avons besoin de la confiance de bons voisins.
Si vous saviez, président Uribe…
C’est pour ça que j’insiste. Ici, en mon for intérieur, je crois que le
président Uribe ne savait rien de cette opération, parce que la veille de
l’enlèvement de Granda, nous étions justement ensemble au Cuzco. Le président
Uribe n’est pas allé à Ayacucho, mais il a été en revanche au Cuzco le 8
décembre, à cette réunion de l’Amérique du Sud, et nous avons parlé, nous avons
conversé. Ensuite, il n’a pas pu aller à Ayacucho, le 9 décembre, et le 10 nous
étions à Maracay, pour le jour des forces de l’air. Ce jour-là, des policiers
vénézuéliens ont arrêté des policiers colombiens opérant sur notre territoire,
et c’est trois jours après que Granda a été enlevé, ici, à Caracas, un
enlèvement coordonné par la police colombienne avec le soutien de
fonctionnaires et de militaires vénézuéliens. Nous n’avons toujours pas de
preuve de la participation d’un organe civil. Je dois dire que les militaires
vénézuéliens qui ont participé à ça – et c’est quelque chose de lamentable, de
douloureux – ont tous été arrêtés et ont avoué et qu’ils ont donné des détails,
président Uribe, que vous devriez écouter.
Voilà un des points clefs que je
voudrais vous soumettre : comment des fonctionnaires colombiens ont,
pendant des mois, travaillé à soudoyer, à inviter des fonctionnaires
vénézuéliens à commettre ce crime ; comment des policiers colombiens sont
entrés au Venezuela, combien ils ont payé. Nous savons même combien ils ont versé
d’avances, parce qu’ils n’ont pas tout payé, et l’un d’eux a acheté une voiture
avec ça, et la voiture est entre nos mains.
Si la Colombie estime que la
politique consistant à offrir des récompenses est légitime, libre à elle, c’est
son droit, tout Etat est libre de définir sa politique, mais dans ses
frontières, pas à l’étranger ! Encore moins en vue de soudoyer des
fonctionnaires d’un autre gouvernement, dans le dos du gouvernement. Non, ça ne
peut pas se permettre, ce serait côtoyer l’abîme.
Donc, président Uribe, si ce que dit
la presse est vrai, je suis prêt à en parler personnellement. Mais pas de la
question que soulève le communiqué de votre palais présidentiel. Non, c’est de
la question du crime dont il faut parler. Et, je le répète, le gouvernement
colombien doit tout d’abord présenter ses excuses, reconnaître son erreur. En
tout premier lieu.
La première chose qu’a dite la
police colombienne, c’est que Granda avait été capturé à Cucutá. Alors, on a
commencé à lui poser des questions : d’accord, mais où, quand,
comment ? » La police donne généralement des précisions, donne des
témoignages, présente des témoins, elle prend parfois des films ou enregistre
au moment de la capture pour avoir justement des preuves. Dans ce cas, pas de
témoin, rien. Après, elle s’est contredite : dans la rue, et puis après
dans un hôtel, selon un autre fonctionnaire. Et puis après, elle n’avait pas
versé de récompenses, et après oui, elle en avait versé une. Et toutes ces
contradictions ont commencé à me mettre la puce à l’oreille, et nous avons fini
par nous rendre compte de la vérité.
Je voudrais maintenant faire une
réflexion à haute voix pour le Venezuela, pour la Colombie, pour le monde, pour
les gens qui écoutent et voient Allo Président avec beaucoup d’attention.
Supposez que l’on considère cette
conduite de la police colombienne comme légitime, comme valide, alors, ce
serait, comme je l’ai dit, un saut dans l’abîme, un pas vers le chaos.
