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 Plan Bush : du jamais vu sur l'échelle de l'agression

Ce n'est certes pas la première fois que les Etats-Unis parlent d'en finir avec le gouvernement actuel, de parvenir à une " transition ". Quelles sont donc les caractéristiques nouvelles du Plan présenté par le Président Bush le 6 mai ? Le Président de l'Assemblée Nationale, Ricardo Alarcon analyse cette question en exclusivité pour les émissions en français de Radio Havane Cuba :

Ricardo Alarcon : " Il y a un certain nombre de points qu'il faut souligner. Tout d'abord, il s'agit d'un plan détaillé. Ils ne se limitent pas à nous dire qu'ils vont intervenir, établir un régime sous tutelle étasunienne, ils décrivent ce qui va se passer après la fin de la Révolution qu'ils appellent de leurs vœux.

Ils veulent être très clairs sur leur intention d'imposer leur plan dans la pratique. Par exemple, ils vont désigner un coordinateur de la transition qui sera nommé maintenant même, ils ne vont pas attendre la fin imaginaire de la Révolution pour désigner quelqu'un qui va concevoir tout le processus conduisant à la défaite de la Révolution et leur permette ensuite de prendre la direction du gouvernement. C'est comme M.Bremer en Irak. Le rapport souligne qu'afin qu'il soit très clair qu'ils sont déterminés à agir, ils vont nommer ce coordinateur dès maintenant.

De la même manière, ils vont établir dès maintenant ce qu'on appelle la Commission du gouvernement des États-Unis pour la reconstruction économique de Cuba qui sera dirigée par un sous-secrétaire. Sa composition est décrite : il y aura en son sein un certain nombre de représentants des départements du gouvernement étasunien. Elle sera entièrement composée d'Étasuniens, elle sera dirigée par un sous-secrétaire qui commencera à travailler dès maintenant. Quel est son mandat ? Diriger l'économie cubaine durant la période de transition !

Les Étasuniens ont vraiment l'intention de convaincre le monde du fait que, cette fois, ils vont aller jusqu'au bout pour faire passer dans la réalité leur plan.

Il ne s'agit pas seulement d'une menace, de simuler ou de donner l'impression qu'ils vont nous attaquer. Ils vont établir les mécanismes, désigner les autorités responsables de l'application dès maintenant.

Il y a autre chose : L'introduction du plan cite M. Bush lui-même qui a dit au moment de la création de la Commission qui a rédigé le plan que son mandat était de décrire des mesures spécifiques pour intensifier la guerre économique et un programme spécifique du gouvernement étasunien pour la période de transition.

Je souligne cela parce qu'il ne faut pas se tromper, c'est un plan étasunien, le droit de propriété appartient aux Etats-Unis.

Il n'y a pas d'exemple comparable d'ingérence.

On peut penser qu'il s'agit d'une folie car un tel plan n'est applicable qu'après la défaite du peuple cubain, c'est-à-dire la guerre, et la guerre sera très coûteuse pour les Étasuniens. Ce sera bien plus difficile que l'Irak qui a déjà été difficile. Nous sommes plus unis, plus organisés, nous n'avons pas le régime irakien, c'est un gouvernement qui a vraiment le soutien du peuple, un peuple qui est cultivé et uni, pas divisé en sectes religieuses, en ethnies.

Le plan peut paraître une folie mais les mesures immédiates qu'ils ont commencé à appliquer étaient tout aussi inimaginables avant.

Un gouvernement qui est prêt à couper les liens familiaux, à empêcher une vieille dame de rendre visite à son neveu à Cuba, de lui envoyer des médicaments, de communiquer librement avec sa famille, est capable aussi de mettre en pratique le programme qu'il a conçu. Après tout, l'idée de couper les liens familiaux, de multiplier les souffrances qui pèsent sur des milliers de Cubains qui résident aux Etats-Unis et qui, théoriquement, devraient être de leur côté, paraît plus impensable. Une fois des châtiments aussi cruels imposés, si vous avez privé les gens de leurs enfants ou de leurs parents, il est plus facile de s'emparer de leur maison ou de leur terre, de les priver de leur maison ou de leur voiture, la première des cruautés est supérieure, plus aiguë. C'est pourquoi, il faut considérer ce plan très sérieusement.

Il ne faut pas oublier non plus que toutes ces idées viennent d'un régime qui a défié tous les principes, toutes les lois internationales, qui a employé le mensonge qui est passé au-dessus de ses propres institutions, qui a menti au Congrès américain, qui a beaucoup parlé des fameuses armes de destruction massive alors qu'il savait qu'elles n'existaient pas, qui a inventé les liens entre le gouvernement irakien et les attaques du 11 septembre et bien d'autres choses encore.

