Ricardo Alarcon : " Il y a un certain nombre de points
qu'il faut souligner. Tout d'abord, il s'agit d'un plan détaillé. Ils ne
se limitent pas à nous dire qu'ils vont intervenir, établir un régime sous
tutelle étasunienne, ils décrivent ce qui va se passer après la fin de la
Révolution qu'ils appellent de leurs vœux.
Ils veulent être très clairs sur leur intention
d'imposer leur plan dans la pratique. Par exemple, ils vont désigner un
coordinateur de la transition qui sera nommé maintenant même, ils ne vont
pas attendre la fin imaginaire de la Révolution pour désigner quelqu'un
qui va concevoir tout le processus conduisant à la défaite de la
Révolution et leur permette ensuite de prendre la direction du
gouvernement. C'est comme M.Bremer en Irak. Le rapport souligne qu'afin
qu'il soit très clair qu'ils sont déterminés à agir, ils vont nommer ce
coordinateur dès maintenant.
De la même manière, ils vont établir dès maintenant ce
qu'on appelle la Commission du gouvernement des États-Unis pour la
reconstruction économique de Cuba qui sera dirigée par un sous-secrétaire.
Sa composition est décrite : il y aura en son sein un certain nombre de
représentants des départements du gouvernement étasunien. Elle sera
entièrement composée d'Étasuniens, elle sera dirigée par un
sous-secrétaire qui commencera à travailler dès maintenant. Quel est son
mandat ? Diriger l'économie cubaine durant la période de transition !
Les Étasuniens ont vraiment l'intention de convaincre le
monde du fait que, cette fois, ils vont aller jusqu'au bout pour faire
passer dans la réalité leur plan.
Il ne s'agit pas seulement d'une menace, de simuler ou
de donner l'impression qu'ils vont nous attaquer. Ils vont établir les
mécanismes, désigner les autorités responsables de l'application dès
maintenant.
Il y a autre chose : L'introduction du plan cite M. Bush
lui-même qui a dit au moment de la création de la Commission qui a rédigé
le plan que son mandat était de décrire des mesures spécifiques pour
intensifier la guerre économique et un programme spécifique du
gouvernement étasunien pour la période de transition.
Je souligne cela parce qu'il ne faut pas se tromper,
c'est un plan étasunien, le droit de propriété appartient aux Etats-Unis.
Il n'y a pas d'exemple comparable d'ingérence.
On peut penser qu'il s'agit d'une folie car un tel plan
n'est applicable qu'après la défaite du peuple cubain, c'est-à-dire la
guerre, et la guerre sera très coûteuse pour les Étasuniens. Ce sera bien
plus difficile que l'Irak qui a déjà été difficile. Nous sommes plus unis,
plus organisés, nous n'avons pas le régime irakien, c'est un gouvernement
qui a vraiment le soutien du peuple, un peuple qui est cultivé et uni, pas
divisé en sectes religieuses, en ethnies.
Le plan peut paraître une folie mais les mesures
immédiates qu'ils ont commencé à appliquer étaient tout aussi
inimaginables avant.
Un gouvernement qui est prêt à couper les liens
familiaux, à empêcher une vieille dame de rendre visite à son neveu à
Cuba, de lui envoyer des médicaments, de communiquer librement avec sa
famille, est capable aussi de mettre en pratique le programme qu'il a
conçu. Après tout, l'idée de couper les liens familiaux, de multiplier les
souffrances qui pèsent sur des milliers de Cubains qui résident aux
Etats-Unis et qui, théoriquement, devraient être de leur côté, paraît plus
impensable. Une fois des châtiments aussi cruels imposés, si vous avez
privé les gens de leurs enfants ou de leurs parents, il est plus facile de
s'emparer de leur maison ou de leur terre, de les priver de leur maison ou
de leur voiture, la première des cruautés est supérieure, plus aiguë.
C'est pourquoi, il faut considérer ce plan très sérieusement.
Il ne faut pas oublier non plus que toutes ces idées
viennent d'un régime qui a défié tous les principes, toutes les lois
internationales, qui a employé le mensonge qui est passé au-dessus de ses
propres institutions, qui a menti au Congrès américain, qui a beaucoup
parlé des fameuses armes de destruction massive alors qu'il savait
qu'elles n'existaient pas, qui a inventé les liens entre le gouvernement
irakien et les attaques du 11 septembre et bien d'autres choses encore.
C'est un régime qui manque totalement de sens moral, qui
n'a aucune éthique et aucun respect pour les normes et les principes du
droit. En d'autres mots, un régime qui pourrait faire n'importe quoi, on
peut s'attendre à n'importe quelle action illégale, incroyable du point de
vue logique, mais qui cadre avec sa mentalité.