Pourquoi ? Eh bien imaginez un peu : moi, je sais où vit à Bogota un
Vénézuélien terroriste, putschiste, qui s’est prêté serment à lui-même, ici
même dans cette salle, comme président de ce pays, tandis que moi, j’étais
prisonnier et tandis que la population de Caracas était massacrée, perdant de
très nombreuses vies. Des blessés, des morts, du terrorisme…
Oui, je parle de Pedro Carmona qui
vit à Bogota. Aurais-je le droit de dire, président Uribe, que la Colombie
donne asile à des terroristes ? Parce que si nous allons utiliser les mots
si à la légère, je pourrais dire que la Colombie viole l’accord des Nations
Unies selon lequel aucun Etat ne pourra servir de refuge aux terroristes. Pedro
Carmona est-il ou non un terroriste ? Examinons un peu ce qu’il s’est
passé ici. Eh bien, oui, nous pouvons conclure que c’en est un. Mais je dois
respecter le droit international.
Ce monsieur était arrêté ici, et il
s’est enfui de chez lui, puisqu’un tribunal l’avait envoyé chez lui à cause de
son âge et de je ne sais trop quoi, et il est parti à l’ambassade colombienne
et le gouvernement colombien, pas celui d’Uribe, celui de Pastrana, a décidé de
lui donner asile. Dès que j’ai appris cette décision, même si je n’étais pas
d’accord, mais la Colombie en a le droit, j’ai envoyé un avion à La Carlota et
j’ai dit : « Emmenez-le à Bogota. » Et il est parti aussitôt.
Le Venezuela a toujours été très
respectueux du droit international. Je me souviens de cas de monsieur Ballesta,
réclamé en Colombie. Ils voulaient l’enlever et le ramener là-bas, mais nous
l’avons appris et nous l’avons interdit, et ce monsieur a été incarcéré ici
pendant plusieurs mois pour falsification de documents. La Colombie a fait
alors ce qu’il fallait. Je me souviens d’avoir parlé avec Pastrana et de lui
avoir dit : « Président, si la Colombie a des preuves, a une demande… » Cet homme avait participé, semble-t-il, au
détournement d’un avion, et c’est vrai. La Colombie a envoyé des preuves, la
demande d’extradition, plusieurs mois se sont écoulés jusqu’au jour où le
Venezuela a décidé de l’extrader. Quand le tribunal suprême, le seul habilité à
le faire, a pris la décision, j’ai fait pareil, j’ai envoyé un avion et ce
monsieur Ballesta est en prison à Bogota.
Le cas de Montesinos. Vous vous
souvenez de l’impasse qu’il y a eu avec le gouvernement péruvien d’alors ?
Le ministre péruvien de l’Intérieur a atterri avec un avion militaire à
Valencia, en provenance du Pérou, il voulait emmener Montesinos avec lui. Et il
y a eu là aussi une crise avec le gouvernement provisoire de Pérou, avant
l’arrivée de Toledo. Vous imaginez, un ministre péruvien, avec un avion, des
militaires et tout ça à Valencia. C’est de la folie. Pourtant, au nom de la
fraternité et du bon voisinage… Je me trouvais alors au Canada, à un Sommet des
Amériques, on m’a informé et j’ai dit : « Révisez l’avion, et
après laissez-le le ramener au Pérou. » Et ce ministre, qui était arrêté
dans son avion à Valencia, a été libéré et est reparti au Pérou en avion.
« Ah non, Chávez protège
Montesinos, Chávez le cache, le Venezuela est devenu… » A peine nous avons
capturé Montesinos ici, un 24 juin, je
me le rappelle, que nous l’avons expédié en un clin d’œil au Pérou. Nous avons
toujours fait ça.
Donc, mon ami, président Uribe, si
votre gouvernement a des informations sur la présence ici d’un Colombien
réclamé par la justice pour une raison ou une autre, un assassin, un criminel
de je ne sais quoi, un col blanc, ou un col noir, ou un narcotrafiquant, ou un
terroriste, ou un guérillero, quelqu’un qui a maille à partir avec la justice
colombienne, eh bien, réclamez à mon gouvernement, à l’Etat vénézuélien…
Supposez que je vous applique la loi du talion – je ne vais pas le faire, bien
entendu – œil pour œil, dent pour dent, et que je me mette à vous envoyer des
commandos et à offrir des millions de dollars pour qu’on me ramène Carmona –
allez savoir, au mieux on nous le ramène, parce que quand il s’agit d’argent…
Judas n’a-t-il pas vendu le Christ pour trente deniers ? – à offrir des
millions de dollars, donc, et que je mette à soudoyer des fonctionnaires – et
il y a des gens qui sont, hélas, bien faibles et tombent, comme sont tombés ces
Vénézuéliens qui vont forcément perdre leur carrière. Oui, nous allons faire
retomber tout le poids de la loi sur ces fonctionnaires vénézuéliens, dans le
cadre du droit. En tout cas, quiconque se prête à un crime de ce genre ne
saurait être militaire, un crime contre la souveraineté de sa patrie, alors que
le premier devoir d’un militaire, le plus sacré, doit être la souveraineté de
sa patrie, on nous apprend ça dès l’entrée à l’école militaire… Mais des
faiblesses, on en voit partout.