C'est un régime qui manque totalement de sens moral, qui n'a aucune éthique et aucun respect pour les normes et les principes du droit. En d'autres mots, un régime qui pourrait faire n'importe quoi, on peut s'attendre à n'importe quelle action illégale, incroyable du point de vue logique, mais qui cadre avec sa mentalité.

RHC : Les représentants du peuple cubain que vous présidez ont adopté une déclaration qui est un plan de ce que va faire Cuba, quels sont les pas qu'envisage notre pays, comment le peuple cubain réagit-il en ce moment

Ricardo Alarcon : " Nous sommes en train d'imprimer un résumé de la session de l'Assemblée Nationale au cours de laquelle les députés ont analysé le plan. Nous allons aussi rendre publique, une synthèse du plan. Nous n'allons pas le traduire en entier, eux-mêmes ne l'ont pas fait. Nous ne sommes pas chargés de leur propagande ! De plus, parmi les mesures adoptées par le Président Bush se trouve la nomination du coordinateur et de la Commission fédérale pour la reconstruction économique de Cuba. Tous deux ont le mandat de réviser le plan, ils peuvent introduire de nouveaux éléments.

Ce que nous allons faire, c'est reproduire en espagnol textuellement, mot pour mot, les principales mesures selon le texte étasunien. Nous allons le distribuer le plus largement possible. Nous sommes en contact avec de nombreuses institutions cubaines, par exemple les universités. Au début de la prochaine année scolaire - pour le moment ici ce sont les vacances - dans chaque établissement scolaire, université par université, dans les syndicats, chez les paysans…, nous allons organiser comme un grand institut d'étude de cette abomination inventée par les Etats-Unis. "

Propos recueillis par Marie-Dominique Bertuccioli


Plan Bush : 450 pages pour en finir avec Cuba

(Juillet 2004)

450 pages! Cela paraît incroyable mais c'est bel et bien ce que la Commission nommée par le Président Bush pour définir l'avenir de Cuba a rédigé. Ce plan mis au point par le gouvernement des États-Unis est intéressant à plus d'un titre, il est important que vous le connaissiez.


Une introduction, une préface, six chapitres, c'est ce que consacre en toutes lettres le gouvernement des États-Unis à l'organisation de la Cuba après-Castro et à la période de transition. Le premier chapitre porte d'ailleurs sur la manière de hâter la chute du gouvernement actuel qui "est rejetté par les États-Unis" car " il est néfaste "non seulement pour son propre peuple mais encore pour la consolidation de la démocratie et des économies de marché dans l'hémisphère occidental et pour le peuple des États-Unis". Ce type de langage ne vous rappelle-t-il pas quelque chose?

Avant de mettre aux voix la déclaration que l'Assemblée Nationale a votée le 1er juillet sur cette question, le Président de l'Assemblée, Ricardo Alarcon, a commenté le plan Bush. Après avoir abordé la question des restrictions des voyages des Cubains qui résident aux États-Unis et des Étasuniens, ce qui viole la Constitution, il s'est arrêté sur des éléments du plan qui concernent directement notre pays. Il a souligné :

"La première chose, la plus importante, le nœud gordien de ce qu'ils appellent la " transition" vers ce qu'ils appellent " la démocratie " est la restitution de leurs propriétés à ceux qu'ils nomment " leurs anciens propriétaires ". Ils ne recourent pas à des fioritures de langage pour les définir : propriétés commerciales, c'est-à-dire les entreprises, " propriétés résidentielles ", c'est-à-dire les logements qui appartiennent à l'immense majorité des Cubains et les " propriétés agricoles ". Ils ne font pas de détour non plus pour expliquer ce qu'il adviendrait des personnes qui possèdent aujourd'hui ces logements. Ils font clairement référence de manière très directe au retour à l'expulsion de toutes ces personnes qui ne sont pas les anciens propriétaires et de ceux qui ne pourront pas payer les nouveaux loyers. Ils parlent du retour des expulsions de paysans des terres qu'ils travaillent, de la dissolution des coopératives paysannes, du retour des latifundia.

Ils nous disent de plus, que cela devrait se passer le plus vite possible et que pour garantir qu'il en soit ainsi, le gouvernement des Etats-Unis créerait un mécanisme qui a un nom et un sigle : " Commission pour la Restitution du Droit de Propriété ". Ce ne serait pas le régime fantoche, mais le gouvernement des Etats-Unis qui dirigerait ce processus, c'est écrit là."