RHC : Les représentants du peuple cubain que vous
présidez ont adopté une déclaration qui est un plan de ce que va faire
Cuba, quels sont les pas qu'envisage notre pays, comment le peuple cubain
réagit-il en ce moment
Ricardo Alarcon : " Nous sommes en train d'imprimer un
résumé de la session de l'Assemblée Nationale au cours de laquelle les
députés ont analysé le plan. Nous allons aussi rendre publique, une
synthèse du plan. Nous n'allons pas le traduire en entier, eux-mêmes ne
l'ont pas fait. Nous ne sommes pas chargés de leur propagande ! De plus,
parmi les mesures adoptées par le Président Bush se trouve la nomination
du coordinateur et de la Commission fédérale pour la reconstruction
économique de Cuba. Tous deux ont le mandat de réviser le plan, ils
peuvent introduire de nouveaux éléments.
Ce que nous allons faire, c'est reproduire en espagnol
textuellement, mot pour mot, les principales mesures selon le texte
étasunien. Nous allons le distribuer le plus largement possible. Nous
sommes en contact avec de nombreuses institutions cubaines, par exemple
les universités. Au début de la prochaine année scolaire - pour le moment
ici ce sont les vacances - dans chaque établissement scolaire, université
par université, dans les syndicats, chez les paysans…, nous allons
organiser comme un grand institut d'étude de cette abomination inventée
par les Etats-Unis. "
Propos recueillis par Marie-Dominique
Bertuccioli
Plan Bush : 450 pages
pour en finir avec Cuba
(Juillet 2004)
450 pages! Cela paraît incroyable mais c'est bel et bien
ce que la Commission nommée par le Président Bush pour définir l'avenir de
Cuba a rédigé. Ce plan mis au point par le gouvernement des États-Unis est
intéressant à plus d'un titre, il est important que vous le connaissiez.
Une introduction, une préface, six chapitres, c'est
ce que consacre en toutes lettres le gouvernement des États-Unis à
l'organisation de la Cuba après-Castro et à la période de transition. Le
premier chapitre porte d'ailleurs sur la manière de hâter la chute du
gouvernement actuel qui "est rejetté par les États-Unis" car " il est
néfaste "non seulement pour son propre peuple mais encore pour la
consolidation de la démocratie et des économies de marché dans
l'hémisphère occidental et pour le peuple des États-Unis". Ce type de
langage ne vous rappelle-t-il pas quelque chose?
Avant de mettre aux voix la déclaration que l'Assemblée
Nationale a votée le 1er juillet sur cette question, le Président de
l'Assemblée, Ricardo Alarcon, a commenté le plan Bush. Après avoir abordé
la question des restrictions des voyages des Cubains qui résident aux
États-Unis et des Étasuniens, ce qui viole la Constitution, il s'est
arrêté sur des éléments du plan qui concernent directement notre pays. Il
a souligné :
"La première chose, la plus importante, le nœud gordien
de ce qu'ils appellent la " transition" vers ce qu'ils appellent " la
démocratie " est la restitution de leurs propriétés à ceux qu'ils nomment
" leurs anciens propriétaires ". Ils ne recourent pas à des fioritures de
langage pour les définir : propriétés commerciales, c'est-à-dire les
entreprises, " propriétés résidentielles ", c'est-à-dire les logements qui
appartiennent à l'immense majorité des Cubains et les " propriétés
agricoles ". Ils ne font pas de détour non plus pour expliquer ce qu'il
adviendrait des personnes qui possèdent aujourd'hui ces logements. Ils
font clairement référence de manière très directe au retour à l'expulsion
de toutes ces personnes qui ne sont pas les anciens propriétaires et de
ceux qui ne pourront pas payer les nouveaux loyers. Ils parlent du retour
des expulsions de paysans des terres qu'ils travaillent, de la dissolution
des coopératives paysannes, du retour des latifundia.
Ils nous disent de plus, que cela devrait se passer le
plus vite possible et que pour garantir qu'il en soit ainsi, le
gouvernement des Etats-Unis créerait un mécanisme qui a un nom et un sigle
: " Commission pour la Restitution du Droit de Propriété ". Ce ne serait
pas le régime fantoche, mais le gouvernement des Etats-Unis qui dirigerait
ce processus, c'est écrit là."
Ricardo Alarcon est revenu sur la manière dont sont
traitées certaines catégories:
"Il est écrit ici aussi que nos retraités, sur décision
du tout puissant monsieur Bush, cesseront de percevoir leurs pensions
lorsque commencera la période de transition. De plus - et je cite
textuellement - il les définit comme " avantages non mérités " et parle de
" critères laxistes ouvrant droit ".