Un lieutenant-colonel vénézuélien
qui avait déjà donné dix millions de bolivars qu’il avait reçus à Cúcuta. Il
est passé à Cúcuta pour livrer le séquestré à un commandant de la police de la
ville, et il a touché une première part. On lui a dit qu’il toucherait le reste
plus tard. Et il y a des fonctionnaires publics colombiens qui sont impliqués
là-dedans, des civils et des militaires. C’est un crime, président Uribe. Ça ne
peut être qualifié autrement. Il y a eu enlèvement. Et un enlèvement est un
enlèvement, que les auteurs en soient les FARC ou les narcotrafiquants, des
paramilitaires ou des fonctionnaires publics. C’est un enlèvement, faite en
complicité avec des fonctionnaires vénézuéliens. Un enlèvement ! Et
c’est un crime, et des plus aberrants, un enlèvement !
Supposez que j’envoie un commando et
que j’offre des millions de dollars pour ramener des généraux à la retraite,
putschistes, qui vivent au Panama, par exemple. Je sais où ils vivent, je sais
tout d’eux. J’en ai parlé avec le président Torrijos, entre amis, mais je ne
vais jamais rien faire dans le dos de Torrijos, et si un fonctionnaire
vénézuélien le faisait, il tomberait sous le coup de la loi. Je ne vais jamais
couvrir une attitude de ce genre.
Ou alors en République dominicaine,
où vivent trois putschistes, dont deux de ceux qui allaient me fusiller, dans
la nuit du 12 avril, ils m’avaient déjà en joue, comme on dit dans le llano, le hic c’est que Dieu s’en est
mêlé, et des jeunes gens sont arrivés et ont dit : « Si vous tuez cet
homme, nous nous tuons tous ici. » C’était au bord de la mer, et Dieu s’en
est mêlé, mais ils m’avaient déjà en joue. C’est l’ordre que leur avait donné
Pedro Carmona, qui est à Bogota. J’ai des témoins, certains de ces jeunes sont
même ici.
Vous savez que les oligarques
pensent généralement que les serveurs et ceux qui balaient le plancher ne sont
pas des gens, et qu’ils font comme s’ils n’existaient pas. Et c’est devant les
serveurs et d’autres gens que Pedro Carmona a donné l’ordre :
« Emmenez Chávez et qu’ils ne voient pas le jour. » Oui, mais il
fallait faire croire qu’il y avait eu une tentative de fuite, qu’on avait tenté
de le libérer, et hop, Chávez liquidé… et comme en plus Chávez était un
assassin qui a tué des tas de gens, qu’importe, qui tue par l’épée mourra par
l’épée. La stratégie parfaite. Le hic, c’est que Dieu s’en est mêlé, et un
groupe de jeunes Vénézuéliens et le peuple vénézuélien tout entier. Et si je
suis ici, debout, c’est grâce à Dieu. En tout cas, j’ai eu la gueule à la
camarde (rires), je la lui ai vue.
Qu’est-ce que tu veux ? lui ai-je dit. J’étais prête à partir avec elle.
C’est Dieu et le peuple qui m’ont fait revenir, et ces jeunes militaires, ces
compagnons, qui sont le peuple en uniforme.