Ricardo Alarcon est revenu sur la manière dont sont traitées certaines catégories:

"Il est écrit ici aussi que nos retraités, sur décision du tout puissant monsieur Bush, cesseront de percevoir leurs pensions lorsque commencera la période de transition. De plus - et je cite textuellement - il les définit comme " avantages non mérités " et parle de " critères laxistes ouvrant droit ".

Qui est donc ce monsieur pour dire au million 300 000 Cubains qui ont travaillé toute leur vie, qui ont apporté leur effort, leur sueur, leur énergie, qu'ils n'ont pas obtenu le droit à une pension ? Qui lui a donné le pouvoir d'annoncer que ce sera une des premières décisions de la transition ? Qui l'autorise à dire que ces compatriotes devraient dépendre de la charité privée pour recevoir des services médicaux élémentaires ?

Parce que, bien entendu, la transition amènerait la privatisation tant des services médicaux que de l'éducation décidée par le gouvernement des Etats-Unis qui va créer dès maintenant une commission dont la composition est définie dans ce document. Elle est composée de divers ministères étasuniens et s'appelle " Commission du gouvernement des Etats-Unis pour la reconstruction économique du gouvernement de Cuba ".

Les personnes âgées ne vont plus recevoir de pensions provenant du budget national, mais, de plus, elles devront travailler. Ils vont créer ce qu'ils appellent des " corps de personnes âgées " afin de les mettre au travail.

Ensuite, il y aurait une réforme radicale du système de pensions, décidée par le gouvernement des Etats-Unis qui bénéficierait des conseils d'experts du FMI qui en effectivement sont passés maître en démantèlement de services sociaux."

L'appui à ce qu'il est convenu d'appeler la dissidence qui ne date pas d'aujourd'hui puisque le "projet Cuba" mis au point par les États-Unis en 1959 parlait déjà de "créer une opposition interne" est clair aussi dans le document adopté par Bush le 6 mai. Le Président de l'Assemblée Nationale y a fait allusion:

"Tout en privant les Étasuniens du droit qu'ils ont de se rendre à Cuba qui a été confirmé par la Cour Suprême et le Congrès, ils vont consacrer des sommes prélevées sur le budget des Etats-Unis pour amener à Cuba des personnes d'autres pays payées par les impôts des Étatsuniens dont les droits sont niés. Ces personnes viendraient ici pour fournir une aide en matériel et en l'argent aux groupuscules de traîtres que les Etats-Unis ont tenté de mettre sur pied depuis 1959, comme 5è colonne dans notre société.

Non seulement les mercenaires sont autorisés à recevoir certaines choses, mais le gouvernement des Etats-Unis va déployer des efforts au plan international pour augmenter les ressources financières et autres qui leur sont destinées. Les mesures restreignent de manière drastique l'envoi de mandats à Cuba, mais, en même temps augmentent les sommes qui seraient envoyées seulement à ces individus.

Le plan, de plus, constitue une insulte pour tous les Cubains, en particulier il est dénigrant pour les jeunes, les enseignants, les femmes, les enfants, pour lesquels le gouvernement des Etats-Unis créerait un programme d'adoption en vertu duquel certains d'entre eux deviendraient les enfants de familles étasuniennes. En effet, ils supposent que, pour appliquer leur plan, il faudrait recourir à la guerre, une guerre au cours de laquelle nombre d'entre nous perdraient la vie, laissant de nombreux orphelins. Cela rappelle le plan que les militaires latino-américains ont mis en place en particulier en Argentine et en vertu duquel les enfants dont les parents avaient été assassinés, étaient morts sous la torture ont été élevés par les assassins et les tortionnaires de leurs parents.

Le plan comporte d'autres violations des règles internationales dont celles qui prévoient l'utilisation d'un ou de plusieurs avions militaires pour faire parvenir des émissions de radio et télévision à notre pays.

Le Président de l'Assemblée Nationale a conclu :

"Bien entendu, pour grand que soit le délire qui s'est emparé de ceux qui ont rédigé ce rapport, il est une chose dont ils se sont rendus compte. Ils admettent qu'appliquer ce plan ne sera pas facile. C'est la raison pour laquelle, la priorité absolue des Etats-Unis, lorsque la transition qu'ils appellent tant de leurs vœux aura commencé, sera de créer des forces de répression, entraînées, armées par les Etats-Unis disposant de conseillers étasuniens et dirigées par le gouvernement des États-unis. Des forces de répression dont nous connaissons bien la manière de procéder, la longue liste d'assassinats de notre passé qui le sera à jamais et qui est aujourd'hui la triste réalité de pays de notre région encore."

(RHC) 05-11-2004


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