Qui est donc ce monsieur pour dire au million 300 000
Cubains qui ont travaillé toute leur vie, qui ont apporté leur effort,
leur sueur, leur énergie, qu'ils n'ont pas obtenu le droit à une pension ?
Qui lui a donné le pouvoir d'annoncer que ce sera une des premières
décisions de la transition ? Qui l'autorise à dire que ces compatriotes
devraient dépendre de la charité privée pour recevoir des services
médicaux élémentaires ?
Parce que, bien entendu, la transition amènerait la
privatisation tant des services médicaux que de l'éducation décidée par le
gouvernement des Etats-Unis qui va créer dès maintenant une commission
dont la composition est définie dans ce document. Elle est composée de
divers ministères étasuniens et s'appelle " Commission du gouvernement des
Etats-Unis pour la reconstruction économique du gouvernement de Cuba ".
Les personnes âgées ne vont plus recevoir de pensions
provenant du budget national, mais, de plus, elles devront travailler. Ils
vont créer ce qu'ils appellent des " corps de personnes âgées " afin de
les mettre au travail.
Ensuite, il y aurait une réforme radicale du système de
pensions, décidée par le gouvernement des Etats-Unis qui bénéficierait des
conseils d'experts du FMI qui en effectivement sont passés maître en
démantèlement de services sociaux."
L'appui à ce qu'il est convenu d'appeler la dissidence
qui ne date pas d'aujourd'hui puisque le "projet Cuba" mis au point par
les États-Unis en 1959 parlait déjà de "créer une opposition interne" est
clair aussi dans le document adopté par Bush le 6 mai. Le Président de
l'Assemblée Nationale y a fait allusion:
"Tout en privant les Étasuniens du droit qu'ils ont de
se rendre à Cuba qui a été confirmé par la Cour Suprême et le Congrès, ils
vont consacrer des sommes prélevées sur le budget des Etats-Unis pour
amener à Cuba des personnes d'autres pays payées par les impôts des
Étatsuniens dont les droits sont niés. Ces personnes viendraient ici pour
fournir une aide en matériel et en l'argent aux groupuscules de traîtres
que les Etats-Unis ont tenté de mettre sur pied depuis 1959, comme 5è
colonne dans notre société.
Non seulement les mercenaires sont autorisés à recevoir
certaines choses, mais le gouvernement des Etats-Unis va déployer des
efforts au plan international pour augmenter les ressources financières et
autres qui leur sont destinées. Les mesures restreignent de manière
drastique l'envoi de mandats à Cuba, mais, en même temps augmentent les
sommes qui seraient envoyées seulement à ces individus.
Le plan, de plus, constitue une insulte pour tous les
Cubains, en particulier il est dénigrant pour les jeunes, les enseignants,
les femmes, les enfants, pour lesquels le gouvernement des Etats-Unis
créerait un programme d'adoption en vertu duquel certains d'entre eux
deviendraient les enfants de familles étasuniennes. En effet, ils
supposent que, pour appliquer leur plan, il faudrait recourir à la guerre,
une guerre au cours de laquelle nombre d'entre nous perdraient la vie,
laissant de nombreux orphelins. Cela rappelle le plan que les militaires
latino-américains ont mis en place en particulier en Argentine et en vertu
duquel les enfants dont les parents avaient été assassinés, étaient morts
sous la torture ont été élevés par les assassins et les tortionnaires de
leurs parents.
Le plan comporte d'autres violations des règles
internationales dont celles qui prévoient l'utilisation d'un ou de
plusieurs avions militaires pour faire parvenir des émissions de radio et
télévision à notre pays.
Le Président de l'Assemblée Nationale a conclu :
"Bien entendu, pour grand que soit le délire qui s'est
emparé de ceux qui ont rédigé ce rapport, il est une chose dont ils se
sont rendus compte. Ils admettent qu'appliquer ce plan ne sera pas facile.
C'est la raison pour laquelle, la priorité absolue des Etats-Unis, lorsque
la transition qu'ils appellent tant de leurs vœux aura commencé, sera de
créer des forces de répression, entraînées, armées par les Etats-Unis
disposant de conseillers étasuniens et dirigées par le gouvernement des
États-unis. Des forces de répression dont nous connaissons bien la manière
de procéder, la longue liste d'assassinats de notre passé qui le sera à
jamais et qui est aujourd'hui la triste réalité de pays de notre région
encore."
(RHC) 05-11-2004