Oui, mais est-ce que je vais donner
une récompense, comme si c’était quelque chose de personnel, et envoyer un
groupe – j’ai pas mal d’amis en Colombie, ils pourraient faire quelque chose,
j’ai pas mal d’amis en République dominicaine, beaucoup – je ne vais pas
envoyer des militaires ou des policiers vénézuéliens soudoyer ou offrir des
millions de dollars à un groupe de Dominicains pour enlever ces Vénézuéliens et
les ramener ici ? Je pourrais le faire, croyez-moi, mais je ne vais pas le
faire, parce que je violerais le droit international et la souveraineté et le
respect que je dois au président dominicain et, avant lui, au peuple
dominicain. Ça ne peut pas se faire.
Et vous, mon ami, président Uribe,
je vous invite une fois de plus à rectifier, à reconnaître que des
fonctionnaires de votre gouvernement, à votre insu, parce que je suis
absolument convaincu que vous ne le saviez pas, je vous ai vu deux jours avant,
au Cuzco, et nous avons signé l’acte de naissance de la Communauté
sud-américaine des nations, et nous avons parlé du gazoduc, de l’oléoduc, de la
coopération entre nos peuples, nous avions dit que vous viendrez bientôt au
Venezuela pour une nouvelle réunion, nous avions parlé du problème de l’essence
à la frontière, de la raffinerie de Cartagena, de tout ça, et je ne crois que
vous ayez eu connaissance de ça… mais ne vous laissez pas tromper, mon ami, par
solidarité ou pour quoi que ce soit d’autre, ou alors confondre. Je crois que
vous devez reconnaître l’erreur que vos fonctionnaires ont commise, vous devez
prendre les mesures pertinentes en Colombie, et une fois que vous l’aurez fait,
venez, et je vous tendrai la main. Jusque là, je ne débattrai aucun autre
thème. Et croyez bien que nous sommes des millions, nous sommes tous les Vénézuéliens
à avoir cette position, et si des Vénézuéliens ont une autre position, eh bien
il sont l’exception. En vous disant cela, je représente des millions de
Vénézuéliens, civils et militaires. Je ne discuterai pas d’autre point que
celui-là. On a commis un crime, on a violé la souveraineté du Venezuela, et le
Venezuela doit être lavé, et c’est à vous, président et ami, de le faire. Mes
saluts à la Colombie.
Après ce long commentaire, après cet
éditorial nécessaire, ce n’était pas ainsi que je pensais commencer le
programme, mais j’ai été contraint de le faire à cause des informations, des
analyses, et surtout après avoir réfléchi profondément, au petit matin, ce qui
ne m’empêche pas d’adresser un salut affectueux à la Colombie, et je demande
même des applaudissements pour la Colombie, notre sœur (applaudissements). Je dis que rien ne pourra freiner l’intégration
entre la Colombie et le Venezuela, personne, aussi puissante soit-il, ne pourra
freiner l’intégration de l’Amérique du Sud.
La Communauté sud-américaine des
nations est née, et nous allons lui donner une impulsion : la Colombie, le
Venezuela, le Brésil et les autres, tous unis, tous ensemble.
Lula vient bientôt. J’ai conversé
avec lui au téléphone avant-hier, et nous allons donner une impulsion, en plus
des projets déjà en marche entre nos deux pays, à une autre série de projets
stratégiques d’alliance, sur le plan énergétique, en matière d’infrastructure,
dans les mines, l’aéronautique civile et militaire, le tourisme…
Le président brésilien, Luis Inacio
Lula da Silva, nous rendra visite le lundi 14 février, pour poursuivre cette
impulsion. Nous aurons droit aussi cette année à la visite du président Lagos,
avec qui j’ai conversé voilà quelques jours, en ce moment il est en Egypte. Je
verrai bientôt le président argentin,Néstor Kirchner. Nous serons sous peu à la
prise de possession de Tabaré Vázquez en Uruguay. J’irai bientôt en Bolivie, où
nous avons été invité officiellement par le président Mesa. Et tout ceci en
faveur de l’intégration sud-américaine. Rien ni personne ne pourra l’éviter.
C’était le rêve de Bolívar, d’Abreu Elima, de San Martín. Eux ont échoué, et
c’est pour cela que Bolívar a dit : « J’ai labouré la mer. »
Plus maintenant. Deux cents ans après, c’est maintenant que l’intégration
commence à naître et à se renforcer.
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